Gdansk!, Gdynia!, Wroclaw!, Varsovie!, Lublin !, …  sont à nouveau autant de bastions à l'avant‑garde de la lutte internationale du prolétariat. 1956, 1970‑1971, 1976, 1980, depuis plus de vingt ans, les grèves sauvages, les insurrections armées des ouvriers polonais rythment l'effondrement du capita­lisme dans le monde entier!

LE DECLENCHEMENT

C'est début juillet que le mouvement se déclenche, en réaction à l'annonce des hausses de prix de la viande (de 15 à 20 %) et de l'accélération des ca­dences de travail. C'est par centaines que les usines débraient dans tout le pays. Les 18 et 19 juillet, le mouvement paralyse presque entièrement la ville de Lublin (bassin sidérurgique et métallurgique distant de plus ou moins 120 kilomètres de Varsovie). "Les chemins de fer ont été paralysés, les services d'autobus perturbés, les livraisons de lait interrompues, la distribution du pain a été faite par l'armée et des débrayages ont eu lieu dans les entreprises de construction et les services de fournitures d'eau (…); des locomotives ont été abandonnées sur les voies, la vente des billets interrompue, …" (Le Monde‑19/7/1980) Les 29 et 30 juillet, ce sont quelques 2.000 débardeurs qui ont cessé le travail dans le port de Gdynia, rejoints, le 31, par les ouvriers de trois ateliers mécaniques.

Les revendications sont partout les mêmes: augmentations des salaires pour compenser l'augmentation du coût de la vie (principalement la hausse du prix de la viande) et diminution des cadences de travail. C'est sur ces bases que la grève se généralise à l'ensemble des centres industriels du pays, des dockers et métallurgistes des ports de la Baltique aux éboueurs et transpor­teurs municipaux de Varsovie, des cheminots de Lublin, aux ouvriers des turbines électriques de Wroclaw, … partout se déclenchent des grèves spon­tanées.

PAS DE SOCIALISME SANS ABOLITION DU SALARIAT

Encore une fois, les "trublions", les "bandits", les "fomentateurs", les "houligans", les "anarchistes", … bref les ouvriers révoltés, ont démontré pratiquement le caractère exclusivement capitaliste de la domination de classe en Pologne, comme dans tous les pays prétendus "socialistes". Leur lutte anéantit tous les mythes staliniens sur l'élimination à tout jamais, dans les "pays socialistes", des crises, du chômage, de l'inflation, … sur l ' inexistence des classes: d'une classe bourgeoise et d'une classe exploitée par le salariat. Toutes ces catégories incamouflables aujourd'hui ne sont, en effet, que les caractéristiques historiques d'un seul mode de production: le capitalisme.

Comme le marxisme révolutionnaire l'a démontré depuis plus d'un siècle, l'existence même d'une classe ouvrière, d'une classe qui doit vendre chaque jour sa force de travail contre un salaire, implique l'existence du capitalisme: "Le salaire est une conséquence directe du travail aliéné et le tra­vail aliéné est la cause directe de la propriété privée. En conséquence la disparition d'un des termes entraîne aussi celle de l'autre". (K. Marx ‑ Manuscrits de 1844) "Le capital suppose donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l'un de l'autre. Ils se créent mutuellement". (K. Marx ‑ Travail salarié et capital 1847)

C'est pourquoi notre communisme, lui, implique l'abolition du salariat, la destruction de la loi de la valeur, l'élimination de toute caractéristique mercantile. Le communisme n'a rien à voir avec ce capitalisme de Russie, de Chine ou d'ailleurs, peint en rouge pour camoufler aux yeux crédules l'in­fâme exploitation de l 'homme par l'homme, l'esclavage salarié, l'existence de l'argent. "Nous en avons tiré la thèse incontestable selon laquelle là où il y a argent, il n'y a pas de socialisme, ni de communisme". (A. Bordiga ‑ Tables immuables de la théorie communiste de parti 1959)

