PROLETAIRES !

 

La fraction italienne de la gauche communiste s'adresse à vous avec la pleine conscience de la gravité énorme de la situation actuelle et des responsabilités qui pèsent sur elle: conscience et responsabilité qui ne sont pas des affirmations vides et abstraites, présomption ou prétention, mais les produits d'un long passé d'activité politique. Par la solide cohérence et le développement de ses positions politiques que les événements ont con­firmées, notre fraction peut représenter aujourd'hui, dans l'ouragan social où tout périclite et se précipite, l'ancre à laquelle peut s'attacher le pro­létariat, l'extrême tranchée de la révolution où se construisent et se trem­pent les bataillons de la victoire communiste. L'appel de notre fraction tend à mobiliser vos énergies afin qu'au naufrage de vos institutions de classe et de vos vies dans la guerre, soit opposée la seule réplique que l'histoire et la lutte: des classes admettent: le naufrage et la destruction du régime capitaliste au travers de votre victoire insurrectionnelle. Dans ce but, seule la compréhension du passé peut projeter la lumière sur l'avenir et nous faire apercevoir le chemin de la victoire.

 

Fascistes, démocrates, socialistes et centristes sont arrivés au terme de leur oeuvre: après avoir, par des voies différentes, intimement col­laboré à l'oeuvre de démantèlement et d'étranglement du prolétariat mondial, ils se rejoignent et fraternisent pour donner à cette oeuvre la seule conclu­sion que permet un régime basé sur la division en classes: la guerre. Oh ! Tous, de Staline à Vandervelde, de Mussolini et Hitler à Laval et Baldwin, tous voudraient éviter de tomber dans le précipice après l'avoir, pendant des années et des années, creusé avec les os des prolétaires massacrés. Ainsi qu'en 1914, de même aujourd'hui, ceux qui ‑ au travers de la guerre civile que le régime capitaliste porte en ses entrailles‑  ont étranglé, en le pro­létariat, la seule force historique capable de construire une société sans classe qui opposera à la société bourgeoise de l'exploitation de l'homme par l'homme et de la guerre, l'harmonieuse convivance de l'humanité, non plus assujettie, mais s'assujettissant le processus de la production et de son développement; ceux qui, aujourd'hui comme en 1914, ont vaincu dans la guerre civile, au nom et pour le compte du capitalisme, consacrent cette victoire dans le déchaînement de la guerre: après la "paix" entre les brigands pour massacrer le prolétariat, la "guerre" entre les brigands pour l'hécatombe de millions d'ouvriers.

 

Au nom de la « paix », on prépare fiévreusement la guerre. Mussolini voudrait "pacifiquement" conquérir l'Ethiopie et, suivant le chemin que les démocrates d'aujourd'hui, français et anglais, ont battu dans le passé, il veut amasser des monceaux de cadavres en Abyssinie afin de "civiliser" ces territoires, lui qui personnifie le régime d'esclavage et de terreur qui a brisé provisoirement la seule force de la civilisation en Italie: le prolé­tariat; lui, le bourreau qui, clouant une croix de mort à chaque foyer ou­vrier, ne pouvait toutefois empêcher que les morts, les emprisonnés, les dé­portés deviennent les piliers du parti de la victoire révolutionnaire, de ce parti qui manqua en 1919‑ 1920 pour donner à l'éruption révolutionnaire des masses conscience et substance, pour en faire le torrent qui portera l'humanité de la phase préhistorique des régimes de classes à la phase supérieure où l'histoire peut commencer: la société communiste.

 

"Pacifiquement", le Négus voudrait conserver sa domination sur les populations abyssines soumises à un régime d'exploitation infâme; ses décla­mations sur l'indépendance et l'intégrité de la "nation", dans la phase ac­tuelle où la seule force de progrès est le prolétariat mondial, ses déclama­tions se révèlent pour ce qu'elles sont: des instruments de tromperie des masses et Hailé Sélassié acceptera tous les concours en cette oeuvre d'ex­ploitation des travailleurs abyssins: celui de financiers "étrangers" qui acquerront des concessions pour sucer le sang des populations indigènes, celui des gendarmes "étrangers" qui briseront l'échine de ces travailleurs qui oseraient se dresser en un effort de défense et de rébellion.

 

"Pacifiquement", les impérialismes français et anglais voudraient conserver les positions conquises à Versailles.

 

"Pacifiquement", l'impérialisme allemand voudrait obtenir une révi­sion des frontières établies en 1919.

