A la lumière du mouvement de grèves de l'été 1980, personne ne peut douter que la classe ouvrière a pris une initiative qui orientera, non seulement son propre avenir, mais l'ensemble de la situation internationale. Comme toujours, lorsqu'il se réalise une percée de classe exemplaire, les problèmes qui sont posés dépassent forcément le cadre national. Ils concernent les deux classes de la société dont l'essence n'est pas «nationale», mais mondiale.

 

Pour le prolétariat comme pour la bourgeoisie, la solution aux antagonismes qui ont une nouvelle fois explosé en Pologne est à l'échelle du monde et de l'histoire. La lutte des ouvriers «polonais» et ses conséquences ne prennent et ne prendront leur signification de classe qu'à ce niveau. C'est pourquoi il importe avant tout de resituer cette lutte dans le contexte des affrontements généraux entre ouvriers et capital (1). L'issue de ces affrontements, comme déjà leur contenu actuel, sont dictés par l'alternative: révolution ou contre - révolution.

 

Nécessité d ' une bataille d ' orientation.

 

Les ouvriers du monde entier ont senti leur propre force se frayer un chemin en Pologne et ont cherché dans les luttes de l'été 1980 des indications pour l'organisation des luttes de même nature qu'ils mènent quotidiennement. Mais au même moment, la bourgeoisie n'a pas manqué de vendre sa vision des événements de Pologne à de larges masses ouvrières, en exploitant une situation même contraire à ses intérêts, pour essayer de fortifier l'ensemble de ses mystifications antiprolétariennes.

 

La classe dominante doit s'efforcer d'occulter la réalité de la situation en Pologne, elle doit répandre des fables pour obscurcir la conscience des prolétaires. La fonction de tout le battage idéologique orchestré depuis juillet - août n'est pas seulement défensive, elle est surtout offensive. Les campagnes autour des événements de Pologne ne visent pas uniquement à détourner les prolétaires de leurs perspectives de classe: elles visent aussi à les faire adhérer à la perspective contraire.

 

La bourgeoisie utilise et utilisera l'évolution des contradictions de classes en Pologne:

- à l'Est, pour montrer sa détermination à réprimer par la force brutale toute résistance à l'austérité, tout en reconnaissant la nécessité de «réformes» pour améliorer un «socialisme qui n'est pas encore parfait»;

- à l'Ouest, pour prouver que le mouvement prolétarien a une vocation «anti - totalitaire», que les ouvriers qui «jouissent de la démocratie» sont des privilégiés et que tous les sacrifices sont bons pour préserver les «libertés».

 

 

 

 Le point culminant de ces campagnes est et sera  l'invitation à la croisade belliciste pour la défense de la démocratie occidentale ou du «socialisme» oriental, toutes classes confondues derrière les machines guerrières des deux constellations impérialistes.

 

C'est cette orientation que la bourgeoisie veut donner en exploitant les luttes de classes en Pologne; c'est la perspective de la contre - révolution qui se nourrit de tous les événements pour se renforcer et qui dispose à son service de gigantesques moyens de propagande et de contre - information.

 

En l'absence de solides liaisons internationales entre avant - gardes ouvrières, le prolétariat n'a pas les mêmes moyens. Les informations dont il peut disposer sont fragmentaires; les processus réels du mûrissement de la lutte ouvrière dans une partie du monde lui sont inconnus dans une autre partie du monde, parce qu'ils ne parviennent pas encore à percer l'énorme chape idéologique mise en place par le capital.

 

Malgré cet énorme obstacle, mener un travail de propagande et d'agitation révolutionnaires à partir de la lutte des ouvriers polonais est une nécessité impérative pour toutes les forces se situant sur un terrain de classe. Les événements de Pologne sont devenus un maillon important dans le processus qui voit chacune des deux classes de la société se renforcer à sa manière.

 

La marche en avant de la révolution

 

Même si les ouvriers de Gdansk, de Gdynia, de Sczczecin, etc. n'en ont pas eu clairement conscience, leur mouvement de grève a fait partie de la reprise internationale du combat prolétarien. Déjà dans la vague de lutte précédente (celle entamée dans les pays du dit «Tiers-monde», relayée en 1968 - 1969 par les mouvements en France et en Italie, etc.), la classe ouvrière de Pologne avait joué un rôle d'avant - garde. Il en est de même pour la nouvelle vague de lutte qui s'annonce à l'échelle internationale.

