"La réalité ne pardonne pas une seule erreur théorique." Trotsky

 

Dans ce texte, nous essayons de synthétiser brièvement la trajectoire du trotskisme, exemple lumineux du glissement d'un courant opportuniste de plus en plus entraîné, par ses compromissions successives, à périr enseveli dans le marais bourgeois.

 

L'opposition ouvrière devenue par la suite «trotskiste» est née en 1926 - 1927, d'une réaction tardive à l'évident triomphe de la contre - révolution en Russie et dans le monde qui se matérialisa par l'adoption du sinistre «socialisme en un seul pays». Or, si l'opposition trotskiste s'est constituée contre cette négation grossière du programme communiste, de la révolution internationale et internationaliste, son «opposition» admettait et développera par la suite toutes les prémisses politiques du stalinisme; ce qui la conduira inéluctablement, quelques  années après, sur le même terrain que son frère «ennemi» le stalinisme: celui de la défense du capitalisme en URSS et donc dans le monde entier... celui de la participation à la boucherie impérialiste de 1939 - 1940 et de toutes celles depuis. C'est en ce sens que nous pouvons affirmer que le trotskisme n'est qu'une variante du stalinisme - d'une politique bourgeoise sous un vocable «communiste» - qui a pris une dizaine d'années (plus ou moins de 1928 à 1936) de plus pour manifester pleinement sa nature bourgeoise. Si le trotskisme a réagi «sainement» aux tactiques frontistes désastreuses de l'Internationale Communiste qui l'ont conduite à cautionner le massacre du prolétariat insurgé à Canton et à Shanghai en 1927, quelques années après, en 1936 - 1939, et dans des conditions similaires, il cautionnait le massacre du prolétariat en Espagne, prélude à la seconde guerre mondiale.

 

Pour nous, s'il est nécessaire d'analyser le passage de ce courant à la contre - révolution, c'est principalement pour nous armer aujourd'hui contre tous ses épigones avoués ou non, toutes les multiples tendances qui, sous le drapeau du «prophète», appuient «critiquement» toutes les solutions bourgeoises à la crise du capitalisme et qui se retrouvent même, dans certaines circonstances, les derniers défenseurs de l'ordre capitaliste. Comme le disait déjà clairement «Bilan» organe de la fraction italienne de la Gauche Communiste, en 1937: «Le trotskisme ne veut pas se trahir, et s'il n'a aucune continuité dans les idées, il veut au moins maintenir la continuité dans la trahison permanente des intérêts du prolétariat». «Le trotskisme est un «cadavre puant» et aucune déclaration de Trotsky ne pourra le faire revivre»!


 

Bref historique

 

Ce qui caractérise au premier abord l'opposition trotskiste, c'est qu'elle se fonde et s'exprime sur des bases radicalement différentes de toutes les autres oppositions de gauche qui luttèrent au sein de l'Internationale Communiste et du Parti Communiste russe.

 

Pendant la courte période où l ' I.C. représentait encore une partie de l'avant - garde ouvrière, Trotsky tout comme Zinoviev, Préobrajensky et autres, fut, à plusieurs reprises parmi les premiers à s'attaquer, et souvent avec les mêmes méthodes «staliniennes», aux oppositions communistes de gauche: le K A P D, la Gauche Communiste d'Italie, l'Opposition Ouvrière, la Vérité Ouvrière et le groupe ouvrier de Miasnikov. Il suffit de rappeler le commentaire de Trotsky à propos du troisième congrès en 1921 de l'Internationale Communiste, reproduit dans «Nouvelle étape» (1922): «Il y a tout lieu de croire que le K. A.. P. D. (1) tel qu'il est représenté par ses chefs actuels, aventuriers et anarchistes, ne se soumettra pas à la décision de l ' Internationale et se trouvant ainsi en dehors d'elle, essaiera probablement avec d'autres éléments «extrémistes de gauche» de former une quatrième internationale. Notre camarade Kollontaï (2) a soufflé ou cours de notre congrès, un peu dans la même petite trompette. Ce n'est un secret pour personne que notre Parti constitue pour le moment le levier de l ' Internationale Communiste. Cependant la camarade Kollontaï a présenté l'état des choses dans notre parti de telle façon qu'il pourrait sembler que les masses ouvrières, avec la camarade Kollontaï en tête, seront obligées, un mois plus tôt ou plus tard de faire une «troisième révolution» afin d'établir un «véritable» régime des soviets. Mais pourquoi une troisième et non pas une quatrième puisque la troisième révolution faite au nom d'un «véritable» régime des soviets a eu déjà lieu au mois de février à Cronstadt? (...) Il y a encore des extrémistes de gauche en Hollande. Peut-être y en a-t-il encore dans d'autres pays. Je ne sais pas s'ils ont été tous pris en considération. Toujours est-il que leur nombre n'est pas extraordinaire et c'est le péril de devenir très nombreux qui menacerait le moins la quatrième internationale, si par hasard elle était fondée.»

 

Ironies multiples de l'histoire! Un an après cet extrait digne d'anthologie, Trotsky lui-même reviendra dans «Cours Nouveau» (1923) sur tous les points touchés par les communistes de gauche, non pas pour tenter d'analyser les causes profondes de la liquidation de la dictature ouvrière en Russie, comme les communistes de gauche l'ont fait, mais pour expliquer, justifier «tout» par le manque de démocratie interne dans le Parti et l 'Etat!

 

Ce raisonnement formel occultait le nœud réel du problème: le développement massif du capitalisme en Russie dont Trotsky même fut l'un des plus grands agents. Durant les années 1930, Staline n'a fait qu'appliquer les perspectives tracées par Trotsky dans «Terrorisme et Communisme» en 1920, concernant la militarisation du travail dans les villes et les campagnes. Il suffit, pour s'en convaincre de lire «Les questions d'organisation du travail» où Trotsky se fait l'apologiste sans fard de l'augmentation de l'intensité de l'exploitation du travail humain, de l'introduction du système de Taylor et autres "vertus" capitalistes.

 

Ne voyant dans la bureaucratie qu'un mal en soi, qu'un «simple»  manque de démocratie (!), Trotsky ne parviendra jamais à cerner le réel problème: celui de la liquidation/transformation des organes de la dictature ouvrière de 1917, de son Parti et de son Etat, en des gérants, des appendices monstrueux de la dictature capitaliste qui se renforçait jour après jour sous la direction des «mêmes" bolcheviques et de Trotsky. Toute la lutte de Trotsky se situe donc dans la sphère des formes de la dictature cachant et entérinant de fait le changement de nature de cette dictature qui, de moins en moins ouvrière, devenait de plus en plus capitaliste ! Ceci se matérialisa clairement dans la préoccupation permanente chez Trotsky de voir dans l'industrialisation massive, dans la militarisation du travail , des pas vers le socialisme, et pire encore, des mesures de nature socialiste ! Ces graves erreurs rendront Trotsky incapable de comprendre la nature bourgeoise de l'Etat russe et la nature capitaliste des rapport de production.

 

Polémiquant en 1926 avec Zinoviev et Kamenev qui caractérisaient le mode de production en Russie comme "capitaliste d'Etat" , Boukharine observa que "Trotsky n'a jamais dit que notre industrie serait capitaliste d'Etat . Non, lui a reconnu que notre industrie est socialiste" (3). Toute la mythique construction du socialisme en un seul pays" à laquelle Trotsky "s'oppose" pompeusement en 1926 se trouve en fait sous- jacente dans les propos de Trotsky lui- même quant au caractère socialiste de la production "publique", opposée de manière erronée à la production "privée", car toutes deux sont privatives, c' est à dire que tant dans les entreprises "publiques" que "privées", la plus- value produite par les ouvriers est appropriée par la classe bourgeoise pour l'accumulation du capital et sa propre survie.

 

Ce qui est le plus incroyable, c'est que Trotsky se soit opposé au "socialisme en un seul pays" alors que cette position n'est que la conséquence logique et déjà comprise dans la reconnaissance d'une quelconque nature socialiste de la production en Russie. Trotsky s'est toujours fait le fervent défenseur d'une nature socialiste de la production en Russie. En 1926, il glorifie les formidables développements de l'industrie (essentiellement étatique) publiés dans le "Gosplan" comme étant la "merveilleuse musique historique du socialisme croissant ". Et Trotsky d'anticiper ainsi les hymnes délirants que les planificateurs staliniens entonneront à l'édification du "socialisme réel " , … de l'exploitation forcenée du prolétariat.

