FRANCE : LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE

POLICE : Les crédits de la police augmentent de 19,7%; 6.000 nouveaux policiers supplémentaires entreront en service en 1982. Les forces de l'ordre seront également mieux équipées, afin, com­me le dit Deferre, "de donner aux policiers les moyens de leur action". Ainsi, 10.000 revolvers 357 Magnum seront commandés contre 7.000 en 1981; 1.000 gi­lets pare ‑ balles centre 650; "les pistolets mitrailleurs seront remplacés par une arme à la fois plus efficace et plus sûre: le fusil de chasse de police ou Riot Guns, ceux qu'utilisent les soldats anti ‑ émeutes de Tatcher.

AFFAIRES : Le programme "SAWART" de ventes d'armes maritimes à l'Arabie Saoudite procurera plus de 8 millions d'heures de travail aux arsenaux et chantiers naval; (20.000 salariés) ainsi que 10 millions d'heures aux fournisseurs et systèmes d'armes, les entreprises publi­ques nationalisées: SKIAS, MATRA et THOMSON‑ CSF. Dorénavant les chantiers na­vals seront directement associés à la production militaire. Grâce aux 14 mil­liards de FF que rapportera le contrat, la France aura la possibilité de pour­suivre la construction du Mirage 4.000 de l'entreprise nationalisée Dassault. (Le gouvernement socialiste avait déjà décidé de reprendre la construction de nouveaux sous ‑ marins nucléaires). Le gouvernement français est actuellement en pourparlers avec la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, l'Inde (où l'Etat vient de réprimer sanguinairement des grèves et manifestations ouvrières), le Nicaragua, l'Irak, etc., pour vendre du matériel destiné aux forces de l'ordre de ces pays. La lutte pour sauver l'économie nationale et abaisser le taux de chômage se paie de ces plomb et atomes.

SALAIRES : R. Barre: "Je salue la politique de modération salariale appliquée ces derniers mois en France et directement inspirée de la politique que j"ai menée" (Le Monde du 31/1/1982). La réduction du temps de travail décrétée par les socialistes et "communistes" a pour objectif unique d'augmenter les profits des entreprises françaises au détriment des ouvriers. Mitterand "réussit" ce que Giscard n'est pas parvenu à réaliser entièrement: l'augmentation des cadences, l'extension du travail

posté en feux continus avec la cinquième équipe de travail et l'extension ra­pide du travail en équipes doubles et chevauchées. Les machines tourneront à plein rendement et la machine sociale connaîtra de moins en moins de sommeil.

Ces prétendues mesures ouvrières; ce sont les restructurations et la concen­tration du capital qui les imposent. Les investissements en robotique et en informatique rendent nécessaire le travail continu pour rentabiliser le maté­riel; les nouvelles techniques de production augmentent l'intensité du travail grâce à l'accélération du procès de production et au contrôle plus rigoureux et sévère de l'exercice du travail. La chasse aux temps morts et la mobilité des équipes permettent d'adapter l'emploi des forces de travail aux conditions de production de crise. Les heures supplémentaires, le travail de nuit et le travail du week ‑ end sont normalisés et banalisés, ce qui représente une écono­mie de salaires.

Comme le répète le ministre du travail et les syndicats, "le surplus né de la croissance ne peut être utilisé à la fois pour améliorer le pouvoir d'achat et pour créer des emplois". Non seulement la gauche impose une baisse du salaire relatif, puisque toute réduction du temps de travail doit être accompagnée d' une augmentation de la productivité, mais avec "le plan pour les 35 heures en 1985", ils veulent faire passer la diminution du salaire réel comme le principe de la "solidarité" entre les ouvriers. Derrière la soi ‑ disant alternative: ou le chômage ou la répartition du travail, une même constante persiste, la baisse absolue de la masse salariale, ce qui représente une mesure de plus pour sou­mettre le prolétariat à l'économie nationale, à l'Etat capitaliste.

 

LE TRAVAIL SALARIE ET SES IMMIGRES

Les gauchistes et humanistes progressistes ont découvert, dans les condi­tions de vie misérables des ouvriers immigrés, matière à dénoncer l'injustice qui frappait ces "défavorisés"; comme le monde serait meilleur si tous les ou­vriers étaient traités comme les prolétaires occidentaux soi ‑ disant privilégiés) (aujourd'hui en pleine crise, la solidarité serait de partager quelques­- uns de ces "acquis sociaux" qui font la crédibilité du développement capitalis­te).

