Dans nos textes analysant la situation au Nicaragua, dénonçant le caractère objectivement prolétarien du sandinisme (comme de tous les libérateurs de patries), nous soulignions les énormes problèmes rencontrés par la bourgeoisie mondiale en Amérique Centrale pour assurer la stabilité de son système d'exploitation. Nous disions: "Dans les différents pays d'Amérique Centrale où les gouvernements à tête ouvertement militaire contiennent de plus en plus difficilement la lutte de classes, la mascarade des droits de l'homme apparaît comme une nécessité générale pour maintenir la domination capitaliste. Mais si, sur cette nécessité de combattre l'armement des ouvri­ers par l'adoption d'un ensemble de réformes les désarmant, la bourgeoisie tend à converger, les oppositions inter- fractions (qui caractérisent en permanence le capitalisme) se radicalisent parce que seule la fraction qui con­trôle la classe ouvrière pourra, en dernière instance, réaliser ses propres intérêts bourgeois et que seule une option qui apparaît radicalement diffé­rente peut désarmer et disperser le prolétariat"


La permanente convergence programmatique de toutes les fractions de la bourgeoisie et les repolarisations entre elles ne s'excluent pas; bien au contraire elles font partie d'un même processus. Et il est évident que ce processus n'est pas limité aux seuls pays centraméricains. En même temps que les nouvelles et plus puissantes crises politiques, ce processus a continué à se manifester tant en Amérique Centrale que dans les Caraïbes. Son point névralgique reste le Salvador où la crise sociale et politique est restée permanente du fait de l'échec des tentatives de la bourgeoisie à composer un gouvernement d'unité nationale de type sandiniste et à réordonner sa domination de classe en réintégrant le monopole de la violence dans l'appareil d'Etat central

Pour l'avant- garde mondiale du prolétariat, il est fondamental de pouvoir analyser l'échec de ses ennemis même s'il est partiel et très loin de signifier (non dans le temps mais dans le contenu) un triomphe de nos frères de classe, parce que de cet échec germe déjà une nouvelle phase internationale de lutte de classe (de même qu'en Pologne, Iran, ... où les tentatives de la bourgeoisie mondiale à ramener l'ordre connaissent un relatif échec).

Mais dans l'actuelle situation de désorganisation internationale du prolétariat dont la tragique réalité peut être mesurée d'après l'état totalement embryonnaire des minorités qui œuvrent à la constitution de l'indispensable parti communiste, les analyses de ce type se remarquent par leur inexistence. En effet, lorsque nous faisons le bilan de tout ce qui a été dit

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sur « El Salvador », nous constatons que généralement la réalité de la lutte de classes, élément qui a déterminé toutes les contradictions inter- bourgeoises, a été cachée et que partout, ce sont les interprétations données par les grands moyens de circulation et de fabrication de l'information dont l’horizon bourgeois ne leur permet pas de voir autre chose en jeu que les différentes tentatives de réformer l’Etat capitaliste, qui ont dominé. A cet horizon gris, les mass- media donnent vie et couleur, l'information est soigneusement filtrée, parcellisée et une confusion monstre est délibérément faite à propos des forces, sigles, groupes d'intérêts, fronts et autres organisations pour, tenter d'opposer les programmes de la junte démocratique et de la démocratique opposition, des juntistes qui sont passés à l'opposi­tion et des juntistes restés au gouvernement; de l'anti- fascisme des uns et de l'anti- fascisme des autres, de la droite gauchisante et de la gauche droitisante, … alors que tous, de la réforme pour retourner à l'ordre ou de l'ordre pour retourner à la réforme, ne sont que des composantes du même parti de l’ordre. Tout ce spectacle pour cacher le fait qu'aucune des fractions du capital n'a rien autre à offrir que des réformes bourgeoises qui ne font que renforcer l'exploitation du prolétariat. Et de là, l'impressionnante confusion devant laquelle se trouve le militant prolétarien qui tente de comprendre ce qui se passe au Salvador.
Ce texte qui analyse la lutte de classes au Salvador contribue à l'in dispensable critique que le prolétariat a déjà commencé pratiquement par sa lutte, du programme bourgeois populaire, national, démocratique, réformiste, "révolutionnaire", que toutes les fractions du capital international ont tenté encore d'appliquer au Salvador pour détruire la lutte prolétarienne et enterrer le prolétariat dans le peuple salvadorien.
Sur le plan international, alors que les diverses forces du capital organisent des manifestations de solidarité avec les différentes versions du front populaire et patriote du Salvador, pour 1e. prolétariat, il s'agit d'organiser, la solidarité de classe. Mais, comment?
Sûrement pas en participant aux actions menées par les pacifistes, les gouvernements, les syndicats, les gauchistes, les parlements, les églises, les partis chrétiens, sociaux- démo­crates ou .staliniens, sûrement pas en se laissant tromper par les fallacieux prétextes qu’«on ne peut rester indifférent », que « tel ou tel front est moins néfaste pour les ouvriers au Salvador". La solidarité de classe passe premièrement par la dénonciation claire et intransigeante de tous les ennemis du prolétariat c'est pourquoi ce texte tente de donner les éléments pour combattre et le Front Démocratique Révolutionnaire (actuel front d'opposition) et l'unité Populaire Démocratique (actuel front d'appui au gouvernement) dont l’identité bourgeoise de leurs programmes les ont tous deux menés de fait à intégrer la junte d'octobre 1979. Le prolétariat ne lutte ni pour l'un ni pour l'autre et tout appui même réservé ou critique à l'un de ces deux fronts démocratiques sert la victoire dé la bourgeoisie sur la lutte prolétarienne au Salvador.


La pratique communiste n'est jamais indifférentiste au contraire, elle appuie inconditionnellement la lutte prolétarienne et aujourd'hui comme en 1979 au Salvador, elle appuie le prolétariat dans sa lutte pour son autonomie de classe, contre les deux. fronts populaires. Se solidariser avec les camarades prolétaires au Salvador, loin d'impliquer la participation aux campagnes orchestrées par nos ennemis des cinq continents implique dénoncer le caractère contre- révolutionnaire non seulement du gouvernement actuel mais aussi du Front Frarabundo Marti pour la libération nationale.


Les liens qu'entretiennent les deux susdits fronts au Salvador avec les organisations du capital international que nous affrontons quotidiennement dans tous les pays (libérales, démocrates, chrétiennes, staliniennes, sociales- démocrates, . . .) .montrent que la lutte du prolétariat mondial a toujours les mêmes ennemis. Et, sans exclure d'autres formes de solidarité plus directe qu'aujourd'hui nous ne sommes pas encore en mesure d'assumer, la solidarité de classe avec les prolétaires au Salvador se réalise aujourd'hui dans la lutte du .prolétariat dans d'autres parties du monde contre les mêmes forces«ennemies dans "leurs" propres pays, pour autant que cette lutte ne se laisse pas, dévier et disperser dans des manifestations de solidarité avec l'un ou l'autre front démocratique au Salvador.


PREMIERS ELEMENTS PREOCCUPANT LA BOURGE0ISIE MONDIALE

La bourgeoisie, classe qui vit de l'exploitation du prolétariat et qui maintient cette exploitation par le feu et par le sang, a dernièrement "découvert", "horrifiée", que l'Amérique Centrale était un vaste théâtre de misère et de tyrannie. Dès ce moment, les presses, radios, télévisions, du monde entier se sont apitoyées sur le sort de ces misérables d'Amérique Centrale et condamnaient les gouvernements dès lors jugés dictatoriaux.

