PRESENTATION

"Le marxisme n'est pas la biologie du capital, MAIS SA NECROLOGIE"

L'action que nous avons menée depuis un an nous permet aujourd'hui d'étendre notre activité organisée et organisative. Le développement de l'action du Groupe Communiste Internationaliste se concrétisera notamment par la publication de deux embryons de revues territoriales : l'une en France, "Parti de Classe", l'autre en Belgique, "Action Communiste". Ces publications se veulent être des guides pour l'action des ouvriers d'avant-garde dans les luttes d'aujourd'hui. Elles seront beaucoup plus centrées sur la concrétisation de nos positions fondamentales, sur les réponses effectives à apporter aux problèmes posés par les luttes ouvrières.

En corollaire à cet effort, notre revue "Le Communiste" devient l'organe central en langue française de notre organisation ("Comunismo" étant notre organe central en espagnol) et s'orientera vers un développement plus approfondi, plus argumenté, de nospositions programmatiques fondamentales. La périodicité même de notre revue centrale se transforme de bimestrielle en trimestrielle, afin de mieux correspondre à l'équilibre relatif à réaliser entre ces embryons de revues territoriales et l'organe central de développement programmatique. Celui-ci matériali­se la centralisation internationale (à la fois géographique et historique) que se donne tendanciellement tout organisme prolétarien. D'autres se féliciteraient de ce "pas en avant", "s'auto-congratuleraient" ...; nous considérons, plus modeste­ment, que cet effort important, en regard de nos faibles forces, retarde encore tragiquement sur les besoins et la pratique réelle des luttes ouvrières; autant que celles-ci sont décalées vis-à-vis de la réalité catastrophique de la crise capitaliste.

Le sensdans lequel travaille notre organisation est celui de la reformation du Parti Communiste, reformation qui matérialisera la capacité historique du pro­létariat de détruire définitivement la bête capitaliste.

"Le parti ouvrier - le vrai - n'est pas une machine à manoeuvres parlementai­res, c’est l'expérience accumulée et organisée du prolétariat. C'est seule­ment à l'aide du parti, qui s'appuie sur toute l'histoire de son passé, qui prévoit théoriquement les voies de développement, toutes ses étapes, et en ex­trait la formule de l'action nécessaire, que le prolétariat se libère de la nécessite de recommencer toujours son histoire, ses hésitations, son manque de décision, ses erreurs" (Trotsky, Les leçons de la Commune, 1921). C'est pourquoi, pour le prolétariat, la réappropriation de sa propre histoire conditionne son action présente et donc future.

Face à la gangrène réformiste et démocratique, nous réaffirmons le contenu invariant du mouvement communiste : "DICTATURE DU PROLETARIAT POUR L'ABOLITION DU TRAVAIL SALARIE".

Ce mot d'ordre, véritable frontière de classe, représente le lien indisso­ciable unissant le mouvement, nécessairement dictatorial et terroriste, au but, la communauté humaine mondiale. Alors qu'aujourd'hui encore plus qu'hier l'anta­gonisme prolétariat/bourgeoisie passe par celui "Dictature du prolétariat pour l'abolition du travail salarié" ou "Dictature du capital pour la perpétuation de la domination de l'homme par l'homme", nous agissons dans le sens d'assumer l'en­semble des tâches que le mouvement communiste nécessite, en rejetant toutes les séparations capitalistes : économie/politique, classe/parti, être/conscience, ac-


3 tion/théorie…

LE MOUVEMENT SOCIAL COMMUNISTE

Toute l'histoire des luttes ouvrières dans le monde montre une constante : les phases de révolution sont des moments d'unification, de centralisation qui se matérialisent dans la constitution du prolétariat en classe (tendance à se cons­tituer en classe pour soi) et donc en parti; les phases de contre-révolution sont des moments de séparation, de parcellisation, se concrétisant par la négation pratique de la classe ouvrière, par le règne bourgeois de l'individu atomisé, du citoyen.