 

"Pacifiquement", les socialistes voudraient garder les places qu'ils ont pu conquérir dans les organismes que le prolétariat a fondés au prix de la vie des ouvriers et en des batailles où il dut affronter la férocité capi­taliste, dans les organismes qu'ils ont pliés au service de l'ennemi; "paci­fiquement", ils voudraient continuer l'orgie dans l'attente tranquille des appointements mensuels et des honneurs dans les ministères, les Parlements et les autres institutions capitalistes.

 

"Pacifiquement", les centristes voudraient continuer à maintenir le prolétariat russe en sujétion économique et politique qui leur permette de pénétrer dans l'aisance, la tranquillité, la débauche où se remuent les ex­ploiteurs capitalistes.

 

Mais les bases de la société capitaliste ne permettent pas de rester indéfiniment sur les rails d'un cours d'événements, sur la ligne d'une uni­formité constante qui, domptant et étranglant le prolétariat (la personnifi­cation sociale de la seule force capable de se mettre à la tête du dévelop­pement incessant des forces de production), dompte et étrangle la seule force qui puisse éviter la guerre. Le régime actuel, même après avoir égorgé le prolétariat, n'aura pas de paix, parce que chaque instant de sa vie et de son évolution n'est possible qu'en créant un contraste dans la personne du capi­talisme concurrent, de l'Etat adverse, du monopole ou de la constellation d'Etats qui surgit en opposition.

 

Il n'aura pas de paix parce qu'il veut tourner aux fins de l'appro­priation privée les forces de la production qui débordent les cadres de son régime et se dirigent vers la satisfaction des besoins non des individualités, mais des collectivités, parce que les institutions de classe des ouvriers ne peuvent pas servir indéfiniment les intérêts de la classe ennemie, mais res­susciteront de la guerre comme les bastions de la révolution. Et ces lois historiques nous permettent de comprendre que socialistes, centristes, démo­crates et fascistes sont tous les prisonniers de ces mêmes forces qu'ils ont engendrées; eux qui, au travers de la violence et de la corruption, ont é­tranglé le prolétariat, ne peuvent que tomber dans la guerre.

 

Et, déjà la manoeuvre qui tend à établir le front unique autour des impérialismes respectifs, déjà cette manoeuvre se profile à l'horizon de la situation actuelle. Au son de l' « Internationale », les prolétaires devraient se faire tuer au nom de l'antifascisme et de la démocratie où se dissimulent aujourd'hui les coffres‑forts des vampires capitalistes français et anglais, les gueules des traîtres socialistes et centristes fraternisant après que leur oeuvre ait obtenu son plein succès, l'oeuvre qui a fait de l'Etat russe – qui fut la forteresse de la révolution ‑ une forteresse du régime capita­liste mondial. Contre la dictature des vainqueurs de Versailles et pour les nations "prolétariennes", les ouvriers allemands et italiens devraient se faire tuer. Les cuirassés anglais dans la Méditerranée, voilà le drapeau que tiennent dans leurs mains les socialistes et les centristes. Les armées ita­liennes en Ethiopie, voilà les étendards des "principes de la justice".

 

C'est là le panorama de la situation actuelle. La Société des Nations continue son rôle en couvrant d'un masque qui veut aveugler les masses,  l'ac­tivité qu'elle déploie pour la formation de constellations pour la guerre. Les principaux vainqueurs de Versailles, France et Angleterre, cherchent fié­vreusement le chemin qui peut les conduire à une alliance militaire. La Fran­ce, incertaine de l'appui anglais, voudrait se garantir contre l'Allemagne par un soutien italien et, dans ce but, elle est disposée à laisser les mains libres à Mussolini afin que celui‑ ci répète ce qu'il fit jadis au Maroc, en Tunisie, en Indochine et dans toutes ses autres colonies. D'autre, part, l'Angleterre voudrait s'opposer à l'hégémonie française ainsi qu'à l'expan­sion italienne par un appui au plan allemand. Enfin, la lutte se déchaîne sur le front italo‑allemand pour voir qui des deux pourra prendre la place de premier ordre dans la constellation des Etats qui combattront pour réparer les "injustices" de Versailles. La Russie Soviétique, où le récent développe­ment industriel ne pose pas d'une façon aiguë les mêmes problèmes qui, dans les autres Etats, deviennent insolubles en dehors de la guerre et où la so­cialisation des moyens de production, se basant sur l'accumulation progressive de la plus‑value et non sur l'élévation sur la teneur de vie des producteurs, élimine ‑dans les cycles de la production‑ les crises intermédiaires pour les faire tomber directement dans la guerre. La Russie Soviétique agit au sein même du front des contrastes impérialistes et n'hésite pas à se relier avec celles des constellations où elle considère pouvoir mieux protéger ses intérêts. La Russie Soviétique n'hésite pas à appeler les ouvriers à se ser­rer autour des forces de "paix" qui s'appellent aujourd’hui la défense de la voie impériale anglaise, qui pourront demain s'appeler la défense des principes de justice dans l'intérêt des Etats qui furent vaincus à Versailles.

