Le texte que nous publions ici : "l’Etat démocratique", est en fait le cinquième chapitre d'une longue et fondamentale étude publiée, au long d'une dizaine de numéros, par la fraction de gauche du PCI (qui se transforma rapidement en "fraction italienne de la Gauche Communiste") (1). Cet immense travail intitulé « Parti - Internationale - Etat » se propose de tirer le bilan d'une époque, de tirer le bilan de la période de contre- révolution ouverte mondialement par l'écrasement du mouvement révolutionnaire des années 20. Pour Bilan comme pour tout marxiste : "la compréhension des événements est la condition indispensable pour permettre l'action" (prémisses de l'étude). Ce travail essentiel, de tirer les leçons de la contre- révolution dominante, est aujourd'hui encore une condition fondamentale de l'intervention des communistes. Jamais ni le succès immédiat, ni tel ou tel mouvement, aussi massif soit- il, n'ont guidé les efforts théoriques et pratiques des noyaux révolutionnaires. C'est, au contraire, la perspective d'ensemble, la globalité du programme communiste (la plupart du temps s'inscrivant à contre-

(1) Sur l'importance immense du travail de cette fraction, nous ren­voyons nos lecteurs à nos notes concernant la republication de textes de Bilan sur la guerre d'Espagne (cf. "Contre- révolution en Espagne 1936- 1939", éd. 10/18 n°1911) in "Le Communiste" n° 3, ainsi qu'aux différents textes qu'avec nos modestes moyens nous avons republiés in "Le Communiste"
n°2 . "En marge d'un anniversaire"
N°6 : débat avec la L.C.I. "Les causes des guerres impérialistes"
N°8 : "Anti- fascisme, formule de confusion"
"Comunismo" n°1 : "Plomb, mitraille et prison"
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courant des idées dominantes, même au sein des masses ouvrières) qui détermine l'action à mener aujourd'hui. Quitte à faire grincer tous les matérialistes vulgaires, pour les marxistes révolutionnaires c'est le communisme qui détermine, en dernière instance, le moment présent, et non l'inverse.
Le travail de Bilan tourna ainsi le dos à tout immédiatisme, tant celui de la construction sans principe d'une nouvelle internationale (rejet des conceptions désastreuses et bourgeoises de Trotsky) que ce­lui d'une influence, même minime, au sein des masses, gagnée au
prix d'un bradage inévitable du programme (cf. question de l'interven­tion en Espagne). Pour Bilan, il faut préalablement soumettre les ex­périences prolétariennes au feu de la critique marxiste, afin d'en dé­gager "la résolution des problèmes politiques propres à une époque historique donnée". C'est en ce sens que l'étude « Parti - Internatio­nale - Etat » se donnait comme but : "l'explication fondamentale aux événements historiques qui ont accompagné la première expérience de gestion d'un Etat prolétarien luttant pour la révolution mondiale"
(cf. "prémisses").
L'étude envisage, outre les prémisses méthodologiques, la question de la signification historique des classes sociales, la dynamique entre classe et Etat, classe et Parti et entre Parti et Internationale. Elle envisage ensuite successivement l’Etat démocratique, l’Etat fasciste et l’Etat soviétique. Il ne nous est pas possible, dans le cadre restreint de cette introduction, de commenter, critiquer, toutes les questions fondamentales soulevées par ce long travail. Nous nous bornerons à indiquer, pour le chapitre que nous republions, quelques points qui, s'ils constituent incontestablement des avancées dans une meilleure compréhension ("restauration") de la théorie communiste, n'en restent pas moins encore fortement entachés de conceptions héritées du lourd passé de contre- révolution que nous subissons aujourd'hui encore. Marx disait déjà que "peut- être la victoire de la révolution n’est- elle possible qu'une fois accomplie la contre- révolution" (discours au procès de Cologne, 1849).
Et, à l'heure où cette contre- révolution dominante depuis 60 longues années commence, petit à petit à se fissurer sous les coups de boutoir répétés de la lutte de classe, les acquis historiques du mouvement communiste, théorisés par l’œuvre souterraine et impersonnelle accomplie dans le monde entier par des militants internationalistes, restent en très grande partie ignorés, méprisés, défigurés, au sein même de ce que certains appellent le "milieu révolutionnaire". Il est dans ces conditions vital de critiquer l'histoire de notre classe (appliquer la méthode marxiste à l'histoire du marxisme), d'étudier l'histoire de la contre- révolution, pour en dégager les leçons programmatiques fondamentales, seule garantie de victoire pour le mouvement futur. C'est pourquoi nous essayons, avec nos faibles forces, de con­tribuer à la reconstitution par le prolétariat de sa propre mémoire collective non seulement en republiant régulièrement des textes de notre passé de classe, mais en restituant ceux-ci dans la problématique actuelle. Les collectionneurs collectionnent les vieux textes, les militants communistes en font des armes du combat révolutionnaire.


