PREMIERE PARTIE INTRODUCTIVE : CONNAÎTRE LES GENDARMES DE L'ORDRE CAPITALISTE MONDIAL

CONNAITRE L'ARMEE, DÉTRUIRE L'ARMEE


Pour les révolutionnaires, il est fondamental de connaître l'armée. Ce sont toujours les armées qui prennent de l'avance sur le reste de la société, préfigurant les évolutions, les changements des contradictions dans les structures sociales, dans les structures productives et distributives, elles constituent le secteur le plus dynamique de l'économie, celui en fonction duquel toute la science est conçue, directement expérimentée et appliquée. Aujourd'hui plus que jamais, toute l'économie capitaliste est économie de guerre, économie de l'armée.


De même, l'état de santé de l'armée exprime d'une façon remarquable l'état du développement de la lutte de classes. Une armée nationale saine et forte, unie et disciplinée, marque la subordination totale du prolétariat à l'Etat bourgeois, sa disparition de la scène historique comme parti indépendant et donc la domination totale des intérêts de la bourgeoisie, intérêts que chaque ouvrier sous l'uniforme est disposé à défendre avec son sang. Une armée où prédominent l'indiscipline permanente, la difficulté à recruter, les révoltes contre les ordres des officiers, ... marque sans aucun doute l'antagonisme des intérêts entre la bourgeoisie et le prolétariat, la tentative de réémergence historique de celui-ci, la nécessité et la possibilité pour le prolétariat de s'organiser en force pour détruire l'armée. Enfin, une armée qui ne fonctionne plus parce que les soldats cessent de répondre à toute discipline nationale transmise par les officiers, s'organisent avec leurs frères de classe dans des associations strictement prolétariennes en dehors et contre l'armée (1) pour affronter leur propre bourgeoisie, marque le sommet d'une crise politique que le prolétariat pourra transformer en insurrection triomphante si sa direction est solidement révolutionnaire, communiste.


(1) Il va de soi que cela n'exclut pas la propagande contre l'armée réalisée à l'intérieur même des casernes ou sur les navires (à l'intérieur des "boîtes" des ouvriers sous l'uniforme), le maintien des conseils ou autres organisations des soldats. Au contraire, le mot d'ordre : organisons- nous en dehors et contre l'armée, ­comme celui : organisons- nous en dehors et contre les syndicats, trouve aussi son développement dans l'organisation des ouvriers et soldats sur leurs lieux de réclusion et de travail, organisations qui seront reliées aux organisations territoriales du prolétariat.
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Des décennies de prédominance de l'idéologie bourgeoise parmi les ouvriers nous obligent, même au sujet de ce thème particulier, l'armée des Etats- Unis d'Amérique, à rappeler l'abc des positions communistes. Aujourd'hui, même si certains de nos lecteurs trouveront cela une redite, nous répétons que, pour les révolutionnaires, il ne s'agit pas de conquérir, de démocratiser ou de réformer les armées, les polices, …mais de DÉTRUIRE TOUTES LES ARMÉES ET POLICES DU MONDE. Cette clarification reste cependant insuffisante si nous ne spécifions pas que cette destruction est impossible sans L'ORGANISATION MILITAIRE DU PARTI RÉVOLUTIONNAIRE DU PROLÉTARIAT POUR L'ÉCRASEMENT DE L'ENTIÈRETÉ DU CORPS DES ARMÉES, contrairement à l’œuvre des pacifistes qui n'amène jamais à autre chose qu'à remettre et assurer le monopole terroriste de la violence aux mains de l'État bourgeois.
Aujourd'hui, ce pacifisme se cache sous maintes formes qu'il faut toutes démasquer et particulièrement celui qui a coûté le plus de vies ouvrières, le plus socialiste, radical, qui agit au nom de la révolution pour convaincre les ouvriers d'une idée totalement fausse et imbécile de la révolution. Ces pacifistes radicaux, les pires, peuvent même admettre, comme le faisait la sociale- démocratie au début de ce siècle, que la révolution prolétarienne a besoin d'utiliser la violence, qu'il faut détruire les armées, etc. et même qu'il faut faire une campagne antimilitariste, mais ils continuent à répandre l'idée démontrée fausse des centaines de fois, selon laquelle l'insurrection et la destruction de l'armée se font le jour où les soldats n'obéissent plus, où ils emprisonnent et/ou tuent les officiers, rien de plus. (D'une façon ou d'une autre, cette idée est entretenue par tous les gauchistes, la IVème Internationale, les grandes organisations anarchistes, le Courant Communiste International, ...).
Sans être exhaustifs, nous disons contre ces pacifistes que:
- la destruction de l'armée bourgeoise par la rébellion des soldats contre les officiers ne peut s'opérer du jour au lendemain sans la direction volontaire qui organise la centralisation dans le temps et dans l'espace des centaines de petites actions de terrorisme ouvrier, de désertion, de fuite, d'insubordination, de rébellion, de prise d'otages, de liquidation physique des officiers, etc., préparation de longue haleine (1) pendant laquelle la nécessité de l'organisation révolutionnaire s'impose et prend racine parmi les soldats.
- la destruction de l'armée bourgeoise implique nécessairement des batailles militaires entre les forces organisées par le parti du prolétariat et les forces répondant au parti de l'ordre. Et comme il est évident que les soldats de l'armée blanche seront des "pauvres" (jamais on a vu dans le capitalisme une armée formée par des "riches"), les différentes forces du parti feront une propagande et une agitation appelant les soldats à déserter l'armée blanche et à rejoindre l'armée de la révolution, mais pour triompher, cela doit être inscrit dans une stratégie d'anéantissement de l'ennemi.