 

Ni dans un camp ni dans l'autre, ne se trouvent et ne peuvent se trouver les intérêts de la classe ouvrière: la guerre n'est pas l'opposition d'un groupe impérialiste à l'autre; elle est le moment extrême de l'attaque solidaire des deux constellations contre le prolétariat, la force qui menace et met en danger le régime de l'un et de l'autre groupe: le régime du capi­talisme mondial.

 

PROLETAIRES !

 

Le prolétariat qui avait vaincu, en Russie en 1917, se trouva dans l'impossibilité de relier sa victoire avec celle des prolétariats des autres pays où les batailles révolutionnaires ne conduisirent pas au triomphe de la classe ouvrière parce que manquait l'organe de guide: le parti de classe. En Russie, seulement, le matériel théorique et organisatoire avait été cons­truit avant la guerre au travers d'un travail de fraction que Lénine dirigea admirablement. Le socialisme qui ne peut vaincre que sur un plan de luttes internationales du prolétariat, a été enfreint par les défaites du proléta­riat allemand, italien, chinois, de tous les pays. Pour sauver le capitalisme dans l'immédiat après‑guerre, les démocrates et les socialistes d'hier et d'aujourd'hui prirent une place de premier ordre et sauvèrent la "civilisa­tion" en massacrant les prolétaires révolutionnaires. Ils représentèrent la force essentielle dont se servit le capitalisme pour sauver son régime. En un second moment, de nouvelles forces prirent cette place. Ces nouvelles for­ces (le centrisme ayant été engendré par la défaite de 1923 en, Allemagne) purent arriver à briser, dans la révolution chinoise, le bastion que les mil­lions d'exploités d'Asie voulaient élever pour se joindre au prolétariat des pays capitalistes en vue du triomphe de la révolution mondiale et arrivèrent enfin, en 1928, à expurger les partis communistes de leur, aile marxiste, pré­parant ainsi.la trahison actuelle.

 

En 1922, tomba, en Italie, une forteresse du prolétariat mondial, et, à cause de circonstances historiques qui empêchaient au capitalisme ita­lien toute manoeuvre corruptrice au sein du prolétariat, eut lieu le triomphe des hordes fascistes. Successivement, en Allemagne, en 1923, fut, résolu, au désavantage du prolétariat mondial, le duel entre les classes protagonistes autour du nouvel organisme que la classe ouvrière internationale s'était don­né: l'Etat russe. Ainsi que pour les syndicats, au temps de la Deuxième In­ternationale, la bourgeoisie comprit qu'envers l'Etat prolétarien, il n'était pas possible de déchaîner l'attaque violente, mais il fallait recourir à la manoeuvre de corruption. D'autre part, les Bolcheviks qui dirigèrent les ba­tailles de 1923, au travers de l'I.C., crurent que le chemin à entreprendre pour la bataille mondiale consistait dans la subordination des batailles de classes allemandes au plan de l'extension et du développement de l'Etat russe. Dans ce but, ils défendirent une tactique insurrectionnelle contre laquelle ils avaient combattu en Russie, où le prolétariat avait con­quis le pouvoir parce qu'au lieu de préconiser la collaboration ministérielle avec les ennemis des ouvriers (ainsi qu'on le fit en Saxe et en Thuringe en 1923); ils soutinrent le mot d'ordre de la conquête insurrectionnelle du pou­voir. Des batailles de 1923, en Allemagne, L'Etat prolétarien sortait avec une altération profonde de ses caractères et les prémices étaient posées pour donner vie au nouveau courant qui devait rejoindre, dans sa fonction historique, le réformisme qui nous avait conduit à la trahison de 1914 et qui en 1927, en Chine, se révéla être la digue essentielle de la défense du ca­pitalisme international.

 

Au sein du parti italien et de l'Internationale, notre courant qui, en janvier 1921, à Livourne, consacra l'acte de naissance du prolétariat ita­lien en tant que force historique de la révolution, a développé une oeuvre intense pour sauver l'organisme qui avait jailli de la victoire d'Octobre 1917: l'Internationale Communiste. En 1923, au cours des événements allemands, l'alternative fut posée à notre courant: ou se maintenir à la direction du parti italien en se rendant co‑responsable de l'évolution qui devait conduire à la déformation organique de l'Etat prolétarien et de l'Internationale, ou bien remettre la démission de la direction, car aucune possibilité ne lui fut donnée pour défendre intégralement ses positions de ces postes, et cela pour le mouvement italien aussi bien qu'international. Par conséquent, il emprunta le chemin de Lénine pour la construction des fractions, mais se heurta non seulement à la lutte brutale du centrisme, mais aussi à la manoeuvre de con­fusion du trotskisme, tombé récemment dans les bras des traîtres de 1914.

