France : AUCUN SOUTIEN AU GOUVERNEMENT CAPITALISTE !

 Depuis Juin 1981, la France vit à l'heure du “renouveau socialiste”. Le PS dispose d'un président, d'une majorité absolue au Parlement et de l'appui inconditionnel du PCF. Voilà donc rééditée, dans la forme tout au moins, l'expérience du Front populaire de 1936.

En réalité, les conditions sont très différentes. Si en 1936, la gauche se hissait au gouvernement pour endiguer une vague de luttes ouvrières qu'elle ne parvenait plus à contenir autrement, aujourd'hui ce n'est pas le cas. Après Longwy- Denain (liquidé le 23 mars 1979 par une manœuvre syndicale d'extension- bidon), après la fin de la grève des loyers dans les foyers sonacotra, aucune lutte prolétarienne significative n'est venue troubler la paix sociale en France. Le bloc de gauche ne vient donc pas au gouvernement pour réaliser sa fonction historique: arrêter un mouvement révolutionnaire par de profondes réformes sociales, par de réelles  concessions temporaires, pour déchaîner ensuite la répression anti - ouvrière et ouvrir le chemin aux massacreurs de “droite” (Cfr. Allemagne 1918- 1933, Espagne 1936- 1937, etc..).

La fonction du nouveau gouvernement de gauche est  plus prosaïque: restructurer les mécanismes économiques et politiques du capital français afin de préserver, sinon d'améliorer, sa position  concurrentielle sur le marché mondial (grâce aux nationalisations, à l'emballage de la politique impérialiste dans l’habit démocratique du “droit des peuples  à disposer d'eux-  mêmes”, etc..). Par une contradiction qui n’est qu’apparente, c'est la passivité actuelle de la classe ouvrière en France qui permet  l'opération Mitterrand. La bourgeoisie escompte prendre de vitesse la reprise prolétarienne future par un renforcement substantiel de tout son système de “concertation sociale”, “d'arbitrages collectif”, et de “discussion permanente”. Comme le dit si bien le patron de l'actuel syndicat gouvernemental (la CFDT d’Edmond Maire): “Il faut obtenir le dialogue dans l'entreprise en instituant l'obligation de négocier”, et au niveau général “progresser par la négociation plutôt que par la loi”. Instituer l'ouverture de discussions tous azimuts, tel est donc le maître mot du socialisme à la sauce Mitterrand. Là où son prédécesseur ne pensait qu'à guérir  par des doses massive de flics, le nouveau président  songe avant tout à prévenir par la distribution massive d’opium démocratique (1).

(1) A cet égard, très significative est la création du ministère de la solidarité nationale, qu’on aurait tort de prendre pour un “gadget”, puisqu'il est notamment chargé d’impulsé la répartition “équitable” des sacrifices entre tous les prolétaires et de faciliter l'unité d'action du gouvernement, des patrons et des syndicats!

Que peuvent attendre les prolétaires d'un gouvernement qui se place d'emblée sous le triple signe de la démocratie, du nationalisme et de la réforme sociale? Deux mois de gestion Mitterrand - Mauroys suffisent à montrer quel genre de “victoire ouvrière” guette le prolétariat:

1. en matière de prix :

Le gouvernement a promis d’enrayer l'inflation. Mais l’espace d’un été, les loyers ont augmenté de 30 à 110%, les tarifs publics de plus de 10% en moyenne ; la baguette a été portée à 2 FF, l'essence à 4,15 FF, etc. Lors de la campagne électorale, les PS - PC promettaient de ramener à zéro les taux de TVA pour les produits de première nécessité ; actuellement on ne peut parler que de renforcement de cet impôt indirect!

2. en matière de pouvoir d'achat:

Comme Giscard 7 ans auparavant, Mitterrand a relevé le SMIC. Mais les 10% d'augmentation sont bien loin de compenser les 30% de dégradation réelle du salaire minimum des dernières années... Les fonctionnaires ont bien vite compris ce que signifie la hausse “socialiste” des salaires puisqu'il se sont vu directement imposer une cotisation de “solidarité avec les chômeurs”!

3. En matière de chômage:

En fait d’“arrêt de la croissance du nombre de chômeurs”, on est en train de dépasser la barre des 2 millions. 54.000 emplois seront créés cette année et un peu moins l'année prochaine. Le tandem Mitterrand- Marchais en promettait des centaines de milliers... En ce qui concerne le chômage des jeunes, le nouveau gouvernement a purement et simplement reconduit les fameux “pactes pour l'emploi des jeunes” de Raymond Barre. Ces pactes ne faisaient rien d'autre qu'institutionnaliser la précarité du travail des jeunes (engagés ou licenciés en fonction des flux et des reflux des carnets de commandes) pour des salaires inférieurs de 20 à 30% aux salaires habituels !

4. En matière de réduction de temps de travail:

Notons d'abord que les “35 heures sans perte de salaire” sont devenues un sujet d'étude! Quant au passage des 40 heures légales aux 39 heures et à la généralisation de la cinquième semaine de congé, même les syndicats sont forcés d’admettre du bout des lèvres que les patrons feront ce qu'ils veulent de la durée effective de la journée de travail. Les heures supplémentaires continuent à pouvoir être imposées en fonction des besoins de l'industrie. Intensification compensatoire de l'intensité du travail n’est ni plus ni moins contresignée par la majorité des syndicats qui s'engagent à la faire respecter!

5. en matière d’immigration:

Comment maintenir les contrôles policiers, le verrouillage des frontières instauré en 1974, tout en préservant la façade “anti- raciste” du PS au gouvernement? C'est très simple: on régularise ceux qui “font la preuve d'un emploi stable”. Pour les autres, c'est-à-dire la grande majorité des travailleurs immigrés (dans un pays qui a généralisé la précarisation de l'emploi), il n'y a rien, sinon un renforcement de la “lutte contre l'immigration clandestine”. Cette politique est d'ailleurs dans la droite ligne des solutions qu'ont toujours préconisées le PCF (les bulldozers!) et le PS, ce dernier étant soucieux avant tout de camoufler le contrôle de l'immigration sous le couvert de l’“égalité des droits” pour les travailleurs immigrés nécessaires à l'économie nationale!

Telles sont, dans les grandes lignes, les orientations “sociales” déjà prises par le bloc des gauches au gouvernement. Avec en plus la création de mille flics supplémentaires et de nouveaux commissariats dans les quartiers ouvriers, le renforcement de la gendarmerie, le maintien du temps de service militaire à sa durée actuelle, l'appui à l'installation des missiles nucléaires américains sur le sol européen, etc.., le gouvernement PS- PC illustre  sa parfaite continuité et son exacte identité sur le fond avec le gouvernement de “droite” précédent. Rien n'a changé sous le ciel de France, sinon que l’austérité, le chômage et les prisons sont maintenant baptisés “socialistes”.

Pour la classe ouvrière, l’alternative est restée la même:

- aucun soutien au gouvernement ni à l'opposition capitalistes

- lutte résolue en dehors et contre les syndicats et les partis de gauche qui, au gouvernement comme anciennement dans l'opposition,  travaillent à défendre le capital, à faire payer la crise à la classe ouvrière, a divisER et à réprimer les luttes des prolétaires!


CE10/11.1 Aucun soutient au nouveau gouvernement capitaliste