LE GRAND GENDARME DE L'ORDRE CAPITALISTE MONDIAL.

Il n'est un secret pour personne que l'armée nord-américaine et l'armée russe constituent les deux plus grands gendarmes du maintien de l'ordre, de l'oppression, de l'exploitation, de la famine et de la misère qui existent dans le monde entier.

(1) Attention nous ne nous référons pas nécessairement à un nombre d'années étant donné que la guerre sociale entre les classes peut faire mûrir en quelques mois des questions qui, dans d'autres circonstances, ont demandé des siècles.
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Elles sont présentes partout avec leurs armes, leurs instructeurs (véritables formateurs de tortionnaires), leurs munitions, leurs financements et aussi avec leurs forces d'intervention directe. Appartiennent évidemment à cette dernière catégorie les interventions faites par les armées subsidiaires des Etats alliés ou/et sous leur contrôle total: celles de Cuba, d’Ethiopie, d'Israël, du Vietnam, de France, de Chine, etc. Dans tous les cas, les armées ont le double rôle contre- révolutionnaire de réprimer directement la lutte prolétarienne et de développer la guerre impérialiste.
Ainsi, l'armée américaine dont nous nous entretenons exclusivement dans cet article, n'est pas simplement une armée destinée à combattre l'autre bloc impérialiste, elle a depuis longtemps servi à réprimer directement des luttes et émeutes ouvrières dans le monde entier comme l'armée française en Afrique, l'armée russe dans les pays de l'Europe de l'Est, etc. ; elle a dû être employée directement des centaines de fois pour liquider par la terreur une situation sociale explosive et réimposer le sinistre ordre du profit capitaliste. Il v a de soi, que dans tous les cas, une fraction particulière de la bourgeoisie en a spécialement bénéficié (1) mais du point de vue qui nous intéresse, du point de vue de classe, il s'agit presque toujours de venir en aide aux corps répressifs nationaux contre le prolétariat. Ainsi, dans la seule Amérique Latine, l'armée nord- américaine a fait presque 200 interventions directes (entre 140 et 197 selon le type de critères employé ou selon les sources d'information) dont la plupart concordent avec de grands mouvements ouvriers: dans 84 % des cas, il y avait dans le pays concerné une « grande » grève généralisée et révolutionnaire" ou "une situation globale d'agitation et de terreur contre la propriété" ou "un climat général de sédition et de vandalisme" et seulement dans 16 % des cas, l'intervention peut être expliquée par la nécessité de remplacer un gouvernement par un autre, d'imposer un changement dans la politique du gouvernement (2), objectif qui, dans la plupart des cas, ne nécessite pas l'intervention de l'armée.
Nous avons choisi de nous occuper ici exclusivement de l'armée américaine qui est à la fois le gendarme des gendarmes et le modèle technologique des armées du monde (1) et qui, aujourd'hui plus que jamais, est préparée à assurer ce rôle de gendarme, de répression directe des luttes ouvrières dans le monde.

(1) Couramment on simplifie les choses jusqu'à dire qu'il s'agit de la "bourgeoisie nord- américaine" comme si le capital avait à priori des intérêts par pays. La réalité est beaucoup plus complexe et chaque guerre impérialiste locale ou générale, trouve toujours la bourgeoisie de chaque pays divisée dans les deux camps impérialistes jusqu'au moment où une fraction impose par la violence l'unité nationale à l'autre. (Dans toute phase prébelliciste il y a aiguisage de la lutte inter- fractions). Dans le cas que nous consi­dérons maintenant, il convient de savoir que la fraction de la bourgeoisie purement "nord- américaine" qui est exclusivement intéressée à protéger l'es­pace d'accumulation "Etats-Unis" ne coïncide pas avec celle plus forte au niveau du capital international, celle qui produit dans des conditions plus concurrentielles et qui trouve des représentants dans tous les pays. Cepen­dant, ce sont les intérêts de cette fraction, ceux du capital plus dynamique, "progressiste", c'est-à-dire ceux du capital global, qui semblent être le principal guide des interventions directes de l'armée nord- américaine.


(2) On peut estimer correctes les diverses sources d'informations telles que l'OCLAE cubaine, Marka péruvienne, ...


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Mais n'oublions pas que l'armée russe joue exactement le même rôle et qu'elle est préparée à le jouer dans le futur et n'oublions pas que toutes les armées du monde sont doublement contre- révolutionnaires du fait de tuer des prolétaires et de les faire s’entre- tuer.
Ici, mettre en évidence la responsabilité du jeune prolétaire qui demain sous l'uniforme sera appelé à tuer ses frères de classe, est fondamentale. Prenons l'exemple de la glorieuse armée française (il en est de même pour les armées belge, portugaise, espagnole, hollandaise, ...) qui, pendant des siècles, a été et est encore aujourd'hui, un appareil de maintien de l'ordre contre- révolutionnaire; de misère et d'oppression mondiale, qui a mille fois massacré directement des prolétaires français et africains et des autres continents, dans laquelle le courageux soldat français, l'homme modèle, travailleur, père de famille, syndicaliste, bon citoyen qui porte l'uniforme pour défendre "la patrie" EST L'ASSASSIN DE NOS FRÈRES DE CLASSE, EST TORTIONNAIRE ET BOURREAU DES PROLÉTAIRES DANS LE MONDE. Mettre à nu l'identité entre ce bon soldat français et le méchant tortionnaire africain que haïssent profondément les prolétaires d'avant- garde, est un devoir fondamental des révolutionnaires. La compréhension de ce fait par un nombre chaque fois plus important de militants ouvriers constitue un pas internationaliste très important pour la destruction de toutes les armées.