Ce qui caractérise justement l’œuvre de Bilan est le souci permanent d'appliquer la méthode critique du marxisme à l'histoire ouvrière, rejetant en cela la fausse orthodoxie qui ne fait des chefs prolétariens que de simples idoles à vénérer pour surtout ne pas appliquer le contenu
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réel de tout leur combat. C'est pourquoi Bilan, sur base des leçons de la contre- révolution dont l'avant- garde sanglante fut la social-démocratie internationale, tire la leçon programmatique du rejet de toute utilisation de la démocratie, comme de toutes revendications de droits démocratiques, quitte à être critiqué par les adorateurs bourgeois, d'être des "anti- marxistes", des "sectaires", au nom de telle où telle prise de position ponctuelle de Marx. Et si sur cette question comme sur beaucoup d'autres, Bilan nous montre la voie, ils n'en restent pas moins soumis à la pression de ce type « d'argument » d'autorité lorsqu'ils se sentent obligés, malgré leur analyse, de justifier ou au moins de ne pas critiquer ces prises de position de Marx ou de Lénine : "Et les anti- marxistes, les sectaires, seront ceux qui, comme nous, s'obstinent à affirmer que les mêmes forces ou positions politiques qui pouvaient avoir une valeur progressive passagère en 1848 ou en 1917 se sont démontrées par après des forces de tout premier ordre de la contre- révolution (...)". La "valeur progressive et passagère" que "pouvaient avoir" ces mots d'ordre, même fortement relativisée par Bilan, était pour nous, aujourd'hui, comme hier, "des forces de tout premier ordre de la contre-révolution". Jamais le renforcement de notre ennemi, l’Etat capitaliste, n'a servi au mouvement ouvrier. Toute vision d'une progressivité passagère de la bourgeoisie vis-à-vis du prolétariat mène inévitablement à la trahison au nom du soutien à apporter, non au mouvement communiste qui se déroule sous nos yeux, mais à son ennemi : la bourgeoisie, qualifiée en l’occurrence de progressive, d'ascendante, etc. Or, même si Marx, Lénine, ont pu en théorie à diverses reprises soutenir telle ou telle bourgeoisie - sous prétexte de cette fameuse progressivité (2) - leur pratique fondamentale en présence du mouvement prolétarien a été de ROMPRE radicalement avec ces théories, pour prendre clairement position avec les ouvriers en lutte, contre leur propre bourgeoisie "progressive". C'est évidemment le cas de la Commune de Paris, à propos de laquelle Marx changea de positions, au fur et à mesure du développement des antagonismes de classe (cf. l'évolution entre les deux premières adresses du Conseil général de l'AIT sur la guerre franco- allemande par rapport à la troisième : la guerre civile en France), pour en fin de compte, prendre pleinement position pour l'insurrection du prolétariat de Paris (3). De la même manière, Lénine imposa violemment au parti bolchevique un changement de 180° de son programme (Thèses d'avril 1917) pour, non plus soutenir la "jeune bourgeoisie démocratique" (soutien "critique" à Kérensky des mencheviks et de la grande majorité des bolcheviks), pour opposer au bloc des forces bourgeoises la force indépendante du prolétariat réalisant sa propre révolution : la révolution communiste (4).


Tous les tenants de la "progressivité", de "l'ascendance'', du "frontisme inter- classiste valable jusqu'à telle ou telle date" n'ont jamais pu comprendre en quoi Marx (tout comme Lénine) changea de position sur ces questions et rallia dans les faits les positions du pro-


(2) Conception qui vient en droite ligne du culte bourgeois du progrès!
(3) Alors que, comme chacun le sait mais sans le dire, Marx commença à soutenir la bourgeoisie allemande plus "progressive" que la française. Et pire, il soutenait la victoire de l'Allemagne pour contrer les influences proudhoniennes au sein du prolétariat français!
(4) Sur la problématique de la rupture/non- rupture de Lénine, nous renvoyons le lecteur à notre texte : "Quelques leçons d'Octobre" in Le Communiste n°10/11
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létariat en lutte. Cela signifie qu'antérieurement à ce changement, leurs positions sur ces questions étaient floues, si pas franchement contre- révolutionnaires. Affirmer ces faits ne signifie nullement le dépassement, la condamnation de la méthode marxiste, bien au contraire, c'est sa réelle application. La fidélité des communistes à la révolution est leur fidélité au programme invariant et impersonnel du communisme et non à tel ou tel chef ouvrier, à telle ou telle organisation formelle. Déjà Marx disait, en bon marxiste : "Tout ce que je sais, c'est que moi je ne suis pas « marxiste ».
De la même manière, l'étude de Bilan marque une très nette avancée de la théorie communiste dans la compréhension de l'antagonisme irréconciliable entre prolétariat et démocratie. La conclusion de l'article que nous republions est à ce sujet limpide.