 

C'est en ce sens que Trotsky accepta toujours, de fait, la conception contre- révolutionnaire  du "socialisme en un seul pays" puisque , jusqu'à sa mort , il interprétera le développement industriel du capital comme la victoire de l'économie "socialiste" sur celle "capitaliste" . Et lorsque Trotsky prétendait lutter contre "la  renaissance du capitalisme " ainsi qu'il qualifiait la prédominance de la propriété "privée" sur celle publique", il ne luttait que contre une forme de la dictature du capital, ne comprenant pas qu'en réalité, le capitalisme ne faisait que se développer, en Russie comme partout dans le monde , de plus en plus sous une forme "impersonnelle" et juridiquement "collective". (l'Etat)

 

Trotsky, comme tous ses épigones qui font du développement de la production marchande , de l'existence de la valeur, des "acquis matériels " du "socialisme" , renie ouvertement le programme communiste qui est la destruction consciente de la production mercantile, de la valeur, l'abolition du travail salarié, la suppression définitive de la démocratie populaire, libérale ou libertaire.

 

Indubitablement, l'opposition de Trotsky, à partir de 1923, à l'entrée des communistes dans le Kuomintang (parti nationaliste chinois) et sa lutte contre la politique criminelle de l'Internationale Communiste , d'alliance avec la bourgeoisie chinoise, contre le prolétariat insurgé, matérialise une résistance ouvrière à la dégénérescence totale de l'Internationale Communiste . Mais Trotsky ne comprit jamais que la position qu'il prit dans la «Question chinoise» avait une validité générale, était et reste un principe invariant du programme communiste: le Parti Communiste est par définition anti - frontiste, son action est la négation de toute alliance avec la bourgeoisie; chaque fois que le prolétariat s'allie avec ces dernières, il disparaît en tant que classe, en tant que volonté propre et autonome, en tant que parti.

 

 

Malheureusement, l'opposition de Trotsky à la politique de l ' Internationale Communiste en Chine était l'exception - quoique déjà ambiguë - parmi ses différentes prises de positions tant antérieures que postérieures. Cette question rompait avec la continuité de ses prises de positions bourgeoises précédentes, mais Trotsky y reviendra tragiquement plus tard. Sa croyance fétiche en les quatre premiers congrès de l'internationale Communiste et plus exactement en l'interprétation que fait le quatrième congrès des trois précédents, le fit défendre sans cligner des yeux, l'entrée des communistes au gouvernement bourgeois de Saxe - Thüringe, première étape des désastres futurs! N'ayant jamais pu tirer un réel bilan de la vague révolutionnaire des années 1917 - 1923, ni des nombreuses erreurs stratégiques et tactiques de l'internationale Communiste qui renforcèrent d'autant plus la contre - révolution, c'est encore Trotsky qui, six ans plus tard, en 1933, obligea tous les groupes de l'opposition «trotskiste» à intégrer les partis bourgeois sociaux - démocrates (impitoyablement condamnés par Trotsky en 1920!) pour y pratiquer la politique suicidaire «d'entrisme» - conquête d'un cadavre de l'intérieur -!

 

La trajectoire postérieure de Trotsky et de ses amis ne fut qu'une négation chaque fois plus insolente du programme communiste, de l'expérience même de la classe ouvrière (le soutien au «Front populaire» etc.). Elle aboutit théoriquement et pratiquement où l'attendait le stalinisme: au service de la bourgeoisie et du capitalisme mondial.

 

«Pour sa trahison, Trotsky a besoin de se couvrir de toutes les plumes de son passé révolutionnaire: il doit se présenter comme le monopoliste de l'intelligence, il doit achever l ' oeuvre de Staline. Celui-ci braque le revolver contre «les pires ennemis de l'intérieur», Trotsky (4), à défaut de Guépéou, met en action toutes les ressources du dictionnaire des synonymes pour discréditer ses adversaires. Il est vrai qu'il peut ainsi résorber ses crises au sein des sections de la Quatrième Internationale (?) ainsi qu'on l'a vu par la rapide culbute effectuée par la section belge. Mais l'emploi de ces méthodes d'une part et la rapidité de certaines conversions d'autre part indiquent assez clairement que nous n'avons à faire qu'à des renégats qui sont aujourd'hui pratiquement inoffensifs pour le prolétariat puisqu'ils n'ont qu'une fonction supplémentaire de dispersion idéologique des rangs de l'avant - garde (*), alors que fascistes, démocrates et centristes s'occupent du rôle principal de la dispersion violente du prolétariat par la guerre et la terreur. Nous ne pouvons cependant exclure que demain, si jamais Staline ne pouvait plus suffire au capitalisme international par ce que discrédité parmi les masses, que Trotsky puisse offrir ses services au capitalisme international et être rappelé à mouvoir en Russie pour parachever l ' oeuvre de Staline. Est-ce pour une telle éventualité que Trotsky apprête sa nouvelle veste de renégat?» - «Un grand renégat à la plume de paon: Léon Trotsky» - bilan n° 46 janvier 1938.

(*) il est à noter que, comme nous allons le développer ensuite, la pratique trotskiste n'est et n'a pas été «inoffensive» (NDLR).

Et «Bilan» avait raison! Si Trotsky ne fut pas appelé en Russie «pour parachever l'œuvre de Staline», c'est partout dans le monde que les trotskistes suivant le pas du prophète, appuyèrent la bourgeoisie (toujours «critiquement») jusqu'à assumer totalement les tâches étatiques dans les parlements, les constituantes, les ministères, pour écraser le sang des prolétaires en lutte. Que cela soit en Espagne en 1936, au Sri Lanka et au Pérou aujourd'hui!

 

Pour nous comme pour la fraction de la Gauche Communiste «le mouvement trotskiste est tombé de l'autre côté de la barricade» par sa participation active (bien que «critique») à la guerre impérialiste en Espagne. Comme le disait «Octobre», organe du bureau international des fractions de la Gauche Communiste: «Une leçon trotskiste des événements d'Espagne» - n° 3 avril 1938.

 

«Trotsky envisage bien de riposter à la guerre civile que la bourgeoisie mène contre le prolétariat dans la zone républicaine, mais il oublie de nous dire comment. En luttant comme "les meilleurs combattants du front" ainsi qu'il  l ' expliquait aux anarchistes qui auraient trouvé dans cela la possibilité de dénoncer devant les masses les positions des traîtres ? Oui! Comment le prolétariat peut-il mener une guerre civile sans rien ébranler, sans rien détruire des fronts militaires? Enigme que Trotsky laisse aussi ténébreuse du commencement à la fin. Faut-il préconiser la fraternisation des exploités des deux fronts pour anéantir l '  Etat capitaliste en tout premier lieu? C'est ici que se trouve la ligne de démarcation entre les partisans honteux ou enthousiastes de la guerre impérialiste d'Espagne ou de Chine et les internationalistes. Trotsky et sa quatrième internationale ont choisi. Les événements d'Espagne l'ont prouvé catégoriquement. Nous aussi nous avons choisi et c'est pourquoi ce qui nous sépare, ce ne sont pas seulement des divergences mais des problèmes de classe. Les «leçons» trotskistes sont destinées à répéter l'expérience d'Espagne dans d'autres pays et leurs "avertissements" sont nettement des divagations destinées à brouiller davantage le cerveau des ouvriers qui pourraient les lire.» (5)

 

La suite de l'histoire du trotskisme n'est que la répétition incessante de cette ligne d'action au service de la barbarie capitaliste, se compromettant dans tous les conflits impérialistes, appuyant le carnage et la destruction du prolétariat. Ce soutien (critique ou non) n'est pas uniquement dû aux positions adoptées par les trotskistes, mais provient de leur participation active et systématique (plus ou moins développée selon les différentes tendances) à tous les conflits impérialistes appuyant dans ceux-ci l'impérialisme russe et recrutant les ouvriers pour les envoyer au massacre.

 

Voyons rapidement, à titre d '  exemples, les différentes positions prises par les groupes trotskistes français pendant la seconde guerre mondiale, puant le chauvinisme et appelant à la guerre entre frères de classe:

«A bas le pillage des richesses françaises» P.O.I.

«Le rôle des révolutionnaires est d'opposer dans les faits le nationalisme de la blanchisseuse à celui du bourgeois» U.C.I.

«L'avance soviétique rapproche l ' heure de la révolution socialiste en Europe» «Lutte de classe».