DEUXIEME PARTIE : LES CHANGEMENTS « STRATÉGIQUES » DANS L'ARMÉE AMÉRICAINE.

DEPASSER LA VISION JOURNALISTIQUE

Au cours des dernières années, il y a eu une série de changements importants dans l'armée américaine, changements que nous essayerons d'analyser synthétiquement dans ce texte. Pour bien les comprendre, il faut dépasser la vision journalistique qui attribue les dits changements à l'arrivée de tel ou tel président, aujourd'hui de Reagan. Il s'agit plutôt de l'inverse: ce sont les nécessités du capital et donc de l'armée qui, en fonction des possibilités, dictent l'élection de tel ou tel type tout comme celle de Reagan aujourd'hui. La terreur et le massacre massifs du prolétariat (et de certains secteurs de l'opposition bourgeoise pseudo- radicale) au Salvador, par exemple, sont en parfaite continuité avec tout le passé: la répression anti- ouvrière, la lutte inter- impérialiste dans tous les coins du monde est la vie même de l'armée américaine depuis son existence. Ce n'est qu'en partant de cette base qui est la continuité dans le rôle de gendarme du monde entier qu'on peut comprendre ce qu'il y a derrière ce que les spécialistes considèrent comme différentes options stratégiques, de gros changements de la "riposte massive" à la "réponse flexible" et des "deux guerres et demie" en passant par la "guerre et demie" au retour aujourd'hui au globalisme, à la flexibilité et la propagande sur la disponibilité totale à "l'escalade verticale". Ces changements peuvent être relativisés, la plupart étant tactiques, répondant à la nécessité de maintenir la continuité du rôle de gendarme dans différentes situations politiques internes et internationales: ­ fortification ou affaiblissement du nationalisme, de la crédibilité du drapeau de la liberté, des droits de l'homme, etc. surtout les possibilités quantitatives et qualitatives de recrutement et de militarisation de toute l'économie.

(1) Jusqu'à présent, l'armée russe était capable de concurrencer l'armée américaine en substituant la quantité à la technologie. Selon certaines études, c'est en cours de bouleversement: l'importance relative octroyée à la technologie militaire (recherche et développement) a été considérablement supérieure en Russie pendant les dernières années et l'armée russe aurait déjà égalisé et même dépassé l'armée américaine, dans certains domaines.
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Nous arrivons ainsi à comprendre jusqu'à quel point il y a une seule ligne stratégique avec des adéquations tactiques imposées par la lutte de classes, par la réémergence de la lute du prolétariat pour le communisme,
Si on se basait sur les discours des chefs d'État ou des ministres des relations extérieures, on serait tentés de faire des similitudes, à tort, entre la politique militaire du gouvernement actuel et celle du gouvernement Nixon ou Eisenhower. La réalité est toute autre.
Dans l'après guerre de Corée, l'armée des Etats- Unis a connu deux grands bonds dans son développement: un à l'époque de Kennedy, un autre actuellement. En effet, en termes relatifs, ils marquent les deux époques où l'armée prend ouvertement la direction de la vie nationale, où le budget de l'armée croît notoirement plus vite que tous les autres, où l'on déclare qu'il faut faire intervenir directement l'armée américaine et surtout où les cadres supérieurs de l'armée deviennent de plus en plus décidés à préparer la guerre ouverte, guerre anti- subversive contre la classe ouvrière mondiale et guerre impérialiste contre la bourgeoisie qui ne respecte pas les intérêts des Etats-Unis.
En dehors de ces époques, l'armée américaine a connu un développement très relatif et même une certaine désorganisation et perte de vitesse des fractions plus militaristes de la bourgeoisie. Evidemment, l'armée américaine n'a jamais cessé d'être le grand gendarme international, mais à d'autres époques, pour des raisons internes et internationales, il y a eu impossibilité d'accroître la militarisation de la population, un relatif repli de la stratégie de guerre ouverte, au profit de la stratégie de dissuasion nucléaire, bien que les cadres de l'armée mêmes n'aient jamais été convaincus de cette stratégie.

LA RIPOSTE MASSIVE


A l'époque d'Eisenhower (1952- 1960), il y eut une importante réduction des dépenses militaires, accompagnée d'une diminution des effectifs sous l'uniforme. Cela correspondait au passage de la guerre ouverte (en Corée) à la guerre larvée c'est-à-dire à la paix impérialiste (1). L'État nord- américain avait tellement présenté le triomphe de cette guerre comme la seule possibilité pour assurer la paix, qu'une fois la guerre passée, il devenait difficile de continuer à renforcer l'armée au nom de l'imminence d'une nouvelle guerre. Au niveau des stratégies, cela correspondait à l'apogée de la tendance à développer de manière illimitée la puissance destructive des armes nucléaires pour maintenir la paix par la dissuasion mutuelle, la paix étant synonyme de MAD Destruction Mutuelle Assurée (en anglais mad signifie folie) (2). Ce bouleversement de la question militaire était considéré comme total et irréversible.