 

En ce qui concerne les luttes de classe en Europe, la grève de masse en Pologne (par son ampleur, par la dimension résolument classiste de sa généralisation et de sa centralisation) rejoint les plus grands épisodes de lutte de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais si à l'époque avait encore un poids le mythe de «l'intégration» de la classe ouvrière, de sa disparition définitive comme force politique – à l'Est comme à l'Ouest - aujourd'hui les choses ont changé. A cette époque, malgré le nombre important de signes d'une reprise prolétarienne, ce mythe trouvait un support pour se perpétuer dans l'occupation fréquente de l'avant - scène par le «mouvement étudiant» (mouvement qui fut à prédominance inter - classiste et orienté vers d'utopiques réformes petites - bourgeoises), alors que la «représentation» du prolétariat restait dans les mains des syndicats officiels.

 

Cette fois, c'est directement la classe ouvrière qui a parlé pendant deux mois en son propre nom et qui a imposé son organisation - les comités de grèves inter - entreprises - comme seul représentant approprié à défendre ses intérêts face à l ' Etat. Les capacités de lutte, de mobilisation et d'auto - organisation du prolétariat en Pologne ont clairement confirmé, pour qui n'est pas définitivement sourd et aveugle, que «l ' intégration de la classe ouvrière» au capital n'est qu'une légende (reflétant soit une démoralisation extrême, soit une attaque idéologique directe lancée par la bourgeoisie).

 

En ce qui concerne les luttes de classes en Europe de l'Est, le mouvement de Pologne en 1970, malgré sa grande détermination, n'avait retenu l'attention que d'une très petite minorité du prolétariat mondial. C'était plutôt la

 

 

Tchécoslovaquie et le «Printemps de Prague» qui s'imprimaient dans les consciences (mêmes prolétariennes) avec son mouvement nationaliste anti - russe dans lequel était noyée la classe ouvrière. Le fait nouveau obtenu par la lutte des ouvriers «Polonais» est d'avoir donné à leur grève un tel caractère de masse qu'elles ont immédiatement reçu un écho international. En Italie, un des mots d'ordre de la lutte à Fiat était: «comme à Gdansk!»

 

Contrairement au «Printemps de Prague», la remise en question du «modèle stalinien» est venue d'une action de masse centralisée du prolétariat et non d'une aile national - démocratique de la bourgeoisie tentée par un réalignement des alliances impérialistes et se servant de la pression des ouvriers comme d'un levier. Si le bouleversement manqué de 1968 en Tchécoslovaquie reflétait d'abord et avant tout les conflits inter - bourgeois dans cette partie du monde, le bouleversement amorcé en 1980 en Pologne est au contraire directement fonction de l'émergence d'un mouvement prolétarien tendant à l'autonomie.

 

La lutte des ouvriers en Pologne apporte la meilleure confirmation qu'il n'y a pas la moindre trace de «socialisme» à l'Est, mais qu'au contraire un capitalisme mondial unique règne des deux côtés du rideau de fer, subissant la même crise économique et déclenchant les mêmes ripostes ouvrières aux mesures d'austérité qui sont prises par toute la bourgeoisie internationale.

 

Une grande leçon de lutte.

 

Le vaste ébranlement de la classe ouvrière en Pologne n'a pas éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il s'est inscrit dans la continuité d'une déjà très longue tradition d'affrontements de classes, qui eurent pour  principaux centres: Poznan en 1956, Gdansk et Sczczecin en 1970, Ursus et Radom en 1976.

 

Comme en 1976 et en 1970, le mouvement a démarré pour s'opposer à la hausse du prix de la viande et aux augmentations de l'intensité du travail. Au moment le plus élevé, la vague de grèves a entraîné près d'un million de prolétaires et a menacé de prendre la forme d'une grève générale unifiée.

 

Outre son caractère de masse, ce mouvement a représenté un pas en avant par les préoccupations qui furent très vite les siennes. En 1976, comme en 1970 et en 1956, la bourgeoisie avait récupéré les organisations ouvrières en les incorporant dans les syndicats officiels. Cette fois, tirant les leçons des luttes antérieures, la permanence de l'organisation ouvrière, le maintien de son indépendance totale vis-à-vis de l ' Etat, le sentiment que cela seul peut représenter une garantie pour l'application des promesses que la bourgeoisie a dû faire, comme pour éviter d'avoir à subir une nouvelle vague de répression, ces préoccupations furent rapidement posées comme mots d'ordre centraux de la lutte.

 

La grande leçon qui nous vient de Pologne est la suivante: sans les grandes «organisations représentatives» bien installées et en l'absence de «droits démocratiques» - deux choses qui en Europe de l'Ouest sont présentées comme les conditions nécessaires du combat - le mouvement ouvrier a pu trouver en lui-même toutes les armes de sa lutte (la suite des événements a d'ailleurs prouvé que syndicats de concertation sociale et droits de grève sont des obstacles supplémentaires à l'expression de cette potentialité).