Plus encore, appuyant la logique de l'entrisme jusqu'à ses ultimes conclusions, le groupe C. C. I. (Comité «Communiste» «Internationaliste») entre dans les organisations créées par le régime de Vichy (pro - nazi) pour «organiser des noyaux révolutionnaires»!! (6).

 

Continuant sur cette lancée, les multiples variantes du trotskisme - posadistes, lambertistes, morenistes, pablistes, spartakistes,... - systématisent leur participation aux conflits inter - impérialistes sous couvert des «luttes de libération nationale» trouvant toujours dans les avancées de l'impérialisme russe un Etat "opprimé" à défendre. La Quatrième Internationale a ainsi à son actif le soutien à Tito, Castro, Ben Bella, Boumédienne, HoChiMin, Sékoutouré, Khomeni, Allende, Velasco Alvarado,... la défense de 23 Etats «ouvriers» dans le monde dont la Birmanie, la Guinée, Zanzibar,...

 

Nous voyons en quoi, des aberrations de Trotsky, les trotskistes ont construit une idéologie entièrement au service du capital. Et nous allons maintenant délimiter le centre des conceptions contre - révolutionnaires des trotskistes. Nous aborderons les questions de «L' Etat ouvrier dégénéré», puis de la «Révolution permanente» et enfin du fameux «Programme de transition» sur lequel s'est constituée en 1938 la Quatrième Internationale, deux ans avant l'assassinat de son chef incontesté: Léon Trotsky.

 

Brève critique de la théorie de l ' Etat "ouvrier dégénéré".

 

Nous avons déjà partiellement abordé ce point lorsque nous avons étudié les positions de l'opposition trotskiste durant les années 1920. La défense "critique " de l ' Etat "ouvrier dégénéré" en URSS et des " conquêtes matérielles" que les ouvriers auraient faites sont justifiées , par le trotskisme, sur la base d'une complète et cynique falsification / dénaturation de ce qu'est en réalité le mode de production capitaliste, de son antagonisme total avec le socialisme, de ce que sont l'Etat, les classes, etc. Marx disait que de la même manière qu'une femme ne peut pas être un peu enceinte, une société ne peut pas être un peu socialiste ! Or pour les trotskistes, en parfaite filiation avec tous les réformismes, les "Etats ouvriers" sont " un peu socialistes "!

 

Pour la critique marxiste révolutionnaire de la société capitaliste, le mode de production détermine le mode de distribution, de circulation, l'un et l'autre sont indissociables tandis que pour tous les économistes bourgeois (de Ricardo à Mandel) le mode de  distribution , la circulation pourrait être transformé sans toucher, sans remettre en question le mode de production. De même que les ouvriers du monde entier sont les seuls à pouvoir détruire la distribution capitaliste, de même ils ne pourront le faire qu'en détruisant la base même de cette distribution : les rapports de production. Pour la totalité de la bourgeoisie (trotskistes y compris) , ils existerait des "Etats" où le mode de production serait "juste" malgré une distribution "injuste" . Pour le prolétariat révolutionnaire , la production détermine l'essence de la distribution et les formes idéologique qui la justifient. Pour le trotskisme, la dite détermination ne compte plus lorsqu'il s'agit de nationaliser, d'étatiser , et il pourrait coexister "un mode de production socialiste avec un mode de distribution bourgeois", "une propriété socialiste des moyens de production avec un droit bourgeois" (?!!).

 

Pour les communistes, le mode de production capitaliste est la production généralisée de marchandises où l'autonomie et la dictature de la valeur d'échange face à son support physique, la valeur d'usage, acquiert son expression maximale. Le capital n'est pas en soi une masse de machines ou de moyens de production qui changerait de nature du fait d'être propriété d'une personne, de cent ou d'un Etat. Le capital est un rapport social spécifique et historique qui consiste dans le fait que la force de travail, en étant privée et séparée de toute propriété des moyens  de production, est une marchandise qui est obligée d'être vendue en échange d'un salaire . Cette relation sociale détermine l'antagonisme social entre producteurs et propriétaires, entre prolétariat et bourgeoisie et octroie à l'ensemble des forces productives de la société le caractère de capital: l'ensemble des objets et moyens de travail acquiert par cette relation d'exploitation le caractère de capital constant et la force de travail acquiert la forme de capital variable. Le capital est une totalité sociale de production et de circulation, de propriétaires et de producteurs non propriétaires de capital, de travailleurs salariés, d'exploiteurs et d'exploités - bourgeois et prolétaires -, de relation de production et de distribution - plus - value et salaire -, de conditions économiques pour l'expropriation du surtravail - la plus - value dans le régime du travail salarié - et l'organisation de la paix sociale, la force politique, idéologique et militaire de l ' Etat bourgeois.

 

Le socialisme et la voie qui y conduit supposent la lutte contre cette totalité qu'est le capital, pour abolir l ' Etat capitaliste, la propriété privée, la valeur, la marchandise, l'argent et le salariat.

 

Contrairement à ces fondements du marxisme, l'idéologie trotskiste est constituée à partir de la séparation et de la falsification de tous ces éléments. Pour Marx: «Le capital suppose le travail salarié et le travail salarié suppose le capital», ce qui a permis de synthétiser le programme communiste en deux formules classiques: «abolition de la propriété privée» et «abolition du travail salarié». Pour le trotskisme, la société se socialise par l'extension et la fortification du travail salarié à une masse toujours plus grande de la population (comme dans tous les «États ouvriers dégénérés») et cela, au moment où se «socialise la propriété des moyens de production». Pour le marxisme révolutionnaire, cette socialisation n'est rien d'autre qu'une socialisation privée et privative, c'est-à-dire capitaliste, qui ne détruit pas l'antagonisme des rapports et du mode de production, mais fait partie de la tendance permanente du capitalisme à socialiser la production. De plus, cette socialisation ne diminue pas, mais accroît la privation des moyens de production à laquelle sont soumis les producteurs directs, tandis qu'au pôle opposé de la société, la propriété bourgeoise des moyens de production ne disparaît pas mais, au contraire, se renforce en se centralisant. Cette socialisation qui s'affirme en même temps que le travail salarié est inhérente au capitalisme même et ne transforme en rien les rapports et le mode de production capitalistes. Au contraire, elle aiguise l'antagonisme entre le caractère chaque fois plus social de la production et le caractère toujours plus privatif des moyens de production, amenant au paroxysme la domination de la loi de la valeur, la dictature du capital.

 

Les trotskistes seraient-ils capables de démentir ce que les économistes soviétiques confessent eux-mêmes: en Russie et dans les pays de l'Est, l'économie se base strictement sur la loi de la valeur et que ces «socialismes» se caractérisent par la totale adéquation à cette loi?

 

L'affirmation de ces éléments de base du marxisme révolutionnaire détruit la totalité des stupidités trotskistes. Dans certains textes, Lénine exprima clairement la nature capitaliste de toutes les «mesures économiques» adoptées en Russie dès le début des années 1920. Trotsky par contre, affirma (comme toute la bourgeoisie mondiale) que toutes ces mesures étaient par nature socialistes... L 'ensemble de la contre - révolution considère les nationalisations, les étatisations, comme étant les preuves de la nature "socialiste" de l'économie: «Un régime qui préserve la propriété expropriée et nationalisée contre l'impérialisme, cela c'est, indépendamment des formes politiques, la dictature du prolétariat» (Trotsky - "En défense du marxisme" !!!)

 

Cette aberration, guide du trotskisme pour chercher et appuyer des «dictatures du prolétariat» (en réalité des dictatures bourgeoises contre le prolétariat) partout dans le monde est démystifiée par l'évolution même du capitalisme qui, tous les jours, des Etats- Unis au Cambodge, de la Chine à la Belgique, du Chili au Japon,... affirme sa tendance historique à centraliser et « nationaliser» étatiquement le capital, tellement systématiquement que Trotsky aurait dû reconnaître la réalisation du socialisme sur la planète entière! Engels avait déjà décrit magistralement cette tendance inhérente au capitalisme:

 

«Le mode de production capitaliste, qui a commencé par évincer des ouvriers, évince maintenant les capitalistes et, tout comme les ouvriers, il les relègue dans la population superflue, sinon dès l'abord dans l'armée industrielle de réserve. Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d ' Etat ne supprime la qualité de capital des forces productives. Pour les sociétés par actions, cela est évident. Et l ' Etat moderne n'est à son tour que l'organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste contre les empiétements venant des ouvriers comme des capitalistes isolés. L ' Etat moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste: l ' Etat des capitalistes, le capitalisme collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n'est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble.»  Engels - anti- Dühring - 1877.