Qu'est-ce qui a ainsi déterminé ce changement d'attitude, pourquoi la bourgeoisie mondiale s'est elle mise à dénoncer ce qu'elle avait toujours fait taire?


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Il est évident que la misère, la répression sanglante perpétrées dans ces pays (comme ailleurs) n'étaient pas des événements nouveaux; ils n'étaient que les moyens utilisés depuis toujours pour maintenir la domination des régimes mis en place et appuyés par le capital international. Ce qui en réalité avait changé c'est que les mitrailles, les tortures, les camps de concentration, les corps spécialisés de répression entraînés par l’Etat Yankee n'empêchaient plus le développement des luttes ouvrières, d'une tendance à l'autonomie de classe et à l'armement des groupes de prolétaires des campagnes et des villes. En effet, en reprenant la défense de ses intérêts immédiats malgré tout le déploiement de l'appareil répressif, le prolétariat, sans pour autant exister en tant que classe organisée en parti, renouait avec sa tradition historique de lutte particulièrement riche en Amérique Centrale, Caraïbes, Mexique, ... La reprise de ce mouvement, son renforcement, son armement.. embryonnaire faisait comprendre à la bourgeoisie que si elle voulait maintenir sa dictature de classe, elle devait opérer un changement: de politique. La nécessité de changer la forme de domination politique s'imposait, il fallait des nationalisations, des démocratisations et autres replâtrages gauchistes ou chrétiens. C'est la raison pour laquelle les critiques aux dictateurs et/ou aux juntes se sont aiguisées, se sont systématisées et ont convergé pour proposer un même et monotone type de réformes du capital. Ce même programme sera défendu par les progressistes, les pacifistes les sociaux- démocrates, les démocrates chrétiens, les nationalistes, les staliniens, les castristes, c'est-à-dire la grande formule du front unique anti- ouvrier du capital. Quelques fois toutes ces forces seront regroupées autour du gouvernement, d'autres fois la majorité d'entre elles joueront à l'opposition, d'autres encore elles se partageront ces fonctions. Ces affirmations ne relèvent pas du cynisme ou d'une généralisation hâtive; toutes ces réformes défendues par les diverses fractions de la bourgeoisie ont un contenu unique parce qu'elles répondent à un même besoin du capital. Il existe bien sûr des litiges qui divisent et opposent même très violemment ces diverses fractions de la bourgeoisie; ces divergences portent sur le choix des modalités d'application des réformes, selon leurs efficacité, crédibilité, ... ce qui implique aussi le choix de momentanément sacrifier l'une ou l'autre fraction de la bourgeoisie, ce qui ne se fait pas sans heurts ni


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mitraille, pour préserver l'intérêt général du capital.
Ce processus sera exemplifié dans la suite du texte qui analyse plus spécifiquement la situation au Salvador. Dans ce texte, le rôle des puissances capitalistes internationales ne seront rappelées que dans la mesure où elles interviennent d'une manière décisive dans l'évolution de la situation au Salvador mais, pour bien comprendre la situation au Salvador, il ne faut pas perdre de vue que celle-ci joue un rôle important dans la situation internationale. Pour la bourgeoisie, juguler les convulsions qui secouent le Salvador implique aussi saper le développement des convulsions dans toute l'Amérique Centrale et les Caraïbes et plus largement encore, stabiliser la situation au Salvador est nécessaire pour éviter de compromettre toutes les zones de « paix » d'Amérique.


La grande presse n'a pas caché la situation d'instabilité sociale généralisée dans toute l’Amérique Centrale et les Caraïbes où tous lés régimes y compris ceux qui jusqu'à hier paraissaient encore plus stables, commencent à ne plus pouvoir combler les fissures. Aucune force politique du capital international n'a caché ses craintes à propos de l’avenir de cette région. La possibilité que cette situation compromette les zones de "paix" d'Amérique (et donc du monde entier) est sans aucun doute ce qui les terrorise le plus, mais cela la grande presse ne l'a mentionné qu’occasionnellement. Nous considérons que cette donnée joue un rôle fondamental dans la tendance de la bourgeoisie mondiale à converger désespérément pour « trouver une solution humaniste à la situation au Salvador, en Amérique Centrale et dans les Caraïbes ».

Il est évident que si le prolétariat étendait sa lutte au Mexique, au Venezuela, aux Etats-Unis (1), mû par sa condition matérielle et l'exemple de ses frères de classe, il se renforcerait non seulement quantitativement mais qualitativement du fait de l'internationalisation de la lutte de classe.
Cette extension du mouvement balayerait tout espoir de voir les conditions de vie infernales qu'il supporte changer avec l'une ou l'autre forme de domination capitaliste, et montrerait clairement que partout les projets de la bourgeoisie sont uniques; qu'aucun ne libère de la misère croissante. Dès lors, il serait plus difficile de tronquer cette lutte prolétarienne en une lutte pour la démocratie ou pour le socialisme à la sandiniste, comme la bourgeoisie réussit encore à le faire au Salvador. L'antagonisme de classe
apparaît plus nettement, opposant un prolétariat unifié à toute la bourgeoisie, ses réformes, ses démocratisations, ses différents partis, ... Le danger suprême pour le capital est cette possibilité que se reproduise une importante phase de lutte de classes comme celle qui a déferlé sur le continent de 1968 à 1973. Cependant, les conditions objectives continuent à s'accumuler, à se réunir partout et à activer la généralisation des conflits mena­çant le capital d'une nouvelle phase de lutte de classe bien plus importante que la précédente.

(1) Dans ces pays la situation est encore semi- léthargique, mais déjà s'accumulent les éléments qui rendront aussi la situation explosive: l'importance des luttes ouvrières (particulièrement au Mexique et au Venezuela), la perte de crédibilité des "oppositions" parlementaires et syndicales (au Mexique, au Venezuela et aux Etats-Unis) et l'abstentionnisme record dans l'histoire électorale de ces pays (au Mexique et aux Etats - Unis).
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I. LE COUP D'ÉTAT DU 15 OCTOBRE 1979: LA CONVERGENCE PROGRAMMATIQUE DES GRANDES FORCES DE LA BOURGEOISIE


Au cours de ces dernières années, les luttes des prolétaires au Salvador se sont étendues et radicalisées. Devant le danger que constitue la déstabilisation du Salvador pour le maintien de l'ordre et la continuité de l'expansion capitaliste dans cette partie du monde bourgeoisie entière a essayé de s'aligner sur un programme de réformes. Des décennies de terrorisme étatique ouvert (la tyrannie militaire existe depuis les années 1930) commençaient à donner des résultats totalement insuffisants.
Cette nouvelle convergence programmatique s'est concrétisée dans un processus d'ouverture démocratique, à partir des élections en 1976 et dont le coup d’Etat d'octobre 1979 préparé à l'intérieur du régime du dictateur a constitué le point d'orgue. La continuité politique entre la dictature militaire de Romero et celle démocratique/populaire issue de la junte d'octobre 1979 apparaît évidente quand on analyse les forces qui ont appuyé le coup d'Etat, les réformes projetées et les événements qui ont suivi le coup d’Etat.
Les forces politiques qui ont contribué à expulser Romero ont été:
a) au niveau, international
- l'Etat nord- américain qui a non seulement fourni un appui économique, financier et militaire mais qui a aussi garanti l'alignement immédiat de bon nombre d’Etats petits et grands (Guatemala, Honduras,...)
- l'Internationale Démocrate- chrétienne
- l'Internationale Socialiste
- l’Internationale de Moscou
qui englobent toutes trois des partis, des gouvernements et des armées du capital impérialiste.
b) au niveau national
- les partis populaires d'opposition nationaliste regroupés dans l'Union Nationale d'Opposition (UNO) dont le candidat Napoleon Duarte évincé de la tête du gouvernement et contraint à l'exil malgré la victoire de son parti aux élections, est l'actuel président de la junte militaire. L'UNO était composée par la Démocratie- chrétienne, le Mouvement National Révolutionnaire (social- démocrate) et l'Union Démocrate Nationaliste (UDN) qui n'est autre que le bras légal du Parti "Communiste" Salvadorien...
c) les autre grands piliers de l'Etat bourgeois:
- l'armée et les autres forces répressives, regroupées autour des offi­ciers de la jeunesse militaire qui, comme partout en Amérique Latine, exercent le "contrôle" direct avec le Pentagone sur les groupes « incontrôlés » d'extrême droite.
- la plupart des syndicats regroupés dans le Foro Popular.
- l’Eglise dont le célèbre Monseigneur Romero qui a octroyé son appui "critique" à la junte.
d) les organisations populaires de guérilla (à l'exception du Bloc Populaire Révolutionnaire) qui, comme nous le verrons par la suite, ont appuyé ou étaient disposés à appuyer les réformes.