 LA GENERALISATION

Dès le déclenchement des premiers mouvements, début juillet, la bourgeoisie polonaise, se souvenant des vagues de grèves et d'insurrections passées, "lâche du lest", "louvoie pour atténuer la tension sociale". En fait, les autorités ont octroyé de 20 à 30 % d'augmentation salariale essayant par là, d'endiguer le mouvement par de rapides concessions. Mais cette précipitation à "accorder" des augmentations n'a fait que contribuer à généraliser les vagues de grèves. "Chaque fois que les ouvriers marquent avec quelque vigueur leur mécontentement, les entreprises sont en effet autorisées à céder aux revendications de salaires, et l'agitation fait tache d'huile" (Le Monde­ -26/7/1980)

Pour la bourgeoisie, cette "solution" n'en est donc pas une, car comme nous venons de le voir, " lâcher du lest" ne fait que susciter de nouvelles luttes et d'autre part, les augmentations ''octroyées" développeront inévitablement l'inflation déjà galopante. Or qui dit développement de l'inflation dit baisse du pouvoir d'achat, diminution réelle des salaires et donc pour la bourgeoisie, réapparition d'autant plus forte du "problème ouvrier". Celle - ­ci est en effet confrontée, comme ses acolytes du monde entier, à devoir prendre des mesures d'austérité, des mesures anti - ouvrières. "Le pouvoir est obligé, pour assainir l ' économie, d ' imposer l 'austérité. Il vient de constater qu'il ne pouvait même pas faire un premier pas limité dans cette voie, sans se heurter à de très vives résistances ouvrières" (Le Monde‑26/7/1980)

Pour les ouvriers non plus, des augmentations vite récupérées par l'infla­tion ne résolvent pas la pénurie de marchandises dans les magasins et les usines, les files d'attente interminables, la hausse du coût de la vie, le chômage, ... C'est pourquoi, après une légère accalmie, le mouvement de grèves sauvages a repris avec plus de vigueur et plus d'ampleur dans toute la Polo­gne. "Après le déclenchement de la grève, jeudi, parmi les 17.000 ouvriers des chantiers navals de Gdansk, tout le secteur de construction navale est touché en Pologne: arrêts de travail à "Elmor" (installations électriques), "Klimo" (climatisation), "Techmet" (installations diverses) et "Opakomet" (emballages métalliques). Mouvement de grève également à Wroclaw dans une usine d'installations industrielles, à Varsovie dans les transports en commun, à Alexandrow, dans la région de Lodz (textile) aux usines "Sandra" et "Stomil". A Gdansk, paralysée par la grève des transports en commun, les ménagères font des provisions et les gréviste            s laconiques ne répondent qu'une chose: "NOUS TIENDRONS BON" (Libération‑16/8/1980 )

En plus, outre l'érection d'un monument aux morts victimes de la répres­sion de 1970 et la réintégration de tous les grévistes licenciés aujourd'hui, les ouvriers exigent: "La dissolution du Conseil central des syndicats et la création d'un syndicat libre; une augmentation des salaires de 2.000 zlotys par mois, celle des allocations familiales, de retraite; la vente de la viande au prix antérieur à la hausse du 1er juillet; la publication de ces revendications par la presse écrite et parlée" (Le Monde‑16/8/1980)

Ces revendications marquent bien le caractère contradictoire, encore impré­gné d'illusions démocratiques, propres à ce type de mouvement spontané; des revendications essentiellement prolétariennes (comme par exemple "la dissolu­tion du Conseil central des syndicats") mêlées à d'autres plus ambiguës telles que "la création de syndicats libres". Ceux‑ci peuvent en effet être de réels organismes ouvriers, larges, ouverts à tous les prolétaires en lutte, la coordination, centralisation des comités de grève, mais également sous pres­sion conjointe des autorités et des "dissidents", se transformer en organis­mes de l'Etat bourgeois (autogestionnaires comme en Hongrie) dont la base constitutive serait moins "bureaucratique", plus populaire et plus démocrati­que. Cette dernière tendance est évidemment un des dangers les plus sérieux qui pèsent actuellement sur les luttes en cours.