 

Les conceptions foncièrement anti - communistes du trotskisme conduisent à rejeter jusqu'au dernier gramme de la conception matérialiste de la société. Les classes sociales cessent de se définir par leurs pratiques antagoniques dans la production et dans la lutte. Du trotskisme découle, par exemple, la monstrueuse invention selon laquelle appartiennent à une même classe Brejnev et un quelconque ouvrier salarié du monde (!), les producteurs privés de façon permanente de leur propre  travail et ceux qui réalisent cette expropriation, ceux qui s'opposent à l ' Etat et ceux qui le soutiennent (!!). Quant à la critique trotskiste de la bureaucratie, elle ne dénonce qu'une partie de la répression anti - ouvrière, de la distribution inégale du produit social, comme le fait toute fraction d'opposition bourgeoise appelée à participer au gouvernement des affaires capitalistes, et elle n'oublie pas de confesser qu'il n'est pas question de détruire l'Etat (parce qu'il est «ouvrier»!) ni de réaliser une révolution sociale (puisqu'elle a déjà été faite!!).

 

Le trotskisme a non seulement falsifié la conception marxiste des classes sociales, il a également falsifié celle de l ' Etat et spécialement celle de l ' Etat ouvrier (cohérence... dans la contre - révolution). Pour le marxisme, l ' Etat est le pouvoir organisé d'une classe exerçant sa dictature contre les autres classes, et la dictature du prolétariat, classe qui a les mêmes intérêts partout dans le monde et dont l'unification est une condition de sa victoire contre le capitalisme, ne peut donc se concevoir que mondialement. Mais pour le trotskisme, il y aurait des «Etats ouvriers» nationaux (!), des Etats tellement dégénérés qu'ils défendraient des intérêts nationaux (qui ne peuvent être que capitalistes) et opprimeraient des prolétaires (ce que les trotskistes admettent) tout en restant «ouvriers». Ces Etats resteraient «ouvriers» du fait qu'ils sont propriétaires des moyens de production (!). Propriété privative des moyens de production, pression coercitive sur les producteurs,… quelle est la différence avec la division en classes: bourgeoisie - prolétariat, avec la dictature du capital?

 

Dès lors, on peut comprendre avec quelles facilités les trotskistes peuvent classer dans «les problèmes du socialisme réel», le massacre des ouvriers, les camps de travail et même la guerre impérialiste entre «Etats nationaux ouvriers» comme celle entre l'URSS et la Chine ou encore entre le Vietnam et le Cambodge. Chaque fois conduits à prendre parti dans les guerres inter- impérialistes, pour la constellation impérialiste soviétique (qui, lors de la seconde guerre mondiale, se trouvait alliée à l'impérialisme américain, anglais, français,...), les trotskistes ne font que réaffirmer la nature pleinement contre - révolutionnaire de leur idéologie.

 

Non seulement les trotskistes ne comprennent pas ce qu'est le capitalisme et donc encore moins ce que sera le communisme, mais la démystification de leur idéologie contre – révolutionnaire nous permet de mettre en évidence la réelle terreur qu'ont tous les bourgeois devant la révolution communiste nécessairement violente, sociale, politique et mondiale. Le trotskisme, comme toutes les idéologies bourgeoises devra être détruit par l'action révolutionnaire du prolétariat. Comme le disait Marx: «Celui qui n'est pas avec nous est contre nous».


Brève critique de la théorie de "la révolution permanente"

 

Le créateur de cette "théorie" reprise et développée par Trotsky est un théoricien menchevik du nom de Parvus, pour qui "seuls les ouvriers peuvent accomplir un soulèvement révolutionnaire en Russie". Or, en 1905, la Russie est embrasée par un soulèvement prolétarien (principalement des ouvriers industriels mais également des ouvriers agricoles) qui ébranle très profondément la dictature capitaliste (assurée par le tsarisme). Trotsky est fortement mêlé au mouvement (il est en effet président du soviet de Pétrograd) et lorsqu'il tire le bilan de cette " répétition générale", il tente d'expliquer l'émergence d'un mouvement exclusivement ouvrier dans un pays caractérisé - à tort - de "féodal" par la "théorie de la révolution permanente" (cf.  «Bilan et perspective» écrit en 1906 et où Trotsky expose pour la première fois en détail cette théorie).

 

Dans le schéma social - démocrate, contrairement au marxisme, le capitalisme n'est pas vu comme un procès polaire (pôles de concentration) et mondial, et la Russie, malgré l'existence du prolétariat le plus concentré du monde, y est considérée à l'époque comme un pays arriéré, "sous - développé", voire féodal. Il fallait donc, selon la logique formelle, non - dialectique, y réaliser avant tout la révolution démocratique - bourgeoise, accompagnée bien entendu de tout le fatras électoral, parlementaire... et de tous les stéréotypes de la révolution bourgeoise de 1789,... marseillaise y compris. Et c'est seulement après avoir réalisé tout cela que les ouvriers pourraient penser à faire leur révolution.

 

Or, comme nous l'avons vu, les ouvriers insurgés de 1905 démolissent de fait, en luttant pour leurs intérêts autonomes de classe, les théories "classiques" de la social - démocratie qui limite l'action du prolétariat au soutien de "sa" bourgeoisie. Trotsky réforme alors ces théories social - démocrates en affirmant la nécessité, dans la révolution «bourgeoise», de combattre la bourgeoisie inconséquente. Pour lui, le prolétariat ne pourra pas se contenter d'entrer au gouvernement provisoire (démocratique) mais devra refuser de «se limiter» à l'accomplissement des tâches démocratiques - bourgeoises. Pour Trotsky, la théorie de la révolution permanente «démontrait qu'à notre époque, l'accomplissement des tâches démocratiques que se proposent les pays bourgeois arriérés les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l'ordre du jour. Toute l'idée fondamentale de la théorie était là» (souligné par nous). Ainsi, pour Trotsky, le fait de faire la révolution bourgeoise entraînerait  «directement», automatiquement, la révolution prolétarienne qui parachèverait littéralement la révolution bourgeoise en assumant même certaines de ses tâches démocratiques. C'est ainsi qu'en «permanence», de la révolution bourgeoise pourrait transcroître la révolution prolétarienne, comme si cette dernière n'en n'était qu'un simple prolongement plus ou moins mécanique.

 

De plus, c'est dans cette conception, qui donne au prolétariat des tâches démocratiques que se trouve, en germe, toute la justification «du socialisme en un seul pays», c'est-à-dire du développement massif du capitalisme présenté comme «la merveilleuse musique historique du socialisme croissant»! Or, il suffit d'examiner les mesures que Trotsky cite pour se représenter clairement qu'aucune d'entre elles n'a le moindre caractère socialiste. «Socialisme», l'assistance aux chômeurs? Aucun marxiste ne pourrait le prétendre sérieusement. Il s'agit tout au plus d'une mesure d'assistance comme celles, multiples, que prend le «socialisme bourgeois» (tel que Marx Le caractérise) dans le monde entier pour endiguer les révoltes ouvrières. Ces graves confusions sont à l'origine du fait que Trotsky n'a jamais compris qu'en Russie, le capitalisme n'ayant pas été détruit, les risques de «renaissance» du capitalisme sont nuls; et Trotsky et ses épigones de défendre éternellement l'impérialisme soviétique...

 

Trotsky, tout comme Lénine et l'ensemble de la social - démocratie (Kautsky, Hilferding...) n'ayant pas compris le caractère nécessairement mondial du mode de production capitaliste (le capital présuppose  et développe le marché mondial), n'ayant pas compris qu'aux pôles de développement (Allemagne, Angleterre, USA,... et à l'intérieur de ces pays la polarisation joue également) correspondaient, indissociablement liés et de manière tout autant capitaliste, des pôles de sous - développement; que le capitalisme ne peut se définir que par l'accumulation de richesses à un pôle  et de misère   à un autre (*), ils restaient enfermés dans des schémas ne correspondant qu'à l'apologie voilés ou non du capitalisme et de l'impérialisme (tous les pays devant pour eux « rattraper» l'image de ceux «développés», ce qui revient depuis plus de deux siècles à remplir un récipient sans fond !), et ils ne comprenaient pas que dans le monde entier, le spectre qui hantait l'humanité, était celui du communisme, de la révolution prolétarienne mondiale (8).