Les phases révolutionnaires expriment le plus consciemment le projet social communiste et les moyens pour l'imposer; la dictature du prolétariat pour l'abo­lition du travail salarié. Par contre, les phases de contre-révolution imposent et maintiennent les rapports de production capitalistes par la terreur démocratique.

Le mouvement social communiste, dans son essence tend donc à s'unifier, à se centraliser en parti, pour agir de plus en plus comme une totalité organique d'é­tendant ses intérêts de classe. Cette unification qui se réalise progressivement dans et par la dictature du prolétariat est en même temps la réappropriation par le prolétariat de l'ensemble du produit social et la conscience de cette réappropriation. En effet, contrairement à la lutte de toutes les autres classes révolutionnaires de l'histoire, la lutte du prolétariat n'est pas sous-tendue par l'ex­istence et le développement d'un nouveau mode de production et de domination.

Le développement du capitalisme et la lutte de la classe qui le portait, la bourgeoisie, se déroulaient simultanément et antagoniquement au mode de produc­tion féodal ou "asiatique". Par contre, la lutte de prolétariat contre le mode de production capitaliste ne s'appuie pas sur l'existence d'un nouveau système de production et d'exploitation, mais vise à  les abolir tous, par la réappropria­tion et la transformation de l'ensemble de la production sociale accumulée par toute l'histoire des sociétés divisées en classes. C'est pourquoi également le prolétariat est la première classe (et la dernière) de l'histoire (pré-histoire!) à être à la fois classe révolutionnaire et classe exploitée.

Le communisme est donc bien "le mouvement réel qui abolit l'ordre établi" (Marx 1847).

"Le communisme est la vraie solution de l'antagonisme entre l'homme et la na­ture, entre l'homme et l'homme, la vraie solution du conflit entre l'exis­tence et l'essence, entre l'objectivation et l'affirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre 1'individu et l'espèce. Il est l'énigme réso­lue de l'histoire et il en est conscient" (Marx l844).

"Le communisme est la connaissance d'un plan de vie pour l'espèce humaine" (Prométéo 1952).

Les conditions et les déterminations de la lutte prolétarienne sont donc radicalement différentes de ce qui conditionnait les luttes des classes du passé. Pour le prolétariat, qui n'a aucun nouveau système d'exploitation à imposer, la connaissance de son être en mouvement (et donc de son but) est une nécessité pour sa victoire.

Cette connaissance n'est pas extérieure à son mouvement mais son mouvement est tendanciellement conscience de lui-même :


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"... C'est, pour le prolétariat, un besoin vital, une question de vie ou de mort que d'atteindre à la vision la plus parfaitement claire de sa situation de classe; parce que sa situation de classe n'est compréhensible que dans la connaissance de la société totale; parce que ses actes ont cette connaissan­ce pour condition préalable, inéluctable.

L'unité de la théorie et de la praxis (NDR : comprise comme pratique sociale) n'est donc que l'autre face de la situation sociale et historique du prolétariat; du point de vue du prolétariat, connaissance de soi-même et connaissance de la totalité coïncident, il est en même temps sujet et objet de sa propre connaissance". (Lukacs, "Qu'est-ce que le marxisme orthodoxe" 1919)

La lutte des classes révolutionnaires du passé pouvait avoir (et avait) une conscience bornée, partielle, idéologisée (véhiculant une idéologie, une fausse conscience); la lutte du prolétariat, par contre, est une lutte qui par essence tend à dévoiler toutes les idéologies, tous les mystères, de la société.