Le dimanche 17 août, on apprenait que 24 comités de grève s'étaient centralisés en un comité inter‑entreprises, dans la région des ports de la Baltique, que des piquets armés de gourdins bloquaient presque toutes les usines importantes. Les autorités, tout en "restant calmes", n'en ont pas moins coupé les communications de la ville de Gdansk, isolant ainsi le bas­tion historiquement le plus dur. Des bruits alarmants circulent également sur l'arrivée à Gdansk des élèves de l'école de police de Slupsk, massacreuse de la révolte de 1970 … Si la "carotte" des réformes ne suffit pas, il y a toujours le "bâton" de la répression ouverte, …

Le mardi 19 août, ce sont 88 entreprises de la région de Gdansk, Gdynia, Sopot qui se sont coordonnées dans le comité inter ‑ entreprises. Les grèves s'étendent dans les régions de Elblag, Malbork, Szcecin (centre de l'insurection de 1970) et Tarnow.

Les plus influents pour essayer d'entraver cette généralisation fondamen­tale de la lutte, sont les "dissidents" du KOR qui insistent pour laisser au gouvernement "des portes de sortie"; à quoi des ouvriers ont répondu: "on leur laisse une porte de sortie puisqu'on les laisse gouverner" (cité par Libération‑20/8/1980) Il faudrait ajouter: pour l'instant!

L'on apprend encore dernièrement que ce sont 191 entreprises en grève qui se sont centralisées dans le "MKS" (comité inter‑entreprises).

Gierek, lui‑même, a dû intervenir dans le conflit pour ,vieille tactique bourgeoise, séparer "le bon grain de l'ivraie", "les travailleurs honnêtes" des "incitateurs à l'anarchie, à  l ' anti ‑ socialisme" (Le Monde ‑ 20/8/1980). "Oui aux revendications salariales", non, non et non aux revendications "po­litiques", voilà, en résumé la politique du gouvernement. Cela signifie, oui aux réformes (salariales mais également ouverture à la collaboration, à la "débureaucratisation" des syndicats) et non à tout ce qui pourrait mettre le système capitaliste en péril. Mais comme les ouvriers l'ont immédiatement fait remarquer: "Nous avons déjà entendu les mêmes promesses après les émeutes de 1970". Et visiblement, Gierek n'est pas parvenu, avec son discours, à désamorcer le mouvement.

Pour tous les bourgeois, le danger est que le mouvement échappe au contrôle de ses "responsables" et "dégénère" dans la violence et l'insurrection. Il est clair aujourd'hui que la combativité exemplaire dont font preuve les grévistes se manifeste par le caractère de plus en plus massif de la lutte, tandis que le mouvement de 1970‑1971 et celui de 1976 étaient principalement remarquables par leur aspect directement insurrectionnel, l'attaque frontale contre l'Etat (comme par exemple la mise à sac des sièges du parti "ouvrier" en 1970 à Szczecin et en 1976 à Radom) Cette différence trouve sa principale raison dans l'attitude de l'Etat qui, contrairement à ce qu'il a fait dans le passé, a immédiatement réagi par la conciliation, les compromis et pas encore, par la répression ouverte. Mais jusqu'où la bourgeoisie pourra‑t‑elle composer, alors que le mouvement se développe de plus en plus?

"LES DERNIERES CHANCES DE SAUVER LE CAPITALISME EN POLOGNE"

Face aux tentatives d'organiser et de généraliser le mouvement (notamment par l'exigence de publier les revendications des grévistes dans la presse écrite et parlée), la bourgeoisie joue la carte de la démocratisation, de la reconnaissance de l'existence de "frustrations réelles". "Tribuna ludu" or­gane du parti "ouvrier" unifié, reconnaît des "frustrations réelles", mais estime que "les arrêts de travail ne sont pas de nature à remédier à cette situation"!