 

Les ouvriers ont entamé la lutte par la méthode classiste de la grève sans préavis et sans limitation préalable de durée , se dotant de groupes d'auto - défense, et ont étendu le mouvement par des grèves de solidarité, en centralisant leur force par la mise sur pied de comités unitaires de grève agissant sur la base d'une plate - forme revendicative commune.

 

Même si des tendances nationalistes, religieuses, libérales, etc., se sont manifestées parmi les travailleurs, ceux-ci ont donc fait preuve d'une détermination et d'un sens de classe fortifiés par rapport à leurs luttes antérieures. Pour nous, c'est cela et cela seul qui représente une victoire ouvrière.

 

Une contradiction interne au mouvement.

 

Si le mouvement de grève de l'été 1980 a illustré la force renaissante de la classe ouvrière, il n'a pas  constitué pour autant l'amorce d'une phase pré révolutionnaire. On ne peut sous - estimer (sans sombrer dans l'opportunisme) les profonds dégâts causés dans le prolétariat par cinquante années d'une période contre - révolutionnaire qui commence seulement à se fermer. En même temps que se dessine la perspective d'une nouvelle révolution, s'organisent aussi les forces d'une nouvelle contre - révolution. Enfin toute bataille sociale, ou qu'elle se produise, ne peut pas être autre chose que l'explosion des opprimés et des mécontents de toutes sortes. Des éléments de la petite - bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participent inévitablement et,  tout aussi inévitablement, ils apportent au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs terreurs. C'est sur l'ensemble de ces facteurs que s'appuient les «faux amis» des ouvriers, les agents de la bourgeoisie. infiltrés dans le mouvement prolétarien.

 

L'évolution de la situation a montré qu'il subsiste un profond écart entre l'instinct, la conscience de classe élémentaire des grévistes, et la conscience de classe générale qu'il sera nécessaire au prolétariat d'acquérir pour triompher. Même lorsque le mouvement atteignait son apogée, les ouvriers continuaient à souscrire aux mystifications de «l 'intérêt national», des «réformes démocratiques», de l'opium religieux, etc.. Si les grèves en Pologne ont eu un caractère authentiquement prolétarien malgré les drapeaux que brandissait le mouvement, ceux-ci n'en étaient pas moins des forces matérielles qui entravaient la lutte (2).

 

Les comités de grève inter - entreprises et les «21 points» de Gdansk (la plate - forme commune à  tous les grévistes) cristallisaient au plus haut niveau cette contradiction interne au mouvement. A côté de revendications essentiellement prolétariennes (comme l ' exigence de la dissolution du «Conseil central des syndicats», étaient formulées des revendications ambiguës comme «la création de syndicats libres indépendants du parti et des employeurs». En effet, dans cette revendication se reflétaient deux orientations totalement distinctes:

- le mot d'ordre central du prolétariat: constituer des syndicats classistes, ouverts à tous les prolétaires en lutte, capables de centraliser les comités de grève, indépendants et opposés aux partis, aux syndicats officiels, au gouvernement, etc.

- la pression conjointe des autorités et des «dissidents» pour détruire l'associationnisme ouvrier, pour  ramener les ouvriers dans la légalité, pour remettre à neuf les courroies de transmission de l ' Etat bourgeois: les «syndicats libres» (formellement indépendants, réellement syndicats d 'Etat).

 

A part les revendications ambiguës de ce genre, le mouvement exprimait des revendications ouvertement réactionnaires comme celle de «liberté de religion» (non présente dans les 21 points) ou celles de mesures cogestionnaires pour «sauver l'économie nationale et sortir le pays de la crise» (point 6 de la plate - forme revendicative).

 

Seule l'ambiguïté d ' ensemble de la plate - forme des grévistes permet d'expliquer qu'elle ait impulsé le mouvement lorsqu'il tendait vers la grève générale, et permis en même temps à la bourgeoisie de reprendre en partie la situation en mains.

 

La dynamique contradictoire de la lutte.

 

Les événements de Pologne matérialisent le développement dialectique des forces des deux classes de la société. Au moment même où le prolétariat tente de réarmer sa lutte contre tous les Etats et contre la «solution» bourgeoise à la crise: la guerre impérialiste, la bourgeoisie ne manque pas de rénover son vieil arsenal de mystifications syndicalistes, démocratico - religieuses et nationalistes.

