Depuis quelques temps, «L’affaire Chénier» agite le petit monde de «L’ultra- gauche» nord- européenne. Exclu et dénoncé publiquement par le CCI pour «Comportement indigne» (cf. RI n° 90) Chénier et sa tendance n'en constituent pas moins le nouveau «Groupe communiste - l'ouvrier internationaliste» qui, dans une «Mise au point» accuse le CCI de vouloir marquer leur groupe «Du sceau de l’infamie et du doute». «L’affaire» se corse lorsque des commandos «Terroristes» du CCI attaquent violemment certains de ses ex- membres en Angleterre ayant eux fondé entre- temps le groupe «News of War and Revolution», pour récupérer du matériel... communiqués et avertissements publics se succèdent, le CCI pour annoncer sa satisfaction d'avoir pu récupérer son matériel (Cf. RI n° 92), les autres groupes pour demander à tous les groupes révolutionnaires de «rompre» tout contact avec le CCI (cf. Warning du 8 novembre 1981).

Si cette question mérite notre attention, c'est que au- delà de ce débat somme toute bien mineur en regard aux immenses problèmes que connaît la lutte ouvrière aujourd'hui, se retrouve les questions programmatiques centrales de la lutte armée et communistes contre leurs ennemis de toujours, l’Etat capitaliste, la répression sanglante de ce dernier et la réelle signification de la solidarité active entre noyaux révolutionnaires. En filigrane de ce «Cas» se retrouve ainsi toutes les questions vitales qui peuvent aujourd'hui, dans nos pays, paraître secondaires à tous les spontanéistes, mais qui demain délimiteront les forces combattantes de la révolution de tout ce petit milieu dilettant et pseudo- révolutionnaire» (ce que Lénine appelait les «militants» du samedi soir).

Comme nous l'avons immédiatement précisé (cf. notre réponse à la mise au point du GCOI) nous ne voulons nullement intervenir dans la partie du débat ne concernant pour l'instant que la bonne ou mauvaise réputation des protagonistes: pour le CCI Chénier est «un élément trouble et un aventurier politique» ; pour le GCOI et le NWR, le CCI utilise «des méthodes staliniennes en réaction à une crise de fond»...

De notre part, ce que nous critiquons dans l'attitude du CCI ce n'est nullement le fait d'utiliser la violence, le terrorisme,... (1), mais c'est de refuser de donner à ses actions de réelles explications, argumentations politiques permettant d'en déterminer leur nature de classe. De la même manière que nous ne condamnons jamais des actions parce que violentes ou terroristes nous n’attaquons pas la méthode en soit utilisée par le CCI, mais bien le fait que

(1) indépendamment du fait «cocasse» que c'est ce même CCI qui du haut de son moralisme passif condamne toute action militaire de classe qui ne serait pas démocratiquement contrôlée par les soviets ou autre assemblée générale... autant dire que dans les faits le CCI condamne toute action militaire car nécessairement minoritaire! (cf. notre brochure «rupture avec le CCI») sauf peut-être... lorsqu'il s'agit de défendre sa propriété privée !
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jamais le CCI n'a été capable de répondre politiquement aux questions de fond posées par ses scissions successives sinon par la calomnie ou la psychologie de bas étage (2).

Le dernier communiqué du CCI (cf. RI n° 92) digne des communiqués de victoire des états capitalistes en guerre ne nous apprend rien de plus sinon que le CCI agit pour défendre sa propriété privée (vive la légitime défense!) menacé par les machiavéliques agissements du dénommé Chénier. D'autre part, le CCI a réaffirmé son attachement «au principe de la non- violence au sein de la classe ouvrière»... à nous de tirer la conclusion (puisque le CCI ne le fait pas) que « s'attaquer» au CCI signifie automatiquement défendre la bourgeoisie, comme pour d'autres, s'attaquer à la bourgeoisie en Russie signifie automatiquement défendre le capitalisme...