 

Entre- temps, de l'altération organique qui s'était produite en 1923 dans la politique de l'Etat prolétarien, devait se développer la nouvelle force de corruption et de trahison du prolétariat; le centrisme, qui recalqua les traces laissées par le réformisme entre 1900 et 1914. En Allemagne, en face du plan du capitalisme pour arriver à la victoire fasciste, le centrisme représente, avec le socialisme, une force de premier ordre pour le succès de l'ennemi. En 1933, tombe un autre bastion du prolétariat international: les organismes du prolétariat allemand s'écroulent dans les cendres. Cette défai­te emporta dans un tourbillon l'Internationale Communiste et marqua la bifurcation des situations qui se dirigeront désormais vers le déclenchement de la guerre. Ensuite, le capitalisme mondial, qui avait étranglé le prolétariat italien et allemand, dispersé ‑en s'appuyant sur le centrisme‑ le prolétariat chinois, devait diriger son attaque frontale contre la classe ouvrière de ces pays qui, étant sortis victorieux à Versailles, pouvaient ne pas de­voir recourir au fascisme. Durant les mois écoulés, ce plan du capitalisme a obtenu son succès total: Staline recevra en Laval l'ambassadeur du capita­lisme et lui signifiera son appui au plan d'armement pour la guerre. Musso­lini et Hitler ont égorgé le prolétariat italien et allemand: Hitler portera à sa conclusion le plan de Noske et Scheideman en des circonstances histori­ques différentes. Ont immobilisé et dispersé le prolétariat chinois, écartelé le prolétariat français, les centristes, en consacrant dans la personne de Staline, la rupture du front prolétarien.

 

Aujourd'hui, les centristes ont rejoint les traîtres de 1914 et les bourreaux fascistes, en proclamant la nécessité pour les prolétaires de dé­fendre la patrie. Lénine disait, en 1915: "les phrases sur la défense de la patrie, sur la résistance à l'agression ennemie, sur la guerre de défense, etc., ne représentent pas autre chose, des deux côtés, qu'une tromperie du peuple". Aujourd'hui, les centristes sont à leur place pour permettre le carnage mondial.

Les socialistes sauvent le régime capitaliste en 1919‑ 1920. L'immatu­rité du prolétariat mondial empêchera les bolcheviks de maintenir sur les rails de la révolution l'Etat prolétarien qui sortira défiguré des batailles de 1923 en Allemagne et engendrera le centrisme: voilà les prémisses de la terrible situation actuelle et de la guerre.

 

PROLETAIRES !

 

L'outrage suprême qu'on puisse vous faire est celui que vous font socialistes et centristes en vous disant que les terribles événements actuels dépendent de la nécessité où se trouverait Mussolini de faire sa "guerre de prestige"; qu'une personne pourrait .avoir entre ses mains les fils d'événe­ments qui verront descendre sur le champ de la guerre des millions d'hommes armés. De même en serait‑il pour ceux qui voudraient faire croire que la po­sition actuelle et contre‑ révolutionnaire de l'Etat russe dépendrait des ca­pacités diaboliques de Staline. Non. Nous assistons aujourd'hui à une préci­pitation des situations dont le capitalisme devient temporairement le seul acteur ayant pu provisoirement dompter le protagoniste de la nouvelle société: le prolétariat. La classe ouvrière paie aujourd'hui le prix de son immaturité à profiter des situations de l'après‑guerre pour arriver, sous le guide d'un parti de classe, à la victoire révolutionnaire. Le parti de classe ne s'im­provise pas, comme le prouvent les formidables événements d'Espagne, et d'Au­triche. Les prolétaires de Lindz, de Vienne, des Asturies ne firent pas comme ceux d'Allemagne et d'Italie en 1919 et 1920 et mirent en action leurs mi­trailleuses pour défendre leur classe. Mais ces armes ne les préservèrent pas de la défaite: les batailles historiques ne se résolvent pas uniquement au travers des armes, mais au travers d'armes qui sont actionnées par des muni­tions idéologiques, théoriques et tactiques du prolétariat, munitions qui ne peuvent être préparées qu'au travers d'un travail de fraction. En Autriche comme en Espagne, le prolétariat ne fut pas en mesure de développer ce tra­vail et les Bauer et Caballero, qui avaient collaboré avec la bourgeoisie pour massacrer le prolétariat dans les situations révolutionnaires, osèrent reprendre à leur compte les grandioses batailles de février et d'octobre 1934 au même moment où leurs compères socialistes en Belgique, en France, en Angle­terre, préparaient l'Union Nationale, le Front Populaire pour la défense de la République, l'appel à la flotte anglaise dans la Méditerranée. Mais ces batailles formidables, ce sont les bastions des partis de demain; elles ne resteront pas les pions des traîtres socialistes qui peuvent provisoirement ‑ à cause de la victoire du capitalisme mondial‑ se les approprier fraudu­leusement.

