Le marxisme n'a jamais considéré la classe ouvrière comme une entité homogène. En raison des circonstances historiques de sa formation et de l'action permanente de la contre- révolution, elle subit en réalité des différenciations, stratifications plus ou moins marquées, qui entravent sa constitution. Les divisions de catégories, de races, de sexes, de nations, de contenu du travail, ont également pour conséquence une hétérogénéité d'expérience de lutte et différents niveaux d'action, de conscience et d'organisation.

DivisionS réelleS ou fausses divisions.

Un débat qui se déroule aujourd'hui dans certains pays européens portent sur la question de l’aristocratie ouvrière, et plus largement sur quelle unification, quelle centralisation, avec qui. En gros les positions qui s’affrontent sont les suivantes: d'un côté, les tenants de l'existence de “l’aristocratie ouvrière, corrompue par les miettes des sur- profits coloniaux ou néocoloniaux”, et de l'autre, les tenants de l'homogénéité de la classe qui serait divisée sur la base d’illusions, de fausses divisions. Nous les renvoyons dos à dos parce qu'ils ont fondamentalement la même compréhension  économiste, mécaniste vulgaire, sociologique de la classe. D'ailleurs, historiquement, ces deux versions ont mené les révolutionnaires eux-mêmes aux mêmes conclusions sur les tâches ; dans un cas comme dans l'autre, la tâche des communistes aurait été de mener une lutte d'influence: contre la minorité de vendus et de traîtres ou contre la fausse conscience (seul facteur, dans ce cas, de division).

Nous n'avons pas la prétention dans cet article de fournir des explications complètes sur pourquoi la lutte  surgit ici et non là, qui luttera demain et qui ne luttera pas, qui défendra la patrie ou non, quel secteur prolétarien sera moteur. Il est pourtant nécessaire de lutter contre quelques contre- vérités historiques qui liquident le programme et empêchent la centralisation mondiale ; et cela dans le but de mieux préparer, mieux prévoir la vague de lutte mondiale qui se prépare.

Nul ne peut démentir ce fait: pas un ouvrier ne reçoit le même salaire qu'un autre, pas un secteur ouvrier ne subit la loi quotidienne du capital de la même manière qu'un autre, pas un pays, un Etat, n’exploite de la même manière, avec la même intensité, “ses” ouvriers, qu'un autre.

Les idéologues du capital, dans leur grande majorité, ne nient pas cela, bien au contraire. Si nous nous opposons à eux tous, ce n'est évidemment pas sur le terrain des conceptions, ou de l'idéologie. Les communistes luttent contre l'idéologie du capital parce qu'elle est la force matérielle, active de la contre-révolution. Le capital existe et se maintient parce qu'il divise ses fossoyeurs, les dresse les uns contre les autres. Ainsi, en imposant et renforçant les différences de salaire, en opposant les hommes et les femmes, les blancs et les noirs, les “travailleurs manuels et les travailleurs intellectuels”, les actifs et les chômeurs, les “avec statut” et les “sans statut”, il empêche l'unification mondiale, l'association mondiale par-dessus les barrières. Les idéologues du capital sont “réalistes”, “non indifférents”: ils partent de ces différences, de ces divisions, pour les  renforcer, pour empêcher qu’apparaissent clairement ceci: le sujet de la révolution communiste, c'est le prolétariat mondial dans son ensemble. Partant de ses divisions, il cherche à convaincre les prolétaires que l’intérêt commun n'existe pas.

Par exemple, il existe une différence réelle entre les ouvriers qui arrivent au seuil minimum de subsistance, et ceux qui n'y arrivent pas, qui crèvent de faim (deux tiers de l'humanité!). Le capital a comme tâche de convaincre les uns que ce sont des privilégiés et les autres qu’ils sont des victimes. Les uns, les privilégiés, les ouvriers industriels “grassement  payés”, si jamais ils luttent, ce n'est que pour maintenir leurs privilèges, leur miettes de sur- profits coloniaux., les autres, les “citoyens des pays pauvres” ne seraient capables que de lutter en tant que “peuple de couleur” contre l’impérialisme (lire le capital étranger). Historiquement, ces deux points de vue bourgeois sont complémentaires. Le tout pour le capital étant de convaincre que l'intérêt commun n'existe pas: il occulte  l'intérêt unique du prolétariat, et la lutte historique contre le même ennemi: le capitalisme mondial.

L'idéologie du capital ne parlera jamais évidemment de capitalisme mondial, et pour cause! Pour lui, la misère et la barbarie sont extérieurs au capital, et si les “peuples de couleur” meurent de faim, c'est parce que le capitalisme n'est pas développé chez eux (évidemment, il emploiera le terme “force productive” au lieu de parler de capitalisme). Et il donnera en exemple aux “masses paysannes  du tiers-monde” les ouvriers européens et américains qui ont tous, c'est bien connu, une caravane derrière leur voiture. Et aux ouvriers européens, il chantera les louanges du développement des forces productives actuelles, en les convainquant que plus le capital est gras,  plus les salaires sont élevés.