"C’est justement parce que le prolétariat ne peut se libérer comme classe qu'en supprimant la société de classes en général, que sa conscience, la dernière conscience de classe dans l'histoire de l'humanité, doit coïncider d'une part avec le dévoilement de l'essence de la société, et d'autre part, devenir une unité toujours plus intime de la théorie et de la praxis". (Lukacs, "Histoire et conscience de classe", 1919)

Nous touchons ici l'une des clefs de voûte du marxisme (conçu non comme le produit de l'individu Marx - "moi, je ne suis pas marxiste" (Marx) - mais comme l'unité dialectique de la pratique et de la théorie du mouvement ouvrier, de ses origines à sa disparition); l'unité indissociable entre l'être et la conscience, la lutte économique et la lutte politique, le but et le mouvement... Hegel, cité par Lukacs, énonce à ce propos une remarque terminologique de la plus haute im­portance lorsqu'il écrit : "De la même façon les expressions : unité du sujet et de l'objet, du fini et de l'infini, de l'être et de la pensée, etc., présentent cet inconvénient que les termes d'objet et de sujet, etc., désignent ce qu'ils sont en dehors de leur unité; dans leur unité ils n'ont plus le sens que leur expres­sion énonce" (« Préface à la phénoménologie »).

En effet, notre langue même n'est que le reflet superstructurel des rapports de production capitalistes et en porte tous les stigmates, précisément sur tout ce qui touche, non les séparations et réifications, mais le processus d'unifica­tion dialectique. Comme nous n'allons pas "inventer" une nouvelle langue, nous sommes contraints d'utiliser les catégories du capital, en soulignant chaque fois leur liaison avec la totalité du processus, leur donnant ainsi un contenu dyna­mique et révolutionnaire qui échappe si l'on prend les termes et concepts en soi (spécialité du matérialisme bourgeois, vulgaire).

Tout l'acharnement de la contre-révolution s'est justement centré à dichotomiser, à rendre statiques et partiels les éléments fondamentaux de la praxis ouvrière. Que ce soient les réactions bourgeoises de type stalinien, kautskyste ou anti-autoritaire, toutes visent à séparer la dynamique qui anime le prolétariat et sa conscience. En ce sens toute proposition unilatérale porte en germe la dé­viation bourgeoise; ainsi, lorsque Lénine affirme "sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire", nous ajoutons immédiatement : "sans mouvement révolutionnaire, pas de théorie révolutionnaire".

Fétichiser l'une ou l'autre de ces affirmations sans voir leur lien dialec­tique, sans voir qu'elles ne sont justes que l'une par rapport à l'autre, a amené deux déviations bourgeoises des plus importantes aujourd'hui : l'idéologie "léni­niste" et l'idéologie "anti-léniniste" (dont les prémisses bourgeoises sont en fait identiques). Ces déviations se répercutent, en effet, dans toute la praxis ouvrière, divisant l'unité entre lutte politique et lutte économique, entre but


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et mouvement. Elles amènent les pires aberrations théorisées d'une part par la contre-révolution stalinienne (1) : conscience extérieure à la classe ouvrière apportée à la masse par des intellectuels bourgeois, marxisme comme science dans le sens idéologique, parti "politique" et classe "économique";... et d'autre part par celle conseilliste : auto-conscience acquise plus ou moins spontanément, parti "anti-substitutionniste" et classe consciente dans son ensem­ble, démocrétinisme,...

Ces idéologies visent à instaurer une coupure théorique et pratique entre la classe et son parti. Elles ne font en fait qu'exprimer la contre-révolution, c'est-à-dire la négation de la classe ouvrière par le capital, et elles sont des produits évidents des défaites passées du mouvement communiste. Nous renvoyons donc dos à dos tous les groupes et organisations se situant dans 1'un ou l'autre de ces courants.

Pour nous, et depuis toujours, les communistes ont insisté sur l'aspect in­dissociable et unitaire de la lutte ouvrière, Marx le premier lorsqu'il disait "Toute lutte de classe est une lutte politique".

