Dizaines de milliers d'arrestations, couvre-feu, utilisation de la torture, prolétaires assassinés, l'armée qui patrouille... C'est par l'état d'exception que la bourgeoisie tente de terroriser le prolétariat de Pologne. "Solidarité", l’Eglise et le gouvernement n'y sont pas parvenus; alors intervient le pilier de tous les états du monde: l'armée.

"Comment en est-on arrivé là ?" Telle est la question que se posent non seulement la presse bourgeoise mais aussi tous les prolétaires pour qui les grèves de l'été 80 sont un exemple de la force dé classe du prolétariat en lutte. Les mass- médias nous présentent "Solidarité" comme la victime principale de la répression, alors que c'est la classe ouvrière en tant que telle qui est visée. Ce que les mass- médias ne disent pas, c'est que tout au long de son existence "Solidarité" a préparé l'intervention militaire, et ce NON comme le disent les démocrates, parce que "Solidarité" aurait été trop radical ou se serait trop mêlé de politique, mais parce que Walesa et Cie n'ont cessé de désarmer politiquement la classe ouvrière de Pologne.

Constitué sur la base des "accords de Gdansk" qui mettaient un coup d'arrêt à la grève générale, le syndicat Solidarité ne s'est renforcé dans sa structure, dans son caractère d'interlocuteur valable pour le POUP et le gouvernement , dans ses prises de position, qu'au détriment du prolétariat. Sa légalisation a constitué sa consécration comme organisation réformiste, S'inscrivant dans le cadre de l'Etat bourgeois qu'il entend respecter (évidemment en l'appelant "Etat socialiste" ). Le renforcement de sa structure correspond à la récupération des anciens comités de grève (sans développer ici, rappelons, que le mécanisme démocratique , toujours lié à des phénomènes de bureaucratie, peut parfaitement convenir à ce processus d'étouffement de la lutte de la classe ouvrière par la récupération de ses organisations).

Sans cesse Solidarité a repoussé les conflits de classe à classe au nom de la négociation, de la modération et avec la volonté clairement affirmée de veiller à ce que l'économie nationale tourne et "que nos engagements financiers soient respectés dans les délais fixés" (discours de Walesa cité dans la Libre Belgique du 21 et 22 novembre 1981) . EN CELA. SOLIDARITE NE SE DISTINGUE PAS DU GOUVERNEMENT NATIONAL, DE L'EGLISE NI DES BANQUES OCCIDENTALES qui tremblent de ne pas voir leurs crédits remboursés. L'objectif commun à toutes ces forces politiques et financières est de faire rentrer les ouvriers au travail, et dans des conditions qui permettent la production de profits.
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L'affrontement. Pressée par les barques occidentales soucieuses de leurs investissements d'une part, par l'URSS décidée à maintenir la Pologne sous son orbite d'autre part, et par les gouvernements du monde pour qui la lutte du prolétariat représente une menace, la contre- révolution a décidé de frapper un grand coup pour mettre fin à une guerre de classes larvée.

La bourgeoisie ne peut JAMAIS supporter que les prolétaires se manifestent comme classe luttant pour ses propres intérêts égoïstes : diminution du temps de travail et des cadences, augmentation des salaires, libération des camarades emprisonnés, approvisionnement insuffisant, ... Ces revendications et la lutte pour les faire aboutir se heurtent non seulement aux impératifs de rentabilité de l'économie nationale mais aussi à un Etat, sa police, son armée, ... une classe qui tire précisément son existence du fonctionnement de l’économie capitaliste. L'affrontement entre classes est inévitable. Se préparer à l'emporter, c'est préparer l'insurrection prolétarienne pour l'instauration de la dictature du prolétariat.