"Le mouvement ouvrier a surgi comme une négation de la démocratie et il ne peut reprendre son cours qu'à la condition de rester dans les limites de son programme, s'exprimant dans la nécessité de créer l'Etat ouvrier sur les principes de la dictature du prolétariat." (souligné par nous) Il n'empêche que ce texte est encore ambigu sur certains points; en effet, d'une part l’Etat démocratique n'est conçu que comme une « forme » de la dictature du capital, pouvant être remplacée par "d'autres formes" dont l’Etat fasciste. Par contre, à d'autres moments, "le problème de la conversion de l’Etat démocratique en Etat fasciste" est analysé comme n'étant pas "une modification organique qui se vérifie dans l'Etat démocratique, mais un processus de purification de cet Etat qui écrase par la violence tous les facteurs adverses qui avaient pu se fonder". Dans cette seconde vision - plus proche de nos conceptions - le fascisme est compris comme une purification de la démocratie comme une réalisation d'un même contenu démocratique commun à toutes les formes de dictature bourgeoise (5).
Comme le texte le développe clairement, l'Etat démocratique correspond fondamentalement à la victoire du système capitaliste, à la domination de la bourgeoisie : "l’Etat démocratique se présente par conséquent comme un produit direct de l'évolution historique ayant conduit, le capitalisme au pouvoir." La démocratie est donc le mode de domination "naturel" du capital; mode de domination qui peut dans certaines circonstances historiques prendre sans aucune modification organique des formes plus bonapartistes ou plus libérales. La raison en est que l’Etat démocratique parvient le mieux à remplir les deux fonctions centrales de la dictature capitaliste : d'une part la fonction répressive, l'oppression et le maintien de la domination de la classe bourgeoise et, d'autre part, la nécessité de recomposer une "communauté" (nationale, ethnique ou autre) où chacun se sente libre et égal ... et où donc les classes et leur antagonisme n'existent plus. Ce que Bilan voit comme un antagonisme entre deux termes Etat et démo­cratie (qui) s'opposent radicalement entre eux" n'est en fait que l'expression des deux fonctions complémentaires et centrales que la dictature du capital doit assurer :
1) le maintien de sa domination de classe par la force;
2) la nécessaire constitution d'un "consensus so­cial » ; d’une apparence d’unité (= négation des classes)


(5) Nous avons développé cette conception dans le texte "Fasciste ou antifasciste: la dictature du capital c'est la démocratie" in Le Communiste n°9, ainsi que dans le texte: "Contre le mythe des droits et des libertés démocratiques" in Le Communiste n° 10/11

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obtenue au prix de l'écrasement physique et théorique du prolétariat. De plus, Bilan n'utilisera malheureusement pas la signification historique de l’Etat et de la démocratie, mais "la valeur que ces deux termes ont fini par recevoir actuellement". Ainsi considéré, tout Etat est par définition anti­démocratique et la démocratie n'est plus qu'une utopie planante dans les sphères éthérées du paradis perdu. Or, ce qui nous intéresse au plus haut point, c'est de comprendre la liaison dans toute l'histoire de l'humanité entre démocratie et marchandise; en quoi au fur et à mesure que se développaient et se généralisaient la propriété privée, la production marchande, se développait et se purifiait la démocratie (cf. "Le Communiste" n°9). Le développement historique concomitant de la marchandise et de la démocratie qui atteint son apogée avec le mode de production capitaliste s'exprime, se synthétise dans l'unité qu'est l’Etat démocratique. La démocratie n'est plus alors comprise comme une simple utopie irréaliste (par la bourgeoisie tout comme par le prolétariat, comme le constate très justement Bilan) mais est le contenu même de la domination capitaliste. Ainsi reprécisée, nous retrouvons pleinement la perspective communiste classique de Marx et de Lénine: la suppression de la démocratie.
C'est cette perspective que Bilan développe magistralement en opposant l'organisation des prolétaires en lutte pour leurs intérêts propres et la démocratie; la première visant, non à conquérir, mais à détruire la seconde:
"Une opposition principielle existe entre les institutions de l’Etat démocratique et la fondation des organismes ouvriers. Par les premiers les prolétaires sont rattachés à la fiction démocratique, par les seconds les ouvriers opposent au gouvernement bourgeois un cours historique opposé conduisant à leur affranchissement".

L’ETAT DEMOCRATIQUE

La théorie matérialiste de l'histoire quand elle établit l'inexistence et l'impossibilité de voir apparaître un Etat démocratique réel, ne se borne évidemment pas à démontrer l'erreur des conceptions historiques qui l'ont précédée en invoquant le fait que jamais pareil Etat n'exista: la critique marxiste va bien plus loin; elle renverse les fondements des théories libérales et démocratiques, en démolit la substance et prouve que les rails sur lesquels s'effectue l'évolution historique ne se trouvent nullement dans le choc des idées, des volontés, ou des consultations électorales, mais bien dans la lutte que se font entr'elles les différentes classes de la société, cette lutte étant elle- même conditionnée par l'évolution de la technique de production.