 

Pour cette raison, il est aussi faux qu'imbécile d'affirmer que les événements de Pologne, par le simple fait de constituer une importante lutte ouvrière, éloignent la perspective de la guerre impérialiste ou dressent une barrière contre elle. Cela ne sera une chose acquise, un résultat certain de la lutte que si le prolétariat continue son processus d ' autonomisation  comme classe, se préparant dans les faits à la lutte civile révolutionnaire.

 

Dans le cas contraire, si le prolétariat en arrive à être durablement réencadré par cette «nouvelle» fraction bourgeoise qui s'est groupée autour du mot d'ordre de «réformes démocratiques», comme de nombreuses fois dans l'histoire, la bourgeoisie aura fait un pas de plus dans la préparation de la boucherie impérialiste. Pour le moment, on ne peut douter un seul instant que la bourgeoisie s'est fortifiée en poussant cette fraction  discréditée à assumer une fonction plus importante dans la vie nationale.

 

Avec les «nouveaux» syndicats, se rejoue, sous une forme plus radicale et plus sophistiquée qu'en 1956 - 1970 - 1976, la même entreprise de destruction des tendances ouvrières à l'association. Le caractère extrême des réformes adoptées par l'État bourgeois et la réponse à un mouvement qui, à la différence du passé, exprime ouvertement son besoin d'une organisation autonome et permanente pour approfondir la lutte.

 

Est clairement mis en évidence un processus contradictoire:

- en se renforçant, l'action révolutionnaire du prolétariat pousse la domination de la bourgeoisie à s'organiser complètement, à tendre vers son expression politique pure, à aller jusqu'au bout de ses possibilités (qu'il serait naïf de sous - estimer)

- en se perfectionnant, en se centralisant à tour de bras, la contre - révolution impulse à son tour le mécanisme de la révolution

- il est clair que cet  aiguisement général de tous les antagonismes, cette course accélérée au renforcement des deux classes de la société, ne peut connaître qu'une seule issue: une victoire décisive de l'une ou l'autre des deux classes, du prolétariat ou de la bourgeoisie, ouvrant la perspective soit d'une généralisation insurrectionnelle, soit d'une généralisation de la guerre impérialiste à l'échelle mondiale (3).

 

3) Nous nous rapportons à la situation actuelle, sans préjuger des effets d'une guerre impérialiste généralisée sur le prolétariat (cf. 1917 et 1945 pour des situations entièrement opposées).

 

Le cours contrasté, non linéaire, du rapport de forces entre les classes à l'échelle internationale est le reflet de ce qu'une victoire décisive n'a encore été arrachée, ni par la bourgeoisie, ni par le prolétariat. C'est dans ce cadre instable, d'accumulation des forces dans les deux camps, qu'il faut replacer toute évolution des rapports de forces conjoncturels et partiels dans n'importe quelle partie du monde.

 

En Pologne : préparation de la répression.

 

Comme il était prévisible (cf. «Le Communiste» n° 7), le mouvement de grève s'est arrêté pour le moment dans les principaux centres industriels, après les concessions verbales et les réformes du syndicalisme lâchées par l ' Etat bourgeois. Mais la stabilisation sociale recherchée par la classe dominante n'est toujours pas en vue. La crise économique s'approfondit continuellement. La bourgeoisie ne peut différer à l'infini les mesures d'austérité dont l'urgence lui apparaît tous les jours dans le déclin de son taux de profit. Les «nouveaux» syndicats ne pourront que s'associer à ces mesures. Cela ne fera qu'accroître la perte de confiance des ouvriers dans leur prétendue «direction».

 

À court terme, ce qui se joue en Pologne est la préparation de la répression contre les minorités les plus actives et les plus conscientes du prolétariat. À travers le filtrage de la presse bourgeoise, le mouvement de grève de l'été 1980 est apparu tantôt comme un mouvement «politique parce que libéral» (son caractère politique n'aurait pas résidé dans son affrontement à l ' Etat, mais seulement dans ses illusions démocratiques!), tantôt comme un produit de la «spontanéité pure».

 

Mais si le mouvement fut spontané, il ne le fut qu'au sens matérialiste du terme: toute lutte prolétarienne est spontanée parce qu'elle est déterminée par les besoins matériels des ouvriers, et non par un décret ou par une «bonne propagande». Cela n'est pas contradictoire avec le fait que toute spontanéité se prépare. Les grands bouleversements sociaux sont toujours précédés par une agitation générale qui s'empare du prolétariat - d'où surgissent discussions et propositions d'action - et par l'apparition de minorités d'avant - garde qui réalisent les conditions minimales pour la pulsion et l'organisation de la lutte.