Mais face à cette idéalisation des rapports sociaux capitalistes, s'oppose la terrible réalité: tous les Etats vendent et achètent des forces de travail pour développer l'économie nationale et l'ouvrier n'est rien d'autre qu'une mar­chandise destinée à être importée ou exportée. Les déclarations du gouvernement pakistanais sont éloquentes à propos de ce marchandage: "L'investissement

en Capital humain est un produit commercialisable dont la rentabilité et le statut sont élevés; les exportations de ressources humaines, en plus du fait qu'elles soulagent le marché du travail national, fournissent de bonnes per­spectives de gains en monnaies étrangères". De fait, les 1.500000 Pakistanais employés au Koweit rapatrient un demi milliard de dollars en devises. Pour pré­venir toute grève et désordre (comme les grèves du bâtiment qui ont été répri­mées par l'armée en 1978 au Koweit), il est de plus en plus courant que les ou­vriers immigrés soient logés dans des camps de travail et renvoyés dans le pays d'origine à la fin du contrat.

Ainsi en est ‑ il des 500.000 Vietnamiens déportés dans les régions de Sibérie; mais de plus ces prolétaires ne toucheront que 40% de leur salaire, les 60% restants étant versés directement à la Russie comme remboursement de la dette vietnamienne!!! Les 400.000 travailleurs vendus par la Chine à la société "ITAL­ SAT" (génie civile italienne) pour réaliser des travaux de constructions en

Afrique, ne seront pas rémunérés directement par les Italiens, mais ceux ‑ ci paieront l'équivalent des salaires à la Chine qui n'en renverra qu'une partie! Au Proche ‑ Orient où travaillent plus de trois cent mille ouvriers immigrés, (principalement des asiatiques et des indiens, la semaine de travail pour les

Thaïlandais et autres Coréens est de 72 heures, alors que la journée légale est de 48 heures; le salaire moyen de ces ouvriers oscille autour de 7.OOOFB alors que le minimum vital est évalué à 21.OOOFB.

Le système capitaliste reproduit, développe et généralise le trafic du bétail humain dans toutes les parties du globe. La norme c'est le déracinement, les déplacements planifiés des forces de travail selon les nécessités du Capital, les décalages entre les divers niveaux de vie des prolétaires. Chaque " inégalité" entre les salaires, entre les conditions de travail apparaît comme indispensables et à la source d'un resserrement de la chaîne qui opprime le prolétariat mondial (les soi ‑ disant privilèges servent d'appâts aux immi­grants et la concurrence accrue qui survient de l'afflux des prolétaires ra­vale sans cesse les conditions de vie des indigènes).

Les communistes ne considèrent pas comme injuste ce qui s'avère être en fait la justice sociale capitaliste. Ils mettent en avant les intérêts com­muns de tous les prolétaires. Les différences de salaires, de statuts, de ni­veaux de vie ont pour unique cause le salariat (pas de salariat sans capital) et entraîne le même effet: la dégradation des conditions de vie de tous les prolétaires!

 

LE "SOCIALISME" DES SANDINISTES

Nous avons toujours dénoncé la "révolution sandiniste" comme le produit et l'agent de la contre ‑ révolution, défendant des intérêts bourgeois antagoni­ques à ceux du prolétariat. Après deux ans de ce "socialisme".

Après deux ans de "libération nationale", la situation des prolétaires n'a pas cessé de se dégrader, poussant les ouvri­ers à reprendre le chemin de la lutte contre l'Etat bourgeois et ses larbins. Faute d'une direction communiste, le prolétariat apprend à travers d'énormes souffrances ce que les révolutionnaires ont toujours défendu: que l'ennemi était autant Somoza que les Sandinistes et autres libérateurs de patries.

A la fin de l'année 1980, la milice populaire avait déjà noyé dans le sang les luttes des ouvriers de Bleefields qui luttaient pour l'amélioration de leurs conditions de vie. En 1981, après avoir réprimé les grèves du secteur public, la Junte "révolutionnaire" a décrété l'état d'ur­gence économique. La nouvelle constitution prescrit que toute action qui s'attaque à la production, que toute action de sabotage de l'économie nationale est un crime contre l'Etat, passible de fortes peines de prisons... En ce début d'année 1982, l ' Etat n'a pas hésité à déporter plusieurs milliers d'Indiens Miskitos qui s'étaient soulevés contre le pouvoir. Enfin, l'internationalisme des sandinistes consiste à s'aligner sur Moscou et de soutenir l'Etat de siège en Pologne (cfr Barricada).

Contraints de réprimer les luttes ouvrières, les Sandinistes tentent de se re­crédibiliser et de reconstituer une unité populaire nationale par le biais d' immenses campagnes de propagande contre l'ennemi extérieur, les "rebelles" so­mozistes réfugiés au Honduras et les agents de la CIA qui menaceraient la sécurité nationale. De cette façon, tout agitateur, tout groupe subversif est identifié à un agent de l'Impérialisme; toute grève ou manifestation est au service de la réaction: "aujourd'hui la loi d'urgence économique se propose de tenir en échec les secteurs "non ‑ patriotiques" du patronat dont l'action désta­bilisatrice se combine avec celle de l'extrême- gauche".