Nous avons insisté sur l'aspect unitaire et conscient des luttes ouvrières. Il va sans dire que cette conscience n'est ni acquise une fois pour toutes, ni acquise simultanément à l'action ouvrière. En effet, le moteur de la lutte prolé­tarienne n'est pas sa conscience, mais avant tout les conditions matérielles de plus en plus insupportables que lui impose le capital. Ce sont les déterminations économiques, sa misère croissante, qui contraignent la classe ouvrière, qu'elle le veuille ou non, à lutter. Le prolétariat est donc non seulement contraint d'être révolutionnaire, mais aussi de devenir conscient de ce qu'il fait. La cons­cience de classe du prolétariat est un processus en devenir qui se généralise à l'ensemble de l'humanité - période de transition. Le communisme est la disparition en une synthèse supérieure, par un processus d'extension-extinction, de tou­tes ses préfigurations : classe, parti, Etat.

D'une manière générale, l'action de classe précède la conscience, et celle-ci ne s'exprime de manière visible qu'au travers de minorités ouvrières (2) agis­santes au sein de leur classe. Et l'aspect minoritaire de la conscience de clas­se restera une donnée certaine jusqu'à un stade avancé du processus révolution­naire, pour s'élargir à des couches de plus en plus larges d'ouvriers pendant la période de dictature du prolétariat. La révolution communiste est donc principiellement anti-démocratique.

(1) Ces déviations bourgeoises prennent réellement leurs racines dans les conceptions fausses de Lénine héritées de Kautsky : "Lénine et les siens transportent unilatéralement la dialectique dans l'objet, c'est-à-dire dans la nature et l'his­toire, et décrivent la connaissance comme simple reflet et reproduction passifs de cet être objectif dans la conscience subjective; par là ils ruinent effective­ment tout rapport dialectique entre l'être et la conscience et par une conséquence nécessaire, entre la théorie et la praxis" (Karl Korsch : "Marxisme et philoso­phie")

(2)  minorités car nous luttons au sein et contre la société capitaliste, et que dans celle-ci, l'idéologie dominante et donc majoritaire est nécessairement cel­le de la classe dominante.


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Marx souligne cette caractéristique lorsqu'il écrivait : "Peu importe ce que tel ou tel prolétaire ou même ce que le prolétariat tout entier s'imagine être son but, momentanément. Ce qui importe, c'est ce qu'il est réellement et c'est ce qu'il sera historiquement contraint de faire conformément à son être. Son but et son action historiques lui sont tracés visiblement et irrévocablement, dans les circonstances mêmes de sa vie comme dans toute l'organisation de la société bour­geoise actuelle" ("La sainte famille").

Si nous avons indiqué ici le processus général - l'action précédant la cons­cience - il nous faut insister tout aussi énergiquement sur la tendance interne à ce processus, celle du renversement de la praxis où, pour des fractions de plus en plus importantes du prolétariat, la volonté consciente tend à déterminer l'ac­tion (celle-ci devenant de plus en plus action consciente)... Ce processus fonda­mental du renversement de la praxis n'est pas l'apanage ou la propriété privée de tel ou tel parti formel, mais un mouvement réel qui se concrétise et s'exprime au travers de noyaux, groupes, fractions, voire individus, communistes. Ceux-ci ont "en retour" pour tâche de s'unifier, de se centraliser internationalement pour, sur base de leur convergence practico-théorique, constituer le parti communiste mondial.

Le parti de la révolution est à la fois un fait de conscience et un fait de volonté, plus précisément un effort conscient tendu vers un but. Le parti cris­tallise, centralise la tendance du prolétariat à se donner un programme unique et une seule direction pour l'action. Il prépare et dirige la lutte armée interna­tionale et internationaliste pour la suppression de tous les Etats capitalistes et pour l'instauration de l'Etat ouvrier mondial (dictature mondiale du proléta­riat), L'organe-parti est constitué avant et pendant les batailles décisives, lorsque le prolétariat rejoint de plus en plus massivement la ligne historique de son programme communiste.

