Dans "Le Communiste" n°3, nous avions entamé une discussion avec la Communist Workers Organisation, sur la question du terrorisme prolétarien. Le CWO a répondu à notre premier texte (voir leur revue "Revolutionary Pers­pectives" n°15); nous le publions ci-dessous, suivi de nos remarques.
LA REPONSE DU CWO
Il apparaît clairement des critiques du GCI que les camarades de Belgique craignent que le CWO souffre d'illusions pacifistes qui nous empêche­raient de voir la nécessité pour la classe de se préparer militairement à la lutte révolutionnaire. Une telle crainte est sans doute compréhensible chez un groupe qui n'a rompu que récemment avec une organisation comme le CCI, dont les tendances pacifistes mènent à un schéma de révolution qui n' admet même pas la nécessité pour le prolétariat d'utiliser la force contre la contre- révolution capitaliste. Cependant, la lecture de n'importe quel article du CWO sur le terrorisme et la violence devrait convaincre tout le monde, sauf les plus aveugles, que nous n’acceptons EN AUCUN CAS la possibi­lité de la révolution sans l'usage organisé de la force par la classe ouvri­ère. Et si nous n'avons pas discuté la possibilité d'affrontements violents entre le prolétariat et les forces de l'État capitaliste AVANT la révolu­tion, ou son corollaire évident: que les révolutionnaires doivent appeler à soutenir les étapes de la classe vers son armement, c'est parce que nous avons considéré de telles choses fondamentales comme axiomatiques dans des articles qui traitaient d'autres aspects de la question globale de la ter­reur et de la violence de classe. (1)
Il semble que sur la question du terrorisme prolétarien il y ait une certaine différence de sémantique entre nos deux groupes. Par exemple, nous verrions de nombreux aspects que le GCI relie à la "terreur", comme exem­ples de "violence de classe" tels que des groupes d'ouvriers en grève qui affrontent violemment les forces armées de l'Etat; ou des groupes armés or­ganisés agissant sous l'égide d'une organisation politique communiste, tel le groupe de Max Holz venant du KAPD au cours de la dernière vague révolu­tionnaire. En ce sens, il est erroné de la part du GCI d'affirmer que nous faisons une "distinction fondamentale" entre le terrorisme à grande échelle que nous supportons parce qu'il signifie l'insurrection, et le terrorisme à petite échelle auquel nous nous opposons parce qu'il n'est pas l'insurrec­tion. Une telle approche (tout blanc ou tout noir) non dialectique du déve­loppement du surgissement révolutionnaire revient à jeter l'anathème sur les perspectives développées par le CWO. Avec le GCI nous reconnaissons que les milices rouges ne surgissent pas du néant, que l'inévitabilité de l'accrois­sement des affrontements violents entre le prolétariat et les forces de ré­pression fournit la base pour que le prolétariat reconnaisse la nécessité de s'armer. Nous n'avons JAMAIS prêché la "soumission à la violence de la bourgeoisie" et toujours soutenu tout mouvement de classe qui usait de représailles violentes contre l'Etat capitaliste (Par exemple, dans notre bul­letin Workers Voice et dans RP 13, nous soutenons les actions menées par les sidérurgistes en France contre leurs patrons et les autorités locales). Et inutile de dire que notre perspective est que la lutte de classe s'in­tensifiant et l'Etat renforçant ses mesures répressives contre la classe, les révolutionnaires doivent mener une agitation et une propagande pour la création d'unités d'auto- défense des ouvriers, sous l'égide de l'organisa­tion révolutionnaire elle-même. Ceci est particulièrement important dans les régions qui ont une longue tradition de légalité bourgeoise et où l'Etat ca­pitaliste parvient bien à maintenir le mythe de son "objectivité" vis-à-vis de la lutte de classe.
Mais nous ne pouvons attribuer toutes les critiques du GCI à une diffé­rence sémantique. Bien qu'il soit faux de dire que le CWO a un principe d' "anti- terrorisme"(nous avons toujours adopté le fondement marxiste selon le­quel nous sommes opposés à la conception de la révolution faite par une pe­tite minorité terroriste, parce qu'elle raterait son but et non en vertu d' une position principielle), ou de dire que nous n'admettons pas l'inévitabi­lité de violence entre les classes avant l'insurrection, il est vrai que jus­qu'ici nous n'avons pas discuté en détails les actuels moyens par lesquels la classe peut s'armer alors que nous nous orientons vers une situation révo­lutionnaire. En particulier nous avons plutôt considéré les groupes terroris­tes armés qui agissent en dehors de la lutte de classe immédiate comme pures expressions de la défaite de la révolution.