Nous, communistes, avons comme seul intérêt de mettre ceci en évidence: le mode de production du capital est le mode de production de la misère absolue et relative la plus intense que l'humanité a connu, et le capital est dans son essence production et reproduction de la misère extrême. Aujourd'hui plus que jamais, la misère absolue et relative est produite dans le même processus de valorisation mondial du capital., là où les idéologues ne voient que des victimes, nous voyons la subversion. Nous ne disons pas pour autant que la misère entraîne automatiquement la révolution, ni que plus le prolétariat souffre, plus il est révolutionnaire, ni que ceux qui ont un salaire supérieure sont corrompus et non révolutionnaires.

Les “OuvrierS- bourgeois”.

Un gros mensonge historique appuie souvent la thèse de l’aristocratie ouvrière. Historiquement, Cette thèse social- démocrate repose sur le schéma désormais classique, “léniniste” (*). Il a fallu expliquer pourquoi les ouvriers

(*) rappelons ici que nous concevons les bolcheviks comme un produit historique révolutionnaire. Produit historique au sens où ils sont aussi produit des limites de la période. Etre communiste, c'est revendiquer la rupture avec la deuxième internationale contre-révolutionnaire, mais certainement pas les limites de cette rupture. Concrètement, le léninisme (ou le marxisme-  léninisme) utilise comme bible précisément les points de non rupture: ils revendiquent chez les bolcheviks tout ce qui est en fait héritage de la deuxième internationale: la question nationale, le parlementarisme, le syndicalisme, la démocratie, etc. En fait, les marxistes- léninistes vont souvent beaucoup plus loin que Lénine  lui-même dans la défense de ces questions, ne voyant pas que la pratique  des bolcheviks entrait souvent en contradiction avec leurs écrits. Les léninistes, par exemple, cherche à donner une dimension concrète à l’aristocratie ouvrière, chose que Lénine n'est jamais parvenu à faire (et pour cause!). Qui peut citer un seul textes  de Lénine qui intègre  concrètement  “l’aristocratie ouvrière” à l'analyse d'une grève, d'une lutte de masse, ou d'une absence de mobilisation de tel ou tel secteur ouvrier contre la guerre? Ou parle-t-il  des aristocrates ouvriers en Russie? Mieux, dans son activité militante en Suisse, ce prototype même de “pays parasite” de tondeurs de coupons, quand fait-il allusion à ces “ouvriers Suisses exploiteurs ” ?

Dans de nombreux pays, sont partis en 1914, la fleur au fusil pour la guerre “fraîche et joyeuse”. En 1916, Lénine écrit un certain nombre de textes à ce sujet, qui tournent tous autour de la “faillite”  de la deuxième internationale (cf. tomes 21,22 et 23 des Ouvres). Son explication tient essentiellement à la trahison des chefs et à la base sociale de l'opportunisme et du chauvinisme. Pour la trahison des chefs, il est facile de voir que des chefs comme Kautski ou autres n'ont jamais mis les pieds dans le camp du prolétariat, et que la deuxième internationale était bourgeoise, pacifiste et chauvine. On n’explique rien avec des histoires d’individus ou de chefs ; pire, on occulte le déroulement réel de la lutte des classes (comme ceux qui aujourd'hui expliquent les différentes phases de la lutte des prolétaires polonais par la “trahison” de Walesa ou des bonzes de “Solidarité”). Quant à la “base sociale de l'opportunisme” - il faut plutôt lire bases économiques - Lénine reste on ne peut plus flou. De qui s'agit-il en 1914? Qui est cette minorité et comment trompe-t-elle la majorité? Chaque fois que le prolétariat surgit, comme en 1917- 1923, ces thèses sont balayées. Où est passé cette troisième classe “ouvrière- bourgeoise” dans la tempête  révolutionnaire, quand le monde se divise ouvertement en gardes rouges et gardes blancs? Où est l’aristocratie en Pologne en ce moment? Qui veut on convaincre en “expliquant” tout mouvement de classe par le degré d'influence de l’aristocratie ouvrière? Derrière cela, nous voyons pointer le “matérialisme historique ” de Staline: “la conscience vient de l'être social”, dont nous parlerons plus loin.