Aussi dans la critique de l'Etat démocratique, qui relève des fondements mêmes de la doctrine marxiste, la pensée prolétarienne ne peut féconder une position qui se situerait à l'extrême gauche des théories libérales ou démocratiques, mais doit comporter la négation radicale de la construction démocratique dans son ensemble. En outre, résultant d'une progression historique qui le pousse au pouvoir, en niant l'Etat démocratique existant, le prolétariat ne pourra prendre pour base de sa concentration des positions démocratiques, même si ces dernières sont devenues désuètes et sont repoussées par la classe qui s'en était servies pour accéder à la direction de la société. Sur la scène historique il n'y a pas de place pour des compétitions oratoires: le jeu consistant à reprendre des revendications qui appartinrent à l'ennemi et que ce dernier se trouve forcé d'abandonner, ne représente donc guère une condition favorable au succès de la classe ouvrière. Nous n'arriverons jamais à établir les lois qui régissent les institutions sociales en général, et les institutions étatiques en particulier, en nous basant sur les principes qui furent établis lors de l'apparition de ces dernières ou sur les modalités de leur fonctionnement Pour comprendre la vie d'un Etat, il nous faudra déterminer les conditions historiques dans lesquelles il fut fondé et d'où surgit la classe qui lui donna vie. Ainsi il nous sera possible de constater qu'il n'y a aucune contradiction dans le processus historique et que le capitalisme peut parfaitement rester au pouvoir, même s'il a recours à des formes étatiques différentes, comme par exemple, l'État fasciste et l'État démocratique. Une lutte révolutionnaire ne pouvant être dirigée contre un Etat extrait de son milieu social, mais contre la classe qui l'a forgé et au service de laquelle il se trouve, aucune possibilité n'existe de confondre la théorie marxiste de la dictature du prolétariat avec les autres théories dictatoriales et anti­démocratiques Enfin, chaque classe protagoniste d'une époque déterminée de l'histoire ne peut agir qu'à la condition d'être pourvue d'un programme spécifique dont la réalisation ne peut jamais être reliée à des formes ou des institutions appartenant â l'ennemi. Dans la trajectoire d'une classe au pouvoir, un moment arrive où elle ne peut plus rester fidèle aux engagements pris lors de son apparition et de sa victoire, et le capitalisme, par exemple, ne peut plus maintenir sa domination au travers de l'Etat démocratique. Mais à ce moment la collision sociale ne se produit pas entre l'idéologie démocratique et le renégat que deviendrait le capitalisme, mais se détermine entre la bourgeoisie et le prolétariat, la force fécondée par le développement productif, laquelle force va se trouver devant l'alternative de la conquête du pouvoir ou de son écrasement par l'ennemi ne voulant abandonner ses privilèges. Si le prolétariat se résignait à se cantonner dans l'idéologie démocratique, il ne ferait que se relier aux mêmes éléments qui après avoir permis l'épanouissement de la bourgeoisie se seraient métamorphosés en une nouvelle organisation anti- démocratique, mais toujours capitaliste. S'il veut triompher, le prolétariat ne peut qu'avancer son programme. Si les contingences ne lui sont pas favorables momentanément, la seule condition de son succès ultérieur sera de rester fidèle à lui- même, car son rattachement aux positions qui furent celles de son ennemi, à coup sûr le castrerait en tant que fécondateur de la nouvelle société, et il deviendrait la proie des mouvements fascistes hurlant qu'il faut sonner le glas non de la société capitaliste, mais de l'Etat démocratique.


Tout le travail théorique de Marx, Engels et Lénine, aussi bien que les sanglantes expériences des ouvriers pour atteindre une capacité et une conscience d'affirmer leurs revendications historiques, n'empêchent nullement que la plus grande confusion règne
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encore au sujet de la notion de l’Etat démocratique. Dans le morcellement actuel du prolétariat payant la rançon cruelle de son incapacité à faire de la guerre de 1914- 1918 et de la révolution russe le prologue de la révolution mondiale, parmi les décombres qui obstruent le travail des communistes, il est devenu impossible d'émettre des formulations qui nous paraissaient élémentaires, parce que jaillissant des terribles cataclysmes où le prolétariat a laissé des milliers, si ce n'est des millions de victimes. Les défaites ouvrières ont amassé tellement de ruines qu'il ne paraît possible d'échapper à l'isolement qu'à la seule condition de piétiner dans les ténèbres; maintenir aujourd'hui une fidélité aux conceptions prolétariennes, c'est se condamner à un pénible travail, sans portée immédiate, et assister impuissant aux cris des redresseurs de partis, des fondateurs d'avortons de partis ou d'internationales, redresseurs et fondateurs qui se voient rejoints par les traîtres à qui ils reprochaient auparavant de ne pas avoir compris que pour lutter pour la révolution communiste il faut s'appuyer sur la révolution démocratique. Et oui ! Encore une fois, nos maîtres sont vénérés par traîtres et "redresseurs" qui déposeront sur eux la tiare pour en faire des saints qui, contrairement aux divinités qui promettent le paradis dans l'au-delà, nous indiqueraient le salut dans un bond en arrière, nous permettant de reprendre les programmes démocratiques apparus lors des révolutions bourgeoises. Marx en 1848 et postérieurement, Lénine en 1917 et ultérieurement, n'avaient-ils pas engagé le prolétariat à lutter pour telle ou telle revendication démocratique ou d'appuyer telle ou telle force libérale, radicale ou démocratique ! N'est-ce pas là une preuve qu'on honore, qu'on vénère, qu'on sanctifie ces maîtres, lorsqu'on reprend leurs positions contingentes.