"La classe vit, lutte, avance, vainc, grâce à l'oeuvre des forces qu'elle a engendrées dans les douleurs de l'histoire. La classe part d'une homogénéité immédiate de situation économique, qui nous apparaît comme le premier moteur de la tendance à dépasser, à briser l'actuel système de production mais pour assumer cette tâche grandiose, elle doit avoir une pensée propre, une volonté propre visant précisément à atteindre les buts que la recherche et la critique ont définis, une organisation de combat propre qui canalise et uti­lise avec le meilleur rendement les efforts et les sacrifices. Tout cela, c'est le parti." (Bordiga, Parti et classe, 1921)(souligné par nous)

INVARIANCE REELLE CONTRE INVARIANCE FORMELLE

"Nous avons vu précédemment comment la contre-révolution multiforme en reve­nait toujours à diviser le mouvement, à le fétichiser pour l'avilir et le vider de son contenu révolutionnaire, ne laissant plus que les formes (remplies d'un nouveau contenu bourgeois) à adorer aux générations de "militants" hypnotisés. Et de voir de tous côtés les "polémiques" vaseuses, à coup de citations : défen­se du Parti contre les Conseils (ou inversément), pour en fin de compte tous en­tériner "l'oeuvre" de la contre-révolution : la scission entre parti et classe, entre théorie et pratique. Tous ces "débats", vestiges de la phase contre-révo­lutionnaire, ont en commun (outre le vide réel quant au contenu), de tourner au­tour de la fameuse et fausse problématique de l'invariance formelle contre les innovations tout azimut.

S'il y a bien une certitude, c'est que la bourgeoisie a toujours attaqué la


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théorie communiste simultanément sur ces deux aspects : à la fois par la falsifi­cation ouverte, les déformations, les "dépassements" et autres innovations, et cela au nom de "l'orthodoxie" la plus stricte, de "l'invariance", de la lettre des "textes sacrés" (?!)... Kautsky fut en son temps un grand spécialiste dans ce domaine, car tout son travail s'est centré sur la démolition systématique des fondements révolutionnaires et subversifs de l'oeuvre de Marx, et ce au nom de Marx lui-même ("interprétant le maître" dans le sens de la réforme du capital et non de sa destruction de fond en comble; allant jusqu'à interdire la publication de textes qui comme par hasard traitaient de la question militaire - écrits mili­taires- ou de la fin catastrophique du mode de production capitaliste - les Grundrisse -).

Mais pour nous, communistes, ce qui nous importe n'est pas telle ou telle ci­tation de Marx, de Lénine ou de Bordiga, voire de telle ou telle position prise à tel moment, mais au-delà des expressions plus ou moins claires, saisir le con­tenu invariant, le fil rouge liant la démarche communiste de toujours se situer du côté de la lutte ouvrière, contre toutes les barrières capitalistes. Au-delà de la compréhension à un  moment donné, au-delà des expressions formelles, au-de­là de la conscience exprimée par les drapeaux ou les textes ouvriers, la vérita­ble lutte immédiate de la classe ouvrière contre l'exploitation a toujours été -hier, aujourd'hui, demain -  anti-frontiste, anti-démocratique, anti-nationale.

La bourgeoisie aura toujours des philosophes nouveaux ou anciens pour tenter de démontrer l'existence d'une filiation entre le parti "communiste" d'URSS d'au­jourd'hui et le parti communiste bolchevique de 1917; entre des crapules à la Staline, Brejnev ou Mao et des chefs prolétariens tels que Lénine, Trotsky ou Luxembourg. Nous, par contre, nous revendiquons toujours le contenu de classe et donc la rupture séparant les révolutionnaires du passé de l'utilisation de leur nom  ou de leur momie qu'en fait aujourd'hui la bourgeoisie.