Cet immense front populaire a tenté de reproduire l'histoire de toujours: celle d'un Allende, des Sandinistes, des Peronistes, ... c’est- à- dire de désarmer et de liquider un soulèvement prolétarien grâce au vieil arsenal des libertés démocratiques, des réformes agraires, des nationalisations des banques et du commerce extérieur, de la chasse aux responsables de la situation catastrophique, des fascistes, de l'oligarchie foncière, etc. (1) L'objectif déclaré de la junte, la pacification, l'ouverture du dialogue national

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présupposait la fin des troubles sociaux, le dépôt et la restitution des armes. Mais la confirmation brutale de ce que peut offrir le réformisme et le démocratisme aux prolétaires ne s'est pas fait attendre. En une semaine, les prolétaires massacrés se comptaient par centaines.
Evidemment, la répression, comme celle qui frappa la manifestation du 21 octobre était imputée non pas à l’Etat mais à des forces occultes opposées à la junte et toutes les forces bourgeoises, du P''C"S à l'Eglise catholique en passant par les syndicats et l'armée, appelaient à collaborer avec la junte en brandissant la menace d'un contre coup d'Etat de droite ! Alors que les manifestations, les grèves étaient réprimées par la mitraille, le P"C"S déclarait par exemple, par le biais de la cellule "Jose Maria Postillo " : "L'actuel gouvernement du Salvador n'est pas un gouvernement d'oppression ( évidemment la répression des prolétaires en lutte ne s’adresse pas aux staliniens ndlr) mais il subsiste des secteurs fascistes à l'intérieur de l'appareil d’Etat…" Ainsi, sous le couvert de lutter contre les malhonnêtes propriétaires terriens", les "quelques officiers corrompus" (2), ceux qui, chaque fois que le capital impose la nécessité de se réformer ne comprennent pas cette réalité à temps et sont immanquablement balayés par l’histoire, l’Etat démocratique terroriste s'est attaqué de manière plus importante, et plus sanguinaire que jamais à tous ceux qui n'ont pas accepté et n'ont rien à gagner du retour à l'ordre démocratique: les "prolétaires".

II. LA DÉMARCATION DE CLASSE: ATTITUDES DES ORGANISATIONS POPULAIRES FACE AUX
REFORMES


A côté de l'opposition traditionnelle, c’est- à- dire de la démocratie chrétienne, des staliniens, de la sociale- démocratie incapables de contrôler quelque mouvement de masse un tant soit peu radical, ont surgi des organisations d'extrême gauche.
En désignant ces organisations comme révolutionnaires par rapport à l'opposition traditionnelle, ces partis politiques, la bourgeoisie a essayé de semer la confusion en assimilant la lutte de classe avec la lutte armée pour des réformes du capitalisme. Notre objectif est de détruire cette confusion en faisant la distinction entre les organisations qui ont été capables d'exprimer les intérêts du prolétariat et celles qui n'ont jamais représenté qu'une variante stalinienne de gauche du capitalisme c’est- à- dire de distinguer celles qui ont maintenu une position d'appui, de fait ou déclarée, à l’Etat de celles qui sans aucune ambiguïté l'ont dénoncé avant pendant et après le coup d'Etat.
Le foisonnement des divers groupes peut être synthétisé en trois catégories d'organisations militaires:
1) Le Bloc Populaire Révolutionnaire (BPR) qui, malgré sa fondation tardive en 1975, est devenu l’organisation la plus massive tant dans les campagnes que dans les villes et leurs banlieues. L'organisation militaire Forces Populaires de Libération Frarabundo Marti (FPL- FM) qui est en liaison étroite avec le BPR à ne pas confondre avec l'actuel FFMLN.

(1) Les déclarations du nouveau gouvernement qui appellent toutes les organisations à s'unifier à la révolution et qui assurent désirer rétablir des rapports étroits avec Cuba et le peuple frère du Nicaragua, ne manquent pas (cf. conférence de presse du colonel Magano du 18 octobre 1979)

(2) L'Etat démocratique a pris des dispositions contre tous ceux qui sont armés exigeant cyniquement la dissolution de l'ORDEN (Organisation Démocratique Nationaliste) escadron de la mort para- étatique à ne pas confondre avec l’UDN.


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2) Le Front d'Action Populaire Unifié (FAPU qui, à travers le contrôle total de la direction de la Fédération Nationale des Travailleurs Salvadoriens (FENASTRAS) constitué de pas moins de vingt syndicats implantés dans les aires stratégiques, a fortement encadré les masses agricoles et urbaines. Le bras armé du FAPU: les Forces Armées de Résistance Nationale (FARN) qui existe depuis plus de quinze ans.
3) Les Ligues Populaires du 28 février (LP 28) organisation qui a vu le jour en 1977 et qui est principalement implantée parmi les travailleurs agricoles. Elle est étroitement liée au Parti Révolutionnaire Salvadorien et à l'Armée Révolutionnaire du Peuple (ERP) dont l'existence remonte au début des années 1970.

Comme on le constate, chaque organisation de masse est étroitement liée à une organisation militaire. Dans tous les cas, excepté le BPR, les organisations de masse n'ont pas été autre chose que les courroies de transmission et les simples exécutants des organisations / « appareils militaires »/ partis
de cadres. L'idéologie dominante de ces organisations sans aucune exception est celle de la bourgeoisie (3): libération nationale et/ou populaire, réforme de l'exploitation capitaliste, apologie du modèle sandiniste de reconstructions nationales, constitution d'un gouvernement démocratique, etc.
Si certaines de ces organisations se sont formées suite à une rupture avec une organisation bourgeoise (par exemple l'ERP et les FARN sont sorties du P"C"S), aucune de ces ruptures ne s'est faite sur des bases classistes.
Mais ce n'est pas précisément sur le terrain idéologique que se sont démarquées les différences fondamentales entre les divers courants. Aujourd'hui, alors que la plupart des fractions bourgeoises sont passées à l'opposition en essayant de se recrédibiliser, les prolétaires du monde entier ont intérêt à reconnaître ceux qui, suite à un changement de masque de l’Etat, en ont constitué les troupes de choc, ont appuyé la junte ou étaient disposés à le faire en maintenant une attitude ambiguë et oscillante. Et à l'exception du BPR, toutes les organisations ont maintenu une attitude conciliante et même d'appui à la junte. L'ERP et les LP 28 ont lancé un appel radio demandant à tous les partis et forces politiques opposées au régime d'intégrer le Gouvernement de Démocratie Populaire et le 16 octobre 1979, ils ont souligné également par radio qu'ils installaient dans certaines localités des gouvernements municipaux populaires afin de garantir que le pouvoir reste au peuple. De leur côté, le FAPU et donc les FARN ont appuyé tacitement la junte par le biais des FENASTRAS membres du Foro Popular, principal organe de contrôle des masses sur lequel la junte prétendait s'appuyer. Au cour de la dernière quinzaine d'octobre, alors que le régime réprimait ouvertement le prolétariat et indistinctement avec eux des militants du FAPU et de LP 28, ces organisations ont été obligées de poursuivre leurs objectifs par l'opposition armée. Mais les faits ont clairement démontré qu'elles étaient disposées à appuyer un régime civico- militaire de réorganisation et de fortification populaire de l'exploitation capitaliste ... elles ont confirmé leur nature contre- révolutionnaire. Le prolétariat ne doit pas l'oublier !

