Nous publions ici un texte largement basé sur la traduction d'un article “El  mito de los derechos y libertades democraticas” publié dans notre revue­ centrale en langue espagnole: Comunismo (1). Ce texte s'inscrit pleinement dans notre souci de toujours: la critique impitoyable de ce qui est et en particulier la critique/démolition de la démocratie comme expression la plus pure de la dictature terroriste du capital.

“Déléguer, c'est en effet renoncer à la possibilité d'une action directe, et la prétendue “souveraineté” du droit démocratique n'est qu'une abdication, le plus souvent en faveur de filous. ”

“Dictature prolétarienne et parti de classe- Battaglia Comunista - 1951.

Le prolétariat dans sa tendance à s’organiser en classe autonome, a besoin de se réunir, de développer la presse ouvrière, de s'associer, de mener des grèves, des occupations d'usines, d'organiser l'action directe, de libérer des camarades emprisonnés, de s'armer, ... Ces tâches ont été assumées avec différents résultats à toutes les époques de sa lutte historique, indépendamment de la forme de domination de la bourgeoisie: bonapartiste ou parlementaire, républicaine ou fasciste.

La politique de la bourgeoisie à l'égard du prolétariat consiste à présenter ces besoins comme identiques à l'ensemble des institutions et libertés démocratiques (droit  de presse, liberté d'association, amnistie). Ce  ne sont pas seulement les libéraux bourgeois classiques qui essaient de nous convaincre que la démocratie est meilleure, mais c'est la totalité des partis pseudo‑ouvriers (socialistes, staliniens, trotskistes, ... ) qui basent leur politique contre‑révolutionnaire sur l'affirmation que la classe ouvrière se rapprocherait du socialisme par la conquête et la défense de la totalité des droits et libertés.

(1) cf. Comunismo n°1 centré sur la lutte historique des communistes contre la démocratie : “ Contra la democracia ”. Nous renvoyons aussi les lecteurs intéressés aux textes suivants: “Fasciste ou antifasciste, la dictature du capital c'est la démocratie” in Le Communiste n°9 ;  “La démocratie nous assassine” in Le Communiste n°5; “Crève la démocratie” in Le Communiste n°2.

En réalité, il existe une opposition irrémédiable entre l'ensemble des libertés démocratiques bourgeoises et les besoins du prolétariat de s'organiser sur son terrain de classe. Les positions que le prolétariat conquiert sur ce terrain ne peuvent jamais être confondues avec les prétendues “libertés ouvrières”.

De la même manière qu'existent deux classes antagoniques, existent deux conceptions fondamentales de la lutte ouvrière. L'une bourgeoise, où l'on cri­tique le manque d'égalité, de démocratie, où il faudrait lutter pour plus de droits, de libertés, ... L'autre prolétarienne, basée sur la compréhension que les racines mêmes de toutes ces libertés, égalités et droits sont essen­tiellement antiouvrières, qui implique pratiquement la destruction de fond en comble de l’Etat démocratique  avec son cortège d'égalités, de libertés et de droits. Ces deux conceptions antagoniques expriment en fait la contradiction entre d'une part la critique passive d'amélioration, de réforme et donc de renforcement du système d’exploitation et d’autre part la critique active, la nôtre, la destruction de ce système d'exploitation.

Quand la “droite” nous dit que la “gauche” est dictatoriale et antidémocratique,  que lorsque la gauche est au gouvernement elle ne respecte plus les droits de l'homme et  que pour cela notre intérêt serait de  brandir le drapeau de la démocratie, de lutter sous son aile protectrice pour la démocratie pure: est‑ce un mythe ou a-t-elle un réel intérêt objectif à la démocratisation? Quand la gauche nous dit au nom du “marxisme” que la “bourgeoisie” et “ le capitalisme ” ne respectent  pas les libertés démocratiques, que nous de­vons, les défendre contre l'attaque fasciste, que nous devons les réclamer là où elles sont inexistantes, que c'est la voie  vers le socialisme: n'est‑ce qu'un ensemble de mots d'ordre opportunistes, ou lutte‑t‑elle réellement pour la démocratie ?

La bourgeoisie a toujours tenté d'utiliser le prolétariat (alors ouvriers atomisés, pris comme citoyens) comme base sociale, comme chair à canon pour servir ses propres intérêts de classe dominante. En ce sens, nous compre­nons déjà en quoi la bourgeoisie essaie toujours de faire combattre les ou­vriers pour des intérêts qui ne sont pas les leurs (ceci répond partiellement à la question). Mais les bourgeoisies de “droite” comme de “gauche”  aspirent-elles ou non à la démocratie ? Le conte des libertés et des droits de l’homme, est‑ce seulement une mystification sans aucune base matérielle ou existe‑t‑il une réalité objective qui produise la mystification démocratique ?

Doit-on conclure qu'aucune fraction de la bourgeoisie n'a intérêt à voir appliquer  ces droits et libertés des citoyens ? (Le corollaire à cette position serait donc que le prolétariat pourrait ne pas tomber sous la domination  bourgeoise s'il luttait vraiment pour la défense de la démocratie). Ou faut‑il conclure au contraire, que la lutte des bourgeois pour le paradis des droits démocratiques correspond réellement à l'aspiration suprême de  la bourgeoisie ?

           

Evidemment la critique marxiste révolutionnaire que nous développons ici reprend cette dernière thèse: l'ensemble des droits de l'homme et du citoyen correspond parfaitement à la forme idéale  de la reproduction de l’oppression capitaliste. Voyons en quoi consiste et d'où émerge cette forme idéale de la démocratie.

 

LE PARADIS DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN.

Le parti de l'ordre, le parti général du capital, où si l’on veut l’ensemble des partis bourgeois, est absolument incapable d'affronter le prolétariat constitué en classe et par cela en parti.

C'est pourquoi le secret central de la domination bourgeoise  consiste à empêcher cette constitution  du  prolétariat en force autonome et il n'y a rien de plus efficace pour la bourgeoisie que l'ensemble des libertés et droits de l'homme et du citoyen pour noyer le prolétariat, pour l’asphyxier dans le peuple. En effet, lorsque le prolétariat n'existe plus en tant que classe, que chaque ouvrier est un bon citoyen, avec ses libertés, droits et devoirs qui dérivent de sa citoyenneté, il accepte l'ensemble des règles du jeu qui l'atomise et qui le dilue dans le peuple où ses intérêts spécifiques de classe ne trouvent aucune place. Comme citoyen égal à tous, il n'existe pas comme classe. C'est précisément la condition du meilleur fonctionnement de la démocratie.

Mais ce règne de la démocratie que nous promettent la “gauche” et la “droite” au nom du socialisme et/ou de la liberté, où n'existent pas de classes mais des citoyens et des hommes libres, comme toute forme idéologique de la bourgeoisie, ne surgit pas du néant et ne se  maintient pas comme idée pure en dehors du monde. D’un coté, ce monde, “paradis terrestre” des droits de l'homme et du citoyen, obéit à une réalité matérielle bien précise, le  règne de la circulation des marchandises duquel tous les avocats du capital extraient ses catégories et ses conclusions; de l'autre coté l'ensemble des formes mentales, idéologies, qui dérivent de ce même règne sont acceptées par la société et sont donc objectives: la dissolution du prolétariat dans le monde amorphe du citoyen n'a rien d'immatériel, même si elle se base sur le monde mystique de la marchandise on pourrait croire que les millions de pages écrites par des marxologues et autres juristes du capital, ... les constitutions des Etats bourgeois, les chartes, les déclarations, ....ne servent que passivement la bourgeoisie, que celle‑ci en tient ou non compte en fonction des circonstances. Mais c'est oublier que ces mêmes chiffons de papier reflètent et consolident la réalité, qu'ils font  partie de l'idéologie dominante et que celle‑ci se transforme en force matérielle qui renforce et assure la reproduction de la société. Les lois et autres paperasseries sont des produits idéologiques de la dictature bourgeoise qui deviennent autant de remparts la défendant.