La force matérielle de l'idéologie dominante s'exprime justement dans sa ca­pacité à avilir, à vider la théorie révolutionnaire de son contenu subversif, tout en maintenant formellement devant les yeux des prolétaires les noms des com­munistes du passé pour "justifier", en leurs noms, la pratique actuelle de la bourgeoisie.

"Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récom­pensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'en­tourer leur nom d'une certaine auréole, afin de "consoler" les classes oppri­mées, de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. C'est sur cette façon d'"accommoder" le marxisme que se rejoignent aujourd'hui la bourgeoisie et les opportunistes du mouvement ouvrier. On oublie, on re­foule, on altère le côté révolutionnaire de la doctrine, son âme révolutionnaire. On met au premier plan, on exalte ce qui est ou paraît être accepta­ble pour la bourgeoisie. Tous les social-chauvins sont aujourd'hui "marxis­tes" - ne riez pas!" (Lénine, L'Etat et la Révolution, 1917)

Face à tous ces avilissements, nous répétons ce que disait déjà "BILAN" (3) "L'oeuvre de Lénine, Luxembourg, Liebknecht est au-dessus de toute falsifica­tion, de toute intrigue. On peut changer les mots, interpréter des phrases, des textes, publier des brochures, mais 1'on ne parviendra jamais à changer

(3) cf. "Deux époques : en marge d'un anniversaire", republié dans notre revue "Le Communiste" n°2.


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le caractère, la direction, la signification d’événements historiques buri­nés dans la chair _du prolétariat mondial. C'est cela qu'il faut apprécier pour juger ces révolutionnaires et c'est la seule méthode digne du marxisme. Qu'après cela on puisse venir nous montrer un article de Lénine approuvant le "socialisme en un seul pays" alors que toute sa vie fut une glorification de l'internationalisme conséquent, que l'on puisse nous mettre sous le nez des appréciations démocratiques de Rosa, alors qu'elle fut assassinée par des dignes canailles démocratiques, ces méthodes de falsification ne pour­ront que rencontrer notre opposition farouche et absolue".

Combien de fois ne nous a-t-on pas agité devant les yeux tel ou tel texte de Marx justifiant les libérations nationales (nous avons relevé dans son oeuvre au moins 6 positions différentes sur cette question, cf. "Comunismo" n°5) alors que pour nous, le génie de Marx est d'avoir pu, lorsque le mouvement ouvrier tranchait pratiquement et définitivement, le caractère contre-révolutionnaire de ces luttes, jeter aux orties toutes ses positions antérieures et hisser bien haut la seule position communiste : "contre la bourgeoisie des deux camps nationaux, pour la guerre civile révolutionnaire du prolétariat et son unification mondiale" (cf. position prise en 1844 sur la Pologne, mais explicitement et pour nous défi­nitivement affirmée à partir de 1871 : soutien de la Commune contre la guerre franco-prussienne).

Nous pourrions ainsi reprendre chaque position chaque expression ouvrière, chaque chef prolétarien pour démontrer la réalité de l'invariance; invariance non de la forme mais du contenu des luttes qui ont animé et animeront la classe ou­vrière : l'invariance de sa lutte contre le capital et donc l'invariance réelle de la théorie communiste. "Le chemin de la conscience dans le processus histori­que ne s'aplanit pas, au contraire, il devient toujours plus ardu et fait appel à une toujours plus grande responsabilité. La fonction du marxisme orthodoxe -dé­passement du révisionnisme et de l’utopisme- n'est donc pas une liquidation, une fois pour toutes, des fausses tendances; c'est une lutte sans cesse renouvelée contre l'influence, pervertissante des formes de la pensée bourgeoise sur la pen­sée du prolétariat. Cette orthodoxie n'est point la gardienne des traditions, mais l'annonciatrice toujours en éveil de la relation, entre l'instant présent et ses tâches par rapport à la totalité du processus historique" (Lukacs, "Qu'est-ce que le marxisme orthodoxe" 1919; souligné par nous).