Le consensus national en plein effritement, les Sandinistes ont un pressant besoin de renforcer l'armement des forces de l'ordre. Aux armes sovié­tiques (les mêmes qui tirent sur les ouvriers polonais) viennent de s'ajouter pour 15,6 millions de dollars de matériel militaire destiné à être "utilisé par une armée locale organisée, aussi, pour des missions de gendarmerie" (le Monde), vendu par l'Etat "socialiste" français.

Plus que jamais, le sabre et le goupillon (pas moins de huit prêtres catholiques participent au gouvernement, soit comme ministres, soit comme se­crétaires d ' Etat) s'attachent à courber l'échine du prolétariat. Les professi­ons de foi des Sandinistes qui affirmaient ne rien dépenser en armements ont fait long feu et il apparaît une fois de plus que, là ‑ bas comme ici, la surva­leur extraite par l'exploitation du travail des prolétaires ne sert qu'à ren­forcer l'oppression.

 

BELGIQUE: LE RETOUR DES LUTTES OUVRIERES !

Depuis janvier 1982, les bassins sidérurgiques de Liège et de Charleroi, les cheminots, les enseignants, les postiers,… sont en grève; pas une semaine n'a vu des milliers d'ouvriers descendre dans la rue; pas une semaine n'a vu des affrontements plus ou moins violents contre la gendarmerie ou les bonzes syndicaux qui, chacun à leur manière, essaye de briser cet important mouvement de classe. Les jeudi 11 février et mardi 16 mars, des milliers de prolétaires ont affronté à Bruxelles les flics avec leurs chevaux, leurs grenades, leurs autos pompes et véhicules blindés…

Ces luttes de plus en plus massives et radicales sont la réponse ouvrière aux multiples mesures gouvernementales qui se résument toutes à une attaque frontale contre les conditions de vie et de lutte des ouvriers. Il est chaque fois plus net que, pour aller de l'avant, pour généraliser la lutte, pour, au ‑ delà du gouvernement chrétien ‑ libéral attaquer l'ensemble du système et son Etat, le premier ennemi qui se trouve face aux prolétaires sont les syndicats. C'est à tel point vrai qu'à Namur, ce sont eux qui ont défendu les flics. Chaque fois, ce sont eux qui nous divisent, qui nous empêchent sous prétexte de responsabilité, de dignité,… de détruire ce qui nous détruit. Ce sont les syndicats qui dévient le mouvement vers le "fédéralisme", vers la "gestion commune et fédérale de l'économie en crise" ... Ce sont eux qu'il nous faut détruire! C'est dans ce contexte de lutte que notre groupe en Belgique, outre sa parti­cipation aux plus importantes actions, a notamment diffusé le tract que nous reproduisons ci ‑ après afin d'orienter le mouvement dans le sens révolutionnaire.

 

LES SYNDICATS SABOTENT LA LUTTE ! ILS NE SONT QUE LE SERVICE D'ORDRE DU PATRONAT.

ORGANISONS‑NOUS EN DEHORS ET CONTRE EUX.

RIEN A FOUTRE DU FEDERALISME, DE LA "WALLONIE" OU DE"LA FLANDRE" UNE SEULE CLASSE OUVRIERE !

AUCUN SACRIFICE !

PASSONS A L'ACTION DIRECTE, GREVE ILLIMITEE, SABOTONS L'ECONOMIE, OCCUPONS LA RUE

 

Chaque fois que nous luttons contre les baisses de salaires et les licen­ciements, que nous voulons détruire ce système pourri, que nous voulons tout casser, "sketer l' baraque", les syndicats sont là pour nous calmer, pour nous empêcher de généraliser, d'étendre nos luttes, pour nous faire tourner en rond et nous renvoyer au dodo.

A Bruxelles, à Charleroi, à Namur,... ce sont eux qui ont protégé la gen­darmerie et les flics, Ce sont eux qui dénoncent nos camarades combatifs, qui protègent la propriété, les banques, ... "Bas les pattes de l'index"' disent ‑ ils alors qu'ils acceptent de fait la dévaluation c' est ‑ à ‑ dire une baisse de 10% de nos salaires.  Les syndicats, comme le patronat défendent le capitalisme.