Mais par ce subterfuge, on ébranle les fondements mêmes de la théorie marxiste, car sournoisement on fera croire qu'aujourd'hui quand se pose devant les masses le problème suivant : prendre le pouvoir ou être écrasé, quand l'histoire arrive à la croisée des chemins et que les classes fondamentales et leur lutte pour la direction de la société décident des événements, après que le prolétariat a donné la vie des siens pour sa libération, on voudrait accréditer la conception que ce ne serait plus la lutte de classe qui déciderait, mais la lutte pour ou contre l'État démocratique. Et les anti­- marxistes, les sectaires, seront ceux qui, comme nous, s'obstinent à affirmer que les mêmes forces ou positions politiques qui pouvaient avoir une valeur progressive passagère en 1848 ou en 1917, se sont démontrées, par après, des forces de tout premier ordre de la contre- révolution, au moment où l'évolution productive et politique ont posé un dilemme sans équivoque et opposé désormais les classes essentielles dans une lutte qui ne connaîtra d'issue définitive que dans l'écrasement du capitalisme, ou qui évoluera de catastrophe en catastrophe si le prolétariat ne comprend pas que c'est lui avec son programme seul qui pourra construire la nouvelle société.
Les deux termes : Etat et démocratie, s'opposent radicalement entre eux. En effet, les prémisses historiques qui rendent nécessaire la construction d'un Etat annulent toute possibilité d'un fonctionnement démocratique et, inversément, un mécanisme démocratique ne peut être actionné qu'en cas où n'existe pas d’Etat. Nous ne prenons évidemment pas ici la signification étymologique ou historique de ces deux formulations, mais la valeur que ces deux expressions ont fini par recevoir actuelle­ment. On entend, par la formulation : " Etat démocratique" la construc­tion et la vie d'un Etat qui serait soumis aux suggestions et aux vo­lontés de la majorité des électeurs. Mais cette conception déformée de la réalité ne fait que refléter la confusion existante dans le mouvement
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communiste, car il est impossible d'établir une liaison entre un organisme : l’Etat, qui se base et a pour but la coercition, et un mécanisme de son fonctionnement s'inspirant d'un critère opposé, à savoir exprimer la volonté des assujettis aux organes étatiques. En ramenant le problème à ses fondements, nous comprendrons aussi pourquoi cette notion contradictoire d’Etat démocratique a été le produit des situations, car il est erroné de croire que la critique marxiste se borne à y voir une simple machination trompeuse inventée dans le but de masquer la domination de la classe ennemie.
Sur le terrain de l'évolution productive, nous assistons, dans chaque période historique, à une croissance de l'emprise de l'homme sur les forces de la nature qui a pour effet une extension parallèle des minorités pouvant bénéficier de la progression constante des forces et de la masse de la production. Les frontières délimitant la zone de la classe exploiteuse et maîtresse, s'élargissent toujours jusqu'à comprendre un nombre plus élevé de participants au butin économique, mais ces frontières restent fermées à une modification progressive de la base de la société, en sa nouvelle forme supérieure, et c'est uniquement la violence révolutionnaire qui pourra déterminer un changement dans l'organisation sociale. La caste des sociétés esclavagistes, sera moins nombreuse que les stratifications sociales composant les monarchies du moyen- âge, et ces dernières seront remplacées par la nouvelle classe capitaliste, constituée par le nombre accru des éléments qui peuvent disposer des moyens de production devenus de plus en plus accessibles aux individualités économiques. Mais l'évolution productive et sa marche extensive, entraînant une progression constante de l'homme qui trouve, dans le développement économique, les prémisses pour passer de l'état de simple assujetti aux forces de la nature, à la phase supérieure de "producteur", est contrecarrée par un autre cours qui laisse une seule minorité à la tête de la société. En effet, la masse des produits n'étant pas assez vaste pour que tous les composants de la société puissent en bénéficier d'une part suffisante pour satisfaire leurs besoins, la minorité sera donc celle qui contrôlera les moyens de production
Les conceptions libérales et démocratiques peuvent donc s'appuyer sur la progression des moyens de production pour justifier une évolution continue qui apporterait inévitablement une suppression des inégalités sociales. Seulement puisque leur démonstration a pour but de prouver le bien fondé d'une organisation sociale donnée, au lieu de considérer - comme le fait la théorie marxiste - que le centre moteur de l'évolution historique se trouve justement dans le développement de la technique de production, elle aboutira à un déplacement du problème qui cherchera à prouver que les situations obéissent à d'autres lois et dépendent surtout de la perméabilité des organismes étatiques représentés d'électeurs. Car si l'on se basait sur l'évolution productive, il faudrait ouvertement affirmer que l'on n'assiste pas à une succession ininterrompue d'organisations sociales s'ouvrant aux masses, et au terme de laquelle se trouverait enfin la suppression des inégalités sociales. Par contre, il faudrait admettre que la seule succession qui puisse se vérifier est celle des classes au pouvoir et que si une progression existe, elle consiste uniquement dans le fait que le privilège peut contenir un nombre supérieur d'exploiteurs alors qu'en correspondance, sous l'effet de la loi de la reproduction humaine, s'élargit aussi - et sur la base d'un rythme beaucoup plus intense - le nombre des exploités ne pouvant atteindre la qualité et la position sociale du producteur. Si les théories libérales et démocratiques peuvent trouver un semblant de justification historique, c'est parce qu'une progression existe dans la technique de la