(1) Il ne faut pas oublier que la paix ne peut exister qu'en tant que phase particulière d'un monde en guerre, qu'elle présuppose la guerre, qu'elle est à la fois phase de consolidation des positions acquises et phase de préparation du passage de la guerre larvée à la guerre ouverte.
(2) Cette conception de la paix était mondiale, tous les grands hommes d'Etat la disait réaliste. "Il doit paraître très triste aux moralistes le fait que la paix ne trouve pas d'autres fondements que la terreur mutuelle. De mon côté, je serai satisfait si ces fondements sont solides." (Churchill)
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Au début des années 1950, les États- Unis étaient déjà capables d'assurer une "riposte massive" de tel ordre qu'ils pouvaient dé­molir le centre de l'appareil économique et militaire de n'importe quel ad­versaire. Comme au jeu d'échec, il suffisait, selon cette conception, de concentrer toutes les pièces fondamentales et menacer les centres névralgi­ques de l'ennemi, pour pouvoir, au préalable, s'assurer un bon rapport de forces et le faire valoir à la table de négociation où, en dernière instance, le rapport de forces entre les grosses pièces était ratifié (comme à Téhéran en 1943, à Yalta en 1945 et à Postdam en 1945) et où se disputait seulement les pions, où, mieux dit, s'imposait l'échange des pions mieux ou moins bien placés pour améliorer les positions respectives. Cela correspondait bien à une phase déterminée des rapports militaires, à la phase de la guerre que l'idéologie bourgeoise appelle la "paix", période capitaliste où, dans l'industrie de guerre, les armes de dissuasion et l'armement des pions (principalement Israël pour les Etats- Unis) prenaient une nouvelle dimension. Pour lutter contre la subversion, il fallait ne pas commettre l'erreur des vieilles puissances coloniales en déclin (comme le Portugal, la France, l'Angleterre, … et également commise par les États- Unis en Corée), erreur qui était d'envoyer des forces d'intervention directe. Il fallait par contre, développer l'armée locale,, former des cadres contre- insurrectionnels, etc. La formation relativement élitiste fait place à la première formation massive d'officiers d'armées alliées.

LA CRITIQUE ET LA FLEXIBILITÉ DE RÉPONSE

Mais cette phase de "riposte massive" n'a jamais convaincu le noyau dur des chefs des forces armées nord- ­américaines. De fait ils acceptaient l'impossibilité conjoncturelle de continuer à recruter et à préparer l'armée américaine pour la guerre ouverte; ils étaient d'accord d'assurer la destruction totale et rapide de n'importe quel ennemi grâce au développement des armes de grande portée, nais cela ne changeait pas grand chose à la question militaire ainsi que le prétendaient les adversaires à la Maison Blanche. La "stratégie de la riposte massive " oubliait la nécessité de mener effectivement des guerres d’une dimension plus petite qu'une "troisième" guerre généralisée, pour la réalisation des "intérêts de l'Amérique''. Le commandant en chef de l'armée américaine, Maxwell D. Taylor, secondé par Henry Kissinger devient à l'époque le chef des critiques de la "stratégie de la riposte massive", la considérant comme dépassée et incapable de donner une flexibilité de réponse à l'armée "pour préserver des petites paix". Selon Taylor et un secteur toujours plus important d'officiers et d'hommes d'État, il ne suffisait plus d'avoir une armée capable d'empêcher la "troisième guerre", de mener une "guerre atomique générale", il fallait être capable de répondre a des "infiltrations et à des agressions telles que celles qui menacent le Laos et Berlin". (1). Avec Kennedy à la présidence, Mac Namara comme secrétaire de la Défense, Taylor comme conseiller et président de l’état- major combiné des forces armées, la stratégie de la réponse flexible devient la politique officielle de l'armée américaine. Il s'agissait d'un projet grandiose et énormément coûteux étant donné que la flexibilité de réponse signifiait pour les cadres de la stratégie militaire, la capacité de mener des guerres de différents types à la fois. Elle ne supposait pas du tout l'abandon de la lutte pour la prédominance nucléaire, bien au contraire, à partir de ce moment, le nucléaire va être lié à la réponse flexible: "quelle que soit la violence de l'attaque de l'agresseur, il faut avoir des armes nucléaires pour l'anéantir". Il fallait donc multiplier les têtes nucléaires.

(11) Maxwell Taylor "The Uncertain Trumpet" cité par le Monde Diplomatique.

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C'est la doctrine de la « seconde frappe » qui, bien qu'elle soit un pas de plus dans la MAD du fait d'être intégrée à la réponse flexible, est déjà considérée comme moins MAD, moins "folie". En outre, la réponse flexible impliquait la préparation effective de la combinaison de cette capacité de frappe permanente avec des guerres conventionnelles ou "demi- guerres" et/ou des luttes contre- insurrectionnelles. Il devenait donc indispensable de préparer l'armée à mener une guerre conventionnelle en Europe, une autre en Asie orientale et une demi- guerre, un conflit limité contre la subversion ailleurs. C'est ce qu'on appela à l'époque la doctrine des "deux guerres et demie". Les deux guerres supposaient l'implication directe des plus puissantes armées du bloc russe, la demi- guerre était conçue comme une intervention rapide contre les mouvements insurrectionnels, contre des grévistes, terroristes, n'importe où dans le monde. Le Pacifique et l'Europe étaient considérés comme les lieux géopolitiques de l'affrontement direct entre les blocs; l'Amérique Latine comme la zone des inévitables subversions à court et moyen termes et donc de l'expérimentation de la lutte contre- insurrectionnelle. L'armée américaine a été structurée sur la base des trois commandements de combats: le PACOM commandement pour le Pacifique le EUROCOM (commandement pour l'Europe), le SOUTHCOM (commandement pour le Sud) (1).
C'était évidemment la course à la guerre ouverte, époque caractérisée par les énormes campagnes de recrutement et de sensible augmentation de l'industrie de guerre. Dans les années 1960, on assiste à l'intervention directe des Etats- Unis un peu partout dans le monde: Vietnam, Cuba, Laos, Cambodge, République Dominicaine, ...