Contre les visions sociologiques et vulgaires, mystificatrices, les communistes affirment cela : quand la contre- révolution domine, elle tend à détruire toute tentative d’unification ; les ouvriers écrasés par la contre-révolution (la guerre de 1914 par exemple) se dressent les uns contre les autres, s’entre-tuent, où se font tout simplement concurrence dans la vente de leur force de travail. Chaque ouvrier est lié à son patron, à “sa ” fraction de capital ; cette atomisation, ce règne du citoyen, nous la voyons dans le fait que l'ouvrier français et italien a une fausse conscience ou des illusions (peu nous importe la démarche individuelle), mais dans le fait que des ouvriers s’organisent dans la contre- révolution et militent pour le capital - dans un syndicat, dans l'armée blanche, dans des “fasci”, dans les “ phalanges ”, dans le P “C” etc. Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas de patron dans les armées blanches, et les briseurs de grèves ne sont pas des capitalistes à gros cigares, ni même des “arristo à miettes” (s'il y en a, c'est pour encadrer et diriger). Cela, les ouvriers, qu'ils soient pauvres ou riches, “lumpen” ou “arristo”, la révolution leur passe sur le corps.

Quand nous parlons des ouvriers grecs qui en 1919 tiraient sur les marins de la marine française en Mer Noire, nous ne parlons pas de la classe ouvrière. Quand nous parlons des “grèves”  réactionnaires des marins en France en 1978, contre “les immigrés qui cassent le boulot et les salaires”, nous ne parlons pas de classe ouvrière ; c'est le capital. Quand nous parlons des armées républicaines espagnoles pendant la guerre d'Espagne, nous ne parlons pas de mouvement ouvrier: c'est une fraction du capital. Quand nous parlons du PCF ou du RPR, nous ne parlons pas de partis ouvriers- bourgeois, mais de partis du capital.

Le mensonge historique qui sert à étayer la thèse de l’aristocratie ouvrière est celui-ci : Engels aurait dit que le prolétariat anglais, du fait du monopole colonial de l'Angleterre, s’embourgeoisait sur le dos des “peuples de couleurs” et des Irlandais. Lénine s'appuie abondamment sur cette affirmation. Qu'en est-il exactement: sans porter de jugement de valeur sur cet ouvrage, ni sur les conclusions d’Engels quant à la possibilité de passage pacifique au socialisme, il ressort de cette étude  tout à fait le contraire. Engels décrit longuement la misère de la classe ouvrière ; les ouvriers Irlandais ont les conditions de vie évidemment les pires, les salaires les plus bas: “c'est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais... c'est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tout les secteurs ou l'Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autrement”. C'est cela qui ressort de toute l'étude d’Engels et non pas l’embourgeoisement, où la corruption. Ce qui est utilisé frauduleusement par les tenants de l’aristocratie ouvrière, c’est une affirmation située dans la préface à l'édition allemande de  1892. L’aristocratie ouvrière, ce serait les ouvriers de deux secteurs, les ouvriers d’usine et des grands trade- unions qui, grâce à leur lutte et à leur organisation, se maintiennent à un niveau plus haut que les autres secteurs ; Engels en fait découler la mort du socialisme anglais. Une telle affirmation, gratuite, comme l’autre affirmation, gratuite, sur la “Base sociale de l’opportunisme”, est une contre- vérité historique, une mystification qui contredit tout ce que Marx et Engels, entre autres, ont pu écrire sur les liens entre salaires et profits.

D'ailleurs, si la place du pays dans la concurrence déterminait le degré de lutte de classe, on ne comprend pas pourquoi en Russie, quatrième puissance mondiale, le prolétariat a pu s’insurger; et inversément, comment l'Inde ou la Chine ou la Mauritanie ne sont pas le centre permanent de la révolution mondiale. Il faut chercher ailleurs la cause ou plutôt les causes, les déterminations de la construction ou de la destruction de la classe et du parti.

Salaires et miettes.

Si nous nous situons en dehors des caractéristiques moralisantes sur les pauvres et les riches, les corrompus et les victimes, c'est parce que notre problème n'est pas la justice et l’égalité, dans le salariat, mais l’abolition du salariat.

Ni le salaire nominal, c'est-à-dire la somme d'argent pour laquelle l'ouvrier se vend au capitaliste, ni le salaire réel, c'est-à-dire la quantité de marchandises qu’il peut acheter avec cet argent, n’épuisent les rapports contenus dans le salaire, dans le salariat.

Le salariat, le capital, le profit, sont avant tout des proportions, des rapports sociaux. Ricardo l'avait déjà mis en avant pour le salaire, il y a plus de cent cinquante ans: “on avait l'habitude de mesurer jusqu'ici (avant Ricardo) la hausse ou la baisse du salaire sans se préoccuper du rapport qu'il pouvait avoir vis-à-vis du produit total, obtenu par une certaine quantité de travail ? On les a mesurées d'après la quantité  plus ou moins grande de produits touchés par l'ouvrier, ou d'après le pouvoir plus ou moins grand que possède ce produit de commander des articles de subsistance et de jouissance de la vie” (Malthus, 1827). La plupart des gauchistes aujourd'hui, représentants de l'économie politique, sont en deçà de Ricardo: ils ne veulent rien entendre du caractère relatif et donc antagonique du salaire., “Ils tiennent farouchement à ce que l'ouvrier échange simplement une valeur d'usage déterminée (sa force de travail) contre le capital, de sorte qu’ils renoncent à la force productive du travail qui crée la valeur nouvelle, et se coupent donc du produit” (Marx).