 

Pour avoir préparé le parti de la révolution dans l'avant‑ guerre, les bolcheviks ont permis au prolétariat russe de conquérir le pouvoir en Octobre 1917. Le danger le plus terrible qui plane aujourd'hui sur le prolé­tariat international consiste dans l'isolement de notre fraction qui, repre­nant le chemin des bolcheviks, a développé un travail de fraction pour la reconstruction du matériel idéologique et organisatoire du parti, lequel est tombé avec l'altération des caractères fondamentaux de l'Etat prolétarien en 1923 en Allemagne.

 

Notre fraction a tenu, ces jours‑ ci, son Congrès et ses travaux se sont développés pour éclairer les événements au travers d'une analyse du pas­sé, pour établir les causes qui nous ont conduits à la tragique situation actuelle: non problèmes ou responsabilités d'hommes, non soif de guerre de Mussolini ou perversion de Staline, mais problèmes historiques et de classes, qui ont été examinés par notre Congrès. Grâce à un effort concordant des dé­légués, le Congrès a pu s'élever à la vision de la réalité, à la définition des tâches qui incombent à la fraction dans l'intérêt du prolétariat italien et mondial. Les bases programmatiques inébranlables qui furent posées à Li­vourne lorsque notre courant fonda le parti, les bases qui permirent la cons­truction du parti au feu de la guerre civile, et cela pendant les deux années où la gauche tint la direction, les bases qui permirent cinq années d'oppo­sition croissante au sein de l'Internationale et huit années de travail de fraction, ces bases ont permis à notre Congrès de tirer la conclusion qui s'imposait dans l'intérêt du prolétariat en face des deux plus récents et graves événements qui représentent aussi les premiers moments du précipice des situations dont l'épilogue ne peut être que la révolution prolétarienne. Les quinze années de travail au travers desquelles ont été édifiées et ren­forcées les bases de la lutte pour l'insurrection dans les pays de capitalis­me avancé, et réalisées les prémisses pour reprendre et conclure l'oeuvre des bolcheviks afin d'atteindre la phase supérieure de la lutte du prolétariat mondial: arriver à l'établissement de la théorie marxiste de la dictature du prolétariat en vue de l'anéantissement de l’Etat et de la construction de la société communiste, ces quinze années ont permis à notre Congrès d'indiquer la réplique que le prolétariat devait donner à la déclaration de Staline (qui consacre définitivement le passage des partis communistes au service de l'en­nemi) et la réponse du prolétariat au conflit italo‑éthiopien qui est le pre­mier acte de la conflagration mondiale immédiate ou l'occasion pour la cris­tallisation des constellations impérialistes pour la guerre imminente.

 

Notre Congrès a exprimé, à la fois, la réponse du prolétariat italien à la chute des partis communistes dans la trahison, et l'élévation de ce pro­létariat qui s'apprête à reprendre sa place dans les luttes ouvrières mondia­les après quatorze années de torture fasciste. A Staline, le Congrès a répon­du que la pierre tombale qu'il a placée sur les partis communistes consignés à l'ennemi, ouvre la phase qui conduit à la transformation en parti de notre fraction en vue de la fondation de la nouvelle Internationale surgissant dela victoire révolutionnaire. A Mussolini qui, suivant immédiatement Staline, a donné le signal de la guerre immédiate ou pour le proche demain, notre Con­grès a répandu que le prolétariat italien a forgé ‑au cours des quatorze années de la sanglante répression‑ les armes pour déclencher la bataille: révolutionnaire, pour opposer à la guerre l'insurrection victorieuse ou, dans la pire des hypothèses, pour conclure la guerre dans la lutte pour l'instau­ration de la dictature prolétarienne.

 

Voilà la signification du Congrès de notre fraction, le sens de la portée de l'appel qu'il lance aux ouvriers.

 

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS !

