L'empire des multinationales occidentales est, depuis toujours, le gri‑gri des gauchistes et de toutes les forces "anti‑capitalistes". Contre ce système économique "sans âme qui tyrannise et opprime les peuples et les nations" , dont le seul idéal est celui de l'intérêt privé, la bonne conscience de gauche, s'appuyant sur les économistes "progressistes’' à la Mandel, répand l'idée selon laquelle un nouveau système économique et un monde meilleur basé sur la propriété publique, la nationalisation des entreprises et des terres, la planification de la production pourrait se construire pierre par pierre, année par an­née dans l'intérêt de tous et en particulier des travailleurs. En un grand choeur dissonant, les "anti‑capitalistes" trotskystes, maoïstes, castristes, titistes, sandinistes, stalinistes, ... critiquent les méfaits de l'économie de marché, de la production pour le profit et s'attellent, dans une surenchère nationaliste écoeurante, à la créa­tion de la grande fédération socialiste mondiale… Chacun de défen­dre son Etat modèle, du socialisme albanais au socialisme tanzanien. Mais les disciples de la planification socialiste, de la barbarie de la civilisation, à l'ouest comme à l'est, ont du mal à expliquer com­ment deux systèmes qui seraient aussi opposés ont pu, depuis la soi­t disant instauration du communisme en Russie, partager des intérêts économiques identiques et complémentaires, s'associer dans diverses entreprises industrielles, établir de larges échanges commerciaux, utiliser les mêmes méthodes de production, appliquer les mêmes politi­ques, de gestion, développer les mêmes guerres impérialistes, s'allier pour écraser des insurrections ouvrières, ‑ Suivent quelques exem­ples de tractations commerciales qui démolissent de fait toute l'idéo­logie qui prétend qu’aujourd'hui dans le monde coexisteraient diffé­rents modes de production parmi lesquels les prolétaires auraient à choisir et défendre le moins mauvais.

 