C'est donc le caractère relatif des salaires qui est l’élément de la vie, si la concurrence lui permet de marchander et de chipoter avec le capitaliste, l'ouvrier mesurera ses prétentions au profit du capitaliste pour réclamer une certaine participation à la plus-value qu'il a crée ; dans la lutte des classes, les deux parties prennent leur mesure en utilisant le salaire comme proportion.

De cela découlent deux choses:

- D'abord, l'affirmation du programme communiste est bien la tendance à la réappropriation du produit social, à la disparition du travail gratuit ; c'est le rapport social contenu dans le salariat entre travail nécessaire/surtravail  qui confère à la révolution communiste le rôle de révolution sociale. Les propagandistes de la “révolution politique” (au sens vulgaire de la sphère politique séparée de l'économie), les gauchistes, voient au contraire toute la lutte de classe comme une lutte dans le cadre de “l'échange simple entre une valeur d'usage déterminée  (la force de travail) contre le capital” ; ils se préoccupent  - à la limite - du salaire nécessaire, pas de la proportion, du rapport. Eliminant de la lutte de classe cet aspect subversif, ils ne peuvent attendre une “transcroissance” en “révolution politique” (c'est là le sens de la prière classique: “une seule solution, la révolution ; les revendications ouvrières ne sont pour eux qu'un tremplin pour l'idée de la révolution).

- Ensuite, profit et salaire sont en raison inverse l’un de l'autre. En d'autres termes, même si le revenu  (le salaire réel) peut augmenter, par exemple dans certaines périodes d’accroissement rapide du capital, le salaire relatif diminuera (le profit augmente plus vite). Lorsque le capital s’accroît rapidement, le salaire réel peut augmenter, la situation matérielle de l'ouvrier peut s’améliorer, MAIS AUX DEPENS DE SA SITUATION SOCIALE. L’abîme social s'est élargi et l’antagonisme d'intérêts subsiste. (Voir à ce propos “Le Communiste” n° 6, “Mouvement communiste et syndicalisme”).

Concurrence ou exploitation ?

En l'absence de situation de constitution de la classe ouvrière, c'est-à-dire en dehors de l'association ouvrière (nous entendons par là le mouvement social communiste et pas simplement la structure associative), les prolétaires se font concurrence entre eux dans la vente de leur force de travail, et au lieu de s'associer par dessus les barrières du capital, ils s'y soumettent.

Il n'y a pas besoin d'être communiste (ni même linguiste) pour voir une distinction entre “concurrence” et “exploitation” (toutes les langues , même les plus pauvres, la font ). Il est absurde et réactionnaire de parler d'exploitation des ouvriers par des ouvriers, d'une nation par une autre, d'un capitaliste par un autre, là où il y a  concurrence. En règle générale, l'emploi d'un terme pour l'autre repose sur une autre absurdité: il y aurait concurrence lorsque les partenaires sont de force égale et exploitation quand ceux-ci sont inégaux. “Une poignée de nations riches” se font concurrence entre elles, mais exploitent les “nations de couleur” ; les ouvriers des “nations riches” se font concurrence entre eux, mais on exploite les immigrés ou les prolétaires africains, etc. (Peu importe que l'on remplace exploitation par domination ou oppression). La concurrence n'a jamais signifié égalité des parties concurrentes, “égalité des chances” des concurrents.

Le salaire des ouvriers n'est nulle part le même, les cadences non plus, les heures de travail non plus. Doit-on en déduire que celui qui travaille huit heures exploite ou opprime celui qui en fait dix? Ou que (c'est la même chose) les deux heures de différences sont le fruit de la corruption elle-même possible par le surprofit tiré sur les dix heures? Dire cela, c'est dire que le salaire d'un ouvrier, c'est la plus-value du voisin de machine (et vice versa), c'est dire tout simplement que le salaire et la plus-value sont là même chose. D'ailleurs, à quoi peut bien servir ces catégories quand on a un bon vieux dicton pour expliquer le mouvement des ouvriers: “le malheur des uns fait le bonheur des autres”!.

Contre cette théorie des “vases communicants”, nous affirmons: le salaire n'est pas une redistribution de la plus-value, les prolétaires ne sont pas des actionnaires. Au niveau mondial, le salaire minimum moyen est déterminé non pas en fonction des “sur- profits” ou des “sous- profits”, mais par les frais de production de la force de travail, par le temps de travail socialement nécessaire pour produire cette marchandise qu’est la force de travail.