A la question angoissée de la bourgeoisie "comment sortir de l'impasse", son aile démocratique répond qu'il faudrait "prendre sans tarder l'initiative de profondes réformes de structure qui permettraient de créer le climat de confiance indispensable à la mobilisation des énergies et à l'acceptation des sacrifices" (M. Rakovski, membre du comité central du POUP cité par Le Monde) En clair, il s'agit de, sans tarder, réformer la dictature du capital dans le sens de son renforcement démocratique; d'échanger quelques aménagements (comme par exemple le "droit" de célébrer la messe à la télévision), quelques oripeaux  libéraux, contre la réalité du durcissement de l'exploitation capitaliste. Camoufler le  poing de fer de sa dictature dans le gant de velours de la démocratie!

Depuis toujours les dictatures les plus féroces ont fait très bon ménage avec les églises. Sabre et goupillon sont les meilleurs emblèmes de la domi­nation capitaliste. Pour "adoucir" la sinistre réalité de la survie terrestre

même dans les "paradis socialistes" rien de tel que les mirages et promesses d'une vie dans un au‑delà mirifique. A la suite de Staline qui fit rouvrir les églises, les dirigeants polonais ont compris qu'il ne leur coûterait pas grand chose de libéraliser l'opium religieux. Pour ceux‑ci, il vaut mieux prier que faire la grève, il vaut mieux espérer platoniquement que trans­former le monde.

Dans la même tendance réformatrice, un autre membre du comité central du POUP, J. Lukaszewicz "a reconnu que les syndicats officiels et les comités d'autogestion ouvrière avaient failli dans certains cas à leur devoir de représenter les intérêts authentiques des travailleurs". Il a également pré­conisé de "nouvelles formes" d'action syndicales et s'est prononcé en faveur de l'incorporation dans les comités d'entreprises de représentants des "comi­tés de grève" élus par les grévistes lors des arrêts de travail" (Libération­14/8/1980)

Peut‑on être plus clair dans la manœuvre ? Encore une fois, après les syndicats, les soviets, les commissions ouvrières,... la bourgeoisie ressort sa vieille et efficace tactique: reconnaître, légaliser, intégrer,... vider de leur contenu les organes de la lutte prolétarienne, pour en faire de simples régulateurs de l'exploitation capitaliste, de simples organes de la gestion.

Evidemment, les "dissidents" du KOR (comité d'auto‑défense sociale) ou d'autres s'entendent à merveille pour souffler dans la même petite trompette bourgeoise. A coup d'offices religieux, de grands discours sur "les droits de l'homme", sur "la liberté", " l ' indépendance",… au  son de l'hymne national … ils ne font qu'essayer de dénaturer le mouvement ouvrier, de la détourner vers les voies réformistes et nationalistes. Ces "dissidents" ne sont en effet rien d'autre qu'une des expressions de la nécessité pour la bourgeoisie de temporiser, d'introduire dans l'arsenal répressif de l'Etat les mystifi­cations religieuses, voire parlementaires et électorales. Ils ne sont que le complément libéral du mythe des "pays socialistes".

Ce n'est évidemment pas par hasard que le fameux KOR‑KSS détient le mono­pole (presque la propriété!) des informations journalistiques concernant les mouvements de grève depuis leur déclenchement, y renforçant dans "leur interprétation", sans nul doute, les tendances chauvines, conciliatrices et légalistes que tout mouvement de classe, dans un tel contexte, charrie inévi­tablement.