Les syndicats nous divisent en nous opposant à nos camarades de Flandre et d'ailleurs, en séparant ceux qui travaillent et ceux qui chôment alors que tous nous avons le même intérêt: REFUSER toutes les mesures gouverne­mentales, toutes les baisses de salaires (suppression de l'index, dévalua­tion, licenciements, ...). Ce que nous voulons tous, c'est TRAVAILLER MOINS POUR PLUS D'ARGENT !

Organisons ‑ nous pour nous défendre contre les flics.

Passons à l'action, imposons par la force, partout, la grève illimitée et sans préavis, le sabotage des stocks, de la production, envoyons partout des piquets, séquestrons patrons et syndicalistes,

VIVE L'ACTION DIRECTE !

VIVE LA GUERRE DE CLASSE !

Mars 1982.

 

LE PROCES DES SYNDICALISTES EN TURQUIE.

Cinquante deux dirigeants syndicaux de la DISK sont jugés par les tribu­naux turcs. Accusés d'avoir voulu mener le pays au chaos et imposer la dicta­ture du prolétariat (comme si les sociaux ‑ démocrates pro ‑ URSS étaient autre chose qu'un des piliers de la dictature du capital), ces hommes risquent la peine de mort. Le procès couvert par une publicité monstre fait écho aux répressions des luttes en Pologne. La bourgeoisie pro ‑ soviétique essaie de mobiliser l'opi­nion publique en faveur des libertés syndicales et des progressistes à l'Ou­est, comme si à l'Est, comme à l'Ouest, ces syndicats n'avaient pour fonction de réprimer toute velléité de lutte chez les prolétaires.

Le Capital, rapport social déterminé historiquement entre deux classes aux intérêts antagoniques, impose les lois implacables que nécessite sa sur­vie tant aux prolétaires qu'à certains de ses défenseurs. La répression a toujours frappé en même temps certaines fractions bourgeoises devenues inopé­rantes et les ouvriers qu'elles exploitaient. Mais la riposte prolétarienne à la répression doit absolument se démarquer des fractions bourgeoises opprimées afin de mener la lutte sur le terrain de l'autonomie du prolétariat contre l'ensemble des fractions bourgeoises, celles au gouvernement et dans l'opposi­tion. La DISK est une de ces fractions qui a toujours défendu l'ordre démo­cratique et qui aujourd'hui en subit les lois. En 1978 à Kahramanmaras, en 1980 à Izmir et dans toute la Turquie secouée par les luttes sociales, ceux qui aujourd'hui sont jugés, se sont désolidarisés des combats prolétariens, les ont sabotés par leurs appels à l'unité nationa­le, par leur appui au gouvernement démocratique (qui avait décrété l'Etat de siège dans 18 provinces et promulgué des lois d'exceptions "anti ‑ terroristes"). Ce syndicat a condamné et dénoncé des camarades qui organisaient la riposte aux mesures d'austérité ainsi qu'aux corps répressifs de l'Etat (flics et groupes para ‑ militaires); lors des grèves et émeutes armées qui s'étaient dé­clenchées à Izmir, il a sabordé la solidarité ouvrière en promulguant la repri­se du travail alors que les luttes s'étendaient à l'ensemble du pays. Du banc des accusés, la DISK ne cesse de revendiquer son attachement loyal à la constitution, à l ' Etat.

Les ouvriers qui se sont battus durant ces cinq dernières années dorment par milliers six pieds sous terre; plus de 80.000 croupissent actuellement dans les geôles de l'Etat; d'autres ont tout abandonné et fuient en exil la répression et la torture. C'est à ces prolétaires que s'adresse la solidarité des communistes, à ceux qui dans les faits, par leurs actions illégales, inci­viques, déloyales ont porté des coups bas à l'Etat turc, son parlement, ses syndicats, ses flics. Aucune pitié donc avec ceux qui désarment notre classe; il nous faut au con­traire dénoncer leurs activités criminelles afin de les combattre, là ‑ bas comme ici !

"Mais ces ouvriers de la Masse, ces ouvriers communistes, qui travaillent dans les ateliers de Manchester et de Lyon par exemple, ne font pas l'erreur de croire que la "pensée pure" les débarrassera de leurs patrons et de leur propre abaissement pratique. Ils ressentent très douloureusement la différence entre l'être et la pensée, entre la conscience et la vie. Ils savent que la propriété, le capital, l'argent, le travail salarié, etc., ne sont nullement de simples créa­tions de leur imagination, mais des résultats très pratiques, très concrets de l'aliénation de leur être, qu'il faut donc les abolir de façon pratique, concrète, pour que l'homme devienne homme non seulement dans la pensée, dans la cons­cience, mais dans l'être de masse, dans la vie.

Marx ‑ "La Sainte Famille" ‑ 1844.

 


CE13.3 NOUS SOULIGNONS