Que le prix de la force de travail ne soit pas partout et  toujours le même est une évidence. Que les secteurs les plus riches s’enrichissent sur la sueur des secteurs les plus pauvres est une aberration réactionnaire. AU CONTRAIRE, les “plus pauvres” appauvrissent les “plus riches” dans la concurrence: “sur mille ouvriers de même habileté, ce ne sont pas les neuf cent cinquante occupés qui déterminent le salaire, mais les cinquante inoccupés” (Marx).

Comme il ne peut y avoir deux prix du marché, à qualité égale , le plus bas domine. Comme la marchandise force de travail ne peut être stockée, qu'on ne peut pas jouer facilement sur l'offre, cette loi du prix du marché pèse très lourd et en permanence sur l'ensemble des salariés. L'intérêt commun unique des prolétaires n'est pas de jouer sur les termes de la concurrence: les cinquante acceptant un salaire bas et un boulot degueulasse, les neuf cent cinquante s'unissant contre les cinquante qui cassent le boulot et les salaires. Cela, c'est se mouvoir dans le cadre des divisions du capital. Au contraire, les prolétaires se meuvent  sur le terrain de l'association ouvrière en abolissant cette concurrence qui fait baisser TOUS les salaires. Dans une situation de concurrence, “plus il (le travailleur) travaille, moins il reçoit en salaire. La raison en est simple. Il fait concurrence à ses compagnons de travail, et il s'en fait autant de concurrents qui s’offrent à des conditions tout aussi mauvaises. En dernière analyse, il se fait concurrence à lui-même, à lui-même en tant que membre de la classe laborieuse.” (Marx, Travail salarié et capital).

Le sujet communiste est le prolétariat dans son ensemble.

La grande vague mondiale révolutionnaire de 1917- 1923, l'unification dans le mouvement social communiste, a fait apparaître clairement ceci: le sujet communiste n'était pas l'ouvrier russe, ou l’ouvrier allemand, où le tourneur, où le marin, etc.; c'était le prolétaire mondial. La guerre sociale tend à liquider les divisions du capital: les prolétaires s’unifient par d essus et contre ces barrières; leur pratique internationale tend à ce qu'ils fassent abstraction de leur nationalité, de leurs revendications spécifiques, de leur métier. (*)

Que le sujet communiste  soit le prolétariat dans son ensemble ne veut pas dire bien sûr l'ensemble des prolétaires ou des salariés. Il n'y a pas besoin d'être marxiste pour voir qu’un chef d’atelier ou un permanent syndical ou un député ouvrier, tout salarié qu'il soit, ne mérite pas autre chose que la critique par les armes. Que la classe se détermine par sa lutte, ne veut pas dire que la classe se réduise aux ouvriers grévistes. Par lutte, nous entendons aussi luttes quotidiennes dans la sphère de la production, résistance au travail, non adhésion à la bonne marche de l'entreprise ou de la société. Cela ne veut pas dire non plus que tous les secteurs du prolétariat en mouvement ont la même force. Qui partira en premier, nul ne le sait. Quel est le “cœur” de la classe, non plus, ni quel est le “maillon faible”, vu le peu de brèches dans la paix sociale, en tout cas en Europe: les ouvriers des grosses concentrations, comme en Pologne, ou les ouvriers chômeurs de Brixton et Naples?

Nous laisserons aux autonomes italiens leur recherche du “nouveau sujet social”: ce n'est qu'une variante caricaturale de “l’aristocratie ouvrière”. Celle-ci s’étendrait à tous les “garantis”. Le sujet communiste serait aujourd'hui les “emarginati”. Quand on voit la belle “garantie” des ouvriers de Fiat avec les 24.000 ouvriers mis en chômage partiel en attendant le licenciement!

ہ l'inverse, à ceux qui réduisent le sujet communiste au seul prolétariat des grosses usines (à l'exclusion bien sûr des professionnels, des ouvriers d'entretien et autres “aristocrates”), nous répondons que ces secteurs sont vitaux pour le succès de la révolution, que souvent les conditions de lutte y sont meilleures, mais que souvent aussi, elles sont des bastions du syndicalisme: l'échec, l'an dernier, de la lutte à la Fiat, le prouve ; le vieux dicton ouvrier “quand Renault éternue, la France s’enrhume” est périmé ... faute d’éternuements autres que syndicaux. ; les chantiers “Lénine” en Pologne ont été à l'avant-garde dans l'organisation de la grève générale sauvage, mais aussi un point d'ancrage solidaire, un peu plus tard, pour “Solidarnosc”. En tout cas, si les conditions de lutte sont souvent meilleures dans les grosses usines, c’est à cause de la concentration, des traditions, des possibilités réelles de paralysie, etc., mais sûrement pas à cause de l'usine elle-même. L'idéologie du travail, reprise par Lénine lui-même à ce propos, voit dans le prolétaire d’usine le profil du révolutionnaire ; l'usine l’éduque dans la discipline industrielle, le travail collectif, etc. Nous laisserons ainsi aux “léniniste” la critique des “petits-bourgeois veules”, des “aristocrates qui ont une place planquée au boulot” (**). Nous leur laissons aussi l’apologie des “usines Poutilov” et des forces productives de capital. L'association des ouvriers à l'usine est l'association capitaliste, anti- ouvrière. La division du travail n'a rien à voir avec le communisme, avec la libre association des producteurs. Glorifier la discipline