JOURNAL COMMUNISTE : ORGANISATEUR COLLECTIF

Nous avons vu précédemment le lien indissociable entre théorie et pratique et la fonction centralisée et centralisatrice des minorités communistes. Toute l'action de celles-ci vise à représenter dans chaque lutte immédiate l'intérêt du mouvement total. C'est pourquoi ils n'ont pas à remplir telle ou telle tâche particulière mais assument globalement tout ce que nécessitent les luttes aujourd'hui, en intégrant leur dynamique dans la perspective révolutionnaire future. A l'image de leurs tâches, le journal communiste n'est pas d'une part "la théorie" et d'au­tre part "l'agitation", en encore "le phare des idées" devant guider les luttes (version léniniste ou conseilliste). Il remplit à la fois une fonction théorique et pratique. Il est directement, un organisateur collectif. Il tend à centraliser la pratique de l'ensemble des luttes ouvrières radicales pour en retour pouvoir toujours plus précisément orienter, organiser, diriger ces luttes dans le sens communiste. Lénine nous semble avoir le mieux précisé ce rôle centralisateur que doit avoir la presse révolutionnaire :

"Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l’éducation politique et au recrutement d'alliés politiques. Il n'est pas seu-


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lement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organisateur collectif. On peut à cet égard le comparer à l’échafaudage dressé autour d'un bâtiment en construction; il ébauche les contours de l'é­difice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d'embrasser l'ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l'aide et à propos du journal se cons­tituera d'elle-même une organisation permanente, qui ne s'occupera pas seu­lement d'un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses mem­bres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d'agir sur ces événements. Les problèmes techniques - la fourniture dûment organisée au journal de matéri­aux, sa bonne diffusion - obligent déjà à avoir un réseau d'agents locaux au service d'un seul et même parti, d'agents en relations personnelles les uns avec les autres, connaissant la situation générale, s'exerçant à exécuter régulièrement les diverses fonctions fragmentaires d'un travail à l'échelle de toute la Russie, s'essayant à la préparation de telle ou telle action révolutionnaire. Ce réseau d'agents sera justement la carcasse de l'organisa­tion qui nous est nécessaire : suffisamment étendue pour embrasser tout le pays; suffisamment large et diverse pour réaliser une division du travail stricte et détaillée; suffisamment ferme pour pouvoir en toutes circonstances, quels que soient les "tournants" et les surprises, poursuivre sans dé­faillance sa besogne propre, suffisamment souple pour savoir, d'une part, éviter la bataille à découvert contre un ennemi numériquement supérieur qui a rassemblé toutes ses forces sur un seul point, et, d'autre part, profiter du défaut de mobilité de cet ennemi et tomber sur lui quand et où il s'y at­tend le moins. (...)

Pour arriver à ce degré de préparation au combat, il faut l'activité permanente d'une armée régulière. Et si nous groupons nos forces dans un journal commun, nous verrons se former à l'oeuvre et sortir du rang non seulement les plus habiles propagandistes, mais encore les organisateurs les plus avertis, les chefs politiques les plus capables du Parti, qui sauront à point nommé lancer le mot d'ordre de la lutte finale et en assumer la direction." ("Par où commencer". Oeuvres tome 5)

Si Lénine envisageait un tel journal à "l'échelle de toute la Russie", il nous faut envisager notre presse, compte-tenu de nos forces, à l'échelle de notre classe, directement mondialement. Chaque expression aussi particulière soit-elle (tracts, feuillets,...) doit tendre à la totalité, reliant et intégrant toujours les aspects les plus circonstanciels du mouvement au but de celui-ci. Nous diver­sifierons toujours plus notre presse (ainsi que tous les types d'action) pour toucher les différentes catégories de prolétaires. Cela, non pas pour renforcer ces catégories et différences (concurrence que les ouvriers se font entre eux), mais pour les casser, les briser. Encore une fois, nous rejetons aussi bien les conceptions de la presse s'adressant à la classe dans son "ensemble" pour l'illu­miner, la guider dans les idées, que celles qui partant de la réalité catégorielle de la classe entérinent ces particularismes, les flattent et développent ainsi les localismes et autres corporatismes bourgeois : deux déviations bien connues et qui peuvent très bien se compléter… regardez autour de vous et vous verrez…