(*) Tout réformisme essaiera de remédier aux pôles négatifs (misère, famines, guerres...) pour maintenir celui «positif» (accumulation des richesses, développement des forces productives...) sans comprendre que l'un n'existe que par l'autre, que pour le capitalisme, la civilisation c'est la barbarie.

Mais si nous pouvons admettre qu'en 1906, la théorie de la «révolution permanente» tentait, de manière totalement erronée, d'expliquer  la réémergence ouvrière sur la scène de l'histoire (après trente ans de contre - révolution due à l'écrasement de la Commune), cette théorie n'a pas, dans la période révolutionnaire (1917 - 1918) eu de lourdes conséquences (Trotsky lui-même l'ayant reléguée en pratique au second plan). Mais il remettra, beaucoup plus développée et donc plus pernicieuse, cette théorie à l'ordre du jour dans son interprétation fallacieuse de la révolution de 1917, et dans sa lutte contre son frère ennemi: Staline (cf «La révolution permanente» écrite en 1928 - 1931), pour la rendre, à partir de cette période systématique. Et la théorie «de la révolution permanente» de devenir l'une des justifications bourgeoises des plus subtiles au massacre des prolétaires dans les guerres impérialistes appelées de «libération nationale».

 

«Pour les pays à développement bourgeois retardataire et en particulier pour les pays coloniaux et semi- coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes» (Trotsky,  Qu ' est ce que la révolution permanente? Thèses de 1929).

 

Nous voyons dans ce court extrait synthétisées les principales justifications bourgeoises pour envoyer s ' entremassacrer les ouvriers du monde entier.

 

 C'est avec ces théories pseudo- révolutionnaires que le capitalisme dénature depuis plus de cent ans le programme communiste en parlant de «nations opprimées», alors que les ouvriers n'ont pas de patrie!; en parlant de tâches démocratiques alors que les ouvriers doivent détruire violemment la démocratie, imposer leur pouvoir de classe pour abolir à tout jamais les classes, l'exploitation et le pouvoir; en parlant de «libération nationale» pour faire oublier la guerre civile, pour faire oublier que l'ennemi  est dans notre propre «nation»; en parlant de «masses paysannes» pour faire oublier le rapport salarial qui unit en fait ouvriers industriels et ouvriers agricoles (contrairement aux formes particulières et juridiques que ce rapport salarial peut prendre); en parlant de nations retardataires (retard sur quoi??!), coloniales semi- coloniales pour cacher que le capitalisme domine le monde entier, que tous les pays sont tout autant capitalistes les uns que les autres!

 

La «révolution permanente» est ainsi devenue le centre des analyses des trotskistes qui ont pris, peuvent prendre et prendront une place centrale dans la défense de l'ordre bourgeois.

 

Brève critique du programme de transition.

 

 

Pour Marx, la transition entre le capitalisme et le socialisme ( cf la critique du programme de Gotha) présuppose la dictature du prolétariat, et le programme de transition ne peut être autre chose que la systématisation de l'ensemble des actions que la dictature du prolétariat devra nécessairement exécuter pour détruire despotiquement le capital.

 

Le programme de transition de Trotsky intitulé «Programme de transition, l'agonie du capitalisme et les tâches de la Quatrième Internationale, la mobilisation des masses autour  des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir» n'a, comme l ' indique le titre, absolument rien à voir avec la conception marxiste de la transition. Bien que la «Quatrième Internationale ne refuse pas les revendications du vieux programme minimum» Trotsky tient à rénover son image tant usée par la social - démocratie. Cherchant à faire le pont entre le «programme minimum» et le «programme maximum», il en ressort un «programme de transition», «comme préparation à la prise du pouvoir» où il n'est plus question ni des intérêts immédiats ni des intérêts historiques du prolétariat, où les buts et les moyens n'ont plus rien à voir avec le mouvement révolutionnaire, où le programme communiste est simplement remplacé par un programme de réforme du capitalisme. Reprenant la conception social- démocrate de la conquête des masses, le «programme de transition» n'est qu'un ramassis de moyens que Trotsky jugea suffisamment attirant pour que les trotskistes accrochent les masses, moyens correspondant à l ' état de dispersion et d'abattement des prolétaires qui partaient s'engager dans une guerre fratricide.

 

Le «Programme de transition» (1938) base constitutive de la Quatrième Internationale, repose sur la vision de Trotsky qui prétend que «les forces productives de l'humanité ont cessé de croître», que «la base objective» du système capitaliste est mûre pour la révolution et que ce qui manque est le facteur «subjectif», la direction révolutionnaire: «La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat» (première page du programme de transition). À cette vision anti- marxiste qui sous-tend toutes les aberrations trotskistes, nous opposons la vision que la Gauche Communiste avait déjà pu développer à la même époque sur base d'une analyse marxiste des conditions du triomphe de la contre - révolution préludant à la seconde guerre impérialiste mondiale:

 

«La présence du parti de classe, et son influence décisive sur les masses a toujours été considérée, par les marxistes, comme une condition sine qua non pour la victoire, mais cette affirmation n'épuise pas le problème. (...) Le problème, à notre avis, consiste à expliquer pourquoi, au moment même où les masses sont portées à prendre les armes, ce parti fait défaut. Et c'est alors que nous comprendrons que la nature même de ces luttes armées est telle que malheureusement toute perspective d ' évolution révolutionnaire se trouve exclue, à moins d'une modification profonde de la situation internationale et de l'apparition d'une avant - garde du prolétariat mondial qui pourrait intervenir dans le processus même de la lutte sociale en Espagne, afin de cristalliser autour d'un noyau marxiste les forces historiques pouvant exprimer les revendications finales de la classe ouvrière en Espagne; le parti de classe ne s'invente pas, il ne s'improvise pas, il ne s'importe pas non plus. S'il n'existe pas, c'est que la situation n'en a pas permis la formation. «Bilan n° 33 - juillet 1936 - «Espagne: bourgeoisie contre prolétariat».

 

L ' inexistence du parti de classe n'est donc pas uniquement le produit d'un manque de «volonté», si ce «programme et cette volonté d'action» (comme le caractérisait Bordiga) manquent, cela remet en question la fameuse «maturation des conditions objectives» de Trotsky. Sans aucunement nier le rôle décisif du parti de classe, centralisateur et dirigeant indispensable de l'action du prolétariat, nous voulons souligner le fait qu'il ne se crée pas n'importe comment, à n'importe quel moment ni n'importe où. Sa non - existence n'est pas un simple produit d'une «crise de la direction révolutionnaire», même si un tel manque pouvait être historiquement un facteur objectif de la défaite du prolétariat, comme en Allemagne en 1918 - 1919 (9). Si l'existence du parti de la révolution communiste exprime une «subjectivité», elle est avant tout un facteur objectif matérialisant la maturation de la conscience de classe.

 

D'un autre côté, nous devons souligner le danger que renferme une interprétation caricaturale des fameuses «maturité des conditions historiques» et ««agonie du système». Le concept même de capital contredit la vision qui définit une baisse irréversible ou la stagnation définitive du développement des forces productives. Le mouvement de la production capitaliste pour lequel  la masse de valeurs produites s'accroît vertigineusement est toujours un mouvement ascendant (seulement interrompu conjoncturellement). Le capital ne peut stagner, il est au contraire condamné à se révolutionner constamment, à se développer, tout en aiguisant ses antagonismes. Il n'est pas seulement condamné à accumuler des valeurs, mais aussi à reproduire à une échelle amplifiée ses contradictions. Cette dynamique est à la fois sa force vitale et sa contradiction mortelle (10).

 

Il suffit de constater le saut prodigieux que le capitalisme a réalisé, au niveau du développement des forces productives, accentuant par la même, la contradiction avec les rapports de production, depuis le commencement de ce cycle, pour contrer le côté fallacieux de cette vision. Par exemple, sur les ruines de la seconde guerre mondiale, le capitalisme  put momentanément rompre les entraves à son développement, augmenter sa domination à l'échelle mondiale. Un seul chiffre peut illustrer parfaitement son expansion fantastique: le PNB des USA, le mastodonte capitaliste, en 1952, atteignait 300 milliards de dollars, il tripla, et vingt ans plus tard, il atteignait un billion de dollars.