LA NON-REALISATION DU PROJET ET LA "NOUVELLE THÉORISATION''


Tout le monde s'accorde aujourd'hui à reconnaître que ce processus a connu un freinage, qu'à un moment donné ce "projet grandiose" a commencé à être considéré comme une utopie, que la croissance accélérée de l'armée a laissé place à la petite croissance jugée insuffisante pour défendre les intérêts stratégiques de l'Amérique et même à des phases de désorganisation généralisée.
En effet, à l'époque de Kennedy, l'accomplissement des buts projetés ne se fait pas et cette situation se maintient malgré "l'escalade" au Vietnam, avec Johnson (1963- 1968). Avec Nixon (1968- 1974), la non- réalisation du projet est théorisée, on en revient à éviter une implication militaire directe de l'Amérique, sauf en cas de guerre qui affecte les intérêts du "centre". Il n'y a pas un retour total à la doctrine de la "riposte massive" et à l'impréparation de la guerre ouverte, mais à une conciliation qui, dans les faits, impliquait la suspension du grand changement projeté. En ayant repris la vieille distinction entre "centre" et "périphérie", les forces armées nord- américaines devaient être disposées à la guerre totale pour défendre le "centre" (défini à l'époque comme étant les Etats- Unis, le Japon, l'Europe et la Corée du Sud) et il fallait préparer d'autres gendarmes pour défendre les "intérêts périphériques". Le relatif arrêt du développement de l'armée américaine prétendait être remplacé par une fortification de l'OTAN, des exigences supplémentaires pour les alliés européens et le Japon et

(1) Comme nous le verrons, cette structure a été maintenue malgré que les zones de guerres et de demi- guerres ont varié. Par exemple, le Vietnam est devenu le véritable centre d'expérimentation de toute la lutte contre- insurrectionnelle et d'expérimentation de la guerre aussi. Le Vietnam a été tout à la fois: demi- guerre et guerre entière.

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surtout par l'armement réel de première catégorie des gendarmes subrogés (1) Iran, Israël, Arabie Saoudite, ... L'aiguisage de la lutte inter- impérialiste entre les Etats de la Chine et de l'URSS et l'alignement de la Chine chaque fois plus ouvertement du côté des Etats- Unis favorisaient l'opération, lui donnaient une certaine cohérence à cette "nouvelle stratégie" (2). En ce qui concerne l'armée américaine même, elle passait des "deux guerres et demie" à la "guerre (dans le centre) et demie (à la périphérie)". De fait, cette ligne appelée la "guerre et demie" qui a entièrement continué avec Ford (1974- 1977) et qui a seulement été balayée de fait à la fin de la période de Carter (1977- 1981), tendait au non­- interventionnisme d'Eisenhower, à ne pas impliquer directement l'armée nord- américaine tout en confiant la défense des intérêts de l'Amérique (3) à des alliés et en concevant le gros de l'armée (sauf quelques forces spécifiques d'intervention rapide) comme force de dissuasion générale devant servir à la guerre généralisée non- conventionnelle.

AUJOURD'HUI: VERS UNE ARMÉE PRÉSENTE PARTOUT, PRÊTE A TOUT

Aujourd'hui, la critique de la politique non-interventionniste est de nouveau la ligne officielle de l'État dont l'armée nord- américain. Les grands responsables de l'État sont des plus interventionnistes, partisans de la riposte rapide et de la préparation pour être prêt et disposé en permanence à l'escalade verticale (avec emploi des armes nucléaires); parmi eux: Reagan, Haig, Weinberg, Jones, ...
Du temps du gouvernement de Carter, ces critiques se sont fait sentir et au cours de la dernière année de sa présidence, elles ont acquis la force de déterminer la politique effective de l'armée. Une nouvelle fois, comme à l'époque de Kennedy, on se trouve devant de gigantesques projets de militarisation de l'économie et de la population (4), de préparation à la guerre ouverte à mener partout. Le concept même de centre et de périphérie est mis en question étant donné que, comme le disent les chefs de l'armée, "l'interdépendance de toutes les régions du monde est totale et n'importe quel conflit peut toucher les intérêts vitaux de l'Amérique". Il faut être capable d'agir "dans des guerres de toutes dimensions, de toutes formes et dans toutes les régions où nous avons des intérêts vitaux à défendre". dit Weiberger (1).