Le KOR déclare sans détours: "agir dans un cadre légal et non ‑ clandestin (…), pour le respect des droits des travailleurs définis par la constitution polonaise" (…) et ce dans la perspective "d'améliorer la situation écono­mique du pays par des réformes à petit pas" et tout cela pour "l'indépendance nationale et la démocratie". Il déclare en outre (déclaration du 2/7/1980 parue dans Imprécor) que "la forme de lutte ouvrière la plus efficace pour les intérêts des travailleurs et de toute la société, et surtout la moins dangereuse pour la nation, est l ' auto ‑ organisation au sein des entreprises, l ' élection démocratique de représentants ouvriers indépendants pour qu'ils pré­sentent au nom de tous les travailleurs, les revendications, mènent les négo­ciations avec les autorités, dirigent l'action ouvrière de façon responsable mais résolue" (nous soulignons) Quelles limpides tentatives pour saboter un  mouvement, pour le limiter dans le cadre légal, dans celui corporatiste de l'usine et cela pour le plus grand bien, non pas des ouvriers, mais de la nation! Qui parmi les bourgeois du monde pourrait ne pas applaudir un tel discours, plein de cette responsabilité puante que tous les gouvernements préfèrent évidemment à l ' "irresponsabilité" de l'insurrection prolétarienne, à l '  infantilisme" de la violence ouvrière, exemplaires pour tous les prolé­taires lors des émeutes de 1970 et 1976?

Mais si ces réformes et les appels au calme ne suffisent pas, l'Etat est prêt à "compléter" la démocratisation par les massacres, les emprisonnements, les camps de travail,… Celui‑ci dispose d'ailleurs d'encore une arme: le chantage à l'intervention armée soviétique. Mr Babiuch, premier ministre a, en effet, lors de son discours radio‑télévisé, fait des allusions à "nos amis fidèles qui pourraient se montrer inquiets" et à "des amis sûrs qui se soucient de nos difficultés …" Menaces à peine voilées, mais qui s'adressent à une classe ouvrière mobilisée et qui a déjà démontré par le passé sa volonté com­bative. Il est clair que si le chantage à l'invasion est déjà largement utili­sé, celle‑ci ne verra le jour qu'en dernière instance, dans le cas où les cartes démocratiques ne parviennent pas à endiguer les luttes ouvrières.

Tous les mouvements du passé ont en effet été liquidés par la réforme et la répression policière, comme en 1971, par le remplacement du trop stalinien Gomulka par le libéral Gierek, accompagné de quelques promesses salariales, assurant ainsi l'essentiel: la continuité du régime capitaliste.

D'autant plus que les répercussions d'une invasion militaire soviétique contre les ouvriers insurgés, tant en Pologne qu'en URSS même, risquent fort d'être l'étincelle mettant le feu aux poudres, entraînant plusieurs pays dans le brasier incandescent de l'insurrection prolétarienne. N'oublions pas qu'à peu près au même moment (mai 1980) se déroulaient en URSS d'importantes grèves dans les plus grandes usines d'automobiles, à Togliattigrad et à Gorki.

Il nous faut encore replacer le développement de l'agitation sociale en Pologne dans le contexte de l'antagonisme croissant entre les deux grandes constellations impérialistes, poussées de plus en plus, par la crise, l'une contre l'autre. L'affaiblissement actuel du camp soviétique provoqué par le développement de la lutte de classe dans plusieurs pays, URSS y compris, est une "bonne" raison, dans le camp américain pour intensifier et développer les préparatifs guerriers tant idéologiques que matériels.

Ce n'est évidemment pas par hasard que l'ensemble de la presse ouest- euro­péenne (stalinienne comprise) salue les mouvements ouvriers, non pas dans ce qu'ils ont de prolétariens, mais salue en eux, leurs altérations bourgeoises, nationalistes (anti ‑ russe), réformistes et démocratiques. Cet empressement et la publicité disproportionnée faite aux "dissidents", de plus en plus présen­tés comme la direction "spirituelle" des grèves, rentrent parfaitement dans les campagnes pour les droits de l'homme, anti ‑ russe (cf. la question ultra­spectaculaire des "jeux" olympiques) … de  préparation idéologique ‑l'idéo­logie devenant de plus en plus force matérielle‑ à la guerre impérialiste.