C'est cette leçon de l'histoire du prolétariat que la phase d'ouverture démocratique était destinée à faire oublier aux ouvriers de Pologne, pour préparer le terrain à une répression sans résistance. La contre- révolution ne réussit pas à démobiliser entièrement les ouvriers. Ceux-ci bien qu'inorganisés parce que trompés par Solidarité qu'ils croyaient de leur côté, opposent de la résistance; grèves, manifestations, ils s'arment tant bien que mal contre la répression, distribuent des tracts parmi les soldats pour les appeler à fraterniser... Malgré la férocité de la répression (dizaines de milliers d'arrestations, prisonniers maintenus dehors pendant des nuits à -15°c, grévistes et soldats insubordonnés tués, les forces de l'ordre auraient utilisé des gaz dans une mine, les mineurs grévistes auraient de la sorte été ramenés en surface, ranimés et renvoyés au fond pour reprendre le travail sous la menace des armes. Les récalcitrants ont été arrêtés et ce n'est là qu'un exemple), la détermination à ne pas courber l'échine est à Gdansk, les prolétaires affrontent la milice armée avec des haches et des pierres, à la mine Manifest Lipcowy, la grève se poursuit et les mineurs menacent de tout faire sauter au cas où les forces de l'ordre donneraient l'assaut, à l'aciérie de Katowice, les ouvriers ont laissé les hauts fourneaux s'éteindre, "à Cracovic, 1000 personnes ont manifesté le 17 sur la place du marché. Elles ont été dispersées par les unités spéciales de la milice (« zonno ») mais les soldats laissaient fuir les gens", en Silésie, les soldats transmettent de la nourriture aux grévistes, …
Ce que la contre- révolution a en revanche réussi, c'est que la résistance à la répression soit inorganisée, non préparée, que la lutte de classes qui se déroule en Pologne soit utilisée à fond par les impérialistes pour leur propagande belliciste et que les prolétaires en Pologne restent isolés.

Au nom de « Solidarité avec Solidarité » tous les démocrates veulent cacher au prolétariat mondial le caractère de classe et donc internationaliste de la lutte en Pologne. De Reagan aux trotskistes en passant par les bourgeois philanthropes et la gauche bien pensante, tous tirent la leçon que seule la démocratie et la « lutte » pour la défendre, peut empêcher l'état de, siège et la militarisation de la société. Les centrales syndicales occidentales (sauf la CGT et pour cause !) mobilisent, leurs troupes pour montrer l'impérialisme russe du doigt et lui opposer la démocratie qu'il faudrait se préparer à défendre. Préparer ici la classe ouvrière à accepter la nécessité des missiles, des budgets d'armement de l’OTAN pour résister à l'impérialisme "communiste", renforcer la cohésion nationale; telle est le but des campagnes de défense de la démocratie contre le totalitarisme "communiste".
C'est au nom de la conquête du droit de grève que "Solidarité" prêchait Le retour au travail.
C'est au nom des quelques conquêtes démocratiques que « Solidarité » prêchait la modération, "l'utilisation responsable" (entendez "'responsable" vis-à-vis des impératifs de l'économie capitaliste) des droits acquis.
Et face à la répression violente qui se préparait', "Solidarité" ne cessait de répéter la nécessité de la modération, de la non- violence, au lieu de préparer les ouvriers à l'auto- défense.
Malgré toutes ces belles proclamations radicales, "Solidarité" n'a pas bronché lorsque, signes avant coureurs, des unités de l'armée ont quadrillé le pays "pour aider à la gestion au niveau local" ou que l'école des sapeurs pompiers en grève a été évacuée violemment et avec un déploiement de forcés hors proportion.
En Pologne c'est le schéma de la contre- révolution qui s’est déroulé.

1) Face à un fort mouvement de classe, la bourgeoisie cède quelques miettes (par exemple 1 samedis libre sur 4) accompagnées dé réformes qui ne touchent donc pas au capital lui- même ainsi la fondation puis la légalisation du syndicat "Solidarité" , la messe à la TV, une ouverture démocratique limitée.

2) Suit une période où se joue: quelle classe parvient à profiter de la première vague de lutte ? La bourgeoisie, face à l'ampleur du mouvement de l’été 80, ne pouvait réprimer directement le prolétariat par la violence car dans une situation où le prolétariat montre sa force de classe, toutes les structures de l'Etat bourgeois et particulièrement l'armée, tendent à se désagréger et une partie à rejoindre les rangs des prolétaires en lutte. La bourgeoisie doit donc désarmer et isoler le prolétariat avant dé pouvoir l'écraser physiquement. Telle est la politique appliquée par le gouvernement, l’Eglise et Solidarité pendant un an et demi. Nationalisme, religion, enfermement dans l'usine, respect de la légalité ont hélas trouvé un large écho parmis les prolétaires, ce qui a permis à la bourgeoisie de prendre l'initiative de l'affrontement contre un prolétariat non préparé à riposter.