 

La manoeuvre de 1914 se répète. Vous êtes appelés à vous battre pour la démocratie contre la dictature: en réalité, vous êtes appelés à épouser la cause de vos impérialismes. Nous pourrez-vous opposer à la guerre en déclenchant des mouvements de classe sur la base de vos organisations syndica­les de masse. De telles batailles ne peuvent se résoudre qu'en opposant la révolution à la guerre. La révolution ne peut triompher qu'en fécondant le parti de classe, le guide des mouvements insurrectionnels. Au cas où vous ne sauriez faire déferler ses mouvements de classe, la guerre est inévitable et sa transformation en guerre civile n'est possible qu'au travers de la reprise de vos mouvements de classe pour la défaite de tous les Etats qui vous auront jetés dans le carnage mondiale. Disposez‑vous à combattre contre toutes les patries: fasciste, démocratique, soviétique. Votre lutte est la lutte pour l'Internationale, pour la révolution. Pour la victoire révolutionnaire, vous expulserez de vos rangs les traîtres socialistes et centristes qui, brisant votre front révolutionnaire, ont préparé les prémisses pour la guerre et prendront la tête des forces qui vous conduiront à une acceptation de la cau­se capitaliste: la cause de la guerre.

 

En Italie et en Allemagne, comme en Angleterre et en France, comme en Russie et en Abyssinie, dans tous les pays, vous lutterez pour la trans­formation de la guerre impérialiste en guerre civile. Seulement, en vous con­centrant pour cette orientation, vous serez en mesure de profiter des situa­tions révolutionnaires qui seront engendrées par l'éclosion du contraste in­supprimable et de classe qui est constitué par le bloc des ouvriers et de la bourgeoisie pour la guerre, bloc provisoire qui a été uniquement possible grâce à l'oeuvre de trahison des socialistes et des centristes, bloc qui dé­bouchera d'autant plus vite et d'autant plus rapidement dans la victoire de la révolution que plus activement sera poussé l'effort des prolétariats pour créer les fractions de gauche, les prémisses historiques et théoriques indis­pensables pour le parti, pour l'internationale de la révolution.

 

Vive la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile !

 

Vive les fractions de la gauche communiste !

 

Vive l'Internationale et à bas toutes les patries !

 

Vive la révolution communiste mondiale !

 

 

 

LE CONGRES DE LA FRACTION ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE.

 

 

 

EN DEHORS DES PARTIS COMMUNISTES DEVENUS DES INSTRUMENTS DU CAPITALISME MONDIAL.

 

 

Prolétaires,

 

Le capitalisme ne peut survivre à la crise mortelle qui, depuis des années, a bouleversé et disloqué toute l'assiette de sa société, qu'à deux conditions intimement liées entre elles : écraser dans le prolétariat la force appelée par l'histoire et le développement de la technique productive à cons­truire un nouveau type de société, la communiste; ruer dans la guerre, la course des événements qui se sont succédé depuis le massacre de 1914‑ 1918. Dans l'immédiat après‑ guerre, quand les masses d'ouvriers armés passèrent, dans tous les pays, à l'attaque violente contre leur ennemi, la bourgeoisie fit appel aux traîtres de 1914 et en Allemagne comme en Italie, ce furent des gouvernements de l'extrême gauche du capitalisme qui parvinrent à sauver l'édifice de la société bourgeoise. Depuis, la bourgeoisie devait craindre que le prolétariat construise, sur la base de l'expérience des trahisons re­nouvelées de 1914‑18, le parti mondial capable de conduire les masses à la victoire révolutionnaire. A ce but, la violence ne pouvait suffire: on ne peut assassiner des millions et des millions de prolétaires, d'exploités qui constituent d'ailleurs la source où s'abreuvent les vampires capitalistes, l'artère de la société actuelle. Cette violence peut briser les reins à l'avant-garde de la classe ouvrière, mais on ne peut l'abattre sur l'immense masse des exploités lesquels se trouveraient d'ailleurs dans la cruelle expé­rience de la réaction ennemie, l'enseignement pour passer d'une façon déci­sive à la construction de l'organe de la lutte et de la victoire: le parti mondial de la révolution. Pour atteindre ses fins, le capitalisme n'a d'autre voie que celle du recours aux moyens de la corruption au même moment où s'a­battra la terreur dans les secteurs où le péril sera le plus menaçant: en Italie tout d'abord, en Allemagne ensuite.