III. "LE BPR, AGENT DE LA LUTTE DE CLASSE"


Un seul courant organisé s'est opposé et a dénoncé le nouveau régime: le Bloc Populaire Révolutionnaire. Sans prétendre toucher tous les facteurs historiques desquels le BPR a surgi, nous allons essayer de donner les éléments fondamentaux qui permettent de 'comprendre' ce qui l’a

3) le populisme est la politique qui tente de maintenir les ouvriers dissous dans le peuple, reproduction du capital. Cette idéologie combat l'organisation du prolétariat en classe qui passe par la destruction violente du peuple et de l'opinion publique.


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distingué des autres organisations, et qui nous permettent d'affirmer que le BPR a représenté dans le passé, un ensemble de forces qui s’unifiaient pour s’opposer à la politique du capital et ce malgré l’idéologie bourgeoise qui y prédominait.

Le BPR apparaît quand diverses associations de prolétaires commencent à se créer et à converger afin de défendre leurs intérêts immédiats: unions des travailleurs agricoles (1974), des travailleurs de l'enseignement (An­des), des étudiants (mars 1975), des habitants des "tugurios" (bidonvilles UPT en 1975), des travailleurs de la campagne (FELLAS) (4). Ainsi, les diver­ses associations ouvrières se sont progressivement regroupées sur base de leurs revendications en unissant leurs forces et en coordonnant leurs reven­dications unificatrices et générales; l'unique point de convergence politi­que étant le rejet général et explicite d'un quelconque recours électoral ou de compromis syndical. Le BPR a exprimé et a surgi de la généralisation des luttes revendicatives des prolétaires, des milliers de prolétaires identifiant leur lutte à la défense de ses mots d’ordre. Parmi ces luttes, l'occupation de centaines d'hectares dans les campagnes en 1975, les luttes des étudiants contre les numerus clausus en 1976 et les grèves dans les plantations de canne à sucre, de café et de coton, luttes face auxquelles la bourgeoisie a dû pour la première fois depuis des décennies, concéder de nom­breuses revendications.

En 1978 ... 1979, les revendications ont été plus générales et ont compris des augmentations salariales pour toute la classe ouvrière. Dès ce moment, des luttes plus radicales se sont développées : occupations par la force, prises d'otages et violences organisées, ... Ainsi, en avril 1979, le régime qui préparait la succession démocratique (celle de la junte d'octobre) s'est vu obligé d’octroyer de nombreuses revendications dont l’augmentation générale des salaires. Conjointement à ces luttes, des manifestations de propagande se sont déroulées. Malgré le fait, qu'elles propageaient des idéologies bourgeoises, (populisme, guévarisme, pacifisme, christianisme, démocratisme, ...) des couches importantes du, prolétariat ont manifesté contre l'Etat, ses forces, ses symboles, son ouverture démocratique, ses élections (5) (le BPR leur à chaque fois opposé le sabotage, le boycottage), ses réformes agraires, son indépendance nationale et pour un premier mai contre l’Etat, pour la libération des prisonniers politiques, …

Le BPR a exprimé la vie du prolétariat parce qu'il a développé l'unifi­cation, la coordination, la généralisation des luttes ouvrières. Les divers secteurs de la classe ouvrière ressentaient nécessaire d'imposer immédiatement, par la violence une réduction brutale du taux d'exploitation, une amé­lioration des conditions générales de vie, la liquidation de l'appareil terroriste de l'Etat. On comprend ainsi comment et pourquoi, à cette époque de fortification générale de la classe ouvrière, le BPR a été la seule organisation qui a dénoncé la fameuse "ouverture démocratique" du gouvernement Romero, tandis que toutes les autres ont joué ce jeu et l'ont soutenue. Mieux, le BPR a dénoncé anticipativement toutes ces organisations "révolu­tionnaires" comme étant des représentants des intérêts antagoniques à ceux du prolétariat : « Pour couvrir sa politique criminelle de répression, la tyrannie militaire fasciste impulse

(4) Certaines de ces organisations préexistaient, mais elles ont totalement changé de direction et d'orientation avec le développement de la lutte.

(5) Comme dans tout processus d'ouverture démocratique, il y a eu abondance d'élections: mars 1976, février 1977, mars 1978 .
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le « plan national de bien-être pour tous », la répartition de quelques âcres de terre (…). La millième campagne « d’ouverture démocratique » que les partis bourgeois ont appuyée (PDC et MNR) et que les organisations petites bourgeoises ont suivie (UDN, FAPU, LP 28, GSI) répond à l’appel de la tyrannie militaire au dialogue national » (extrait de Combat Populaire du 13 juin 1979).

Il ne manque pas d’exemples récents ou passés de pays voisins au Salvador où, suite à des changements brutaux dans les discours de l’Etat bourgeois, la réalisation de certaines réformes, l’alignement des partis d’opposition appuyant l’ouverture démocratiques, des grèves ont été brisées, des revendications suspendues, … Rien de cela ne s’est produit au Salvador, au contraire des ouvriers ont aiguisés leurs exigences et leur combativité. Octobre, novembre et décembre 1979 ont été des mois pendant lesquels la lutte des classes a atteint son niveau le plus élevé. Un jour à peine après son accession au gouvernement, lorsque la junte démocratique s ‘est attaquée aux prolétaires qui occupaient les usines Arco, Lido, Apex, Deama, en faisant plusieurs morts, un grand nombre de blessés et un nombre indéterminé de disparus, elle s’est trouvée confrontée à l’émergence d’une inespérée solidarité de classe. Des journées successives de lutte dont la manifestation de 31 octobre ont empêché l’isolement de l’avant- garde, désorganisé la répression, arraché des prisonniers des geôles. Le prolétariat ne s’est pas laissé piéger par l’ouverture démocratique et a approfondi comme jamais en Amérique, le fossé qui le sépare des partis de gauche, de droite, des syndicats, des organisations populaires, des officiers progressistes, des forces internationales du capital.
Dans les conditions actuelles où, malgré quelques fissures, la contre- révolution prédomine encore, cet exemple de lutte est crucial pour le prolétariat mondial. Il est nécessaire de prendre conscience de ce qui s’est passé : au Salvador, le prolétariat a continué à lutter malgré le fait que la bourgeoisie s’unifiait pour le désorganiser et le liquider. Mais le prolétariat a démontré pratiquement la faillite de la politique des réformes, des nationalisations, en exigeant par l’action directe la satisfaction de ses intérêts propres : l’augmentation de 100% des salaires, revendication qui a été reprise par le prolétariat agricole et urbain dans tout le pays !
Cette défense de ses intérêts immédiats et donc historiques a impliqué pour le prolétariat une désobéissance révolutionnaire à toutes les consignes des partis et des syndicats bourgeois, un rejet combatif de l’Unité Populaire et Démocratique.