(*) d'ailleurs la notion même de métier n'a plus la même réalité aujourd'hui. Le capital dans son développement a fait apparaître l'ouvrier polyvalent, mobile, sans spécialisation, en faisant disparaître peu à peu le travail complexe. Les ouvriers professionnels sont beaucoup moins nombreux. La restructuration a amené, pour la majorité, une déqualification, et pour une minorité, une surqualification.

(**) d'ailleurs les tenants de l’aristocratie ouvrière ne sont pas très fixés sur ce point, certains ont une dent contre les “parasites”, d'autres contre les professionnels attachés à leur travail.

Industrielle, l'éducation de l'usine comme l'a fait Lenine, est réactionnaire (*). Le communisme, c'est le mouvement d'abolition de l'ordre social existant et non son achèvement.

Quelles déterminations ?

Pour les matérialistes vulgaires, la matière n'a évidemment rien à voir avec le mouvement. Par exemple, ils ont une fâcheuse tendance à confondre matière avec espèces sonnantes et trébuchantes. Ainsi, le cours de l'histoire serait le produit de la corruption ou de la “scission d’avec les corrompus”, du  rapport entre les vendus et les incorruptibles. Ce qui souvent se cache derrière la phrase marxiste: l’être social détermine la conscience, c'est “dis-moi où tu travailles et combien tu gagnes, je te dirai ce que tu fais et penses: au-dessus de... dollars, tu es un aristocrate ouvrier, au-dessous de... dollars, tu es un lumpen, si tu ne produis pas de plus-value, tu es un parasite, etc.” Notre problème n'étant pas de trouver le profil, le portrait- type de l'ouvrier révolutionnaire, nous laissons volontiers ce travail aux sociologues gauchistes.

La lutte de classes est pourtant bien le produit de déterminations: tous les ouvriers, tous les secteurs, n'ont pas la même opposition face au capital. La distinction fondamentale dans les rangs ouvriers est évidemment la frontière de classe, lutte/non- lutte. La classe n'a rien à voir avec “les salariés”.

Ainsi, comment les tenants de l’aristocratie ouvrière pourraient-ils  expliquer le surgissement des dockers à Anvers et Rotterdam: les dockers sont les prototypes de l’aristocratie ouvrière: bien payés, protégés, etc. Et la lutte des mineurs boliviens qui renaît après chaque écrasement, chaque coup d'Etat: ceux-ci sont bien “privilégiés” par rapport à la majorité de sans- réserve du pays.

Ces secteurs “privilégiés” par des salaires plus élevés que le minimum vital ont bien souvent obtenus ces “privilèges” par les luttes importantes qu'ils ont menées. Les ouvriers des transports, des mines, etc. ont plus de possibilités de paralyser l'économie, de frapper le capital dans son profit. Cette position fait que lorsqu'ils se constituent en force, ils peuvent faire céder le capital plus facilement. La lutte de classes est un facteur fondamental dans la détermination de la valeur de la force de travail ; d'une certaine manière, on peut considérer le salaire réel comme le prix de la paix sociale ; c’est en cela qu’il est  politique et social et pas seulement biologique (c'est en cela aussi que la lutte pour les salaires est politique et sociale). Le surplus (par  rapport au minimum vital) que certains secteurs ouvriers obtiennent ne sera de toute façon que le complément de ce qu'ils auront en moins dans les périodes de crise (le sort de nos “aristocrates” en tant de guerre n'est vraiment pas plus enviable que celui de n'importe quel prolétaire).

Que les augmentations de salaire réel constitue “autant de chaînes dorées avec lesquelles la bourgeoisie traîne les prolétaires à sa remorque”, cela est vrai pour tous les prolétaires, sauf lorsque ces augmentations restent secondaires pour les ouvriers et que la force issue de la lutte reste principale. Le seul acquis, c'est cela. Les “acquis du mouvement ouvrier” dont parlent les syndicats, c'est la réforme du capital, se sont des facteurs d’accumulation déguisés en victoire.

(*) dans un premier temps, Lénine, dans sa polémique avec Rosa Luxembourg, conçoit l'organisation des révolutionnaires sur le modèle de la fabrique.