 

Et, encore une fois, la manoeuvre ennemie devait réussir. D'octobre 1917 avait surgi l'appel aux masses des exploités de tous les pays pour pas­ser à la lutte définitive, pour extirper le régime capitaliste. Et la classe ouvrière mondiale avait tellement bien entendu cet appel qu'elle fit de la révolution russe la revendication de ses luttes de tous les jours. Le capi­talisme comprit la leçon de l'heure: impossible de subsister en dehors d'une pénétration progressive dans celle qui fut la forteresse de la révolution mondiale. Après une manoeuvre qui dura de longues années, le capitalisme mon­dial a pu désormais atteindre son but.

 

Envers l'Etat soviétique, le plan du capitalisme consistait à l'en­traîner dans l'orbite d'un marché: contre la renonciation à persévérer dans la voie de la révolution mondiale, cet Etat obtenait la possibilité d'un dé­veloppement au point de vue économique, militaire et diplomatique. D'une part, la destruction des partis communistes du prolétariat des pays capitalistes et de celui de la Russie elle‑même, d'autre part, la construction d'un colossal appareil industriel, édifié au travers de l'exploitation intense du proléta­riat russe qui donna son acceptation car le centrisme lui faisait croire que l'expansion. du socialisme international pouvait dériver de la construction du socialisme en un seul pays.

 

Entre temps, l’œuvre de violence du capitalisme se développe direc­tement au sein même des partis communistes où le centrisme déferle la terreur contre les militants marxistes qui proclament la nécessité de la lutte pour la révolution mondiale. Et, en 1927, fut sanctionnée la nouvelle règle de vie des partis communistes où n'avaient plus accès que ceux qui renonçaient au programme marxiste duquel Lénine reste la plus grandiose incarnation. À partir de ce moment, le centrisme prit une place de premier rang dans l'oeuvre (la destruction des prolétariats de tous les pays. En Allemagne, le capitalis­me pourra passer à l'attaque frontale contre une avant‑ garde que le centrisme isolera brutalement de l'ensemble des masses et qu'il détachera du terrain de la lutte des classes. En janvier 1933, le fascisme pourra prendre posses­sion du pouvoir donnant aux événements mondiaux l'orientation qui doit les conduire vers une nouvelle guerre; l'Etat soviétique entra ensuite, ouverte­ment dans le front de la manoeuvre des Etats impérialistes. Mais depuis la destruction du prolétariat allemand, il fallait passer à la destruction de la classe ouvrière dans les 'autres pays et particulièrement en France. Ces jours-ci le capitalisme a pu obtenir sa nouvelle victoire: autour de la bannière tricolore clouée au corps de milliers de prolétaires qui, en juin 1848, en mai 1871, et encore aujourd'hui dans les colonies d'Asie et d'Afrique, sont tombés dans la lutte pour leur libération, autour de ce dra­peau ont manifesté des centaines et des milliers d'exploités aux cris de "Vive la République".

 

Prolétaires !

 

L'exclusion de la gauche marxiste, en 1927, a mis la fraction dans des mauvaises conditions pour pouvoir continuer son travail au nom du prolé­tariat et de la révolution internationale. Les fanfares du centrisme ont as­sourdi les ouvriers de tous les pays et graduellement, progressivement, les partis communistes ont pu se transformer d'organes de la révolution en ins­truments de la contre‑  révolution pour la préparation de la guerre.

 

Babeuf, le 14 juillet 1789, pressentit dans la bourgeoisie qui mon­tait à l'assaut du régime monarchique du féodalisme, les nouveaux tyrans du prolétariat et les scènes de cruauté de ces moments firent prévoir à Babeuf, le sort que les nouveaux vainqueurs de 1789 auraient réservé à la masse op­pressée des travailleurs. Aujourd'hui, en 1935, après que dans tous les pays, au travers de la guerre impérialiste et de la guerre civile, les prévisions de Babeuf, se sont réalisées dans la décimation de millions de prolétaires, aujourd'hui les traîtres centristes et socialistes ont pu obtenir un miracle dans l'intérêt du capitalisme mondial: des centaines de milliers d'exploités ont clamé hosanna pour la République, pour leur ennemi.

 

Désespérément,  les ouvriers italiens ont combattu contre le fascisme, et cette lutte fut possible parce que l'Internationale, à cette époque, n'é­tait pas encore devenue la proie du centrisme. Dans le découragement et dans la résignation, le prolétariat devait assister au triomphe du fascisme parce que déjà les partis communistes étaient décapités de leurs courants marxistes et internationalistes. Dans l'enthousiasme, les prolétaires français parti­cipent actuellement à la fête de "réconciliation des Français", sous la di­rection des traîtres centristes et socialistes.

 

Prolétaires !