Les questions de la réforme agraire, de la nationalisation, du recours au parlement, … sont en dernière instance négociables entre les fractions du capital. Mais ce qui par contre ne l’était pas, ce qui devenait impérieux et vital pour le capitalisme, c’était de libérer la nation des ouvriers armés et incontrôlés. La bourgeoisie a compris immédiatement que son programme ne pouvait pas passer sans lui donner une représentation plus radicale, sans obtenir l’assentiment des ouvriers, sans conquérir le BPR à son programme contre- révolutionnaire. Face à la détermination du prolétariat à lutter, alors que le BPR devenait le pôle d’attraction pour une quantité croissante d’ouvriers qui se retournaient contre ce qu’ils considéraient encore un peu avant comme « leur » parti, la bourgeoisie a senti le danger suprême : la décrédibilisation totale. Tous les partis bourgeois se sont vus obligés de passer à la position ou au moins en partie (ainsi la démocratie chrétienne est représentée dans les deux camps). Suite à l’échec total d’imposer le programme de réformes à partir du gouvernement, une partie de la bourgeoisie a essayé de le faire à partir de l’opposition.

Voilà brièvement rappelées les conditions dans lesquelles s’est développée le Bloc Populaire Révolutionnaire.


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Le type d'organisation que le BPR a représenté:

A un moment donné, le BPR a exprimé la vie du prolétariat. A travers lui s'est exprimé la tendance de toujours des ouvriers à s'associer, à coordonner les luttes par delà les divisions de catégories, de régions, d'idéologies. Le processus de sa formation est un nouvel exemple de ce qui pousse tous les prolétaires à s'organiser en classe: la communauté d'intérêts qu'en­gendre le capital mais qui ne s’affirme comme telle qu'au cours de la lutte contre le capital. Cette lutte rompt, avec l'ordre de marche de la société, avec l’Etat et ses différents syndicats, partis, églises, et ce avant même que les prolétaires n’en aient conscience parce qu'ils y sont poussés matériellement parce que le capital ne peut plus assurer la survie de son esclave ! Ce n'est pas dans le cadre, typiquement syndical des négociations du prix, des modalités d'échange de la farce de travail que les prolétaires s'associent et luttent, mais contre cet échange, contre cet esclavage salarié en revendiquant 100% d'augmentation générale des salaries par le pillage des stocks et des magasins, autant d'actes qui attaquent la plus- value et menacent l'Etat et son économie de faillite. Quand les ouvriers haïssent et combattent les corps répressifs de l'Etat, quand ils se mobilisent contre les élections, le parlementarisme, c'est pour détruire ces bas­tions de l'Etat démocratique et non pour les réformer. C'est ce contenu réel des luttes du prolétariat au Salvador qu'il faut reconnaître, c'est ce contenu réel de la fonction et de la pratique du BPR qu'il faut reconnaître derrière les drapeaux qui les ont recouverts.

De même, la lutte de classe pour la satisfaction des besoins matériels n'est pas "économique" mais contre l'économie, contre la pénurie et vise à la réappropriation totale du produit social. Politique et sociale la lutte ouvrière se dresse contre les forces de l'ordre, les églises, les syndicats, les partis bourgeois autant que les polices, armées, … Cette réalité qui s'exprimait par et au travers du BPR a conduit celui- ci à combattre les autres organisations populaires et à dépasser momentanément, les méthodes par lesquelles ces organisations étouffent la lutte. De leur part, ces organisations populistes n'ont cessé de critiquer le BPR, de le taxer d'économiste et d'immédiatiste. Ces apôtres de la "révolution" pensent que deux niveaux qualitatifs séparent la lutte: l'économique et la politique et il y aurait donc deux types d'organisations: celui des luttes économiques et celui des luttes politiques. Pour eux, la première, de masse, n'a pas d'autre horizon que celui d'être la courroie de transmission à l'organisation politique à laquelle elle est totalement inféodée. Ainsi, ils espèrent contenir la lutte "économique" dans des revendications "raisonnables" qui tiennent compte de la « réalité » et y puiser les militants les plus "conscients" et "responsables" ceux qui ont enfin compris qu’il est plus élevé de lutter pour la démocratie, les libertés, le peuple et autres idéaux bourgeois.

Au sein du BPR, cette idéologie dominait notamment par la voix du FPL- FM. Ce courant fondateur et direction historique du BPR, unique noyau vraiment organisé en fraction politico- militaire a exercé sans cesse un freinage terrible du processus d’autonomie de la classe ouvrière. Mais dans la mesure la plupart des activités du BPR étaient orientées en fonction de la défense des intérêts immédiats du prolétariat, le rôle du FPL- FM lui restait subordonné et il apparaissait comme inconsistant. Ce n'est qu'à partir du moment où le niveau atteint par la lutte de classe a nécessité d'effectuer un saut tant organisationnel que programmatique et qu'aucune fraction ouvrière n'a pu réorganiser les troupes prolétariennes, n'a pu assumer les mots d'ordre internationalistes, communistes, que le FPL­- FM s’est développé tel un cancer et a dissout le BPR en tant qu'organe de la classe ouvrière. (6)

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Après le coup d'Etat du 15 octobre 1979, toute l'opposition s'est focalisée sur le BPR. Dans ces conditions, ou bien il affirmait qu'il fallait continuer à développer les luttes en admettant que cela ne pouvait s'effectuer que pour et par la dictature du prolétariat contre toutes les fractions bourgeoises, ou bien il recherchait à passer des accords et des alliances avec les partis et groupes de l'opposition, ce qui signifiait trouver une solution nationale et donc abandonner le camp prolétarien.
Suite à son incapacité à répondre à la nécessité de donner un saut qualitatif important dans les tâches propagandistes et militaires, le BPR a choisi la deuxième voie. Dès ce moment, il a perdu sa nature prolétarienne. Le BPR représentait une force prolétarienne tant qu'il œuvrait à la coordination des luttes ouvrières, à l'unification des revendications ouvrières, mais une fois qu'il a dû préciser ses objectifs politiques à plus long terme, il n'a pas pu se maintenir à contre courant de toutes les organisations d'ex­trême gauche et a repris leur programme réformiste, contre-révolutionnaire.
Ensemble idéologiquement hétérogène qui commençait à abandonner la défense des intérêts de classe du prolétariat, le BPR a commencé à concilier tout avec tout, c'est-à-dire à rechercher un programme frontiste constitué du mélange des "bonnes et moins bonnes intentions destinées à faire sortir le pays de la crise" ! La prétendue "politisation" a consisté à sacrifier la défense des intérêts de classe, la lutte contre les exploiteurs de tous bords au nom de l'union, du front pour détruire « la dictature », pour un « gouvernement populaire ». A défaut de projet social communiste, de direction révolu­tionnaire, le BPR a été transformé en courroie de transmission d'une nouveau front populaire.