Dans la sphère de la circulation de la marchandise, il n'existe pas de classes; tout le monde est citoyen, chacun apparaît comme acheteur et vendeur de marchandises, égal, libre et  propriétaire. Même dans le cas de l'achat et de  la vente de la force de travail, on se trouve dans le paradis des droits de l'homme et du citoyen. Chacun vise ses propres intérêts privés dans le règne de l'égalité, la liberté et la propriété privée.

Liberté: parce que l'acheteur et vendeur des marchandises, dont la force de travail, n'obéit à aucune autre loi que celle de sa libre volonté.

Egalité:  parce que dans le monde des marchandises, tous sont acheteurs et vendeurs et chacun reçoit une valeur égale aux valeurs contenues dans les marchandises qu'il vend, échangeant équivalent contre équivalent.

Propriété : Parce que chacun se présente dans le monde  de l'échange comme propriétaire de sa marchandise et il ne peut disposer que de ce qui lui est propre.

Tous les citoyens contractent en tant qu'hommes libres, égaux et propriétaires, relations d'où émerge naturellement une fraternité qui est le reflet juridique garantissant les libertés, l'égalité, les possibilités identiques d’accès à la propriété des marchandises pour tous les hommes. Tout achat et vente de marchandises est le résultat d'un accord de volonté entre les hommes (l’expression juridique en est le contrat) qui, du fait de la marchandise, sont propriétaires, libres, égaux et fraterne1s.

De ce monde fétiche de la marchandise où les classes n'ont pas de place mais où se retrouvent les hommes et les citoyens  émerge l'ensemble des liber­tés et droits qui leur permet comme tels de décider dans la société de la régulation et l'amélioration de ce monde. Il est non seulement permis de vo­ter et de choisir comme citoyen, mais il est également possible d'avoir ses représentants dans les organes démocratiques pour lesquels les libertés de réunion, de presse et d'association, d'expression, etc. sont assurées. Les citoyens peuvent s'associer comme électeurs et éligibles (dans les partis bourgeois) ou comme acheteurs et vendeurs de marchandises (dans les syndicats). Rien de plus naturel donc que les citoyens puissent se constituer en partis politiques, aspirer à obtenir des postes dans le gouvernement, dans les ministères, les parlements ou les “soviets”. Pour cela, pas besoin non plus de montrer un certificat de noblesse, en tant que citoyen, n'importe qui, indépendamment de sa condition sociale (dont le monde du droit fait abstrac­tion) peut être député, ministre ou président. De même, en tant qu'acheteur et vendeurs de marchandises, ils peuvent s'associer et se syndiquer, refuser de vendre ou d'acheter si l'affaire n'est pas convenable. A ceci correspond un autre ensemble de droits et de libertés comme celui qui régit les sociétés anonymes ou les  syndicats pseudo‑ ouvriers. Les vendeurs et acheteurs de mar­chandises (force de travail) associés comme tels (jamais comme ouvriers ou comme bourgeois étant donné que dans le monde de la circulation des marchan­dises personne ne travaille ni ne s’approprie le travail d’un autre), peuvent même suspendre la livraison des valeurs d'usage, c'est le droit de grève. De même, le citoyen qui achète la dite marchandise peut décider d'en acheter une autre équivalente, c'est la liberté de travail (ce serait profaner le sacro‑ saint règne de la marchandise que de parler des jaunes, briseurs de grève ou des moutons). Ou encore, le citoyen peut refuser de continuer à acheter la dite marchandise, c'est la liberté d'entreprise (sous ce règne, il n'existe pas de lock‑out!). Sans oublier les droits des prisonniers, ni l'amnistie générale qui n'existent qu'avec la condition préalable que tout le monde se comporte en bon citoyen, en bon acheteur et vendeur, comme le profèrent Amnesty International et autres humanistes !

On nous fera remarquer que nulle part existent de tels droits et libertés que partout existent des prisonniers, que partout on limite le droit de grève, qu'en tel pays on limite le droit à la propriété, que dans tel autre on ne permet que le parti unique, etc. Tout cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Cependant, dans tous ces pays il existe toujours  une fraction bourgeoise qui critique les carences dans la démocratie de ces différents régimes et pour le faire, elle doit nécessairement avoir un système de référence­ : l'idéal démocratique. C'est précisément celui‑ci que nous voulons expliciter et dénoncer. C'est la seule manière pour pouvoir rompre avec la critique bourgeoise de la démocratie et reconnaître l'ennemi dans tous les défenseurs de la démocratie pure et parfaite.  En effet, de même que celle‑ci est le produit et le reflet de la base mercantile de la société capitaliste, elle est aussi le cadre de référence de toutes les critiques bourgeoises qui ne visent qu'à corriger les imperfections de la démocratie et où convergent, en périodes de crises révolutionnaires, toutes les forces de la contre‑révolution.

Mais est‑il possible que l'idéologie bourgeoise arrive à s'imaginer, une telle société? où il n'existerait pas de prisonniers parce que personne ne volerait ou/et parce qu'aucun groupe ouvrier ne s’organiserait, où toute grève dans le cadre strict du droit, de “ grève ”, où toute association ne tendrait qu'à regrouper des acheteurs et vendeurs pour assurer que les marchandises s'échangent à leur juste prix? Evidemment oui. Il y a plus de deux siècles, les démocrates n'avaient pas de problèmes à reconnaître que la république démocratique devait correspondre au “peuple des dieux”, comme le disait Rousseau. Aujourd'hui encore, la bourgeoisie, dans son apothéotique décomposition, incapable de comprendre sa perspective historique bornée, s'a­grippe à toute bouée aussi mystique soit elle. Si la bourgeoisie a eu besoin et a été capable d'intégrer, d'assimiler toute religion qu'hier elle combattait au nom de la Raison et de la Science, si elle a eu besoin et a été capable de canoniser, sanctifier le “marxisme‑ léninisme” qu'hier elle affrontait, comment douter qu'elle n'aspire pas “honnêtement” à son paradis démocratique qu'elle a toujours défendu?

L'homme imagine dieu comme l'image parfaite de lui‑même, donc épurée de ses contradictions. Le capital s'imagine un  règne éternel et parfait, en se basant sur la conviction qu'il est le pôle positif de la société, épuré de ses aspects antagoniques. Il est incapable de se comprendre lui‑même comme réalité contradictoire (richesse/misère, croissance/entrave dans le développement des forces productives, “développement/sous‑ développement”, égalité/ oppression). Il ne se comprend que comme identique à son pôle positif (richesse, croissance, égalité, liberté, démocratie, ... ). Par exemple, il entre­tient une conception tout à fait a‑ historique et mystique de la valorisation du capital qu'il voit sans destruction périodique, massive et croissante des forces productives sociales que le capital se nomme ou non socialisme, s'au­to‑ proclame ou non communisme, il construit toujours ses catégories, son analyse, sa vision du monde, en ignorant sa propre réalité contradictoire, en méconnaissant l'unité et l'opposition indissociable entre le travail salarié et le capital. On ne doit donc pas du tout s'étonner que  dans ce monde démocratique il n'existe personne qui se fasse exploiter, qui soit emprisonné, qu'il n'existe que capital, richesse, égalité, justice, croissance et liberté.