 

Ce qui est le plus grave dans cette conception anti - marxiste «la fin du monde est pour demain», c'est que celle-ci rénove toute la conception réformiste classique pour en faire un réformisme plus radical, à prétexte révolutionnaire. Cette conception part de l'idée fausse que le capitalisme ne peut plus octroyer aucune réforme et que donc toute revendication renferme un caractère automatiquement révolutionnaire vu qu'elle mettrait immédiatement le système en faillite. C'est à partir de cela que Trotsky édifie son programme de revendications transitoires qui préparerait la prise du pouvoir. Mais  la nécessité historique de continuellement réaliser des réformes, de se réformer étant inscrite dans la nature même du capitalisme, les moyens préconisés par Trotsky ont été effectivement appliqués par le capitalisme sans pour autant provoquer sa chute. Au contraire, ce sont justement ces moyens, tels les nationalisations, qui, comme une fontaine de jouvence, ont contribué à rénover le capitalisme de manière permanente.

 

Prenons comme autre exemple, la revendication exprimée comme suit dans le «programme de transition»: «l'échelle mobile des salaires». Et reprenant l'affirmation de Trotsky:  «... (la Quatrième Internationale)... revendique le travail et une existence digne pour tous», nous rappelons d'abord que cette phrase est une maxime de la militarisation du travail en Russie (bien avant Staline) et que le communisme ne revendique pas le travail, mais son abolition. L'unique revendication transitoire qui s'inscrit dans la ligne de l'unification de l'activité humaine, est l ' abolition de la forme actuelle du travail: le salariat. Lorsque Trotsky argumente la revendication de l'échelle mobile des salaires: «Ni l'inflation monétaire ni la stabilisation ne peuvent servir de mots d'ordre au prolétariat, car ce sont deux bouts d'un même bâton. Contre la cherté de la vie, qui, au fur et à mesure que la guerre se rapprochera, prendra un caractère de plus en plus débridé, on ne peut lutter qu'avec le mot d'ordre de l'échelle mobile des salaires. Les contrats collectifs doivent assurer l'augmentation automatique des salaires, corrélativement avec la montée du prix des articles de consommation.», il demande en fait aux ouvriers de se contenter du maintien du pouvoir d'achat. Ce qui veut dire que la totalité de l'augmentation de la productivité du travail reste intégralement appropriée par le capital, que proportionnellement, le taux d'exploitation peut continuer à augmenter et les ouvriers n'auraient rien n'a y redire?!

 

Alors que les intérêts communistes immédiats de la classe ouvrière se matérialisent dans la lutte pour réduire le taux d'exploitation, pour accroître sa part de jouissance du profit social (par l'augmentation non seulement du salaire réel mais du relatif, par la diminution du temps de travail,...), lutte qui s'affrontera nécessairement à l ' Etat du capital; Trotsky, comme un quelconque juriste ou économiste bourgeois, se base sur la stupide hypothèse de la stagnation totale de la productivité du travail pour conclure que dans les époques de crise, les travailleurs ne peuvent augmenter leur part du produit social et doivent se contenter de défendre ce qu'ils ont: «Dans les conditions du capitalisme en décomposition, les masses continuent à vivre la morne vie d'opprimés qui, maintenant plus que jamais, sont menacés d'être jetés dans l'abîme du paupérisme. Elles sont contraintes de défendre leur morceau de pain, même si elles ne peuvent l'augmenter ou l'améliorer.» (Trotsky - Programme de transition).

 

Le traditionnalisme de Trotsky en politique économique bourgeoise est surprenant: il brandit la paupérisation absolue comme une menace puis il explique qu'étant donné l'impossibilité d'augmenter la production totale, les travailleurs ne peuvent évidemment pas augmenter leur salaire,... pour être sûr de maintenir la plus-value totale intacte, c'est-à-dire que les travailleurs ne peuvent pas s'affronter à la bourgeoisie, ce qui met en évidence une autre hypothèse implicite dans le raisonnement de Trotsky: la conciliation de classes.

 

Un siècle plus tôt, Marx avait mis en évidence le mécanisme de la plus-value relative en démontrant comment l'augmentation du pouvoir d'achat ne s'oppose pas à l'augmentation du taux d'exploitation et défendait comme axe pour les luttes ouvrières contre l'exploitation: la lutte pour la réappropriation d'une partie relativement supérieure du produit (salaire relatif), lutte objectivement inséparable de la lutte pour la destruction de l ' Etat capitaliste et pour l ' appropriation par les producteurs de la totalité du produit social. Trotsky, loin de se situer sur cette voie révolutionnaire, se situe dans la lignée classique de la politique économique bourgeoise. L'application de l'échelle mobile des salaires (appelée indexation ou autrement) par beaucoup d ' Etats d'Amérique du Sud et d'Europe depuis le début du siècle et la généralisation de cette politique de paix sociale dans l 'après - guerre, non seulement dans le monde «socialiste» dont nous parlent les trotskistes mais aussi dans le monde «occidental et chrétien» en est une démonstration suffisante.

 

Voyons rapidement le contenu réel d'autres appâts avec lesquels les trotskistes se proposent d'amadouer les prolétaires.

 

- La "critique des bureaucraties syndicales" : la Quatrième Internationale appelle les ouvriers à se regrouper dans les syndicats, eux qui se distingueront un an plus tard par leur rôle de premier ordre dans le recrutement des prolétaires, pour les envoyer se faire massacrer dans la seconde guerre mondiale, pour le plus grand bien du capital. De plus, en leur reconnaissant un caractère ouvrier nuancé de critiques... sur la bureaucratie, les trotskistes s'efforcent de recrédibiliser ces agents de la bourgeoisie aux yeux des prolétaires. Si dans son programme de transition, Trotsky pose «comme principe inébranlable: l'auto - isolement capitulard hors des syndicats de masse, équivalant à la trahison de la révolution, est incompatible avec l'appartenance à la Quatrième Internationale.» nous posons que l ' auto - organisation/unification du prolétariat à l'assaut de la forteresse capitaliste, devra passer sur le cadavre du trotskisme. (Voir développement de notre position sur les syndicats dans Le Communiste n° 4 et 6)

 

- Le «contrôle ouvrier»: De même que la social - démocratie classique, Trotsky défend les syndicats bourgeois tout en prévoyant que ceux-ci pourraient être dépassés par le surgissement des comités d'usines, de conseils ouvriers,... et qu'il faut dès lors prendre les devants de cette situation pour que les syndicats puissent maintenir leur contrôle sur la classe ouvrière. Pour cela, Trotsky spécifie «qu'il est nécessaire d'ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d'usine pour ne pas se trouver pris à l'improviste». Et il précise immédiatement les tâches bourgeoises que les trotskistes devront leur imposer: «Les comités d'usines, et seulement eux, peuvent assurer un véritable contrôle sur la production, en faisant appel- en tant que conseiller et non comme «technocrates» - aux statisticiens, ingénieurs, savants, etc.». Cette revendication du «contrôle ouvrier» illustre bien  l'abandon total par les trotskistes de toute défense de la lutte ouvrière qui n'a que faire de la gestion de l'économie. En prônant le «contrôle ouvrier», intermédiaire pacifique entre le capitalisme et le socialisme... bourgeois, les trotskistes nient pratiquement l'objectif prolétarien qui est la destruction violente de l ' Etat bourgeois. Le prolétariat n'a rien à gagner à participer à l'administration des affaires bourgeoises, il n'a que ses chaînes, le salariat, à perdre et il ne pourra s'en défaire que par l'instauration de sa dictature pour saper les bases de l'exploitation capitaliste. Encore une fois, le trotskisme ne se préoccupe que de teindre de langage ouvrier la conciliation de classes et la réforme du capital.

 

De plus, comme Hitler, Trotsky s'est montré excellent élève de Keynes, économiste bourgeois renommé de l'époque, en reprenant la recette séculaire des grands travaux publics, industries étatiques, militarisées, appliquée en périodes de crise, par tous les grands Etats bourgeois: «En particulier, la lutte contre le chômage est inconcevable sans une large et hardie organisation de grands travaux publics. Mais les grands travaux ne peuvent avoir une importance durable et progressiste, tant pour la société que pour les chômeurs eux-mêmes, que s'ils font partie d'un plan en général, conçu pour un certain nombre d'années»!

 

- «Les piquets de grève, les détachements de combat, la milice ouvrière, l'armement du prolétariat» sont les points les plus radicaux du programme de transition, points  qui, apparemment, pourraient suggérer quelque rapport avec l'action communiste. Mais le caractère violent en soi, ne détermine par le contenu de classe de l'action et le fait que les points précités soient inscrits dans l'ensemble d'un programme bourgeois met en évidence qu'il ne s'agit ni de violence prolétarienne ni d'action communiste. Pour les trotskistes il est nécessaire d'armer une partie des ouvriers, tout comme les sociaux - démocrates avaient leurs corps francs, tout comme les staliniens avaient leurs brigades «internationales»... A quoi peuvent servir les milices trotskistes sinon à imposer leur programme contre - révolutionnaire. Le radicalisme trotskiste n'est qu'un radicalisme bourgeois.