(1) Les Etats- Unis ne cessaient jamais de vendre des armes aux gendarmes subrogés, d'entraîner les officiers, mais c'est seulement à cette époque qu'ils les ont armés avec des armes de toute première catégorie, semblables aux armes de pointe de l'armée américaine même.
(2) En réalité ni "nouvelle" parce que c'était un compromis entre les deux vieux projets, ni "stratégie" parce que ce n'était qu'une adaptation tactique à un changement partiel dans les rapports de forces stratégiques.
(3) Nous répétons que le fait de considérer l'État nord-américain comme synonyme de défenseur des intérêts de la bourgeoisie nord-américaine, celle dont le centre d'accumulation est les Etats-Unis, serait une simplification qui nous éloigne de la réalité. L'État nord-américain représente une fraction de cette bourgeoisie (restriction) et en même temps une fraction présente dans tous les pays du monde (élargissement), la fraction du capital financier- industriel plus dynamique directement intéressée (sauf exceptions) au libéralisme économique généralisé (voir la politique économique du FMI).
(4) Evidemment, l'économie et la population sont depuis longtemps militarisées; il s'agit ici de réaliser un nouveau bond dans la militarisation, d'une ultramilitarisation.
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Il s'agit évidemment de la même position globale du général Taylor et les cadres de l'État réclament le retour à la stratégie des "deux guerres et demie" (2). Mais la conscience de la nécessité d'une stratégie globale est énormément plus développée qu'auparavant. Il s'agit maintenant de préparer un avenir proche où, dans chaque coin du monde, la présence de l'armée américaine se révèle nécessaire pour affronter de grandes luttes ouvrières, reconstituer des armées balayées par la lutte révolutionnaire, réprimer directement l'action subversive, affronter les armées des concurrents, etc. Selon leurs propres informations (3), l'état de guerre ouverte, inter- impérialiste et contre- insurrectionnelle, sera la règle de "vie" du monde dans l'avenir proche et il leur faut se préparer pour agir rapidement, partout et maintenir plusieurs formes de guerre à la fois. "Nous vivons à une époque où un coup d'État, une grande grève, une attaque terroriste ou une guerre éloignée entre voisins peuvent, comme jamais auparavant, déclencher des conséquences mondiales qui affecteraient notre bien- être national et notre sécurité… Nous avons besoin d'une ample vision stratégique qui intègre les problèmes régionaux dans un cadre plus global." (3)
Il serait erroné de dire que la politique militaire est exactement au point de départ de l'équipe Kennedy. Il s'agit de la même politique, mais elle est développée, enrichie de l'expérience des dernières années (considérée comme un échec) et exige donc des quantités plus grandes de tout et l'amélioration qualitative des armes, des hommes, de la liaison de chaque élément tactique à la vision stratégique d'ensemble, ensemble de changements quantitatifs qui se transforme nécessairement en un changement qualitatif qui, apparemment, peut marquer une rupture dans cette continuité essentielle.
1)"Il faut plus d'hommes et d'une imbécillité moyenne plus prononcée que celle de la plupart des soldats américains recrutés ces dernières années." C'est avec ce type de sincérité que sont données les informations sur le recrutement dans la marine. Pour cela, il faut, selon les experts, opérer un changement qualitatif de l'image nationale et internationale de l'armée américaine, une véritable modernisation des mœurs internes à l'armée et une modification substantielle de la politique de recrutement. Ce qui se fait déjà. (Nous y reviendrons par la suite).
2) Il faut améliorer les armes, les multiplier. On parle beaucoup des bombes à neutrons, mais cela fait partie d'un projet d'ensemble beaucoup plus vaste, plus coûteux et meurtrier dont on ne parle guère: les missiles MX (4): avions que les radars ne peuvent pas capter, une version modernisée du bombardier B- 1 qui ne se substitue aucunement au B- 52, un nouveau système de communications militaires capable de survivre à un bombardement nucléaire, les fusées Trident II pour équiper les sous- marins nucléaires, ... Cela suppose évidemment une énorme augmentation des dépenses militaires. Pour les

(1) Ces déclarations du secrétaire de la Défense datent de mars 1981.
(2) Le Golfe Persique et l'Europe sont aujourd'hui considérés comme des zones de "deux guerres".
(3) David C. Jones, président de l'Etat- Major combiné - US Military Posture for fiscal year 1982 - Département de la Défense Washington 1981.
(4) Les missiles MX sont conçues pour compléter le système de 1050 fusées Minuteman. Un MX pèse 90 tonnes, mesure 28 mètres de long et peut contenir de 10 à 14 têtes nucléaires indépendantes. I1 est plus précis que le Minuteman.
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cinq prochaines années, l'administration Carter prévoyait un budget militai­re de 1 billion 300 milliards de dollars. L'administration de Reagan à augmenté ce chiffre de 185 milliards de dollars; on prévoit déjà des aides directes du Pentagone pour les industries de guerre pour produire en quan­tité suffisante dans des situations d'urgence, des crédits spéciaux sont approuvés pour améliorer la Force de Déploiement Rapide etc.. Ce qui est prévu est le plus grand développement de l'armement depuis la dernière guerre mondiale ce qui suppose déjà aujourd'hui un accroissement supérieur d'une série de rubriques militaires par rapport à des rubrique "civiles" en comparaison avec la situation des mêmes rubriques pendant la "deuxième" guerre mondiale. C’est-à-dire que l'effort militaire national vidé est tel que, dans les cinq prochaines années, il dépassera vite et de loin celui fourni par les Etats- Unis pendant la dernière guerre mondiale.
3) Cet ensemble de changements quantitatifs et qualitatifs -le nombre des armes, l'importance du budget militaire, la priorité économique aux industries directement militaires, l'encouragement de la militarisation des entreprises signifie, du fait de la qualité des armées qui ont priorité, du type de combat préparé, la fin de l'opposition entre la guerre conventionnelle et la guerre nucléaire.

Les bombes atomiques contre la population d'Hiroshima et de Nagasaki avaient été l'élément décisif pour la paix (1) et surtout elles ont fait qu'au niveau du public et des déclarations des chefs d’État, ..., pendant la phase d'après guerre, l'emploi des armes nucléaires a été considéré comme un élément décisif non- conventionnel et lié à la stratégie de la riposte massive. A cette époque, l'emploi des armés nucléaires était conçu comme en rupture avec toutes les conventions, comme la guerre totale sans retour (3).
Avec la doctrine de la seconde frappe les choses commencent à changer, l'utilisation des armes nucléaires cesse effectivement d'être considérée comme la fin du monde (la folie). En outre la décentralisation géographique de la logistique nucléaire, qu'on le veuille ou non, ouvre objectivement la voie à la prise de décisions autonomes dans l'escalade verticale. Ce processus s'accompagna de la sophistication de l'industrie nucléaire et de la conclusion d'accords internationaux sur les armements qui visent à rendre possible l'utilisation effective du nucléaire sans devoir entrer dans une guerre totale et