L'UNITE CONTRADICTOIRE DE LA PROSAIQUE REALITE.

Abandonnons maintenant le monde des idées et des catégories du capital, celui de la circulation et du citoyen et retournons à celui de tous les jours, celui de la production et de la valorisation du capital. Le vendeur de la force de travail, qu'il le veuille ou non, qu'il croit au père Noël ou à la démocratie, dans l'usine, c'est un ouvrier et là, il doit travailler, donner du rendement, cracher de la valeur, suer du capital. Dans l'usine il n'est l'égal de personne, ni libre de rien, ni propriétaire de rien, même pas de ce qu'il manipule. S'il veut, le prolétaire peut s'imaginer que sa citoyenneté n’est que suspendue, que ses égalité, liberté et propriété, il les a laissées à la porte de l'usine et qu'il les récupérera à la sortie. Mais il se trompe lourdement. Si dans les huit heures ou plus, il consomme des matières premières et des machines pour produire des valeurs d'usage qui restent propriétés du capital, dans les seize restantes, durant les congés, les vacances, il consomme nourriture, bière, football ou télévision pour encore produire une valeur d'usage: sa force de travail qui ne sera à nouveau utilisée que pour la valorisation du capital. En dehors du paradis mystique et fugace de la circulation et des élections libres, l'ouvrier est, qu'il le veuille ou non, un ouvrier; même quand il fornique que ce soit par plaisir ou pour augmenter sa progéniture (la prole, origine du mot prolétaire), il n'est plus que force de travail et valorisation du capital. Comme tel, il n'est ni libre, ni égal, ni citoyen, ni propriétaire et ce pas même un moment de sa vie il n'est qu'esclave salarié. Même avant de tendre à s’organiser pour défendre ses intérêts d'ouvrier il a déjà toute la légalité, la propriété, la liberté contre lui.

Cependant, pour pénétrer la réelle signification de l'ensemble des droits et libertés bourgeois, il faut non seulement passer de la circulation à la production (comprises dans une unité contradictoire), mais encore capter l'essence même des contradictions de classes de la société. Ainsi, on comprend que la première liberté qu’a le prolétariat est celle contenue dans sa propre définition, être libre de toute propriété. En effet, les ancêtres de l'actuel prolétariat ont été libérés par la violence physique de toute autre propriété que celle de leur progéniture et de leur propre capacité à travailler pour un autre. Cette liberté de toute propriété est la plus importante qui détermine toutes les autres. Grâce à cette liberté, le prolétaire n'est pas seulement libre de vendre sa force de travail, mais il a aussi le droit de mourir de faim (lui et sa progéniture), s'il ne trouve pas d'acheteur. L'égalité exis­tante dans le règne de la circulation des marchandises (cf. supra) permet à l'ouvrier de recevoir une valeur égale à celle de sa force de travail et c'est précisément celle qui le prive du produit de son propre travail et assure l'exploitation capitaliste. La fraternité n'est pas non plus un mot d'ordre bourgeois vide de sens. Il a signifié dans la pratique, la fraternisation des bourgeois contre le prolétariat ; sous la forme de fraternité nationale et démocratique, il a servi à lier pieds et mains des prolétaires à leurs exploiteurs respectifs, a mener au massacre de frères de classe dans les champs de guerres impérialistes.

La liberté, l'égalité, la propriété, et la fraternité réelles de la démocratie impliquent donc une situation permanente de violence anti‑prolétarienne. La répression, non seulement ne constitue aucune rupture avec la démocratie, mais elle constitue un de ses éléments indispensables d'imposition, de reproduction et d'extension. Il y a déjà longtemps que Marx dénonçait la trinité sacrée, “Liberté, Egalité, Fraternité ”, comme équivalent de “Infanterie, Cava1erie, Artillerie”. Plus encore, la tendance au paradis de la démocratie pure (où personne ne se plaindrait de ces liberté, égalité, propriété, fraternité) implique le passage au niveau  supérieur de réalisation de la démocratie, ce qui implique aussi le plein fonctionnement de la machine terroriste de l’Etat démocratique avec des formes variées. Pour cela, par exemple, entre la forme libérale et fasciste de l’Etat, il ne s'opère aucune modification organique, mais un processus de purification de l’Etat dans sa tendance à réaliser l'inaccessible démocratie (cf. article “Fasciste ou antifasciste, la dictature du capital c'est la démocratie” in Le Communiste n°9).

Examinons maintenant d'autres droits et libertés démocratiques:

Le droit électoral consiste en ceci que tous les 4, 5, 6,7, ... ans, l'ouvrier peut s’habiller en citoyen pour aller choisir librement ses oppresseurs.

Cela suppose évidemment d'un côté une libre campagne électorale, c'est‑à‑dire la liberté pour chaque fraction bourgeoise d'investir à cette fin selon ses capacités, et pour les autres, la liberté de s'imaginer que la société pourrait changer avec l'accession de tel ou tel parti au gouvernement de l’Etat bourgeois. Les dits droits et libertés octroient même aux ouvriers le “privilège” de choisir entre les partis autoproclamés ouvriers: de choisir celui qui serait le plus capable de diriger l’état du capital et d'organiser le massacre des prolétaires qui auraient tendance à méconnaître les directives des grands partis “ouvriers”, qui rejetteraient ce que la sacro‑sainte majo­rité a décidé. La liberté de presse et de propagande consiste aussi à assurer la libre entreprise de telle manière que ce soit seulement le potentiel économique et la capacité financière des différents partis qui assurent le contrôle et  la domination de l’opinion publique, qui garantissent la libre appli­cation du principe majoritaire. Face à tout cet appareil économico-  politique de la classe dominante, les ouvriers ont comme alternative: soit la liberté, le droit et le devoir de se résigner, soit la force et la volonté de s'organiser en classe, ce pour quoi aucun droit, aucune liberté ne sera jamais octroyé!

LES PRETENDUES “LIBERTةS OUVRIERES”.

“Nous  sommes d'accord en théorie que la démocratie bourgeoise est le système de domination de la bourgeoisie”, répondraient les socialistes de gauche, les  staliniens, les trotskistes, etc. “mais, ce dont il s'agit aujourd'hui, c'est de revendiquer les droits et les libertés qui servent l'organisation de la classe ouvrière: droit à l'association, de réunion, de syndicalisation, de grève, l'amnistie pour les prisonniers politiques, ... là où ces droits n'existent pas, et de les défendre là où le fascisme les attaque,... ”.  “Ce que vous ne comprenez pas”, ajouteraient‑ils, “c'est qu'on ne pourrait lutter pour le socialisme sans ces droits” !

Laissons de côté, parce que trop évident, le fait que toutes ces forces du capital dissimulent bien cette “théorie” qu'ils promettent de ressortir le jour du jugement dernier, mais voyons en quoi  consiste la pratique des droits et libertés inscrits dans le programme que les dits partis  appellent “minimum” ou “transitoire”. (De tous ces  droits, nous n'examinons ici que ceux supposés être des libertés ouvrières. Par exemple, au sujet du droit d'association, nous n'analyserons pas le rôle des S.A. ou SPRL... dans la centralisation et concentration du capital.).