 

- «La lutte contre l'impérialisme et contre la guerre»: Au «principe fondamental de cette lutte: l'ennemi principal est dans notre pays» qu'il transforme immédiatement en «la défaite de notre propre gouvernement (impérialiste) est le moindre mal», Trotsky s'empresse d'ajouter: «Mais tous les pays du monde ne sont pas des pays impérialistes (...) Le devoir du prolétariat international sera d'aider les pays opprimés en guerre contre les oppresseurs». Cette altération immonde du principe internationaliste du défaitisme révolutionnaire n'a servi qu'à justifier la participation systématique de l ' Etat «ouvrier» d'URSS dans tous les conflits inter - impérialistes du monde: de la guerre d'Espagne à la seconde guerre mondiale,... de la guerre de Corée,... à la guerre d'Afghanistan,...

 

- «L'Alliance des ouvriers et des paysans» et «le gouvernement ouvrier et paysan».  Comme le disait Bordiga au cinquième congrès de l'internationale «Communiste» à propos de l'adoption criminelle du concept de «gouvernement ouvrier et paysan»:

 

«La dictature du prolétariat, cette merveilleuse expression de Marx, il est déplorable qu'on veuille la balancer en douce par la fenêtre d'un congrès communiste (NDLR: mais «communiste»  l'Internationale Communiste ne l'était déjà plus !). Dans ces quelques mots s'exprime toute notre conception politique, tout notre programme. Dictature du prolétariat, cela me dit que le pouvoir prolétarien s'exercera sans aucune représentation politique de la bourgeoisie. Cela me dit aussi que le  pouvoir prolétarien ne peut être conquis que par une action révolutionnaire, une insurrection armée des masses. Lorsque je dis  «gouvernement ouvrier», on peut entendre tout cela, si l'on veut, mais si on ne le veut pas, on peut entendre aussi tout autre chose.» Bordiga.

 

En Hongrie en 1919, en Chine en 1927, en Espagne en 1936 - 1937,... ce mot d'ordre a signifié le meurtre du prolétariat qui ne peut s'affirmer en tant que classe qu'autonomement et antagoniquement par rapport aux autres classes de la société bourgeoise. Partout ce mot d'ordre a signifié l'unité nationale contre toute possibilité d'avènement de la dictature du prolétariat qui, et elle seule, peut conduire à l'abolition de la production mercantile et du travail salarié. Entre dictature de la bourgeoisie et dictature de prolétariat, il n'existe pas  d'autre alternative. Toute recherche d'une voie intermédiaire ou transitoire conduit inévitablement le prolétariat au massacre.

 

- «Le mot d'ordre des soviets est le couronnement du programme des revendications transitoires». Pour Trotsky dont la vision restait enfermée dans le schéma social - démocrate qui sépare un programme «minimum» - le mouvement - d'un programme «maximum» - du but -, il faut établir un pont entre «les revendications transitoires» et «la prise du pouvoir»: les «revendications transitoires» étant portées par les «comités d'usines» qui constituent un «élément de dualité de pouvoir dans l'usine», il faut dès lors créer «les soviets» qui, réunissant les représentants de tous les groupes en lutte, et dirigés «sur base de la plus large démocratie», «ouvriraient une période de dualité de pouvoir dans le pays». Et voilà réglée, échelonnée, la marche à suivre entre programme «minimum» ou «transitoire» et programme «maximum» ou «la prise du pouvoir», très sécurisante pour les trotskistes mais très éloignée du mouvement prolétarien animé par le seul programme communiste. Pour les sociaux - démocrates, les trotskistes et autres pour qui «le mouvement est tout et le but n'est rien» (Bernstein!), le programme maximum ne sert qu'à justifier le programme minimum, qu'à attirer les éléments les plus combatifs de la classe pour les convaincre de la nécessité de défendre le programme minimum, au nom de l ' hypothétique programme maximum. Et Trotsky d'assurer le lien de cause à effet par la supposition «qu'aucune des revendications transitoires ne peut être complètement réalisée avec le maintien du régime bourgeois.» Mais, comme nous l'avons vu, cette affirmation est tout à fait fausse: les nationalisations, l'échelle mobile des salaires,... sont appliquées par le capitalisme. Et le pont de Trotsky s'écroule sous son propre poids. Tandis que le programme maximum qui pouvait se permettre des références à l'insurrection et la dictature du prolétariat est une fois de plus relégué aux oubliettes.

 

-          «Contre le sectarisme»: De plus, Trotsky confirme son anti - communisme quand il attaque ouvertement l'avant - garde  du prolétariat, les fractions communistes de l'époque («Bilan», «Communisme», «Octobre») qui constituaient l'unique expression du prolétariat et qui étaient les seules à opposer à la  guerre impérialiste en préparation, le programme du communisme: le défaitisme révolutionnaire dans tous les pays du monde! Au nom de l ' anti - sectarisme, il condamne ces «groupements sectaires» par ce qu'

«Ils ont à leur base le refus de lutter pour les revendications partielles ou transitoires»

«Ils proposent de tourner le dos aux «vieux» syndicats»

«Ils se refusent à faire en pratique une différence entre la démocratie bourgeoise et le fascisme, pour la raison que les deux camps ont un caractère bourgeois»

"Ils se refusent à faire une différence entre les camps en lutte en Espagne, pour la raison que les deux camps ont un caractère bourgeois"

«Ils nient la différence principielle entre l'URSS et les pays bourgeois et se refusent, vu la politique réactionnaire de la bureaucratie soviétique, à défendre contre l'impérialisme les formes créés par la révolution d ' Octobre»

«Un pont, sous la forme des revendications transitoires, n'est aucunement nécessaire à ces prophètes stériles»...

 

Prophète stérile, Trotsky n'est plus qu'un vulgaire apologiste du capital, crachant sur le programme communiste avec autant de hargne qu'il doit gommer de la mémoire des vivants, le Trotsky de 1917, organisateur de l'insurrection ouvrière! A sa suite, la Quatrième Internationale liquidera même physiquement s'il le faut, toute réaction ouvrière en son sein, comme l'avait fait quelques années plus tôt le stalinisme... Trotsky résume lui-même dans ces quelques points le fossé de classe qui le sépare des principes communistes. L'histoire a tranché pratiquement et théoriquement: VIVE LES COMMUNISTES "SECTAIRES"!

 

Conclusion

 

Comme nous l'avons vu dans cet article, le trotskisme est une idéologie qui, venue de la dénaturation de l'expérience ouvrière et de la théorie communiste, s ' est définitivement située, dans les années 1930, du côté de la contre-révolution, du côté de la bourgeoisie.

 

Le trotskisme s'est affirmé, de manière toujours plus manifeste, plus ouverte, comme un des derniers remparts de l'ordre capitaliste. Tous les multiples courants qui se revendiquent plus ou moins critiquement de cette idéologie ont en commun:

 

- la défense des «pays socialistes» et donc du socialisme bourgeois en un ou plusieurs pays,

- la défense de la «révolution permanente» et donc de la permanence de la contre- révolution,

- la défense du «programme de transition» et donc le rejet du seul programme communiste: la dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié; la dénaturation des intérêts immédiats et donc historiques de toute lutte ouvrière.

 

Les trotskistes du monde entier sont et seront toujours une des fractions le plus dangereuses parce que des plus radicales, dans l'arsenal de la contre - révolution. Comme les mencheviks, les gardes blancs de Noske, les «républicains» espagnols et les démocrates chiliens,... les trotskistes, par leurs références au communisme, à Lenine, au Trotsky de 1917, à la Troisième Internationale, à la lutte contre sa dégénérescence, peuvent ainsi, plus facilement que d'autres, se draper des intérêts ouvriers, pour mieux les détourner vers les bras mortels de l'autogestion, du front unique,... et de la guerre impérialiste.