(1) On prend ici le critère traditionnel d'opposition entre économie civile et économie militaire, pour pouvoir se référer aux qualifications officielles faites sur la base de ce faux critère. En réalité, la partie « civile » de l'économie, l'industrie non- directement militaire est chaque fois plus militaire. Depuis 1945 l'utilisation des output non visiblement militaires en tant que input directement militaires â progressé énormément et aujourd'hui aucun ouvrier ne produit pas pour la guerre.
(2) Le 6 août et le 9 août 1945, les bombardements ont été ordonnés par le président des Etats- Unis, Harry S. Truman. Il voulait clairement marquer son intention, au monde entier, de vouloir, lui aussi, la paix. Des cen­taines de milliers de morts, des millions d'êtres handicapés pendant plusieurs générations, voilà leur paix !
(3) Aux Etats- Unis, cette version a toujours reçu des critiques de la part des cadres de l'armée, avec quelques quinze années d'avance sur l'ensemble de l'opinion publique. Ils ne considéraient la possibilité d'un conflit nucléaire que dans certaines limites géographiques et en le maintenant sur le plan conventionnel.
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massive entre les deux grandes puissances de l'impérialisme mondial (1). A tous les niveaux (industriels, accords internationaux, campagnes pacifistes, la multiplication et l'autonomisation des centres de décision, action des syndicalistes et politiciens, "recherche et développement", etc.) il ne s'agit pas de liquider la possibilité de la guerre nucléaire, mais, bien au contraire, de faire que l'armement nucléaire ne soit plus séparé de toute convention, de diminuer l’irrationnel pour le capital lui- même, d'une course où la capacité de destruction totale serait des centaines de fois assurée, pour se concentrer sur ce qu'il sera nécessaire: le nucléaire moderne, agile, rapide, efficace,, aux effets limités répondant à des nécessités concrètes (2). C'est infiniment monstrueux, c'est la monstruosité de ce monde.. Toute guerre a toujours été conventionnelle, a toujours tenté de limiter les excès en négociant avec l'ennemi (3). Le cours est donc vers la suppression du caractère particulier que le nucléaire avait, de sa connotation de destruction généralisée et des stratégies démodées de la riposte massive, vers la limitation du nucléaire pour le rendre opérationnel dans la stratégie de réponse flexible.
Le fait que l'URSS prêche le respect: des accords de Salt, prépare la nucléarisation de la marine, annonce être en mesure de fabriquer la bombe à neutrons… et qu'elle continue à augmenter ses fournitures directes en uranium enrichi aux Etats- Unis (pour plus de 50 millions de dollars l'année dernière) alors que la transformation nucléaire aux Etats- Unis bat son plein, n'est qu'une contradiction apparente, taux de profit oblige (4).

1) Les accords "stratégiques" tendent tous à rendre utilisables les armes nucléaires d'une façon "tactique" limitée. Chaque convention de limitation des armements correspond à un triomphe partiel d'une puissance sur un terrain déterminé, à la ratification de l'acquisition de l'avantage dans la production d'un type d'armes spécifiques de cette puissance. La course aux armements prend une forme particulièrement intense et décisive précisément lorsqu'elle est alimentée par les conventions de désarmements. Edward Teller actuel conseiller de Reagan, père de la bombe H, révèle partiellement le secret de cet enjeu lorsqu'il déclare: « la première guerre mondiale dont la préparation ne fut pas scientifique et qui ne le devint que dans son déroulement a été déclenchée au terme d'une course aux armements. La seconde guerre mondiale fut, elle, l'aboutissement d'une course au désarmement… »
(2) Moderne, agile, rapide, efficace, le nucléaire actuel ne nécessite pas d'implantation préalable; c’est le dépassement de la fixation. Une partie des missiles actuelles sont totalement mobiles. Cela montre que les actions des pacifistes et politiciens qui s'opposent à l'implantation de missiles ou proposent la création de zones dénucléarisées, de même que les prochaines négociations pour limiter l'implantation des missiles, correspondent aux besoins du capital! Délimiter une zone totalement dénucléarisée serait une garantie pour le développement limité et conventionnel d'une guerre nucléaire agile et restreinte (mais pas moins meurtrière) dans laquelle des armes nucléaires plus modernes pourraient être utilisées conformément aux accords internationaux de limitation des armes stratégiques.
(3) Dans les conventions, la destruction de la population importe peu, elles essaient seulement de limiter l'emploi de certains types d'armes ou de préserver certaines zones. Par exemple à Berlin en 1945, les armées nord- américaine, russe, anglaise, ... ont massacré les "civils! maison par maison, principalement les quartiers ouvriers et très particulièrement les enfants de 5 à 15 ans, mais elles ont laissé intacts plusieurs complexes industriels.
(4) Il faudrait être plus magicien que Mandel pour expliquer ce fait en dehors des lois de l'accumulation capitaliste.
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4) La guerre anti- subversive prend une importance décisive. Le dispositif central contre- insurrectionnel qui comprend les équipes commando de la marine (SEAL), les forces spéciales de l'armée de terre et les forces d'opération spéciales de l'aviation, est considéré comme totalement prioritaire par le Pentagone et sera intégré dans la Force de Déploiement Rapide qui, en même temps, prend l'importance du commandement de guerre. En effet, la Force de Déploiement Rapide vient d'être élevée au rang du "Commandement Unifié" à part entière au même titre que le SOUTHCOM, le PACOM, l'EUROCOM. Cela met en évidence l'importance stratégique qui est attribuée à la flexibilité de réponse partout dans le monde, mais aussi la prévision d'une situation où la guerre anti- subversive deviendra une grande guerre.
5) Mais, en même temps, la Force de Déploiement Rapide doit être appuyée logistiquement par la Marine et il faut donc assurer la suprématie navale pour être véritablement prêt à agir vite et partout et y demeurer si nécessaire. Voilà les déclarations de M. Weinberger, secrétaire de la Défense: "Nos intérêts et nos engagements globaux nous imposent l'amélioration de notre aptitude à réagir à des crises loin de nos côtes et à y demeurer aussi longtemps que nécessaire" ... "Il faut accroître la capacité quasi immédiate de nos forces à réagir à des situations d'urgence, à se développer rapidement et avec efficacité" ... "Nous devons être prêts pour une guerre conventionnelle qui pourrait gagner bien des parties du globe, nos besoins en matière de supériorité navale prennent une dimension spéciale." (1)
6) Un autre. changement intimement lié aux précédents, dans la présence internationale de l'armée nord- américaine et dans la politique militariste de l'État, est la multiplication des déclarations et actions (présence de troupes, manœuvres, blocus) qui démontrent à tout le monde la décision à faire la guerre. Pour l'opinion publique, cela prend la forme de caricature: le cow-boy Reagan est le coupable. Cependant, il s'agit d'une politique longuement élaborée, très discutée et finalement admise déjà pendant l'administration Carter. En effet, la politique des Forces Armées des Etats Unis est celle de rendre publique sa politique. Dans les déclarations des chefs d'État, il n'y a ni improvisations, ni erreurs, ni excès individuels, même les exagérations rétractées sont prévues et planifiées, elles ont pour but la "sensibilisation" ou mieux dit, la désensibilisation à l'attaque qu'est la guerre, un test progressif. Nous assisterons encore à des menaces explicites et concrètes d'intervention armée ainsi qu'à des menaces plus précises en ce qui concerne l'utilisation des armes nucléaires. Ceci fait partie de l'ensemble des changements nécessaires pour vraiment réaliser ce qui a plusieurs fois été tenté et entrepris: l'ultramilitarisation effective, la disponibilité totale de la population à la guerre.