 

À propos de grèves comme celles de Pologne, avec leur haut niveau de coordination et de circulation des informations (qui furent à l'origine de l'unification rapide des revendications et des méthodes de lutte), on ne peut accréditer un seul instant la thèse de la «spontanéité pure» (thèse défendue le plus souvent par ceux qui, comme Walesa, fondent leur politique sur une sordide démagogie ouvriériste). On doit au contraire affirmer (même à défaut d ' informations détaillées) que l'avancée du mouvement, comme son recul, furent préparés sur base de deux minorités: une agissant pour fortifier la lutte, l'autre pour la désagréger (les militants du KOR, Walesa, etc.).

 

La presse bourgeoise n'a fait état de l'existence d'une minorité ouvrière d'avant - garde (bien sûr pas avec ces mots) qu'au moment des plus importantes luttes de tendances au sein des MKS et lorsqu'un «noyau dur» s'opposait énergiquement à la ratification des "accords de Gdansk». Dans ce dernier cas, c'était pour opposer les prolétaires qu'elle traitait «d ' aventuristes» à ceux qu'elle qualifiait de «raisonnables».

 

À Gdansk, le 31 août, la minorité avancée ne faisait que défendre les intérêts réels de toute la classe. Si une dissociation durable devait s'établir entre cette avant - garde et les masses ouvrières en Pologne, apparaîtrait le plus grand danger pour le prolétariat.  Comme chaque fois dans des situations semblables, la politique de la bourgeoisie est de diviser d'abord, pour réprimer ensuite. En effet, contre cette fraction de la classe ouvrière qui exprime sa défiance envers l'orientation syndicale, qui comprend que la bourgeoisie n'a pas vraiment reculé, qui appelle à recommencer la lutte, la bourgeoisie n'a pas d'autre solution que la répression. Pour préparer la répression, elle commencera par jouer la carte de la scission du mouvement ouvrier.

 

A l'intérieur des frontières de Pologne, ce sera la tâche centrale des «nouveaux» syndicats: organiser les ouvriers qui se considèrent satisfaits par la prétendue «victoire de Gdansk»; renforcer leur désorientation par d'inoffensives promenades et par de pseudo- luttes qui seront appelées «manifestations» ou «grèves» selon le cas (pour préserver l'illusion d'une continuité avec le passé); repérer les éléments qui refuseront de souscrire à de telles mascarades et les isoler, en les désignant comme «provocateurs» aux yeux de leurs frères de classe.

 

A l'extérieur de la Pologne, la même tâche sera prise en charge par les démocrates du monde entier qui prôneront la «solidarité avec Solidarité», l'envoi de fonds aux adjoints des bourreaux, etc.. Le moins que nous puissions faire est de dénoncer ces défenseurs des «grandes victoires des travailleurs polonais», des «syndicats libres» et du «droit de grève»; de les démasquer en montrant qu'ils contribuent à installer l'état de siège  autour de l'avant - garde prolétarienne en Pologne, collaborant par là  à la répression future.

 

Il y a une autre tâche de solidarité internationaliste dont le déroulement des événements en Pologne n'a fait que souligner le besoin de plus en plus pressant. La lutte n'a pas manqué de combativité, mais de clarté politique sur les intérêts tant immédiats qu'historiques du prolétariat et sur l'orientation qu'il lui fallait prendre pour triompher. Les prolétaires ont été forcés de refaire l'expérience de voies qui ne conduisent qu'à affaiblir leur combat, bien que cette expérience ait déjà été faite à de multiples reprises par les ouvriers en d'autres temps et d'autres lieux. Ce qui a manqué le plus au prolétariat en Pologne est donc une organisation politique ayant tiré les leçons de l'ensemble des défaites passées, capable de les réintroduire dans le mouvement présent sous forme de claires orientations révolutionnaires.

 

La tâche primordiale de solidarité internationaliste - avec nos frères de Pologne comme des autres pays - est aujourd'hui de contribuer à la construction d'une telle organisation, d'un parti, à l'aide duquel le prolétariat pourra éviter de recommencer toujours son histoire: ses hésitations, son manque de décision et ses erreurs.

 

Notes:

(1) pour la description du mouvement de grèves de l'été 1980, cf. «Le Communiste» n° 7 (pages 2 et  suivantes).

(2) Au contraire de ce que veulent croire tous les groupes toujours prêts à flatter le mouvement tel qu'il est, cela montre que les prolétaires ne sont pas des dieux, qu ' ils ne sont pas séparés par une muraille de Chine de la merde  idéologique capitaliste.

 

 

 


CE8.4 Pologne: Quelle victoire ?