Pour bien comprendre le changement de classe du BPR, sa transformation en un appareil à la sandiniste, il faut tenir compte de deux facteurs:
- Premièrement le poids croissant de la répression a fait que sans direction propre, le prolétariat n'est pas parvenu à centraliser les forces politique et miliaires de manière autonome et que ce sont les organisations bourgeoises telles le FPL- FM qui ont monopolisé toute la lutte armée. De plus, comme la répression frappait indistinctement tous ceux qui s'opposaient au gouvernement, tant les bourgeois de l'opposition que les ouvriers en lutte, cet amalgame a favorisé le développement du mythe qui désigne l'ennemi non pas comme la classe bourgeoise mais comme un type de gouvernement. Cette confusion a constitué un des plus importants moteurs du frontisme. Rapidement, les organisations bourgeoises de lutte armée sont apparues comme les seules révolutionnaires et ont recruté des couches entières du prolétariat alors qu'elles n'attaquaient pas la bourgeoisie, classe ennemie, mais uniquement certaines fractions gouvernementales, ce qui implique le soutien à d'autres.
- Deuxièmement l'intervention des sandinistes. Ils ont encouragé et organisé les négociations entre les fractions de l'opposition en vue de créer une coordination militaire. En décembre 1979, le FPL- FM a signé les premiers accords avec les autres organisations clandestines. Pendant que le prolétariat affrontait seul, avec le BPR l’Etat bourgeois, entre juillet et décembre le FPL- FM négociait, au nom du BPR, avec le P"C"S, l'ERP, les FARN, c’est-à-dire avec ceux-là mêmes qui négociaient avec la démocratie chrétienne, le MNR, ... ceux-ci se mettant à leur tour d'accord avec les militaires "honnêtes" et ces derniers enfin, avec ceux qui étaient considérés comme fascistes.


Ainsi on peut constater ce fait inévitable au sein de tout organisme de prolétaires en lutte: les tendances existant dans le BPR exprimaient le même antagonisme qui secoue toute la société. La prédominance de ce qui a donné vie au BPR, de ce qui a permis sa fortification, l'associationnisme ouvrier, le pousse à rompre avec les organisations bourgeoises et leurs idéologies.


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La prédominance de ce qui a préservé et ressuscité le FPL- FM, l'idéologie guévariste, l'amène au frontisme et à la contre- révolution. Ces éléments fondamentaux pour analyser la situation au Salvador ont évidemment été les plus dissimulés, les plus falsifiés. Contrairement à l'imagé qui a été donnée à l'extérieur, le BPR était, dans la première phase de son existence, beaucoup plus assimilable à un conseil ouvrier sans direction révolutionnaire qu’à une organisation politique bourgeoise comme l'était depuis sa création le FPL- FM. Si le BPR n'avait été que le rassemblement de ces mencheviks, jamais il n'aurait tenu la position qu'il a prise lors du coup d’Etat du 15 octobre 1979 et de sa préparation. Le prolétariat se serait organisé dans une autre structure. De semblables exemples de coordination des luttes, d'élaboration de revendications unificatrices, rappellent les syndicats classistes du Pérou et d'Argentine (6) qui, comme le BPR, ont dépéri du fait de l'existence en leur sein de groupes et d'appareils véhiculant l'idéologie dominante.

Selon la propagande bourgeoise, on ne peut être qu'avec ou contre les soviets en 1917, on ne peut être que dans ou contre les comités de grève en Pologne et de même vis-à-vis du BPR au Salvador, quelles que soient les évolution de ces organismes. Mais pour nous, l'unique question est de se solidariser avec le prolétariat et ses luttes, de soutenir le BPR quand il exprime les intérêts du prolétariat et de le dénoncer quand il lés trahit intégralement. Nous appuyions le BPR quand il développait et centralisait les grèves ouvrières, mais nous condamnons et le combattons quand il se transforme en une organisation amenant les ouvriers à devenir chair à canon de la guerre entre les deux fronts bourgeois.
La solidarité de classe internationale consiste notamment à critiquer l'idéologie populiste du BPR parce qu'elle entrave l’émergence de la direction communiste du mouvement, la seule qui puisse mener la lutte du proléta­riat contre tous les partis bourgeois, pour l'abolition de l'exploitation capitaliste, du travail salariée. Sans cette direction qu’il est plus que jamais nécessaire d'organiser, ce type de « blocs », organisations générales de prolétaires en lutte, de soviets, de syndicats classistes, de fronts de classe, de conseils ouvriers, etc. se transformeront immanquablement en masses de manœuvre, courroies de transmission d'un nouveau front populaire ou autre gouvernement bourgeois, et comme telles, elles tenteront d'écraser la lutte du prolétariat.

IV LA NOUVELLE POLARISATION INTER- BOURGEOISE

Le dépérissement du BPR s'est matérialisé par sa politique frontiste. La puissante contre - révolution l'a fait se coordonner, s'associer avec des forces qu'il considérait auparavant et à juste titre comme réactionnaires avec des forces dont sa dynamique initiale l'écartait. Les concessions faites à ce front constitué sur des bases interclassistes nécessairement bourgeoises l'ont entraîné à la dissolution.

Les premiers accords « tactiques » conclus entre le FPL- FM au nom du BPR et les premières organisations qui s'étaient décidées à passer à l'opposition ont été signés au début janvier 1980. La Coordination Révolutionnaire de Masse qu'ils officialisaient était constituée du P"C"S, du FPL- FM, des FARN

(6) Au Pérou, au début des années 1970, autour des mineurs de la Cerro de Pasco et des enseignants associés dans les Sutep et Ccvsc. En Argentine à la fin des années 1960 surtout à Cordoba, les Sitrac et Sitram.
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auxquels s'est ensuite ajouté l'ERP. L'adhésion de cette organisation impliquait la participation d'une autre plus large: la Coordination Nationale Révolutionnaire ou Coordination de l'Unité Populaire composée des FAPU, LP 28, UDN et du BPR. Bien que formellement distincts, les deux manifestes officialisant ces coordinations sont signés par les mêmes hommes. On y retrouve l'inchangée conception réactionnaire du monde populiste, réformiste, nationaliste, anti-impérialiste unilatéral, démocratiste avec en plus la défense explicite des Etats non-alignés (1), le tout sans aucune mention des revendications prolétariennes. L'époque où le BPR défendait les intérêts ouvriers est bien révolue.
Ce qui se préparait déjà à ce moment, c'était la conclusion des accords avec la sociale- démocratie et la démocratie chrétienne. Tant était grande la similitude programmatique de ces deux manifestes de janvier avec les documents du Foro Popular, c'est-à-dire avec la base populaire de la junte d'octobre, qu'il est difficile de dissimuler que le programme de l'Unité Populaire de l'opposition tendait au même programme que l'Unité Populaire gouvernementale.
En mars 1980 la polarisation inter- bourgeoise qui existe actuellement s'est achevée et avec elle la disposition des forces bourgeoises sur la scène internationale:
-Le MNR soutenu par l'internationale socialiste ainsi qu'une partie de la démocratie chrétienne regroupée sous le nom de Mouvement Populaire Social Chrétien, ont rejoint la Coordination de Masse.
- La junte gouvernementale qui poursuivait sa politique de réformes et de terrorisme ouvert s'est appuyée sur les anciens corps répressifs légués par Romero, sur un restant de la démocratie chrétienne, quelques syndicats, groupements et associations professionnelles créées peu après l'instauration du régime d'Unité Populaire Démocratique. Elle reçoit aussi l'appui militaire et économique des Etats-Unis ainsi que celui du Honduras (qui arrête sa guerre avec le Salvador), de la Colombie, …
- La Coordination Révolutionnaire est soutenue par la Russie, Cuba, le Nicaragua, la RFA, le Mexique, la France, ...
Le Front Démocratique Révolutionnaire n'a rien été d'autre que l'unification de la Coordination avec la partie de la démocratie chrétienne passée à l'opposition, avec la sociale- démocratie et la majeure partie du Foro Popular, ... c’est-à-dire ni plus ni moins que l'unification des plus importantes forces de la junte d'octobre.
- En même temps qu'était fondée cette Unité Démocratique, toutes les organisations guerrilléristes fusionnaient en un front qui s'est appelé le Front Frarabundo Marti de Libération Nationale