Abolir le secret de la préparation de la guerre effective même s'il n'y a pas d'unanimité, est déjà une position largement majoritaire parmi les cadres militaires et les représentants de l'État nord- américain. Il y a encore ceux qui vont plus loin et exigent aussi l'abolition des secrets technologiques, spécialement dans le domaine nucléaire, étant donné qu'ils ne sont pas secrets pour l'URSS à cause de l’espionnage, alors que pour les alliés et la population des Etats- Unis, les officiers, les scientifiques, les cadres, ...ils sont toujours secrets. C'est par exemple la position de E.Teller qui déclare: "La politique menée par l'Ouest est une véritable folie. Les soviétiques possèdent tous nos secrets techniques. Par contre, nous avons gardé nos secrets vis-à-vis de nos propres alliés, ce qui n'est pas un avantage et surtout vis-à-vis de nos propres scientifiques, ce qui est un désavantage horrible, un gâchis impardonnable. Nous les maintenons dans le noir en face du danger réel auquel nous devons faire face.

(1) cité par Le Monde Diplomatique.


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Et il nous est alors difficile de prendre des décisions démocratiques et intelligentes."
Il y a évidemment d'autres changements qualitatifs que nous n'avons pas la possibilité de décrire ici. Mais ceux dont nous avons parlé semblent suffisants pour comprendre que l'armée américaine se prépare à donner un nouveau saut important pour renforcer la militarisation du monde, militarisation dont la qualité est toute autre qu'à l'époque de Kennedy, bien qu'elle s'inscrive dans la même lignée. A l'époque de Kennedy, se tenait encore le discours suivant: faire la guerre pouvait s'avérer nécessaire mais en gardant le combat direct comme exception dans la vie de l'armée, de la nation, etc.. Aujourd'hui Reagan crie: il faut vivre avec la guerre (1), il faut avoir à l'esprit que la guerre est un moyen raisonnable pour mener à bien la politique étrangère, c'est trahir que de vouloir substituer la détente à la confrontation, l'armée américaine ne doit pas servir à dissuader, mais à faire la guerre, seule la guerre effective peut maintenir la paix, les intérêts des Etats- Unis. Même si le dernier est plus franc, plus dur, plus sincère, entre ces deux discours, la continuité reste. Nous verrons ensuite l'importance de cette affirmation.
Le texte ne s'achève pas ici, mais, pour des raisons de place, nous ne publierons les troisième et quatrième parties que dans la revue suivante: dans Le Communiste n° 13.
Dans la première partie, nous avons vu quel rôle joue l'armée dans la société capitaliste. Pilier de l'État bourgeois, la révolution prolétarienne devra l'abattre sans scrupule. Dans la deuxième partie, nous avons vu l'évolution de la politique militaire, comment la stratégie de la réponse flexible, dé l'armée présente partout, prête à tout s'est peu à peu affirmée et connaît aujourd'hui un bond qualitatif monstrueux. Dans la troisième partie, nous verrons pourquoi l'affirmation de cette stratégie a connu des reculs momentanés, en quoi le prolétariat a pu saboter les projets de militarisation et en quoi il est la seule force qui pourra empêcher la guerre. Dans la quatrième partie, nous verrons le rôle des droits de l'homme, du féminisme, du black power dans la revalorisation, la recrédibilisation de l'image de l'armée, comment malgré tous les efforts de recomposition de l'idéologie militariste, l'armée est toujours secouée par les contradictions de classes les mêmes qui ébranlent toute la société, et finalement, en quoi les perspectives d'anéantissement de toutes les armées, de tous les plans de guerre de la bourgeoisie reposent entièrement sur la capacité du prolétariat à s'organiser, centraliser ses forces internationalement, ... à organiser le parti mondial de la révolution communiste.


(1) Les prévisions de Orwell dans son livre 1984 sont déjà largement dépassées par la monstruosité de la réalité en marche pour l'année 1982


CE12.7 L'armée et la politique militaire des USA (I)