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production. Mais la reconnaissance de ce critère, pour la compréhension des événements, conduirait directement à annuler la justification de la société capitaliste non plus érigée en dogme immuable, fonction de la volonté de ses composants, mais simplement dépendant d'un certain degré de développement des forces de production et du privilège qui y correspond.
Dans sa signification courante nous assistons donc à une marche que nous pourrions appeler de "démocratisation", mais elle se borne uniquement et, exclusivement à la zone comprenant les exploiteurs et n'entame en rien la base de toutes les sociétés fondées sur la division en classes antagoniques.
Mais même cette extension numérique des classes exploiteuses, ne signifie pas qu'en leur sein le mécanisme démocratique déterminera la hiérarchie économique et politique et que le consentement des membres de la classe établira l'échelle des différentes formations dirigeantes. Tout comme, pour l'ensemble de la société, au sein de la classe exploiteuse c'est en définitive la position occupée par rapport au mécanisme productif qui fera que le plus fort façonnera, suivant ses intérêts, le cadre de l'organisation sociale. Le mécanisme démocratique n'aura de valeur qu'uniquement dans un sens formel : toutes les individualités de la société pourront accéder à une certaine puissance économique, mais alors il faut acquérir les positions concrètes permettant l'ascension et cela n'est évidemment possible qu'à la condition de détenir les leviers de commande indispensables. L’organisation sociale n'étant pas une simple hiérarchie militaire, mais un processus vivant et continu devant chercher le stimulant à son fonctionnement dans un horizon économique, il est indispensable de présenter une perspective de position supérieure à atteindre pour faire épanouir la vie de la société dans son ensemble. Aussi le mécanisme démocratique n'est pas un simple masque du privilège social, mais représente un ressort pouvant mettre en branle tout l’édifice social. Il n'a d'autre fonction que celle de déterminer une vision d'amélioration possible parmi les membres de la société : le mouvement réel étant commandé par la hiérarchie des positions détenues dans le mécanisme productif.
L’Etat démocratique se présente donc comme composé organiquement de deux éléments, dont l'un - l'essentiel - est représenté par un instrument de coercition, l'autre - le procédé de son fonctionnement - fait entrevoir aux composants de la société et de la classe la possibilité d'atteindre un stade supérieur sans toutefois leur donner les conditions réelles pour y arriver.
En dehors des temps modernes que l'on présente en général comme étant l'ère de l’Etat démocratique, nous trouvons surtout ce dernier en Grèce, particulièrement à Athènes, et, au moyen- âge, dans la République Florentine. Mais dans les deux cas, nous voyons clairement que ces Etats démocratiques se fondent sur la séparation brutale et l'exclusion légale d'une partie des classes composant la société de ces époques. En effet, à Athènes, seuls les hommes libres sont considérés citoyens et la démocratie fonctionne sur la base de l'exploitation éhontée des esclaves. A Florence, la république est établie sur la base du bannissement des arts considérés inférieurs, de toutes les fonctions sociales. Ces derniers sont d'ailleurs la base de la procréation du surtravail permettant l'exploitation des classes maîtresses de la République. Dans les deux cas nous assistons à la construction d’une cloison étanche fermant les
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frontières de la classe dirigeante à laquelle n'auront aucune possibilité d'accès les éléments des autres classes opprimées. C'est ce qui fera dire à Hegel que la république grecque fut établie sur le principe de "la liberté d'un seul" voulant indiquer ainsi qu'aucune possibilité n'existait pour les esclaves de briser les chaînes qui les damnaient à vivre comme des bêtes de somme. Dans la République Florentine, la nature de cet Etat démocratique apparaît si clairement que les couches de travailleurs de l'époque se dirigent vers l'appui à la monarchie des Médicis, pour se libérer de l'oppression des couches maîtresses de la République. D'autre part, lors de la révolte des Ciumpi de Florence, nous constatons l'apparition de revendications qui n'embrassent pas les intérêts des véritables exploités de l'époque, qui restent toujours bannis de la République, mais qui tendent simplement à un déplacement intérieur de l'influence des arts composants cet Etat démocratique.