Ce qui nous intéresse pour la révolution, encore une fois, n'est pas la fiche de paye, ni même les “idées” des prolétaires en période de paix sociale, mais leur mouvement. Un mouvement corporatiste, réactionnaire, peut surgir (et surgit) de toutes les couches ouvrières: les prolétaires agricoles en France se sont solidarisés avec leurs patrons contre l'importation de vin Italien. Les prolétaires, en grande partie chômeurs, de la Calabre en 1970, se sont mobilisés avec les fascistes pour une question de pouvoir régional (ses glorieux ouvriers sauvages dont parle le situationniste  Sanguineti). Par exemple, deux catégories ouvrières semblablement “protégées”, bien payées, réagissent différemment face au capital. Les dockers de Gênes, de Barcelone, etc. se servent de leur force, de leur organisation, de leur argent pour se déplacer à l'étranger, pour tenter de coordonner au niveau international l'action dans les ports européens ; à l'inverse, les ouvriers du livre en France utilisent le produit de leur lutte pour renforcer le très réactionnaire syndicat du livre, avant- garde de l'Etat en matière de lutte contre les ouvriers du livre... allemands (entre autres).

En fait, si le salaire réel est le prix que paye le capital pour la paix sociale, cela est vrai pour l’ouvrier “riche”, cela est vrai pour l'ouvrier “pauvre”. Pour ce dernier, le capital remplace le surplus de salaire par le football, l’alcool, la religion, etc. Le capital ne manque pas de chaînes dans son arsenal. Cela n'est vrai évidemment que quand domine la contre- révolution. Que la bourgeoisie en difficulté n'arrive plus à “y mettre le prix”, le prolétariat surgit alors immanquablement. Et l'insurrection gagne quand le prolétariat ne se satisfait plus d'aucun “tarif” de paix.

Conséquence historique de la prétendue existence de cette aristocratie ouvrière.

Nous ne nous opposons pas à la conception léniniste de l’aristocratie ouvrière sur le terrain de la différence d'analyse ou de description du monde, mais parce qu’elle a justifié dans l'histoire des pratiques réactionnaires.

La première a été le frontisme inter-classiste. Synthétiquement, la Deuxième Internationale, et la majorité de la Troisième, concevait la classe comme Kautski: une entité sociologique à gagner aux idéaux du socialisme, grâce à des cures de conviction idéologique. Le mécanisme unique de la révolution étant: misère absolue + conscience. La classe ouvrière, incapable d’un mouvement propre, était considérée comme une masse statique, évoluant par influence. “L'opportunisme dans le mouvement ouvrier” recouvrait en fait ce que nous appelons la réaction, le capital, et “partis ouvriers” l'organisation du capital. Les “sociologues marxistes”, toutes fractions confondues, nous parlent de rupture, de scission: il s'agit par exemple de “rompre avec les intérêts de l’aristocratie ouvrière”, de “scissionner d’avec l’opportunisme et sa base sociale”, de rompre avec la fausse- conscience, etc. Dans tous les cas, l'immense majorité du prolétariat est révolutionnaire ; il suffit de la “gagner”, et comment peut-on “gagner” la majorité mal  influencée ? Par un front unique par exemple... outil vraiment efficace pour mener la lutte révolutionnaire résumée à la lutte d'influence, à “arracher les ouvriers à l'influence des réformistes”. Tous ces slogans creux, toute cette sociologie sur les aristocrates ouvriers, toute la pratique de la lutte d'influence, vise de fait à constituer un front inter- classiste.

La deuxième, et pas la moindre, a été le nationalisme. Depuis la sortie de la brochure de Lénine sur l’impérialisme, tout les “léninistes” font le lien entre aristocratie ouvrière et pillages coloniaux ou néo- coloniaux. La thèse centrale de Lénine sur cette question, c'est que l'avènement de l’impérialisme, du développement inégal, a permis, dans les métropoles impérialistes, à la bourgeoisie de corrompre les couches supérieures de la classe, grâce aux sur- profits coloniaux. La Troisième Internationale ne s'est jamais complètement démarquée des fondements de l'idéologie nationaliste. Produite de l'affirmation de l’internationalisme prolétarien au cours et après la première guerre mondiale, elle a par la suite, à l'exception de certaines fractions communistes de gauche comme la gauche germano- hollandaise, soutenu, organisé et développé le nationalisme dans le monde, théoriquement et pratiquement, et porte en cela une part de responsabilité dans la contre- révolution, dans les centaines de millions de morts des guerres patriotiques, dans la fortification du capital.