 

Nous savons, par expérience, qu'en période révolutionnaire, la contre-révolution se manifeste d'abord par le biais des sociaux - démocrates, des humanistes de gauche, des défenseurs des droits de l'homme,... et si ces derniers ne suffisent pas, viennent les «révolutionnaires» trotskistes, maoïstes ou encore anarchistes pour nous parler du «peuple», «d'occuper», de «gérer» les usines et surtout de ne pas préparer l'insurrection; de soutenir toujours critiquement, les gouvernements bourgeois «de gauche», «échelons», «transitions» vers le paradis socialiste qui se transforme alors en massacres, prisons et tortures,... le visage «fasciste» du capital remplaçant celui «démocrate» une fois que «la gauche» dont les trotskistes, aura réussi à désarmer politiquement et militairement le prolétariat. Cette pratique qui a sévi pendant soixante ans sur tous les continents, c'est la contre-révolution permanente dont les trotskistes sont un des plus beaux fleurons!

 

A chaque fois, la pratique de l'ensemble des tendances trotskistes peut se résumer à:

- lutter pour la concentration, la centralisation et l'étatisation du capital correspondant aux intérêts généraux et permanents du capital, et ce sous la forme des expropriations bidons faisant passer la priorité privée des mains du capitaliste individuel dans celles du capitaliste collectif: l ' Etat bourgeois;

- lutter pour la défense de la démocratisation du capital, c'est-à-dire sa réforme, son renforcement dans le sens du partage équitable... de la misère capitaliste;

lutter pour l'amélioration de la condition ouvrière ce qui veut dire amélioration de l'exploitation capitaliste, le tout sous contrôle démocratique des syndicats, des comités d'usine ou des soviets, du front unique ou du gouvernement ouvrier et paysan, toujours au nom de la révolution prolétarienne;

- lutter dans les guerres impérialistes locales ou généralisées pour les intérêts d'une fraction du capital mondial: ceux du bloc soviétique, sous le couvert de la défense des «Etats ouvriers dégénérés», de la «révolution permanente» ou encore des «luttes de libération nationale», ce qui revient toujours à recruter les ouvriers pour les envoyer au massacre, dans l'intérêt exclusif du capitalisme.

 

Et pour réaliser cette politique criminelle, le trotskisme n'a pas seulement repris en les actualisant les vieilles tactiques social - démocrates qui ont dominé la seconde Internationale depuis son origine et qui ont conduit rapidement la troisième sur le même terrain bourgeois du syndicalisme, parlementarisme frontisme, légalisme, de la dissociation entre luttes immédiates et historiques, en un mot du démocrétinisme ; il s'est montré chaque fois plus rusé pour moderniser ses vieilles recettes bourgeoises, pour en faire des nouveautés exclusives de la Quatrième Internationale, comme nous le montre le virage autogestionnaire, le virage pro- guerrillériste dans les années 1960, retourné par le virage anti - terroriste légaliste pour la défense des droits de l'homme de la fin des années 1970,... De la même manière, le trotskisme est l'une des forces de la bourgeoisie les plus subtiles pour diviser, parcelliser les luttes ouvrières en leur donnant des objectifs partiels nécessairement réformistes, et les trotskistes de devenir fédéralistes, humanistes,  régionalistes, féministes, anti - racistes, homosexuels, écologistes,...

 

Pour les communistes le trotskisme n'est donc rien d'autre que la face «critique», «humaniste», du stalinisme; trotskisme et stalinisme ne sont que les deux faces d'une même pièce de la contre - révolution. C'est pourquoi, il ne s'agit pas pour nous de réformer, ni d'améliorer, ni de convaincre les trotskistes, mais de DETRUIRE LE TROTSKISME !

 

Le mouvement social- communiste, dans sa marche vers la dictature du prolétariat, passera nécessairement sur les cadavres des internationales ouvrières tuées par la contre - révolution mais également sur toutes les forces vives de la contre - révolution dont le trotskisme.

 

Notes

 

(1) K .A. P .D .Parti Communiste Ouvrier d'Allemagne: pour une étude détaillée des apports et des faiblesses de ce parti, lire «Le K A P D dans l'action révolutionnaire» dans Le Communiste n° 7.

(2) Alexandra Kollontaï a été une des seules à soutenir Lénine lors des «Thèses d'avril». Leader avec Boukharine de la fraction communiste de gauche en 1918 et ensuite de «l'Opposition Ouvrière» en 1921 avec Chliapnikov, Medvedev, Miasnikov, elle capitulera ensuite devant Staline et la contre révolution triomphante.

(3) citation reproduite dans le livre de E .H . Carr «Socialism in one country»

(4) Et encore ! Rappelons le fait : en réponse aux prises de positions internationalistes et aux dénonciations de la pratique contre-révolutionnaire des trotskistes en 1937, en Espagne, défendues par le «Groupe des travailleurs marxistes du Mexique», les trotskistes dénoncèrent le camarade Eiffel, dirigeant de ce groupe, comme agent de la Guépéou, le poursuivirent et réprimèrent  physiquement les militants de ce groupe communiste internationaliste. Comme quoi, les méthodes staliniennes servaient aussi bien les trotskistes contre la Gauche Communiste! ( Cf .à ce sujet la communication du secrétariat international de la fraction de la Gauche Communiste à propos du cas Eiffel).

(5) Sur la question de la guerre impérialiste en Espagne, nous renvoyons les lecteurs au recueil de textes de «Bilan» paru sous le titre «Contre-révolution en Espagne» aux éditions 10/18.

(6) citations extraites du livre «Les enfants du prophète»: histoire du mouvement trotskiste en France aux éditions Spartacus.

(7) Si nous avons mis en évidence les prémisses politiques bourgeoises et conceptions de Trotsky qui l’entraînèrent définitivement dans le camp de la contre - révolution, nous devons également souligner que, contrairement à ces misérables successeurs, Trotsky affirmait en 1939 la nécessité de revoir entièrement son programme si la révolution n’éclatait pas à bref délai, dans le monde entier: «Si en dépit de toutes les vraisemblances durant la présente guerre, ou immédiatement après elle, la révolution d'octobre ne trouvait pas sa continuation dans un des pays avancés, si au contraire le prolétariat se trouvait partout rejeté en arrière, nous devrions, alors sans aucun doute, poser la question de la révision de notre conception de la présente époque et de ses forces motrices. La question ne sera pas d'ailleurs de savoir quelle étiquette coller sur l'URSS ou sur la clique staliniste, mais comment apprécier la perspective historique mondiale, pour les prochaines dizaines d'années, sinon pour les prochains siècles: sommes - nous dans l'époque de la révolution sociale et de la société socialiste ou dans l'époque de la décadence et de la bureaucratie totalitaire? - «L'URSS en guerre» - 1939. Et c'est sur la base de cet ultime soubresaut de Trotsky moribond que sa compagne Nathalia Sedova et le camarade Munis (FOR) vont rompre avec le trotskisme: «Ce qui est plus insupportable que tout, c'est la position sur la guerre à laquelle vous vous êtes engagés. La troisième guerre mondiale qui menace l'humanité place le mouvement révolutionnaire devant les problèmes les plus difficiles, les situations les plus complexes, les décisions les plus graves. Notre position ne peut être prise qu’après des discussions très sérieuses et très libres. Mais face aux événements des récentes années, vous continuez de préconiser la défense de l ' Etat stalinien et d'engager tout le mouvement dans celle-ci. Vous soutenez même maintenant les armées du stalinisme dans la guerre à laquelle se trouve soumis le peuple coréen crucifié. Je ne puis et  ne veux vous suivre sur ce point. Lettre de N. Sedova au C.E. de la Quatrième Internationale - 1951. Et plus tard, dans un dernier message avant de mourir: «Je n’espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anti- communistes. Toute déstalinisation s'avère un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques militaires et économiques, base de la contre-révolution qui a établi le capitalisme d’Etat stalinien». - 1961.

 

(8) sur la question du développement du capitalisme, nous renvoyons les lecteurs au texte «Nature catastrophique du capitalisme» dans le Communiste n° 7 ainsi qu'à la série de textes contre toutes les mythologies qui sous-tendent les luttes de libération nationale, dont la «révolution permanente», «double», etc. dans Comunismo n° 2,3,4 et 5.

(9) selon la conception de Trotsky, le parti, au lieu d'être un produit nécessaire de la lutte de classe, devient ainsi un « Deus ex machina» qui, comme organisation déterminée, doit et peut surmonter la crise historique de l'humanité.

(10) comme celle de Trotsky, toutes les théories de la stagnation absolue, en niant l'accumulation du capital, nient la nécessaire accumulation des contradictions matérielles et en arrivent toujours à réduire les conditions de la révolution à l'unique problème de volonté, de conscience ou de direction.

 

 

 


CE8.6 Trotskysme : Produit et agent de la contre-révolution