Ainsi qu'Engels le disait, l’Etat grec présente des conditions de pureté permettant de saisir la signification et le rôle de cette institution. C'est avec l'apparition de l’Etat que nous assistons aussi à la construction d'une théorie de l’Etat qui fournit d'ailleurs encore aujourd'hui matière aux élucubrations des théoriciens démocratiques et li­béraux. Noua avons déjà indiqué en quoi consistait cet Etat démocratique dont les esclaves formaient la masse sur laquelle s'exerçait la domina­tion des exploiteurs. Il nous est donc facile de comprendre que toute la théorie d'Aristote se bornant à considérer l'Etat en soi et non l'Etat en tant qu'instrument au service d'une classe donnée est le produit de certaines conditions historiques. La théorie de l'Etat entité en soi, que nous transmirent les philosophes grecs épuise le sujet et rien d'es­sentiel n'y aura été ajouté. Mais tout comme la république athénien­ne était isolée de l'écrasante majorité de la population, cette théorie de l'Etat isole également ce dernier du milieu de classe et de la situa­tion qui l'engendrent. La critique marxiste ne peut donc que remettre cette théorie sur une base réelle, prouvant ainsi que les conclusions d'Aristote qui permettent la construction d'une harmonie sociale, peu­vent bien arriver à une distribution démocratique des fonctions, mais à la condition de définir la société comme composée seulement d'hommes li­bres, à l'exclusion de la majorité des esclaves.
Pour ce qui est des temps modernes, il faut commencer par établir que la notion de l'Etat démocratique ne résulte nullement des théories des Encyclopédistes. Suivant Rousseau, la République démocratique ne peut correspondre qu'à "un peuple de dieux" : les différenciations sociales et intellectuelles inclues dans la réalité, obligeant de construire l’Etat sur la base de la hiérarchie des valeurs existantes. La théorie de Rousseau, "Le Contrat Social" comporte, en effet, non l'abdication ou la renonciation des pouvoirs de la part de ceux qui les détiennent, mais l'abandon nécessaire d'une fraction de liberté de chacun des composants de la société afin de permettre la vie et le fonctionnement de l’Etat. Il est évident qu'en sortant des termes indéterminés où se mouvaient les Encyclopédistes, nous comprendrons facilement que le sacrifice d'une fraction de liberté qui devait être spontanément offerte n'était en définitive que la justification idéologique de la domination des exploiteurs à qui l'on faisait cession de droit de gouverner la société. L’Etat démocratique moderne ne trouve pas sa genèse dans les élucubrations des théoriciens démocratiques et libéraux, mais dans les événements qui accompagnent l'ascension du capitalisme au pouvoir. Les conceptions de la déclaration sur laquelle se fondera l’Etat de Virginia en Amérique, qui servit de base à la constitution américaine le 1787, et qui se retrouve ensuite 37
dans la déclaration des Droits de l'Homme de 1791 ne se relie nullement avec la philosophie des Encyclopédistes qui, comme le disait Montesquieu , considéraient possible une république démocratique exclusivement pour des petits territoires et non comme une forme d'organisation générale pouvant régir la société dans son ensemble.
L'ascension de la bourgeoisie au pouvoir s'accompagne avec une mo­dification radicale du mécanisme de la production qui pose déjà les prémisses pour la construction d'une société communiste supérieure. L'instrument de production qui jusqu'ici avait eu une nature d'outil pouvant être actionné par des travailleurs individuels ou par des unités de ces travailleurs réunis en corporations, devient alors un instrument requérant l'intervention collective des travailleurs. C'est la machine à vapeur qui, déterminant une révolution sans égale dans l'histoire, détruisit toute possibilité de maintenir la division des classes dans les frontières délimitées de la caste, et oblige désormais les "citoyens" à prendre figure directe de producteurs rassemblés autour du même instrument de travail. Les modifications qui s’accomplirent dans les situations historiques rendirent impossible le maintien de la vie de la société dans le milieu exclusif des couches d'exploiteurs au sein desquels, ainsi que nous l'avons vu, agissait également comme stimulant le mécanisme démocratique, faisant entrevoir aux moins privilégiés la possibilité d'atteindre une position sociale supérieure.
L'aliment de vie de la société dans son ensemble dut donc être trouvé ailleurs, et comme résultant du nouveau caractère pris par l'ins­trument de production, affirmant son divorce avec l'individualité écono­mique. La base de constitution des Etats modernes se retrouve ainsi non dans la possibilité d'atteindre une position économique meilleure, mais dans l'accès aux fonctions politiques qui est présenté possible à tous les composants de la société, qui pourront désormais entrer dans les or­ganismes gouvernementaux du nouvel Etat, apparaissant non plus comme les précédents, relié mécaniquement à la production, mais scindé de celle-ci et ayant l'apparence d'une vie propre, obéissant aux lois des consultations électorales.
