Sans cesse, tous les discours, ceux des médias, de la presse, nous répètent que nous vivons dans une "société de consommation" comme si elle existait réellement. La consommation entendue comme "satisfaction des nécessités humaines" ne signifie rien par rapport à la réalité de la société capitaliste. Les fondements essentiels de cette société ne correspondent pas à la satisfaction des besoins humains, ils en sont même en totale contradiction. La seule consommation réelle actuelle est la consommation productive du capital résidant dans l'achat de la force de travail, des moyens de production et la consommation du processus de travail, le tout faisant partie du processus de valorisation ayant pour but la production toujours plus grande de capital. La consommation productive s'explique donc par la production de marchandises dans la mesure ou celles‑ ci produisent plus de capital. La société n'est donc pas de "consommation", mais de production et reproduction du capital. La consommation, les consommateurs sont des points de passage nécessaires à la société pour qu'elle arrive à sa finalité: la production, la valorisation.

Il n'y a pas de société de consommation sous le capital alors que  celui‑ ci affame des millions d'hommes, les dépossède de logement, du minimum vital, nécessité invariante et même chaque fois accrue, de l'accumulation  capitaliste. C'est la large majorité des prolétaires du monde qui sont ainsi totalement démunis; quant au reste du prolétariat urbain et rural, il est tout autant privé de consommation. Son salaire de misère ne lui permet que de consommer le nécessaire pour reconstituer sa force de travail; il ne s'agit même pas de satisfaire ses besoins humains, mais bien ceux propres au capital, propres à lui permettre de reprendre une nouvelle journée de travail, tels la télévision, la voiture, la caravane, ... La société n'est donc pas de "consommation" ni pour les prolétaires à qui il n'est n'est même pas permis de se nourrir, ni pour ceux dont le salaire ne leur permet pas de se payer des objets luxueux dont lui fait rêver le capital. Ce n'est pas plus une société de consommation pour la petite bourgeoisie même si celle‑ ci possède un plus haut niveau de consommation et peut se permettre d'exhiber son luxe. Tous ces secteurs sont néanmoins perpétuellement frustrés face à l'impressionnante croissance des "besoins", à la multiplication infinie de nouveaux gadgets produits par le capital. Dès lors, ceux dont le pouvoir d'achat est limité sont considérés comme "pas à la mode". Ce genre de contraintes auxquelles est soumise la grande majorité des "consommateurs" n'est en fait que la reproduction des rapports sociaux capitalistes (1). Dans ces conditions, le prolétariat ne pourra jamais consommer ce qu'il veut. Il sera toujours soumis à l'insatisfaction, la privatisation, non par rapport à ses propres désirs ‑étant donné que la consommation n'est pas conçue pour les satisfaire‑ mais par rapport à la consommation des capitalistes dont il est privé, exclu.

Cette société dite de consommation, est en réalité basée sur la production  de valeur. Ceci se concrétise dans le fait que n'importe quel avion, missile, tank,... ou autre machine de guerre en bon état, est abandonnée endéans la décennie, révélant par là l'aspect de revalorisation du capital. Toutes ces dépenses et bien d'autres encore pourraient solutionner la famine de milliers d'hommes, pourraient règler le problème de la "consommation" de tous les êtres humains. Mais il n'en est pas ainsi, au contraire.

Etant donné que les capitalistes disent consommer ce qu'ils veulent, on pourrait affirmer qu'au moins pour eux existe une société de consommation. C'est également faux. Malgré le fait que les lois et normes régissant la consommation émanent des capitalistes et que ceux‑ ci conditionnent la consommation de toutes les classes et couches sociales, cette affirmation reste fausse et cela pour deux raisons: la première, c'est que, ce n'est pas en tant que consommateur que le capitaliste décide des normes de sa consommation, il établit celles‑ ci en tant que gestionnaire du capital; ce qui va déterminer le choix du capitaliste en ce qui concerne la forme, le contenu, la quantité de la consommation est principalement la production de marchandises. Ce qui détermine la production n'est donc pas la satisfaction des besoins humains (la valeur d'usage n'étant qu'un support à la valeur) mais par contre, tout ce qui fait accroître le taux de profit. La seconde est que tout ce que le capitaliste acquiert comme propriétés, objets de luxe,... ne constitue en fait que les dépenses de représentation du capital. En effet, ce que consomme le capitaliste et sa famille n'est qu'une partie de plus‑ value en train de se réaliser et pour laquelle il est nécessaire qu'elle prenne une forme de "luxe" permettant ainsi au capital global de continuer son processus de valorisation. Il s'avère donc que même pour les capitalistes, la société n'est pas de "consommation" mais bien de valorisation, de production de valeur. La société de consommation est donc un mensonge intégral qui correspond bien à la véritable nature du capital.

Les marchandises changent continuellement d'aspect: les marques, les couleurs, les quantités,... afin de susciter la tentation, de pousser à l'achat. Toutes ces marchandises constituent donc une partie du cycle de valorisation et malgré le fait que le besoin en a été créé chez les gens, la plus grande partie de ces besoins doivent être détruits. De toute façon la bourgeoisie dira toujours que tout a été conçu pour satisfaire les besoins humains,… pour être consommé. Mais quelles que soient les forces politiques, partis ou syndicats, bourgeoises qui définissent comme but de la vie celui de produire et de consommer, elles se servent de ce mensonge pour maintenir les esclaves salariés en état de travailler. D'aucune manière la bourgeoisie ne dira qu'elle tire profit de ce système de production de valeur, elle présentera toujours sa production comme devant servir une "consommation de masse". De même que la bourgeoisie cachera toujours que du travail non‑ payé, du sur‑ travail du prolétariat, elle tire un profit incontestable, elle dira que le travail sert à consommer. Dans la vision du capital, la société de consommation donne à nos besoins une entière satisfaction, il n'est donc pas nécessaire de la transformer. Pour la classe ouvrière qui ressent le plus l'insatisfaction de ses besoins, qui n'a rien à perdre dans cette société, la satisfaction de ses besoins passe par sa lutte pour la destruction de cette société dite de consommation, par la lutte contre le capital, pour l'instauration de sa dictature de classe qui détruira les marchandises, l'échange, la valeur, le salariat,,... pour établir la communauté des biens et des personnes, la satisfaction des besoins humains.

(1)       Niant ces rapports de classes, le capital se présente comme son opposé, comme une société de production d'objets ayant pour but la satisfaction des nécessités humaines ‑la super abondance‑. Toute une série de groupes ont fait la critique du monde de la marchandise, tels les situationistes; mais leur critique se borna à, superficiellement, décrire/détruire les ma­nifestations de la production capitaliste et non leurs fondements réels. Ce qui est particulièrement exceptionnel dans l’œuvre de Marx, c'est d'ê­tre sorti de ce monde spectaculaire de la marchandise pour entamer la des­cription réelle du capital et de sa mort inéluctable. Sans ses dehors des plus prétentieux, derrière cette "société du spectacle", le capital est présenté tel qu'il est.


CE14.4.2 Nous soulignons: "Société de consommation"