C'est évidemment ce que nous ne tirerons pas comme conclusion car jamais (sauf pour les disciples de Dühring) la violence ou la non- violence ne sont des questions en soi, ne sont des principes ; ce qui détermine leur nature, se sont les classes qui les utilisent pour réaliser leur projet social. En ce sens, le prolétariat, pour réaliser la société sans classe, est contraint (n'en déplaise aux âmes sensibles) d'utiliser la répression, la violence, la terreur, le terrorisme,... qui ne possède de contenu ouvrier que parce qu'ils servent les intérêts et le but du mouvement ouvriers (3). Nous ne combattons pas «en soi» les actions du CCI. Nous savons très bien que nous serons très prochainement amenés également à agir contre toutes les formes de répression et d'attaque que la bourgeoisie commence à mener et mènera contre les noyaux révolutionnaires. Ce que nous condamnons ouvertement est le total manque d’argumentation politique sous- tendant ses actions car
1) jamais le CCI n'a clairement dénoncé Chénier comme étant un contre- révolutionnaire notoire ou un flic infiltré
2) il n'a encore moins justifié les raids qu'il a effectué en Angleterre.

Récupérer du matériel à l’ennemi est une action pleinement révolutionnaire, de là le CCI induit vulgairement que le fait de récupérer du matériel démontre que les autres protagonistes ne peuvent être que des ennemis de classe. C'est avec ces sophismes que le CCI essaye de maintenir un semblant de cohérence entre sa pratique mesquine de groupe (c'est évidemment plus dur de s'attaquer à des groupes étatiques ou para- étatiques!) et ses grands principes plein d’humanisme bêlant et de moralisme petit- bourgeois.

Rien dans les déclarations actuelle du CCI, de plus en plus cyniques et hargneuses, ne tend qu’à montrer que leurs actions défendent d’une quelconque façon le programme de la révolution communiste sinon leur sacro- sainte propriété privative. En ce sens et jusqu'à preuve du contraire, les déclarations et les actes de racket, de vandalisme perpétrés par le CCI ne servent «qu’à jeter le discrédit sur un militant en rupture et sur l'ensemble de sa tendance » (cf. notre lettre au CCI du 17 novembre 1981) (4) ainsi qu'à essayer de régler par des mesures administratives et répressives les débats de fond qui secouent en profondeur le CCI.

(2) nous ne voulons pas ici prendre position sur toutes les scissions, prolétarienne ou opportuniste, qu'a connue ou que connaîtra le CCI, sinon sur l'incapacité chronique de ce groupe à répondre politiquement à celles-ci.

(3) sur ces questions nous renvoyons les lecteurs à nos textes «Discussions sur le terrorisme» dans le communiste numéros 3 et 5 et à notre brochure «Rupture avec le CCI».
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En ce qui concerne le débat de fond, notre organisation a déjà, à de multiples reprises, explicité qu'elle se considérait comme partie prenante des communistes qui, partout dans le monde, s’affrontent directement à la bête capitaliste. La réelle solidarité de classe ne peut que passer par le soutien tant théorique que pratique à ces groupes combattants. Et c'est dès aujourd'hui que se tissent les réseaux internationaux de la lutte anti- capitaliste qui pourront donner naissance au parti communiste combattant. Mais il est étonnant de voir le CCI demander « la nécessaire solidarité du milieu révolutionnaire » alors que dans la pratique, ce même CCI se refuse à la plus élémentaire solidarité comme par exemple lors de l'assassinat du militant communiste Puig Antich par l'Etat espagnol en 1974 ou , plus récemment lors des arrestations des militants communistes du CIM, dirigeant de la lutte ouvrière à Naples oui encore par rapport aux centaines de prisonniers politiques prolétariens emprisonnés de part le monde... La solidarité de classe à laquelle nous contribuons est donc bien celle qui soutient réellement des militants et groupes ouvriers victimes de la terreur étatique ou para- étatique de la bourgeoisie et n’a rien à voir avec des actions de guerre privée entre tels ou tels groupes se revendiquant du mouvement ouvrier (5).

Jusqu’à preuve du contraire, ni le CCI ni les autres groupes (GCOI et NWR) ne démontrent sinon qu’à coup de tautologies qu'ils ont agit pour se défendre d’attaques émanant de l'ennemi de classe. Et évidemment, les mœurs bourgeoises, le « gangstérisme » au sein de ces groupes trouvent leur seule explication dans le programme qui les sous- tend et notamment dans les conceptions démocratiques et non- organiques du parti amenant le CCI comme les autres groupes à agir comme de simples sociétés anonymes concurrentes. Jamais cette "grande et responsable" organisation qu'est le CCI ne s'est posée la question de savoir comment un individu aussi "louche et suspect" (déjà bien avant son intégration en fanfare et à la direction du CCI) a pu "se livrer à un travail de sape soigneusement orchestré" bref comment un tel "aventurier" a pu creuser une place sans que la responsabilité politique du CCI ne soit mise en cause. Oh, grand donneur de leçon, si Chénier est tel que vous le dites, c'est que votre groupe et ses positions bourgeoises l'ont produit et engendré et il ne sera pas le dernier! Dans ce. cas, la seule différence est que Chénier a échoué là où d'autres ont réussi ... Marx disait déjà "que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué" (thèses sur Feuerbach)