“ Le droit de réunion, d'association, de syndicalisation, la liberté de presse”, nous dit la bourgeoisie (de droite comme de gauche), “sont des droits concédés aux ouvriers, sont des conquêtes de la classe ouvrière”. Voyons la réalité. Après avoir craché tous ­les jours de la valeur au service du capital, en y laissant leur force, leurs bras, leur cerveau, leur sueur, leur sang, ... leur vie, les ouvriers ont non seulement le droit d'aller au football ou de se saoûler au café pour se distraire, pour être en forme et redonner un bon rendement le lendemain, mais encore, la bourgeoisie leur octroie le droit discuter, de se syndicaliser et d'envoyer leurs “représentants” négocier le prix auquel ils vendront leur peau. Il est tout à fait logique qu'un vendeur essaie de vendre sa marchandise le plus cher possible et le capital accepte avec plaisir que les syndicats transforment les exigences “ excessives ” des ouvriers en “justes revendications salariales”. La “juste revendication ” est celle qui permet une augmentation du taux d'exploitation suffisante pour contrer la tendance à la baisse du taux de profit!  Et elle est même considérée “ légitime ” par  l'ensemble de la  bourgeoisie quand elle ne porte pas atteinte à la compétitivité de la sacro‑ sainte économie nationale.

Il n'y a pas de doute quant à la spécialité des syndicats de formuler de “justes” et “légitimes” revendications qui ne portent pas atteinte au profit du capital. Que peut‑il être compris d'autre d'ans ces droits octroyés par la bourgeoisie? RIEN, absolument rien de plus !

Face à une association ouvrière réelle qui se situe sur la défense des intérêts ouvriers, luttant pour une réduction réelle du temps de travail, pour une augmentation effective du salaire relatif, le capital n'a aucun intérêt à reconnaître le droit d'association, de réunion, de presse et de syndicalisation parce  que ceux‑ci portent nécessairement atteinte au taux de profit et à l'économie nationale. Dans ce cas la  démocratie n'a pas d'autre option que de sortir ses griffes répressives: flics, corps de choc syndicaux, …

Les partis n'hésitent pas à recourir à la terreur blanche contre l'organisation classiste des ouvriers, et ce au nom de la démocratie, de la liberté, du droit au travail, du respect des décisions syndicales, .... A n’en pas douter, il se passera la même chose chaque fois que sera assumée l'association ouvrière comme école du communisme, que les problèmes du socialisme cesseront d'être un problème de mots et que le combat sera mené, non plus uniquement pour l'amélioration des salaires, mais pour l'abolition du salariat.

Il doit être bien clair que les associations ouvrières, leurs presses, leurs réunions, leurs actions, qui ont comme unique fondement les intérêts immédiats et historiques du prolétariat se situent ouvertement contre le capital, son profit et bon économie nationale. Et au nom du respect des syn­dicats légaux, de la lutte contre la subversion, de l'unité contre les provocateurs, de la défense de la sûreté nationale, ce seront les prétendues libertés ouvrières, de réunion, d'association, ... qui  seront brandies comme force répressive contre les organisations de classe. Et cette pratique n'est pas en rupture avec la démocratie, la répression est démocratique parce qu’elle se fait quand les ouvriers abandonnent leur costume de citoyen et agissent en tant que classe, quand ils n'acceptent plus d'être l'armée bien disciplinée de la valorisation du capital pour laquelle la bourgeoisie leur avait octroyé ces droits et ces libertés. Cela prouve que, contrairement à ce que dit la bourgeoisie, aucun droit n'est accordé à la classe ouvrière agissant comme classe et que tous ces droits ne sont octroyés qu'aux citoyens vendeurs de marchandises. La terreur répressive pour tous ceux qui n’acceptent pas de se comporter en bons citoyens répond de manière absolument cohérente à l'aspiration bourgeoise au paradis démocratique. Il n'y a de paradis démocratique que pour ceux qui respectent la démocratie ! !

Dès qu'une  force ‑le prolétariat organisé en classe - tente de remettre la dictature capitalis­te en question, la démocratie montre son visage terroriste; tant que sa dic­tature se maintient fermement, la démocratie peut présenter aux peuples abru­tis son visage libéral. Ce doux visage des droits et libertés n'est donc réservé qu'au citoyen, celui qui se plie pacifiquement à la violence quotidienne des rapports de production capitalistes: le salariat.

Avec le droit de grève, présenté par là gauche bourgeoise comme ayant une valeur en soi antagonique a la superstructure juridique capitaliste, il en est de même. Il n'existe pas un droit octroyé à la classe, aux ouvriers en lutte, mais aux vendeurs de marchandises. Tant que les ouvriers acceptent de se maintenir comme simple force de valorisation du capital, ils ont tous les droits d'adopter l'attitude de tout vendeur de marchandises: réclamer la juste valeur de sa marchandise, refuser de vendre, suspendre la livraison des valeurs d'usage, etc. Et évidemment, en contre partie de ces droits, correspondent ceux de l'acheteur: la liberté du travail qui signifie chômage, lock-out, les jaunes briseurs de grèves, ... Avec cette liberté, comme avec les autres, ceux qui en ressortent encore plus exploités, plus asservis, le cuir tanné par des années d'esclavage salarié, ce sont les ouvriers.

Et quand se réalise une véritable grève qui se passe de tout droit, où les intérêts bourgeois sont vraiment attaqués, il n'y a pas de droits qui jouent: tout de suite, les grévistes sont accusés d'agents provocateurs, de voyous, d'agents de l'extérieur, la réelle grève de classe est déclarée illé­gale, sauvage, antisyndicale, ... ce qu'elle est en réalité! Consciemment ou non, toute lutte de classe se situe contre la légalité du règne de la marchandise et pour sa destruction. Et pour cela, elle ne peut accepter ni moutons, ni jaunes, ni liberté de travail, ni droit de grève, ni conventions syndicales. Sur le terrain de l'affrontement au capital qui passe toujours par l'action directe contre les syndicalistes au service du patronat, les ouvriers n'ont aucun droit qui garantisse quoi que ce soit. Il faut être naïf ou aveugle pour croire que la légalisation de la grève opérée non par nous, mais par nos ennemis de classe, offre une seule garantie pour la gagner ou pour nous protéger contre la répression étatique. Au contraire, la légalisation de la de grève est une tentative de la bourgeoisie d’amenuir la force de classe de la grève.

Un autre exemple est celui de “l'amnistie pour les prisonniers politi­ques” que réclame Amnesty, de concert avec les pacifistes de tous bords, les trotskistes, les sociaux‑démocrates et les gouvernements. “Amnistie pour les prisonniers politiques” répètent en chœur les staliniens, les démocrates, les curés, les humanistes, ces partis de l'un ou l'autre camp impérialiste, à condition qu'ils aient été fait prisonniers par l’état du camp adverse.