Actuellement, des dizaines de milliers de prisonniers et d'exilés sibériens construisent le gazoduc euro‑ sibérien. La mise au travail de prolétaires en Grande‑Bretagne, France.‑ Belgique, R.F.A., Italie, au Japon, est directement liée à la production de ce gazoduc. L'impor­tance de cet ouvrage pour l'économie des Etats européens est telle que ces derniers n'ont pas craint de rejeter le boycott prôné par les U. S.A. qui eux‑mêmes ne sont pas en reste puisqu'ils viennent de reconduire l'accord céréalier américano‑ soviétique conclu en 1975 pré­voyant la fourniture d'au moins 23 millions de tonnes de blé à l'U.R.S.S. A cette occasion, Reagan déclarait que "le marché soviétique est le plus grand du monde. Nous voulons le retrouver après un embargo qui a permis à d'autres pays comme l'Argentine et le Canada de nous remplacer. Notre économie en a besoin". Le VietNam venait à peine de faire son entrée dans le camp des pays "communistes" après avoir vain­cu 1"'impérialisme yankee’’, crue son gouvernement invitait les capitaux occidentaux à investira "Le VietNam constitue le plus stable et le plus prometteur des pays de l'Asie du sud‑est (...). I1 ne craint pas aujourd'hui les millions de francs, de yens ou de dollars qui pourront s'investir sur son sol" (code des investissements au VietNam ‑1977). Ce mois d'octobre, la société IPI Trade, filiale du groupe Integrata qui appartient à J‑B Doumeng, militant du P.C.F., surnommé le "milliar­daire rouge" de l'industrie agro‑alimentaire, a signé avec le gouver­nement du VietNam d’importants accords de troc et de coopération dans le domaine agricole. Alors que des centaines de milliers de prolétai­res crèvent dans les camps de rééducation, dans les Boat People et que le restant de la population est sous‑alimentée, le VietNam s'est engagé à livrer cent mille tonnes de riz et cinq cent mille tonnes de charbon par an à cette société. Cuba, le modèle de tous les pseudo ­révolutionnaires; nationalistes et tiers‑mondistes, des sandinistes aux guerilleros de Namibie, vient d'ouvrir ses frontières aux capitaux étrangers, après avoir livré aux U.S.A. des milliers de "mauvais élé­ments'". Désormais la loi autorise la création d'entreprises mixtes sous forme de sociétés anonymes aux actions nominatives dont les ac­tionnaires étrangers seront exemptés de l'impôt sur les bénéfices bruts. Cettéioi sur les investissements étrangers fait miroiter les avantages spécifiques de Cuba. jamais de grève (sous peine de prison), coûts salariaux extrêmement bas, ... La Chine est le plus gros propriétaire foncier de Hong‑ Kong où elle se fournit pour près de 40% en devises fortes. En créant des "zones économiques spéciales’’ (ZES), le gouver­nement chinois cherche à attirer les capitaux là où le coût de la for­ce de travail est très faible, en reprenant l'exemple des expériences de Singapour, des Philippines et de Taiwan. Ainsi dans la nouvelle zone de ShenZhen, la HopewEll China Développement, une des plus impor­tantes sociétés de la colonie anglaise de Hong‑Kong, s'est vu attri­buer les travaux d'aménagement de l'infrastructure de cette zone. Plus de 30.000 ouvriers du bâtiment ont été déplacés de l'intérieur du pays sur place; les salaires de ces ouvriers sont ridiculement bas par rap­port à ceux de Hong‑Kong et les ouvriers déportés de force, préfèrent être exilés en Sibérie que dans ces nouvelles zones. Durant ces deux dernières années, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique du Sud ont atteint le niveau de 500 millions de dollars. Pékin fournit à Pretoria un large éventail de produits: depuis le pétrole et l'ura­nium jusqu'aux équipements spéciaux de police: Une étude réalisée en 1979 révélait qu'environ trois cents sociétés détenues par des entre­prises d'Etats de l'est travaillaient à l'ouest et environ cent qua­tre vingt cinq dans les pays d'Afrique et d'Amérique du sud. Les "multinationales rouges" ne sont pas simplement des sociétés commerciales ou de service qui écoulent avant tout des marchandises produites à l'est; partout où la force de travail est bon marché, elles se sont lancées dans la production, installant des usines et des machines clés sur porte. Des entreprises polonaises sont établies dans tous les pays de l'ouest africain; une importante usine textile polonaise fonctionne en Iran depuis l'époque du Shah. La Hongrie a investi massivement dans l'industrie textile et pharmaceutique en Inde, au Pakistan et en Grèce. Toutes ces entreprises sont menées en association avec des sociétés dites privées. La banque commerciale pour l'Europe du Nord, propriété du Comecon a multiplié par 150 le total de son bilan annuel en jouant le jeu de la concurrence et en trouvant les deux tiers des fonds qu'elle utilise dans des sociétés occidentales.

 

Tous ces exemples illustrent le fait que les sociétés "anonymes" et les entreprises "publiques", les sociétés "nationalisées" et les "multinationales'', les capitaux "privés" et les capitaux "d'Etat", de l'est et de l'ouest, se marient s'affrontent, s'associent, se bouf­fent, dans un même mouvement d'accumulation et de concentration du capital dont le moteur est la valorisation. Ce qui importe, c'est uni­quement la capacité d'extraire un maximum de survaleur du travail des prolétaires. La loi de la valeur qui domine totalement l'activité hu­maine a établi partout le travail salarié, développant un immense et même marché à l'échelle planétaire, une incessante guerre dont les prolétaires sont les pourvoyeurs et les victimes.

 

"Ces contradictions provoqueront des explosions, des cataclysmes et des crises au cours desquelles les arrêts momentanés de travail et la destruction d'une grande partie de capitaux ramèneront, par la violence, le capital à un niveau d'où il pourra reprendre son cours. Ces contradictions créent des explosions, des crises, au cours desquelles tout travail s'arrête pour un temps, tandis qu'une par­tie importante du capital est détruite, ramenant le capital, par la force, au point où, sans se suicider, il est à même d'employer de nouveau pleine­ment sa capacité productive.

Cependant, ces catastrophes qui le régénèrent ré­gulièrement se répètent à une échelle toujours plus grande et finiront par provoquer son renversement violent." (Marx ‑ Grundrisse)

 


CE15.3.3 Nous soulignons: Aperçu du marché capitaliste mondial