 

La destruction du prolétariat français représente un nouveau pas vers la préparation de la guerre. La guerre serait impossible si le capitalisme ne pouvait confier aux masses un drapeau sur lequel les traîtres peuvent ins­crire des revendications que les masses dévoyées accepteront comme correspon­dantes à leurs intérêts. La manifestation de la Bastille est une fête pour le capitalisme de tous les pays et pour les forces fondamentales qui agissent actuellement au nom de ses intérêts: pour les fascistes, les démocrates, les social‑ démocrates, les centristes.

 

Aujourd'hui tout cela est clair. La lutte n'est plus pour le prolé­tariat et contre le capitalisme de tous les pays: aujourd'hui, le prolétariat français combattra pour le socialisme en se préparant à abattre les ouvriers allemands et inversement; ces derniers combattront pour leurs intérêts pro­pres en permettant au capitalisme allemand de démolir l'omnipotence française. Aujourd'hui les prolétaires de France combattront pour le communisme en prê­tant main forte aux prolétaires russes pour frapper les ouvriers allemands. Et dans cette terrible et cruelle tragédie, le capitalisme de tous les pays se relève en jubilant: dans le monde entier, la bannière de son oppression peut recevoir l'appui des masses qu'il exploite et qu'il opprime.

 

Camarades Prolétaires !

 

De même qu'en 1921, en sortant des partis socialistes, vous continu­âtes la lutte pour le communisme, aujourd'hui la fraction de gauche vous ap­pelle à sortir des partis communistes réconciliés avec les intérêts du capitalisme mondial Pas un instant de plus au sein de ces instruments de la contre‑révolution internationale. Capitalistes et traîtres peuvent avoir rai­son de la fraction de gauche pendant une étape limitée de l'évolution historique. Leur victoire actuelle nous amènera certainement à la guerre. Mais leur succès, bien que cruel, ne signifie pas la mort du prolétariat interna­tional. La guerre, le dernier acte de la victoire ennemie, sera aussi le tom­beau où s'écroulera l'édifice capitaliste et les prolétaires retrouveront le chemin de leur victoire. Pour cette victoire, les fractions de gauche combat­tent depuis des années et elles vaincront au nom de la classe ouvrière de tous les pays, elles qui représentent l'héritage révolutionnaire d'Octobre 1917, de Marx, d'Engels, de Lénine, des millions de prolétaires qui sont tom­bés dans la guerre impérialiste et dans la guerre civile.

 

Répondez à la manifestation de la Bastille en sortant des partis communistes.

 

À bas le capitalisme mondial !

 

Vivent les fractions de gauche, les noyaux de la nouvelle Internatio­nale de la révolution !.

 

A bas toutes les patries !

 

Vive la guerre civile pour le triomphe de la révolution communiste !

 

21 juillet 1935

 

LA FRACTION DE GAUCHE DU PARTI COMMUNISTE D'ITALIE.

 

 

 

 

 

"Des bouleversements sociaux décisifs s'accomplissent actuellement. Les prolétaires qui déclenchent leurs mouvements revendicatifs ne pourront les faire coïncider avec leurs intérêts de classe qu'en les dirigeant vers le DEFAITISME REVOLUTIONNAIRE qui signifie: défaite du capitalisme dans les pays en guerre, lutte contre les forces de l'Union Sacrée qui infectent les organisations prolétariennes dans les autres pays. Faire de chaque grève un moment de la lutte contre la guerre, cela est possible à la seule condition de déterminer la défaite des forces de l'Union Sacrée. C'est ainsi seulement que peut éclore la victoire du mouvement ouvrier international.

 

PROLETAIRES !

 

La violence des événements actuels doit armer vos espé­rances. Toutes les victoires du capitalisme obtenues avec l'aide des traîtres sont les prémisses des catastrophes de demain. Vous serez d'autant plus vite la force qui, par la destruction de l'appareil ennemi, pourra réaliser la révolution que vous aurez repris vos armes de classe.

 

‑ Contre toutes les entreprises de guerre:

 

‑ Pour les grèves et leur généralisation et contre toutes les abdications devant une bourgeoisie arbitre de sa domination.

 

‑ Pour le défaitisme  révolutionnaire dans le monde entier!

 

- Pour la fin du carnage impérialiste en Espagne en Chine.

 

- Pour les fractions de la gauche communiste internationale !

 

‑ Pour la révolution communiste mondiale!

 

(Manifeste du Bureau international des Fractions de la Gauche Communiste ‑ premier février 1938 ‑ Octobre n°1)

 

Ed Resp. : M. Alvarez – Rue de Phlox, 8 ‑ 1170 Bruxelles

 


CE15.5.2 Mémoire ouvrière: En dehors des partis communistes devenus des instruments du capitalisme mondial