Et il est clair que les événements d'aujourd'hui qui matérialisent la force historique de notre classe, renforcent dialectiquement l'intensifica­tion de la marche forcée de la bourgeoisie mondiale vers "sa solution" à la crise: la guerre généralisée. Le développement de la lutte prolétarienne est aussi le développement des mesures et des mystifications anti ‑ ouvrières, ren­forçant ainsi la lutte entre les classes, l'antagonisme irréconciliable entre prolétariat et bourgeoisie. Le spectre de la lutte ouvrière, ne fait que recommencer à hanter les cerveaux de la bourgeoisie.

CONCLUSION PROVISOIRE

Si à l'heure où nous imprimons cette revue, nous ne pouvons pas prévoir exactement la manière dont les grèves évolueront, ce que la prévision mar­xiste nous permet d'affirmer, c'est que ces luttes, comme celles de Bolivie ou de Corée, ne sont que l'avant‑garde d'une vague de fond qui touchera non seulement les pays capitalistes de l'est mais aussi ceux de l'ouest, du nord  et du sud! S'il est probable que les grèves cesseront après une série de compromis et de promesses lâchées par la bourgeoisie, accompagnées ou non d'une répres­sion ouverte (cela dépend du rapport de force entre ouvriers et l'Etat après les conflits), cette "solution" ne fait que déplacer le problème un peu plus loin et le rend plus aigu. La crise ne peut que s'aggraver de plus en plus et donc reprendre, par le biais de l'inflation, toutes les concessions sala­riales, ne laissant aux ouvriers qu'une plus grande volonté de combattre et la reconnaissance de plus en plus consciente de leurs ennemis "communistes" et démocrates.

Mais il est tout aussi important de constater le poids encore excessivement lourd des préjugés chauvins, des illusions démocratiques et de l'opium reli­gieux qui pèse sur notre mouvement. Dramatiquement, ces tares bourgeoises ne sont pas encore contrées par une puissante théorie révolutionnaire, mise en action par un parti vraiment communiste. Mais les communistes et les ouvriers du monde n'en restent pas moins actifs. Devant d'aussi importantes actions de leur classe, ils travaillent activement à la solidarité de classe, non pas en envoyant des télégrammes ou autres voeux de bonne santé, mais en intensifiant leur lutte dans tous les pays.

‑ Ne pas céder aux campagnes nationalistes et aux exhortations à se sacrifier devant l'autel de l'union sacrée pour la défense du "socialisme" ou de la dé­mocratie!

‑ Appliquer, dès aujourd'hui, l'arme internationale du défaitisme révolution­naire!

‑ Lutter, sans aucune trêve , contre "sa propre" bourgeoisie!

‑ Aucun compromis avec "sa" bourgeoisie contre une autre, mais classe contre classe, prolétariat mondial contre bourgeoisie de tous les pays!

Telle est la seule façon de se solidariser réellement avec la lutte des ouvriers en Pologne. Et c'est au travers de ces luttes internationalistes, que pourra se forger l'arme de la révolution communiste, son parti.

Le 20/8/1980

" La guerre civile c'est la guerre des classes: prolétariat contre bourgeoisie. Formule simple, trop simple pour ceux qui prennent prétexte de la complexité que revêtent les situations actu­elles, pour compliquer les vérités essentielles de l'action prolétarienne, les défigurer, les falsifier Mais ils effectuent cette complica­tion en enlevant l'objectif sans lequel la guerre civile est inconcevable: celui de la destruction violente de l'Etat capitaliste, la construction d'un Etat opposé: l'Etat prolétarien."

Bilan n°38 ‑ janvier 1937


CE7.1 Pologne: Les ouvriers contre l'Etat capitaliste