(4) De la même manière, nous réaffirmons ici le fait que nous avons été nous mêmes, à différentes reprises et dans une moindre mesure, confrontés à des attitudes anticommunistes de certains militants du CCI ragots, menaces, délations publiques en conséquence de quoi nous avions écrit dans une lettre datée du 27 février 1981adressée à la section du CCI en Belgique que: " Nous savons par expérience que beaucoup de vos militants sont encore et toujours, comme conséquence de votre isolement par rapport aux conditions et aux problèmes réels de la lutte de classé, incapables de faire la différence entre une critique politique et une révélation de données personnelles et techniques pouvant servir à la répression et lui faciliter la tâche. C'est ainsi que nous et pas seulement nous car il s'agit chez vous d'une pratique continuelle sommes constamment confrontés à la circulation d'informations personnelles et techniques, calomnieuses ou non, provenant de bavardages irresponsables du CCI. La négligence systématique des critères élémentaires de la solidarité prolétarienne vous range aux côtés des gauchistes dans leur œuvre quotidienne de délation." Les faits n'ont fait que confirmer notre prévision.


(5) Dans le dramatique état de faiblesse des forces révolutionnaires, personne n'a intérêt à mener ce type de guerre privée.

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D'autre part, dès le surgissement du GCOI, nous notions: "Ce qui nous étonne c'est que votre seule raison de "rupture" est cette question de "fonctionnement interne" sans divergence sur des questions programmatiques fondamentales qui en dernière instance déterminent la pratique organisationnelle des groupes. La "bureaucratie" trouve toujours son fondement dans des principes bourgeois, dans des manques de clarté sur les buts et les moyens du mouvement communiste. Nous serions donc d'abord intéressés à connaître vos divergences de fond avec le CCI. Pour nous, l'explication de certaines pratiques de ce groupe se trouve dans leur conception démocratique et pacifiste qui imprègne de plus en plus tant leurs "analyses" que leurs "pratiques" (cf. le culte des assemblées générales, des délégués, des masses, de la spontanéité, le refus du parti combattant, la condamnation des actions violentes de classe ...) (...) Si nous condamnons publiquement l'attitude du CCI, ce n'est nullement, pour prendre parti dans un conflit basé uniquement, pour l'instant, sur "la bonne ou mauvaise réputation des protagonistes". En d'autres termes, nous estimons que vous, comme le CCI, vous vous situez au même" niveau de moralité/immoralité, sans développer aucune critique fondamentale." (cf. lettres de réponse au GCOI et au NWR) (6)
Notre appréciation n'a fait que se confirmer par la suite, contrairement aux dires des protagonistes, il ne s'agit nullement d'une lutte entre bourgeoisie et prolétariat, d'une réponse militaire à apporter à la répression de l’Etat capitaliste ou d'un de ses valets -réponse avec laquelle nous aurions été totalement solidaires. Il ne s'agit tout au plus que d'un règlement de compte interne au CCI qui matérialise de plus en plus les fissures que la lutte de classe provoque au sein de tous les groupes qui ne s'inscrivent pas pleinement dans la ligne historique de la reconstitution du parti de classe.


(6) Depuis, nous avons reçu quelques documents émanant du GCOI. Sans rentrer ici dans une critique détaillée des positions de ce groupe, ce qui nous apparaît de prime abord c'est une non- rupture avec la globalité des positions et de leurs argumentations du CCI. Sensiblement, le GCOI a les mêmes positions que le CCI cumulées à un ouvriérisme à outrance et d'une nette tendance au démocratisme.


"Dans les moments de crise, le manque de tête devient un crime contre le parti et ce crime réclame un châtiment public."

Marx.


CE12.3 Le "cas Chenier": Tempête dans un verre d'eau