Nous ne développerons pas ici “la question nationale”. Notre revue en parle fréquemment. Synthétiquement nous dirons que :

-  le capital est un rapport social et non un rapport entre nations, et cela depuis qu'il est mode de production ;

- le fameux “changement” des années 1900 sert à masquer que le capital est toujours réactionnaire pour le prolétariat ; il n'y a pas de phase progressiste du capitalisme de libre- échange et de phase réactionnaire de l’impérialisme;

- les fameuses nouveautés de l'époque de l’impérialisme idéalisent le passé, le dix-neuvième siècle, pour liquider le contenu invariant de l’antagonisme bourgeoisie- prolétariat. Le capital a toujours “exporter” des capitaux, il a toujours tendu au monopole, il ne s'est jamais développé d'abord dans un pays, puis à l'étranger ;

- le prétendu développement inégal sert à justifier les guerres nationales, a occulter l'intérêt  unique du prolétariat mondial, et la lutte de classes mondiale. Le capital développe partout ses deux pôles: misère et richesse, construction/destruction, valorisation/dévalorisation;

- l'exploitation d'une nation par une autre est autant une absurdité que l'exploitation d'une usine par une autre. Absurdité réactionnaire parce qu'elle enchaîne le prolétariat à l'affirmation du capital et non à sa destruction ;

- la concurrence entre nations, entre groupes de capitaux “inégaux”, n’établit pas les lois de l'économie bourgeoise, mais les exécute, les met simplement en évidence ;

- l'exploitation des ouvriers par d'autres ouvriers est une absurdité réactionnaire qui occulte l'aspect général du salaire et du salariat en créant la confusion entre salaire et redistribution de la plus- value ;

- la concurrence entre ouvriers peut abaisser les salaires élevés, mais en aucun cas ne fixe la moyenne générale des salaires ; seul le  rapport fondamental entre le travail et le capital le peut ;

- il n'y a pas de sur- profits coloniaux: le capital va là où il peut se valoriser le plus possible, dans les pays riches ou pauvres, et ce au dix-neuvième comme au vingtième siècle ;

- le “pillage” des nations pauvres, “l'échange inégal” est une absurdité. La valeur d'une marchandise est déterminée  socialement et n'a rien à voir avec le travail concret qu'elle contient, qu'elle soit marchandise “métropolitaine” ou “de couleur”. Que dans la redistribution de la plus-value mondiale, des capitalistes soient mieux servis que d'autres, au prorata de la force de leurs capitaux, cela ne favorise aucun secteur du prolétariat: profit et salaires varient en fonction inverse l'un de l'autre ;

- le “réformisme”, “l’opportunisme”, c'est-à-dire le renforcement, la restructuration, la réforme du capital, ne sont pas des nouveautés de l'époque


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de l’impérialisme ou de la décadence (deux variantes de la même incompréhension). La réforme du capital est toujours réactionnaire et sa “base sociale” c'est l'Etat lui-même et non telle ou telle miette “nouvelle”.

Par-dessus les barrières, l'Association mondiale, le parti mondiaL.

L'Association mondiale du prolétariat ne peut se faire à l'intérieur des barrières du capital, sous peine de les renforcer. Contre l'organisation nationale, le parti mondial ; contre le corporatisme, l'intérêt  unique ; contre la guerre des Etats capitalistes, destruction de ses Etats, pour l'Etat prolétarien mondial.

Tant que le capital, comme rapport social, n'aura pas été balayé de la surface de la terre, il subsistera des divisions. Quand nous disons que le capital a unifié l'histoire mondiale, cela ne veux pas dire qu'il a uniformisé l'humanité, mais qu’il a fait place nette partout pour la lutte communiste. L'unité du prolétariat dans la lutte, justement parce qu'elle fait abstraction des catégories de nation, métiers, etc., n’attend pas du capital une disparition de ces barrières. Penser que le capital peut devenir un trust mondial unique, une nation unique qu’il peut se dégager du travail concret pour uniformiser l'exploitation des ouvriers, c’est entrer dans l’utopie du capital pur.

C'est pour cela que les recettes d'unité fondées sur l'unification “matérielle”, sous prétexte d'être un terrain préparatoire à la révolution, sont réactionnaires. La mythologie du salaire unique, le refrain des années 1970 en Europe: à travail égal, salaire égal, la lutte pour les droits égaux, pour le statut unique, etc. cache cela : vu la difficulté de s'associer aujourd'hui, que le capital  s'en occupe à la place des ouvriers, il en deviendra superflu ; c'est tout simplement “exiger” du capital qu'il réalise parfaitement sa communauté. Notre communauté, le communisme, s’instaure en dehors et contre ces barrières que seul le prolétariat peut balayer. S'associer entre branches d'activité, métiers différents, vers abolition des métiers, pour pouvoir “forger sans être forgeron” ; s'associer par- dessus les nations, vers la liquidation des Etats- nations, s'associer par-delà les différences de salaires pour l'abolition du salariat.


CE10/11.3 "Aristocratie ouvrière": Une formule de division