Chaque Etat s'arrange bien pour garder ses propres prisonniers tout en dénonçant, au nom des droits de l'homme, ceux de ses voisins. De plus, à l'heure où les conventions internationales telles que l'espace judiciaire européen relèguent systématiquement au rang de délits de “droit commun” tous les actes de violence prolétarienne, ces humanistes de gauche se targuent de ne s'occuper que des prisonniers “politiques”. Et le summum de leurs campagnes, c'est que tous, les comités d'exilés chiliens, argentins, uruguayens ou Salvadoriens, les groupes de soutien à la RAF, à l'IRA... se fixent comme but de recueillir la signature de l'humaniste social‑démocratie dont l'allemande qui ne retient que fort peu de prisonniers politiques, .... puisqu'elle les a déjà éliminés un à un ! Et comme dans les guerres impérialistes, chaque Etat est prêt à négocier un peu de chair humaine contre des investissements ou des camions, ... ils échangent des espions russes contre des sionistes, etc. Et dans tous ces répugnants trafics de viande humaine, la bourgeoisie mêle habilement tous les prisonniers, y noyant, camouflant les prisonniers ouvriers nos camarades qui sont tombés en combattant l'Etat bourgeois, quelles que soient ses couleurs. Et ils nous parlent “ d'amnistie ”. Si une junte tombe, si un président change, il y a alors “une grande amnistie générale”, si tel ou tel autre parti gagne, il octroiera une large “amnistie populaire”. Et ils prétendent que le meilleur moyen de se solidariser avec nos prisonniers serait de collecter des signatures de démocrates, de collaborer avec les campagnes par chèques et télégrammes que réalisent Amnesty, les partis, les gou­vernements respectueux des droits de l'homme, etc.

Nous savons que toute cette confusion se trouve diamétralement opposée à la solidarité qu'attendent et qu'exigent de nous les camarades emprisonnés, que l'unique solidarité qui existe est la solidarité de classe et que celle‑ci ne passe pas par des discours humanitaires et ne se joue pas sur l'échiquier des droits de l'homme du côté des Etats‑Unis, de l'URSS ou de Cuba, qu'elle ne s'obtient pas avec des lettres de protestation envoyées aux tortionnaires pour qu'ils torturent un peu moins, mais par contre, qu'elle passe par la lutte contre la bourgeoisie de chaque pays. Seule l'action directe de la classe ouvrière avec tous les moyens qui lui sont propres: grèves, occupations, sabotage de la production et de l'ensemble de l'économie de chaque nation,... nous rendra capables d'imposer un rapport de forces, qui n'a rien à voir avec la revendication d'un droit ou d'une grâce, pour non seulement arracher les actuels prisonniers ouvriers des griffes de l'Etat, mais aussi, pour établir les bases organisatives de son propre pouvoir de classe, de sa propre dictature qui balaiera de l'histoire tous les Etats et tous les prisonniers. Comme les autres droits et libertés, l'amnistie parlementaire ou gouvernementale n'a rien à voir avec la lutte ouvrière pour arracher des camarades des cachots, parce que, tant que se maintient le système d'exploitation, d’oppression et de misère capitalistes, il y aura toujours des prisonniers et particulièrement des prisonniers ouvriers. Il ne faut pas seulement affirmer que contre la prison  et la torture aucune garantie de droit et de liberté existe, mais il faut encore savoir que l'utilisation de la prison et de la torture se fera toujours au nom de la défense des droits et libertés. De la même façon que sous le capitalisme, tout ouvrier est potentiellement un chômeur, tout prolétaire qui n'accepte pas l'ensemble des règles du jeu du citoyen ‑ droit, devoir et liberté ‑ est potentiellement un prisonnier. La répression physique ouverte, la torture, ou l'assassinat ne sont que l'application de la démocratie.

De plus, la signification même de l'amnistie implique le pardon cher à tous les curés du monde. Cela veut dire que les personnes graciées sont excusées, sont pardonnées des actions qu'elles avaient menées et qu'en corollaire à ce pardon, les accusés d'hier renient les actes pour lesquels ils avaient été condamnés, ou au moins, qu'ils expriment que ces actes valables hier, ne le sont plus aujourd'hui ... ! Ainsi l'amnistie permet après coup, au nom du “pardon chrétien”, la récupération d'actions qui si à l'origine attaquaient l'Etat bourgeois, deviennent avec le temps ou avec le changement d'une faction bourgeoise au gouvernement, des actions “ certes exagérées mais compréhensibles dans le cadre de la lutte contre la dictature... ” (cf. tous les beaux discours des avocats démocrates).

Un bon exemple de ce processus est l'amnistie accordée dernièrement par “la jeune démocratie espagnole”. Celle‑ci grâcia quelques “militants antifascistes ” pour surtout cacher le fait que de nombreux ouvriers emprisonnés luttaient à la. fois contre Franco et contre ses cousins antifascistes : contre là globalité de l’Etat bourgeois.

Certains de ces “ anarchistes ”, de ces “incontrôlés”, sont toujours dans les geôles “ redevenues” démocratiques (cf. “ Appels de la prison de Ségovie” par la coordination des groupes autonomes d'Espagne, éditions  Champ Libre).

Pour nous, par contre, la libération de nos frères de classe emprisonnés se fait par la revendication de leurs actions héroïques. Nous n'attendons ni grâce ni pitié d'une classe qui démontre quotidiennement qu'elle ne s'embarrasse pas de monceaux de cadavres d’ouvriers pour faire avancer sa civilisation. Nous savons que seul notre force organisée et armée peut faire sortir nos camarades des geôles fascistes comme de celles antifascistes. Et cela justement parce que notre force s'inscrit en parfaite continuité avec les actions pour lesquelles nos camarades sont tombés. C'est. pourquoi, non seulement nous ne revendiquons  pas l'amnistie pour nos camarades, mais au contraire, nous revendiquons ce pour quoi ils ont été réprimés ! Karl Marx défendait déjà cette position lorsqu'il répondait à ses juges: “ Nous ne demandons ni excuses, ni pitié; n'en attendez pas non plus de nous demain! ”.

Vis‑à‑vis du capital, tous les prolétaires sont subversifs.  Le fait même de “ ne pas se soumettre ” à son emprise ou de lutter pour  sa destruction. C'est pourquoi, avec toutes les victimes du capital “ politiques ” ou de “ droit commun ”, … nous crions : “ Nous sommes tous subversifs ! ! ”. Nous sommes tous coupables de vouloir détruire ce monde inhumain.

Pour tout cela, la position des communistes face aux libertés d’association, de presse, de grève, de réunion, l’amnistie, … face à toute la légalité, est d’affirmer sans aucune ambiguïté que l’organisation du prolétariat n’est basée sur aucun droit, sur aucune loi, sur aucune liberté, … concédé par son ennemi ; mais se base, par contre, nécessairement sur le terrain illégal, celui de l’organisation révolutionnaire pour la destruction de l’esclavage salarié. Comme le disait Marx : “ Nous ne l’avons jamais dissimulé : le terrain sur lequel on agit n’est pas le terrain légal, mais le terrain révolutionnaire ”.

Cela ne signifie pas qu’on abandonne  une grève parce qu’elle est déclarée légale, qu’on ne diffuse pas ou qu’on ne publie pas la presse révolutionnaire parce qu’elle circule légalement à telle époque, dans tel pays, ou qu’on refuse de sortir de prison parce qu’un juge ou Amnesty nous donne la liberté. Cela reviendrait à se placer antithétiquement sur le même terrain que le légalisme !

Il ne faut pas non plus identifier illégalité avec clandestinité. Toute véritable grève ouvrière est illégale mais n’est pas clandestine même s’il y a des préparatifs clandestins. L’organisation des ouvriers dans des associations classistes : conseils révolutionnaires, soviets, … se situe entièrement sur le terrain de l’illégalité (indépendamment du fait que les gouvernements tentent de la légaliser), mais elle développe un ensemble d’activités publiques et non clandestines. Le meilleur exemple en est la destruction de l’armée bourgeoise par le prolétariat. Quand les soldats s’unifient avec le reste de la classe ouvrière, grâce à un long travail communiste d’action et de propagande clandestines, commencent à utiliser leurs armes contre les officiers, à détruire l’armée bourgeoise, ils ne le font pas nécessairement d’une façon clandestine, mais ouvertement. Cependant, c’est l’acte le plus illégal que l’on puisse imaginer.