Il s'agit pour nous de partir du particulier pour détruire le particularis­me, de partir des aspects locaux pour démontrer les constantes générales et inter­nationales. C'est pourquoi nous ne ferons pas d'une part une presse "théorique" expliquant et justifiant aux initiés les avances de la "tactique", les zigzags de l'invariance formelle, et d'autre part une presse d'agitation et de propagan­de pour les "prolétaires conscients", une presse dure et ferme dans ses affirma­tions, et enfin, une pratique suiviste, opportuniste et démagogique auprès des ouvriers qui, "étant sous-trade-unionistes" ne marcheraient "qu'au bâton et à la carotte".


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Non et cent fois non! L'action des communistes  est UNE et s'il y a tacti­que, c'est dans la façon la plus adéquate d'utiliser les forces ouvrières et de faire que le mouvement se réapproprie ses propres principes. "Il y a donc une étroite connexion entre directives programmatiques et règles tactiques" (thèses sur la tactique du P.C. d'Italie - dites de Rome - 1922). Et c'est cette même Gauche Communiste d'Italie qui a défendu très justement que toute tactique erro­née entraîne inéluctablement et à court terme la liquidation des principes. C'est également la leçon que nous devons tirer de la rapide et tragique involution de l'Internationale Communiste qui, par le biais des tactiques de "front uni", de "gouvernement ouvrier et paysan", de "syndicalisme rouge", de "parlementarisme révolutionnaire", des "luttes de libération nationale",... liquida les acquis fondamentaux du mouvement communiste : la destruction violente de l'Etat bour­geois; la dictature du prolétariat pour l'abolition.du travail salarié.

Pour notre part, l'ensemble de notre presse, (comme notre activité générale) en se diversifiant toujours plus, représentera un tout indissociable liant toujours plus étroitement les luttes immédiates et les réponses à apporter au "Que faire?" aujourd'hui, aux luttes généralisées de demain. S'il y aura de manière évidente des différences, elles se situeront uniquement dans la manière dont les sujets seront traités; tout en maintenant l'unité propre au mouvement communiste entre théorie et pratique, mettant en lumière la dynamique par laquelle le capi­talisme engendre le communisme.

Les communistes savent que les armes de la critique SONT COMPLEMENTAIRES de la critique par les armes.

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"Pour suivre la continuité des apports de notre travail, les lecteurs ne doi­vent pas s'arrêter aux changements de titre des périodiques, dus à des épi­sodes relevant d'une sphère inférieure. Nos contributions sont facilement remarquables par leur indivisible organicité. De même que c'est le propre du monde bourgeois que toute marchandise soit porteuse de son étiquette de fa­brique, que toute idée soit suivie de la signature de l'auteur, que tout parti se définisse par le nom du chef, il est clair que nous sommes dans notre camp prolétarien quand le mode d'exposé s'intéresse aux rapports objectifs de la réalité pour ne jamais se cantonner aux avis personnels de contradicteurs stupides, aux louanges et aux blâmes, ou a de vains matchs dis­proportionnés, entre "poids lourds" et "poids légers". Dans ce cas le jugement ne porte plus sur le contenu, mais sur la bonne ou mauvaise renommée de ce­lui qui expose.

Un travail comme le nôtre ne réussira qu'à la condition d'être dur et péni­ble et non pas facilité par la technique publicitaire bourgeoise, par la vile tendance à admirer et à aduler les hommes". (Sul filo del tempo, 1953)


CE6.1 Présentation de deux nouvelles publications territoriales: "Action Communiste" en Belgique et "Parti de classe" en France