Pendant ce temps, la junte continuait sa politique réformiste, terroriste au même rythme avec lequel elle détruisait avec l'appui matériel des USA, les tugurios (bidonvilles), les populations rurales et en général tout ce qui bougeait contre son gré, elle mettait en application le plan des réformes à l'élaboration desquelles tous les partis qui jouaient maintenant à l'opposition avaient participé. C'est dans ce climat que l'opposition bourgeoise, grâce à l'appui de ses alliés internationaux, s'est unifiée. Et à mesure que ses forces convergeaient programmatiquement et tactiquement, il est devenu plus évident pour le prolétariat, que ce programme ne se différenciait pas de celui de la junte d'octobre 1979. Les quelques déclarations très révélatrices qui suivent suffiront pour transmettre la substance du programme contre-révolutionnaire que développent le FDR et le FFMLN. Il n’en est que plus évident qu'autant les forces qui se solidarisent avec la junte que celles qui se solidarisent avec le FDR sont les forces internationales de la contre-révolution contre lesquelles le prolétariat des cinq continents se bat.


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Voici ce que déclarait le représentant de la Coordination Nationale Révolutionnaire, Alfredo Mongue, dans une interview faite par Alaï, en mars 1980, sur le thème des différences entre le programme de la junte et celui du FDR:

"Nous considérons que le projet de réformes que tente d'imposer la DC n'a aucune crédibilité parce que notamment, il n'a pas de base sociale qui puisse le soutenir. (...) Quand nous autres parlons de nationalisations, nous entendons l'idée de favoriser les petits et moyens commerces ainsi qu'évidemment le secteur des petits et moyens agriculteurs. Dans ce sens, l'on parvient à canaliser de manière adéquate et réaliste les ressources financières de l’Etat, en développant ses propres secteurs et en respectant également le droit à la propriété privée.(...) Le programme du gouvernement essaie de réunir un grand nombre de demandes les plus ressenties par le peuple salvadorien en proposant comme je l'ai dit, un schéma abstrait de réformes de la structure économique afin d'arriver à une meilleure répartition des richesses. Pour cela, il s'est proposé de mettre en place la réforme agraire, la nationalisation du commerce et des banques. D'autre part, il a promis de permettre les organisations agricoles dans les campagnes, de respecter les droits de l'homme, de maintenir les relations internationales avec tous les pays au monde. Je dis donc qu'il a tenté de répondre aux aspects les plus ressentis du peuple salvadorien. Mais le problème est de savoir qui va réaliser le changement : les mêmes qui une fois arrivés au pouvoir ont trompé et ont frustré les aspirations du peuple ? ou bien sera- ce le peuple qui à travers ses organisations et ses représentants réalisera ces réformes ? Cela signifie que les divergences sont dans une grande mesure un problème de crédibilité : d'un côté on permet ces changements qui pourraient améliorer la situation actuelle du Salvador et d'un autre côté on continue d'utiliser la répression. C'est-à-dire que nous sommes d'accord qu'il faut réaliser la nationalisation des banques ainsi que celle du commerce extérieur et ce qui concerne les droits de l'homme que nous trouvons fondamental. Dans ce sens, en termes abstraits, il y a consensus. Ce qui existe comme différence, c'est que nous pensons qu'il s'agit d'une manœuvre pour isoler les organisations populaires et pour en dernière instance, les détruire."

A César Mario Marti, membre des LP 28 et délégué du FDR de renchérir :

"Les peuples du monde en sont venus à montrer de plus en plus leur appui à la lutte du peuple salvadorien à travers un large mouvement de solidarité internationale édifié en grande part par les camarades sandinistes. (…) Je mentionnerai l'exemple significatif des travailleurs italiens (?). Suite à notre visite, les travailleurs italiens réunis dans les trois grands courants historiques (!) y compris la démocratie chrétienne (!!), nous ont promis de mener une offensive diplomatique convergente à la nôtre. (...) De la même manière, on compte sur la solidarité des partis politiques, y compris les partis qui sont situés à droite: les conservateurs, libéraux, républicains, surtout en Europe.
Nous pouvons mentionner le cas de quelques chefs d’Etat des pays scandinaves qui ont exprimé leur appui et de l’Equateur, où nous avons été reçus par le président Roldos lui-même… ».

Voilà bien exemplifiée la solidarité de classe dont parlent tous ces démocrates: l'union de toute la classe bourgeoise contre la classe ouvrière. Il est donc évident que tout appui au FDR/ FFMLN joue contre le prolétariat de la même manière que tout appui à la junte actuellement au gouvernement. La Coordination et la junte démocrate chrétienne poursuivent la même lutte contre le prolétariat que la junte d'octobre. Tous les prétextes utilisés pour enrôler les prolétaires dans un appui à la junte ou à la coordination vont à l'encontre des intérêts du prolétariat. La lutte du prolétariat devra combattre ces ennemis de toujours, qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition.

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Nous avons d'abord vu que les convergences programmatiques des différentes fractions de la bourgeoisie ne s'opposaient pas à une repolarisation entre elles. Nous pouvons affirmer maintenant que malgré la repolarisation inter- bourgeoise qui pousse vers la guerre impérialiste, la bourgeoisie est profondément unie contre le prolétariat. Et son unique programme, le prolétariat l'a combattu et continue à la combattre.

