"Si aujourd'hui, en Pologne, le mouvement ouvrier a perdu une bataille, contre tous les espoirs bourgeois, il n'a pas perdu la guerre." (Le Communiste n"13 ‑ mars 1982)

Comme nous le disions dans le précédent numéro de cette revue, le prolétariat en Pologne est loin d'être définitivement battu. Il continue à affronter toutes les crapules bourgeoises: Solidarité, le POUP, les milices, la ZOMO, etc. Nous prédisions aussi que Solidarité qui, avant le coup d'état avait perdu pratiquement tout crédit, le retrouverait dans la clandestinité. Cela s'est aussi vérifié.

Même si les manifestations se font aux cris de "solidarité avec Solidarité", les méthodes utilisées ‑sabotage de la production, affrontements violents avec les flics, etc‑ expriment une désolidarisation d'avec l'intérêt de la nation et donc d'avec Solidarité.

Par la bouche de Sewezyn Jaworski, dans le bulletin clandestin "La voix du métallurgiste libre", Solidarité dit: "Il ne faut entreprendre aucune action irréfléchie. J'appelle, comme je l'ai toujours fait, à la raison. Notre devoir est de conduire Solidarité à la victoire contre le mal et la violence, mais les méthodes dont nous devons nous servir ne peuvent pas être celles qui sont pratiquées par nos tortionnaires". "Contre la violence il n'y a que notre solidarité. Je sais comme vous tous que nous aurons affaire à des provocateurs, mais j'ai foi que vous n'y céderez pas". Dès que Solidarité est un minimum recrédibilisé, il recommence ses appels au calme et se prépare à dénoncer les "provocateurs" c'est -à‑ dire les ouvriers les plus combatifs. Tels les chrétiens du passé dans la fosse aux lions, pour Solidarité, il s'agit, sur base du "ils nous torturent mais nous sommes dans notre juste droit", de convaincre les ouvriers de laisser le monopole de la violence à l'Etat. Solidarité sait que tant que les ouvriers se battront, son Etat, l'Etat bourgeois, ne pourra terminer la répression commencée. Il faut croire que la classe ouvrière ne veut pas "conduire Solidarité à la victoire", qu'elle a compris que face à la violence permanente de la société capitaliste il n'y a que la lutte de classe intransigeante qui peut répondre. La classe ouvrière n'a pas attendu les "provocations" pour, par- dessus Solidarité, affronter l'Etat bourgeois.

Le 2 février à Gdansk, des manifestants ont crié des slogans hostiles à l'Etat et ont ensuite attaqué des bâtiments publics. Le 13 février, des groupes d'étudiants, de lycéens et de personnes n'étant ni étudiants ni employés, se sont battus avec les forces de l'ordre. Les 2 et 3 mai, c'est dans toute la Pologne que des mouvements durs éclataient. A Varsovie, il a fallu 12 heures aux forces de l'ordre pour reprendre le centre ville. Devant la détermination des prolétaires armés seulement de pierres, les flics ont été obligés de sortir les grenades lacrymogènes, les autos‑ pompes et les chars. A Szczecin et à Varsovie, les affrontements ont duré trois jours et la bourgeoisie a dû isoler les deux villes. Le 13 juin, des manifestations violentes se sont produites dans plusieurs villes de province. A Wroclaw, une manifestation a duré 14 heures. Après un premier affrontement, les manifestants se sont scindés en petite groupes très mobiles et ont harcelé les flics et ce jusqu'à deux heures du matin. A Cracovie, le même jour, dans les quartiers ouvriers de Nowa‑ huta, les manifestants ont attaqué les miliciens, ils ont ensuite dressé des barricades et attaqué un commissariat.

Après le 3 mai, Solidarité a tenté de transformer la volonté d'en découdre en "provocations policières", ce qui justifie qu'il réprime lui‑ même les ouvriers combatifs. "La démonstration du 3 mai a eu un caractère spontané". "Ceux qui ont lancé des détachements de ZOMOS déchaînés et drogués contre une manifestation pacifique, qui envoyaient des groupes spéciaux de la milice et de la SB pour provoquer les gens et endommager la ville,... ‑portent la pleine responsabilité de la transformation d'une marche pacifique en bagarres de rues." Depuis toujours, la bourgeoisie utilise cette accusation pour condamner les affrontements. Pour elle, ce ne sont jamais  les ouvriers qui se battent; il ne peut s'agir que d"autonomes", de "voyous", de "provocateurs",...  Et cela parce que le seul fait de reconnaître  que c'est la classe ouvrière qui se bat, qu'il y a lutte de classe est déjà trop subversif. Solidarité ajoute: "Les événements du 3 mai, en aucun cas n'ont été ni inspirés,  ni appuyés par la direction régionale". Il est évident que ce n'est ni la direction régionale ni rien d'autre dans Solidarité qui eut appuyé ou inspiré la lutte puisque Solidarité travaille systématiquement à la briser. Solidarité dit enfin: "Au lieu de dresser des barricades et de jeter des pierres (reconnaîtrait‑ il que les ouvriers jettent des pierres ?) opposons- nous aux autorités en refusant de façon solidaire (eux qui se désolidarisent  clairement des ouvriers qui luttent n'ont que ce mot à la bouche où il devient une injure au prolétariat puisqu'il sert à briser toute réelle solidarité de classe) de collaborer avec elles" (bel exemple de collaboration  ) : "Ne nous laissons pas manipuler par le régime, refusons de participer à la montée de la haine et de la terreur. Prenons part aux manifestations de protestation massives organisées par les représentants légaux du syndicat, comportons‑ nous avec calme, discipline et dignité, ne nous laissons pas provoquer" (comité de résistance sociale Soli­darité).

Mais les flots de bile que Solidarité déverse sur le mouvement ne peuvent rien empêcher. L'austérité imposée par le capital et qui est avant tout subie par les prolétaires, aggrave sans cesse nos conditions de vie et donc notre haine de classe. Les prolétaires veulent participer à "la montée de la haine et de la terreur" parce qu'ils ont compris qu'aujourd'hui, comme hier, mais avec plus de force, c'est classe contre classe, terreur rouge contre terreur blanche!  Pour empêcher la bourgeoisie de nous terroriser, nous devons terroriser la bourgeoisie. Pour ne pas être immolé sur l'autel du profit, pour ne pas être étouffé dans le marais de la réforme et du compromis, le prolétariat en Pologne ne peut plus se contenter de passer par‑ dessus Solidarité, il faut le détruire! La destruction du capital passe par la lutte contre Solidarité, le POUP, l'Eglise, contre tout l'Etat bourgeois, par la généralisation de la lutte par‑ dessus toutes les frontières.

Contrairement à tous les espoirs bourgeois, les événements de Pologne ne marquent pas la fin mais le début de la vague de luttes en Pologne et dans le monde.

 


CE14.4.1Nous soulignons: Pologne: La lutte continue