L’Etat démocratique trouve ses fondements dans les caractères particuliers de la classe capitaliste qui ne se restreint pas aux limites des privilèges du sang, mais trouve la source de son hégémonie dans l'ambiance économique nouvelle où la domination sociale résulte de l'appropriation de la plus- value. La classe ne se reliant plus automatiquement au mécanisme de la production, il n'est plus possible d'exclure obligatoirement une partie de la société. D'autre part, la vie sociale dans son ensemble étant bouleversée par la nouvelle condition où se trouvent les travailleurs réunis autour des instruments de la production, il devient indispensable de fournir un appât à ces ouvriers ayant acquis une position de producteurs collectifs afin qu'ils subissent la loi d'une société qui se base sur les principes de la propriété privée des moyens de production. Et cet appât est représenté par la séparation entre Etat et gouvernement, ce qui constitue d'ailleurs la caractéristique essentielle de l’Etat démocratique moderne. Les ouvriers autant que les capitalistes auraient donc accès aux organes gouvernementaux de direction de l’Eat et la Constitution de Virginia, aussi bien que la Déclaration de 1791, consacrent jusqu'au droit à l'insurrection.


L’Etat démocratique se présente, par conséquent, comme un produit direct de l'évolution historique ayant conduit le capitalisme au pouvoir. La cessation du fonctionnement du mécanisme démocratique prouve que la classe capitaliste est devenue un anachronisme historique, mais ne 38
prouve nullement que le rétablissement de ce fonctionnement pourrait faciliter la victoire du nouvel ordre communiste. Pour arriver à ce but, il faudra abattre la classe ennemie et dans l'accomplissement de cette œuvre, il n'y aura aucune possibilité de s'accrocher à la revendication de la démocratie. Autrement, il faudra répéter l'abstraction qu'avait effectuée la philosophie grecque en considérant l’Etat en lui-même et admettre, comme elle, la démocratie pure et en "soi". Cet artifice littéraire n'aurait pour effet que de retirer la classe ouvrière de l'arène où elle peut agir pour ses intérêts spécifiques, car en définitive, la démocratie ne permet pas la formation d'une classe indépendante luttant pour une nouvelle société, mais seulement d'aboutir à la constitution d'un gouvernement que l'on présenterait alors comme maître (?) de l'appareil étatique. En effet, la constitution d'une organisation ouvrière est la négation des conceptions sur lesquelles se base l’Etat démocratique et il est absolument faux que la construction des organismes ouvriers soit le fruit de l’Etat démocratique. Par contre, une opposition principielle existe entre les institutions de l’Etat démocratique et la fondation des organismes ouvriers. Par les premiers les prolétaires sont rattachés à la fiction démocratique, par les seconds les ouvriers opposent au gouvernement bourgeois un cours historique opposé conduisant à leur affranchissement. Le droit d'insurrection réservé dans les constitutions démocratiques se rapporte aux minorités par rapport aux majorités mais ne reflète nullement les revendications ouvrières dont la simple apparition représente une négation de la théorie de l’Etat démocratique.
Le problème de la conversion de l’Etat démocratique en Etat fasciste montre que l'heure a sonné où le capitalisme ne peut plus maintenir sa domination en laissant subsister des organismes ouvriers et ces derniers ne peuvent maintenir leurs bastions qu'à la condition de passer à l'insurrection pour la construction de la société nouvelle. Ce n'est donc pas une modification organique qui se vérifie dans l’Etat démocratique, mais un processus de purification de cet Etat qui écrase par la violence tous les facteurs adverses qui avaient pu se fonder.
Le mouvement ouvrier a surgi comme une négation de la démocratie et il ne peut reprendre son cours qu'à la condition de rester dans les limites de son programme, s'exprimant dans la nécessité de créer l’Etat ouvrier sur les principes de la dictature du prolétariat. Ce régime de transition permettant de balayer toutes les résistances des forces ennemies, réalise aussi des conditions poussant à une plus haute expansion de la technique de production et prépare les conditions où la volonté des producteurs pouvant s'exprimer librement en vue de la satisfaction des besoins, les fondements seront établis pour une réelle égalité, et pour la suppression des bases mêmes de la démocratie qui n'est en définitive, et dans la meilleure des hypothèses, que consentement d'une majorité à confier la gestion de leurs intérêts à une minorité de gouvernants et de privilégiés.


"La liberté politique est un simulacre et le pire esclavage possible: c'est pourquoi il faut réduire en pièces la démocratie aussi bien que n'importe quelle autre forme de gouvernement." Marx, Engels. Ecrits militaires.


CE12.4 Mémoire ouvrière: "L'Etat démocratique", Bilan 1934