Se placer sur le terrain de l’illégalité implique donc assumer la totalité des tâches indépendamment des droits et libertés démocratiques, ce qui signifie bien comprendre que toutes ces libertés et droits sont des décisions de l’ennemi et que comme telles elles ne peuvent être autre chose qu’une tactique de la bourgeoisie pour nous combattre.

 CORRELATION DES FORCES ENTRE LES CLASSES ET FORMALISATION JURIDIQUE D’UNE SITUATION DE FAIT INEVITABLE

Ecoutons encore une fois les avocats du capital : “ Nous sommes des marxistes et nous savons très bien que tous ces droits sont des droits démocratiques bourgeois, mais la bourgeoisie est incapable de les accorder ou de les maintenir, on doit donc les imposer et les arracher ” et d’appeler à “ lutter aujourd’hui pour le droit de grève, l’assemblée constituante, l’amnistie des prisonniers politiques, la liberté de réunion, les élections libres, la liberté de presse, etc. ” A cela quelques uns ajouteront : “ qu’ils faut maintenir l’autonomie de la classe ouvrière ( ! ?) pour réaliser la révolution permanente ” et les autres : “ qu’il s’agit seulement d’une étape ”.

Où a-t-on vu une classe qui puisse maintenir son autonomie, ce qui veut dire, si on ne joue pas avec les mots, lutter pour ses propres intérêts de classe, tout en luttant précisément pour la purification de l’Etat démocratique, pour les intérêts de son ennemi de classe ? Cette question n’a pas de réponse de la part des “ marxistes ” trotskistes et autres staliniens. Selon leur vision démocratique de l’histoire le prolétariat ne serait plus la première classe de l‘histoire à  être en même temps opprimée et à avoir la capacité d ‘être révolutionnaire, mais serait par contre en même temps que classe dominée la classe la moins autonome et la plus servile de toute l’histoire. Alors que dans leurs révoltes passées, les esclaves attaquaient l’esclavage et les esclavagistes, les serfs attaquaient toutes les institutions médiévales, l’Eglise et les seigneurs, d’après ces “ marxistes ”, le prolétariat devrait quant à lui d’abord lutter pour des objectifs bourgeois, avec des méthodes bourgeoises pour, par la suite ( ? !) préparer sa propre révolution ! ! !

Mais quelle est la relation qui existe entre une avance ouvrière, des forces défavorables pour la bourgeoisie et la concession de tel droit ou de telle liberté ? Prenons un exemple : la situation en Argentine en 1973. Durant des années, d’énormes et glorieuses luttes ouvrières ont arraché les prisonniers des prisons . Au même moment, les péronistes “ bureaucratiques ” et “ antibureacratiques ”, les trotsko-morénistes du PST appelaient les ouvriers à attendre les décrets d’amnistie dont personne ne  connaissait encore la validité générale ou non, s’ils inclueraient ou non la libération de ceux qui commirent de “ graves délits ”. La lutte ouvrière a vidé Villa Devoto* et a permis la réintégration de beaucoup de camarades dans l’inébranlable lutte du prolétariat. Comment interpréter les faits ? Pour les partis bourgeois classiques, la sortie des prisonniers est toujours une conséquence de ce qu’ils décrètent légalement ; pour les partis bourgeois autoproclamés ouvriers, c’est l’opposé : les décrets d’amnistie sont la grande victoire ouvrière. Ces deux types de partis de l’ordre sont d’accord pour caractériser comme fondamentale la formalisation juridique. Il existe bien une différence entre ces deux tendances, mais il s’agit de tendances d’une même classe : la bourgeoisie. Les désaccords portent seulement sur le choix des voies à prendre pour mieux liquider et récupérer le mouvement ouvrier, pour intégrer démocratiquement et justifier juridiquement la situation.

Mais pour tous les communistes révolutionnaires, au contraire, la victoire obtenue par la classe ne consiste pas à obtenir des décrets, mais s’exprime dans la fortification organisative de la classe, dans l’affirmation pratique de son autonomie et dans le fait que les prisonniers rejoignent leurs frères de classe dans la rue.

*Grand centre pénitencier

Et l'amnistie? Dénonçons-la  pour ce qu'elle est: une manœuvre juridique de la bourgeoisie qui tente d'intégrer dans la légalité, dans l'Etat démocratique, ce qui se passe dans la rue et qu'elle ne peut éviter. Son objectif est évident: transformer un rapport de force conjoncturellement favorable à son ennemi historique  en son contraire en reprenant les rênes de la situation. La formalisation juridique permet de  déguiser la sortie des prisonniers en amnistie (la gauche et la droite apportent  les costumes pour l'occasion), de cacher derrière la liberté des citoyens tout ce qui peut sembler sympathique à l'ensemble des ouvriers.

Entre le droit de presse et l'existence de la presse ouvrière autonome, il existait la même opposition. Indépendamment des cas plus généraux déjà analysés où la liberté de presse  garantit la liberté d'entreprise et où l'aspect financier est prédominant, dans certaines circonstances la liberté de presse peut englober la presse ouvrière tant que celle-ci n'a pas d’impact et par ce qu'en la laissant circuler légalement, la bourgeoisie vise à la contrôler.

Mais dans une société où tout ce qui se vend est marchandise, où tout tend à se diluer dans le monde de l'échange, de l'argent, de la consommation, il ne faut pas se faire d’illusion, sur ce terrain, la presse ouvrière ne pourra jamais se développer.

La même chose se produit avec le droit de grève. Laissons le cas déjà analysé de la grève qui n'attaque pas le taux de profit de la bourgeoisie. La grève est seulement reconnue légalement lorsque la bourgeoisie prise dans un rapport de force qui lui est défavorable n'a d'autre solution pour tenter de briser la grève que de la légaliser. Les deux cas apparaissent indissociablement unis dans la pratique, mais dans aucun cas, la légalisation n'apporte quoi que ce soit de nouveau au prolétariat en lutte. Sa force est seulement sa force organisée et consciente, c'est tout ce dont dispose le prolétariat avant et après la légalisation.

Encore une question à laquelle les “marxistes” ne pourront répondre: si ce n'est pas pour ces deux raisons: un rapport de force qui lui est défavorable, une tentative de briser la lutte en l’isolant des grèves sauvages, pourquoi la bourgeoisie octroierait-elle un droit, non au citoyen anonyme, mais à son ennemi historique, le prolétariat? Et les questions sans réponse pourraient se suivre à l'infini...

S'il était vrai que le fonctionnement de l'ensemble des droits et des libertés favorisait la révolution, pourquoi dans les pays à longue tradition démocratique, comme par exemple aux Etats-Unis, ne s'est-il pas produit une insurrection ouvrière digne de ce nom? Comment a-t-il été possible que la crise révolutionnaire se développe dans un pays comme la Russie qui ne connaissait que le tsarisme “antidémocratique” pendant des siècles et la “démocratie” que pendant quelques mois? Et comment se fait-il en plus que l'insurrection d'octobre se soit justement déclenchée contre le régime le plus “démocratique” de toute l'histoire de la Russie, celui du social- démocrate Kerensky ? Sur quels droits et quelles libertés les ouvriers du pétrole et les autres se basaient-ils pour défendre leurs grèves et leur lutte en 1978, 1979 en Iran? Nous pourrions de la même manière demander à tous les apologistes sans fard des grèves  en Pologne ce que la reconnaissance du syndicat “Solidarité” a apporté à l'extension/généralisation du mouvement, et plus particulièrement si cette reconnaissance/légalisation n'est pas justement intervenue à un moment de recul de la lutte (accord de Gdansk, septembre/octobre 1980) pour tenter de récupérer le mouvement, de l’étouffer définitivement, en le détournant de ses objectifs anticapitalistes et donc internationalistes et autonomes, pour l’orienter vers la réforme/démocratisation du système d'exploitation, sous la bénédiction conjuguée du pape et de Brejnev. (Pour l'analyse des grèves en Pologne, nous renvoyons nos lecteurs aux articles parus dans Le Communiste numéros 7 et 8).

Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas réclamer le droit à l’insurrection ?

En réalité, il ne s’agit pas que de questions sans réponse, mais d’intérêts matériels de classe antagoniques à ceux de la classe ouvrière. Et il est absolument normal que la bourgeoisie démocratique de droite ou de gauche essaie d’imposer ses droits de l’homme et du citoyen et confonde sciemment l’amnistie et la libération des prisonniers, le droit de grève et la grève, le droit de presse et l’existence de la presse ouvrière. L’axe centrale de toute la mystification consiste à considérer la formalisation juridique (liberté ou droit) comme la victoire ouvrière, alors qu’elle n’est en réalité qu’une arme de la bourgeoisie.

DEUX FACONS D’INTERPRETER L’HISTOIRE

Pour se reproduire, la contre-révolution a interprété l’histoire à son gré. Pour cette raison, chaque fois que nous clamons quatre ou cinq vérités, elle essaie de nous faire taire en nous disant qu’on méconnaît l’histoire, que la classe ouvrière a mené une longue lutte pour obtenir le suffrage universel, le droit syndical, … Tous les partis pseudo- ouvriers réduisent l’histoire des luttes ouvrières à la conquête des droits démocratiques, ce qui leur permet à chaque coup de justifier leur pratique passée, présente et à venir.

Ces lèches-culs du pouvoir utilisent comme méthode “ d’interprétation ”, en fait de révision et de falsification, non les antagonismes de classes et les intérêts spécifiques de la classe ouvrière en lutte, mais ce que les masses encore soumises à l’idéologie bourgeoise inscrivent sur leur drapeau à chaque moment. Entre l’interprétation des partis pseudo- ouvriers et la position communiste, il y a un abîme de classe. Toutes les racailles démocrates visent à prouver que les combats prolétariens ont chaque fois plus rapproché les ouvriers du règne de la démocratie pure et par là, ils falsifient l’histoire de notre classe et tuent une seconde fois les milliers de cadavres d’ouvriers massacrés démocratiquement ! Ainsi, ils essaient de justifier leur fonction de  “ représentants ” dans les appareils du pouvoir bourgeois (parlement, gouvernement, armée, …) Mais toutes leurs “ interprétations ” s’effondrent si l’on replace les problèmes sur leurs véritables bases : les intérêts immédiats et historiques du prolétariat irrémédiablement opposés à ceux bornés de la bourgeoisie . Les combats ouvriers sont en effet incompréhensibles si on ne les replace pas chaque fois en continuité avec leur passé et avec leur but historique ; l’abolition de la société de classes, quelle que soit la conscience momentanée des prolétaires qui vivent ces luttes. “  Peu importe ce que tel ou tel prolétaire ou même ce que le prolétariat tout entier s’imagine être son but, momentanément. Ce qui importe, c’est ce qu’il est réellement et historiquement contraint de faire conformément à son être” (Marx). Ce qui nous intéresse dans l’histoire des combats ouvriers, ce n’est pas tel ou tel drapeau encore confus qui flotte sur la lutte, mais les gigantesques efforts que fait chaque lutte pour s’organiser et affronter la totalité de la bourgeoisie.

Il est donc tout à fait logique que pendant que les pseudo-marxistes considèrent le suffrage universel comme une conquête ouvrière, nous considérions que toute réforme de l’Etat est une tentative de perfectionner les méthodes de domination capitaliste conte la classe ouvrière. La véritable conquête ouvrière est l’expérience de sa lutte, son exemple pour le prolétariat mondial, son autonomie et son organisation croissantes à travers l’histoire.

Les seuls acquis des luttes sont donc les leçons politiques que des minorités d’ouvriers peuvent tirer des ces événements, les théoriser pour peu à peu comprendre qui sont les ennemis du prolétariat, indépendamment de la couleur dont ils revêtent leurs intentions. Et c’est uniquement grâce à cette “mémoire ouvrière” mise en action dans les luttes par la minorité communiste  que le mouvement parvient à ne pas  chaque fois refaire les mêmes erreurs et à aller de l’avant. Par contre, l'interprétation de l'histoire basée sur les conquêtes démocratiques successives des “ ouvriers ” conduit inévitablement les apôtres de cette vision au parlement et aux ministères. Tout cela ne doit pas nous étonner ! Il ne faut pas oublier que la classe capitaliste est la première classe dominante de l'Histoire où les privilèges de sang ne jouent pas un rôle déterminant même s'ils ne sont pas négligeables. C'est pourquoi, tout individu citoyen, même “ouvrier” est peut-être amené, en fonction de ses capacités, du point de vue bourgeois, à accéder à cette classe : c'est la promotion sociale ! Le mécanisme démocratique permet ainsi de recruter les meilleurs éléments pour la gestion du capital et donc d’incorporer à la classe dominante des individus d'origine ouvrière qui, du fait de cette origine, ont une plus grande capacité à contrôler les mouvements ouvriers. Nous pouvons citer comme exemple de ce processus, l'ouvrier Noske devenu ministre et massacreur en chef de l'insurrection de Berlin en 1919, responsable de l'assassinat de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Leo Jogiches,... et de milliers d'autres ouvriers révolutionnaires. C'est la voie qui a non seulement permis à tel ou tel ouvrier d'arriver à un poste d’oppression de ses ex- frères de classe, mais qui a carrément abouti à ce que des partis ouvriers  entiers aient été cooptés par le capital pour consolider sa gestion (cf. les partis de la Deuxième Internationale). Il n'y a donc rien d’étonnant à ce que ces partis interprètent l'histoire du mouvement ouvrier comme un ensemble de réformes triomphales vers le parlementarisme et la démocratie.

En synthèse, nous dirons que les deux façons d’interpréter l'histoire correspondent aux intérêts de deux classes antagoniques de la société : soit à la lutte du prolétariat pour la révolution communiste, soit à la défense bourgeoise de la démocratique dictature du capital.

ہ quoi aspirent les pseudo- marxistes ?

Laissons maintenant de côté  les postes parlementaires, les ministères, la participation à la propriété et à la gestion du capital à partir des gouvernements, des syndicats, des directions de société,... intéressons-nous à la question suivante : à quelle “classe ouvrière” aspire  la gauche du capital, quel serait le résultat de ses mots d'ordre, quelle situation sociale vise-t-elle à imposer ?