Pour les prolétaires il s'agit de renforcer LEUR organisation, leurs positions politiques, leur préparation à l'affrontement INÉVITABLE, l'extension de leur lutte au-delà des frontières. Ces tâches ne sont pas celles des seuls prolétaires polonais, maïs de toute la classe ouvrière mondiale. Car un prolétariat très fort politiquement et préparé à l'attaque, mais isolé dans le cadré des frontières nationales, ne pourra jamais vaincre.

La crise renforce les contradictions du capital. Elle met les antagonismes de classe à nu. Alors qu'en période de prospérité la bourgeoisie s'est montrée prête à payer le prix de la paix sociale, en période de crise elle est forcée de prendre des mesures d'austérité draconiennes. Contrairement aux illusions entretenues dans un climat de négociation et d'apaisement par les forces conjuguées du gouvernement, de l’Eglise et de "Solidarité", la bourgeoisie polonaise ne pourrait ni ne peut accorder une diminution substantielle du temps de travail et des cadences, ni assurer un approvisionnement suffisant, des augmentations de salaires et la non- répression des ouvriers combatifs, Durant un an et demi, les conditions de vie des prolétaires n'ont cessé de se dégrader. Ainsi les quelques réformes démocratiques ne sont pas parvenues à étouffer la combativité d'une classe ouvrière «qui n’a que ses chaînes à perdre et un monde à gagner». Depuis un an et demi l'ordre ne'' règne pas en Pologne.


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Ces campagnes redoubleront si, par suite de l'échec du gouvernement polonais à restaurer l'ordre capitaliste et la discipline de fabrique, les forces de répression soviétiques doivent lui donner un coup de main.

Contre ces campagnes, manifestons le caractère internationaliste des luttes qui se mènent ici contre l'Etat national et de la lutte des prolétaires polonais contre la coalition des démocrates et des staliniens. La solidarité avec les combattants ouvriers de Pologne passe par la dénonciation des campagnes pour l'armement des états occidentaux, pour la défense de la nation et de l'Etat démocratique, par la dénonciation publique des campagnes démocrates de "Solidarité avec Solidarité" . L'antagonisme n'est pas Pologne contre Russie, ni bloc de l'Est contre bloc de l'ouest, mais prolétariat mondial contre bourgeoisie mondiale.

Se solidariser avec les prolétaires de Pologne, c'est tirer les leçons de leur lutte, de ses faiblesses; c'est comprendre que les illusions des prolétaires eux-mêmes sur l'Etat, la légalité, la nation, les réformes graduelles et successives, le passage pacifique à une meilleure société, ont permis à la classe capitaliste mondiale de déployer ses barbaries. Car la bourgeoisie mondiale a peur de voir la lutte des prolétaires de Pologne faire traînée de poudre 'et embraser non seulement les pays voisins de l'Est mais, aussi ceux de l'Ouest; elle a peur de voir les prolétaires des deux blocs fraterniser CHACUN CONTRE LEUR PROPRE BOURGEOISIE, TOUS CONTRE LE CAPITAL MONDIAL.

Les événements de Pologne ont une nouvelle fois montré que la seule perpective pour le prolétariat est de renforcer ses luttes, son organisation, ses, positions politiques, en vue de l'insurrection prolétarienne et de la dictature mondiale du prolétariat.
Le 30 Décembre 1981.

« Appelant les ouvriers et les syndicalistes polonais à se rassembler autour du programme du général Jaruzelski, Tadeusz Lipiec affirme avoir pesé le pour et le contre et déclare que l'instauration de l'état de siège était nécessaire car elle donne à espérer en des lendemains meilleurs."

Déclaration du président de Solidarité de l'usine Walter de Radom, synthétisée par Libération. 18 décembre1981 .

"Ce que je dis peut sembler un peu brutal, mais je pense que le gouvernement polonais n'était plus en mesure de gouverner le pays. La production de charbon avait baissé énormément. Le pays était démobilisé. Je vois maintenant une chance pour la Pologne de retourner à un mode de travail plus normal, et ceci, doit être une bonne chose pour les banques." . . .
Citation d'un banquier allemand de Francfort transmise par le Financial Times. 14 décembre 1981.


CE12.1 Pologne: des accords de Gdansk au massacre