V. LA SITUATION ACTUELLE DU PROLÉTARIAT

Suite au premier échec de reprendre le contrôle de la classe ouvrière au moyen de la classique ouverture démocratique, la bourgeoisie a tenté de noyer le prolétariat par une polarisation non plus entre les classes, mais entre gouvernement et opposition bourgeois, entre fascistes et démocrates, entre démocrates populaires et démocrates révolutionnaires.. Cette solution ne pouvait que déboucher sur la guerre entre les deux camps en présence parce que c'est par le biais de la répression ouverte que la bourgeoisie a tenté de dissoudre l'autonomie du prolétariat dans le frontisme, C'est en prenant l'apparence la plus radicale que lui fournissait la lutte armée que la bourgeoisie dans l'opposition a tenté de se recrédibiliser. Ainsi, l'embrigadement des ouvriers, utilisés comme chair à canon, dans l'un ou l'autre front démocratique, permet la destruction massive et brutale des prolétaires en lutte en même temps que la réalisation des intérêts de la fraction bourgeoise triomphante.
L'alternative réelle présente au Salvador est donc l'écrasement total du prolétariat par la guerre impérialiste ou le développement de la lutte autonome du prolétariat entre les deux camps en présence. Mais l'affirmation explicite de cette alternative pousse nécessairement à l'internationalisation du conflit. Pour le prolétariat, la reprise du combat au niveau atteint en 1979 signifie son intensification et son élargissement au-delà des frontières salvadoriennes. Pour la bourgeoisie, cela signifie la nécessité de recomposer ses forces pour pouvoir enrayer ce nouveau développement de la lutte de classes. C'est ce qui explique les multiples entrevues destinées à conclure une paix entre les deux fronts démocratiques de plus en plus désertés par les prolétaires. Mais à l'intérieur de ces deux fronts, des tendances militaristes s'affrontent aux tendances à recourir aux élections pour obtenir une solution négociée.
Mais que les prolétaires se gardent bien de croire que cette pacification signifie la cessation de la répression terroriste. Au contraire, pendant que le capital mondial rassemble et exécute ses otages au Salvador (30.000 tués en un an, 300.000 réfugiés bloqués aux frontières, menacés de famine, incarcérés dans les camps « d'aide humanitaire ») partout dans le monde ses agents dont les syndicats et les gauchistes en pleine crise de "solidarité", mobilisent les travailleurs dans des campagnes pour la paix, pour la libération du peuple salvadorien, pour soutenir le Front Démocratique Révolutionnaire.
Mais le prolétariat ne parvenant pas à donner le saut qualitatif nécessaire pour affirmer clairement son autonomie de classe et la bourgeoisie ne parvenant pas à trouver la solution qui rétablirait la stabilité de l'ordre capitaliste au Salvador, la situation reste bloquée.
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A l'isolement international, à la désorientation, à l’offensive bourgeoise des deux fronts, le prolétariat au Salvador n'a pu opposer qu'une action « passive ». Les prolétaires se sont vite désengagés d'un font comme de l'autre. Mais ce refus de se faire tuer pour dés intérêts qui ne sont les leurs s'est limité à un désintéressement de cette guerre inter- bourgeoise sans mener une contre- offensive. Alors que les deux fronts du capital se sont structurés comme blocs du capital mondial et ont assumé au niveau interne, grâce à d'énormes appuis extérieurs (tant en hommes qu'en matériels), toutes les caractéristiques de deux armées, les prolétaires les ont toutes les deux désertées. Ainsi en ont témoigné dans le camp gouvernemental les désertions de l'armée officielle et les échecs des mobilisations massives, tant de la part de l'ORDEN que de l'UPD. Du côté dé l'opposition, la situation a été similaire malgré le fait que le FDR ait été et soit beaucoup plus populaire que son homologue gouvernemental. Les dites grèves insurrectionnelles successives, mises sur pieds par le FDR n'ont été suivies que par un nombre restreint d'ouvriers par rapport aux résultats escomptés.
Et devant les échecs de toute mobilisation sérieuse, le FDR n'a cessé d’insister qu'il fallait "retourner dans la rue comme un an auparavant", et la radio Libération Nationale a plaidé pour « la reconquête de la capitale », « l’organisation de la combativité comme avant »…

Mais la réaction ouvrière, bien qu'elle soit limitée aux désertions des deux armées, n'est pas indifférentiste, elle constitue la base de toute lutte autonome du prolétariat: le refus de prendre parti, en aucune manière, pour l'un ou l'autre camp bourgeois. Elle constitue la base de la lutte pour la destruction de tous les camps impérialistes en présence. C'est cette lutte que mènent les ouvriers du Nicaragua et du Salvador, du Honduras et de Cuba, des Unis et du Mexique, …
Notre soutien à ces ouvriers passe par la dénonciation de tous ceux qui transforment la guerre de classe en une guerre inter- impérialiste, sabotent la difficile maturation de la classe en parti et font l'apologie du massacre des ouvriers pour le plus grand bien du capital. Les défenseurs de « l'Etat ouvrier dégénéré », les adeptes du « socialisme en un seul pays », les propagandistes du « programme de transition », du « gouvernement ouvrier », de « révolution salvadorienne », ... constituent un des bastions de la contre- révolution que les prolétaires au Salvador ont une nouvelle fois démasqué. (7)
Au Salvador, le prolétariat ne pouvait pas se maintenir à son niveau de lutte exemplaire, quand à la fin de l'année 1979, il s 'est. retrouvé seul face à la bourgeoisie mondiale unifiée. Mais la seule perspective pour les prolétaires reste la critique pratique de l'unique projet bourgeois du gouvernement et du FDR/FFMLN, l'approfondissement de la lutte contre toutes les forces du capital international. Mais cet approfondissement nécessite un saut qualitatif dans l'organisation des moyens et la prise de conscience des buts du mouvement.
Mais nous avons souligné le côté inévitablement faible de la direction et de la conscience du mouvement et si nous avons insisté sur cette absence de l'organisation internationale du prolétariat, absence d'une direction ­communiste, ce n'est pas pour suggérer qu'il faut attendre, mais au

(7) cf. le texte "les premiers enseignements de la révolution salvadorienne" la IVème Internationale qui n'est qu'un abrégé des falsifications et interprétations bourgeoises de l'histoire, de notre classe. Selon cette publication, la réaction unanime des organisations populaires (excepté le P"C"S) a été de ne pas avoir abandonné les armes et de ne fournir aucun appui à la junte…

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contraire, c'est pour marquer une fois de plus la nécessité de l'union des forces communistes en donnant publicité à l'appel à la constitution du Parti Communiste que le prolétariat au Salvador a lancé. En effet, en rejetant dans les faits les programmes réformistes, le prolétariat au Salvador a ranimé le spectre qui hante la société bourgeoise, celui de la révolution communiste. Tant dans les points forts que dans ses faiblesses, la lutte du prolétariat au Salvador a poussé à la clarification du programme communiste, à délimiter les frontières de classe entre prolétariat et bourgeoisie. C'est un appel à organiser la solidarité de classe internationale, à nous organiser par-delà les frontières, à étudier notre histoire et notre théorie communes, à organiser l'indispensable parti communiste solidement armé tant théoriquement que pratiquement pour défendre les intérêts matériels, historiques du prolétariat, pour défendre le communisme.
La lutte du prolétariat au Salvador a marqué un grand pas dans la lutte communiste et à la formation de son parti mondial...
Nous savons par notre propre expérience de classe que dans les conditions présentes au Salvador où toutes les fractions du capital essaient de transformer la guerre révolutionnaire en guerre impérialiste, il y a, ma malgré tout, des minorités révolutionnaires qui ont au moins partiellement compris cette situation; nous pouvons même affirmer que comme en Espagne en 1936- 1937, les expressions communistes sont réduites au minimum, totalement encerclées par la répression ouverte des deux fronts bourgeois. Si la lutte connaît actuellement un recul inévitable face à la force de la contre- révolution et la faiblesse relative de la réponse ouvrière, cela ne signifie pas qu'elle, est condamnée. Le développement du mouvement révolutionnaire n'est pas linéaire ou uniforme. S'il a pu tirer de ses expériences les moyens de ne plus reproduire les erreurs passées, de chaque défaite partielle il ressort plus fort, mieux armé pour affronter la contre- révolution. A nous de répercuter les acquis politiques de cette lutte et de les intégrer dans notre pratique quotidienne et internationaliste de lutte.

"La position de classe du prolétariat révolutionnaire communiste peut s'exprimer à l'aide de la formule que le légalisme bourgeois exècre et que les philosophes désormais renient: la haine de classe. Il n'y a pas de luttes armées sans que le combattant haïsse les adversaires et, sans cette lutte, le système capitaliste ne tombera pas. Nous haïssons donc la classe dominante aussi et surtout quand nous savons la voir non comme un groupe de personnes jouissantes (ce qui est vrai­ment un socialisme grossier), mais bien comme puissance mondiale qui fait obstacle à la victoire et à la joie pour tous dans la société communiste future. Celui qui a saisi dans sa puissance ce passage historique dialectique ne de­meurera pas un instant dans l'embarras (il serait vraiment un blanc- bec) devant l'objection si souvent utilisée qui consiste à s'étonner de voir la haine engendrer la joie, la guerre de classe armée engendrer la paix et la sérénité futures. »
Bordiga.- 1959 - "Commentaires des manuscrits de 1944".


CE12.2 Lutte de classe au Salvador