Accepter leur consigne implique mener les grèves ouvrières pour la défense du droit syndical, liberté de réunion, la défense du droit de grève et d'autres libertés, s'associer au nom du droit d'association (avec eux et sous leur direction), parler au nom du droit à la parole, ou du droit d'expression de la “libre pensée”, voter pour les députés “ouvriers” au nom du “parlementarisme ouvrier” ou pour défendre le droit de vote, le suffrage universel ; et pourquoi n’irions-nous pas en prison au nom du droit des prisonniers et de l'amnistie, ne risquerions-nous pas notre peau au nom du droit sacré de l'homme et du citoyen ? Exagérions-nous ? Pas du tout : combien d’ouvriers qui les ont crus ne sont-ils pas morts ou allés en prison pour avoir écrit sur un mur le mot d'ordre de leur propre soumission : “Vive la démocratie, à bas la dictature ! ” ? L'objectif est évident : arracher la classe ouvrière de son terrain de classe, faire pourrir et dévier vers la  défense de la démocratie tout ce que la classe ouvrière tente de réaliser : grèves, réunions, presses, discussions,... sa dictature de classe pour l’abolition du travail salarié. Si elle atteint cet objectif, la bourgeoisie assurerait dans le détail le contrôle de son système de domination et c'est ce qui s'est effectivement passé historiquement. Chaque fraction de la bourgeoisie trop “ usée ” par l’exercice du pouvoir aime bien souffler quelques temps grâce à une formule de rechange qui lui permet de se recrédibiliser : la cure d’opposition. La droite, loin d’avoir le monopole de la répression, pourrait ainsi tuer, réprimer les grèves ouvrières, emprisonner des prolétaires, … tandis que la gauche aurait réussi  à canaliser tout le mécontentement vers la défense des droits de l’homme et des libertés démocratiques. Nous pouvons même imaginer un moment où il ne viendrait même plus à l’idée des ouvriers de faire grève pour leur “ intérêts matériels mesquins ”, où il n’y aurait plus aucun groupe “ d’enragés ” qui aurait la “ maléfique ” idée  de lutter contre la démocratie et encore moins de préparer l’insurrection. La gauche aurait alors apporté sa “ très estimable ” contribution à la construction du paradis terrestre de la démocratie pure dont rêve tous les bourgeois, en réussissant à “ convaincre ” les ouvriers que le but de leurs luttes est l’obtention des droits démocratiques. Mais comme naturellement, pour “ convaincre ” ces prolétaires, les mots ne suffisent pas toujours, la gauche aura d’autres moyens. Pour défendre la démocratie “ tous les moyens sont bons ”… ! Et de voir ainsi nos humanistes de gauche pratiquer l’assassinat bien entendu uniquement contre les “ provocateurs ”, les agents de l’extérieur… ou de la CIA . La gauche a dans le domaine de la répression anti- ouvrière une aussi grande expérience que la droite ! Aucune fraction de la bourgeoisie n’a le privilège de la répression, toutes assument, en période de crise, le cannibalisme de la contre-révolution.

Cependant, ce paradis terrestre bourgeois ne peut pas durer éternellement même avec le concours de la gauche. On accusait Lenine d’être un espion allemand, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht ont été assassinés par des socialistes au nom de la défense de la démocratie,  la torture sous le régime d’Allende était aussi férocement organisés par des socialistes au nom du gouvernement des travailleurs et de la sacro-sainte liberté que sous le règne de Pinochet. Mais  ce que tous ces bourgeois ne peuvent ni ne pourront jamais éviter, c’est que des “ têtes brûlées ”, des “ ingrats à la nation ”, des “ anarchistes ” continuent à resurgir chaque fois avec plus de force, en détruisant toutes les illusions démocratiques. Et nous, prolétaires, nous n’accepterons plus de faire “ grève ” pour tel ou tel droit, nous ne ferons grève que pour nos propres intérêts matériels, inséparables des intérêts historiques de notre classe, nous lutterons pour arracher nos camarades prisonniers des griffes de l’Etat capitaliste, mais cela ne signifie à aucun instant, pour nous, faire des concessions avec le parlementarisme ou participer aux campagnes d’amnistie.

Les pseudo-marxistes, dans leur lutte pour la purification de la démocratie, n’aspirent qu’à la soumission totale de la classe ouvrière, autrement dit à sa disparition, son atomisation en bons citoyens ou bourgeois (citoyen habitant de la cité, du bourg = bourgeois).

LES DROITS DEMOCRATIQUES NE SONT JAMAIS UNE VICTOIRE OUVRIERE, MAIS SONT TOUJOURS UNE ARME DE LA BOURGEOISIE

Tout au long de ce texte, nous avons considéré de manière distincte, pour des motifs d’exposition, les différents aspects des droits et libertés démocratiques qui, en réalité, se combinent :

A) la démocratie pure, l’idéologie du capital où il n’existe pas de tentative d’organisation classiste, mais seulement des citoyens.

B) pratiquement, la tendance à la purification de la démocratie réelle qui se concrétise historiquement par l’atomisation du prolétariat en citoyens,  lorsque gauche et droite  les font lutter pour la défense des droits et libertés, et par le terrorisme étatique exécuté dans le cadre strict de la démocratie contre ceux qui la violent: toute organisation de la classe porte atteinte à la démocratie.

C) la formalisation juridique des droits et libertés d'une situation de fait inévitable.

D) cette formalisation tendant à renverser le rapport de force en faveur de la bourgeoisie.

Il était évident qu'aucun de ses aspects n’est favorable au prolétariat et que tous sont inséparables: étant donné que le cadre de références (A) peut seulement se concrétiser par une situation de relative stabilité démocratico- terroriste (B) et que des grèves sauvages sont trop nombreuses, que des pamphlet et autres feuillets subversifs sont incontrôlables, que les périodiques ouvriers circulent dans le prolétariat comme poisson dans l'eau ; la bourgeoisie a besoin de légaliser la situation (C). Elle autorise donc quelques publications, elle relâche quelques prisonniers qui n'ont pas commis de “ délit de droit commun ou graves”, elle légalise quelques grèves,... il est évident qu'elle vise à briser (D) l'unité des “ agents provocateurs du désordre ”, de ceux “ qui ne respectent pas la démocratie ” (ce qui est vrai) et ne trouvera pas d'autre solution que de les tuer: “maintenant que l'on permet des grèves, il faut être très sévère avec ceux qui ne respectent pas le droit au travail et qui, en continuant à mener des grèves sauvages, ne tiennent même pas compte des intérêts de la nation ”  (ce qui est vrai), etc.. Quant aux autres, elle essaiera de les amadouer avec des miettes “en accord avec les intérêts de la nation” (ce qui est vrai): le droit de “grèves”, “d'expression”, le droit des travailleurs “à la dignité nationale”! Combien de fois n’a-t-on pas vécu cette situation!!!

Chaque fois que la bourgeoisie se trouve confrontée à une situation complexe très lointaine de son paradis démocratique (A), elle formalise juridiquement certaines situations de fait (C), ce qui constitue une arme décisive (D) pour obtenir au moins une situation de démocratie normalisée (B). Dans cette démocratie recomposée (même si elle est pourrie depuis longtemps), les démocrates libéraux, les syndicalistes, les staliniens, les trotskistes, et les maoïstes, les socialistes, pourront encore se  congratuler dans les couloirs du parlement et des chambres de conciliation: “les droits de l'homme et du citoyen ont été sauvés,... les ouvriers rentrent normalement au travail et bientôt ils pourront exercer leurs droits civiques!”

Il ne faut pas arrivé à une situation de crise politique totale de la bourgeoisie pour constater l’articulation de tous ces éléments. Cependant, c'est dans ces conditions extrêmes que se pose avec acuité pour le prolétariat l’alternative: ou accepter la démocratie et le désastre contre-révolutionnaire est inévitable - des exemples historiques foisonnent -, ou balayer la démocratie - de cela il n'existe qu'un seul exemple historique limité: celui de l'insurrection d'octobre 1917 en Russie -!


CE10/11.2 Contre le mythe de droits et libertés démocratiques