(1) Sur ce point, nous devons demander aux camarades du GCI pourquoi ils s'attachent opiniâtrement à citer un article de RP 9 visant des groupes terroristes capitalistes comme l'IRA, et ne citent pas un seul mot de RP 13 dans lequel nous écrivions sur la nécessité de la "violence de classe" pro­létarienne (ou "terreur prolétarienne" comme ils l'appelleraient) à la fois aujourd'hui et pendant la révolution.


Par définition, l'existence de tels groupes est un signe de l'absence d'une conscience révolutionnaire générale dans la classe ouvrière. Historique­ment, le reflux du mouvement révolutionnaire donnait lieu à des ouvriers cons­cients armés, luttant contre la montée de la contre- révolution blanche (le groupe de Max Holz en Allemagne en est un bon exemple). Il est significatif que toutes les citations faites par le GCI des communistes montrant leur ap­pui à des groupes "terroristes" armés de la classe ouvrière (c’est à dire des organes de la violence de classe), dans la dernière vague révolutionnaire (avec les­quelles nous ne pouvons qu'être d'accord), datent de 1921 moment où, nous pouvons le dire aujourd'hui, la révolution était défaite. Cependant, pour les révolutionnaires de cette époque-là, le déclin de la lutte de classe é­tait vu comme un reflux temporaire, un moment de consolidation des forces du prolétariat, prêt à une nouvelle attaque insurrectionnelle contre l'Etat ca­pitaliste. Mais sans la renaissance de la lutte révolutionnaire de masse, et avec le déclin conséquent de la force des organisations politiques du prolé­tariat, les groupes de combat prolétariens étaient voués à l'isolement et, soit à une décomposition interne soit à une défaite physique menée par la contre- révolution.
Mais ce fait en lui-même ne signifie pas nécessairement que de tels groupes sont un phénomène manifeste de défaite. Puisque l'existence de grou­pes "terroristes" prolétariens agissant en dehors d'incidents provoqués di­rectement par la lutte de classe quotidienne est historiquement un signe du manque de conscience de classe généralisée, il est également possible que de tels groupes émergent AVANT la révolution. Ils peuvent apparaître à un moment où la conscience de classe se développe mais avant que le mouvement général de classe n'ait atteint sa pleine force quand l'Etat capitaliste développera de plus en plus sa violence, pour essayer de réprimer le mouvement révolutionnaire croissant. Ou, dans des régions spécifiques, suite à une lutte particulièrement forte et à une défaite locale de la classe, les groupes de combat prolétariens peuvent être nécessaires pour combattre la violence d'organisations terroristes blanches, avant la révolution. Par e­xemple, les ouvriers, à travers toute l'Amérique latine, rencontrent aujour­d'hui la nécessité de se défendre eux-mêmes contre les attaques des bandes fascistes. De nouveau, dans de pareilles situations, si la classe n'a pas dé­jà créé ses propres unités de défense, il est alors du devoir des communis­tes d'appeler à leur formation.
Ceci dit, cela signifie-t-il que nous devrions accepter sans réserve les arguments du GCI? Malheureusement, l'insistance (apparemment) du GCI concernant la défense du terrorisme comme une partie vitale de la lutte de classe, les conduit à une position dangereusement ambiguë vis-à-vis des gangs terroristes capitalistes. Leur souci de montrer que l'idéologie "anti­terroriste en général" est utilisée par l'Etat capitaliste pour renforcer sa propre légitimité, a conduit le GCI a un manque dans la définition de ses critères pour soutenir ou s'opposer à un groupe terroriste particulier. Alors que nous disions clairement (dans RP 9) qu'avant tout notre méthode pour juger si une organisation terroriste particulière est dans le camp ca­pitaliste ou prolétarien, est d'évaluer les buts politiques du groupe en question; le GCI peut seulement établir antre parenthèses et sans explica­tions que l'IRA est "bourgeoise", la RAF "petite bourgeoise" et le MIL "pro­létarien". Mais sur quelle sorte de critère basent-ils leurs affirmations? Le GCI n'est sûrement pas tombé dans le fait de juger à quelle classe un groupe appartient simplement par les origines sociologiques de ses membres?
Que ceci soit le cas ou non, cette classification en trois volets fai­te par le GCI est elle-même confuse: sur la question de la violence, la seu­le classification utile que les révolutionnaires peuvent faire est de se de­mander: "les terroristes poursuivent-ils des buts révolutionnaires ou con­tre- révolutionnaires?" (1). Il ne s'agit pas ici d'une simple question de définitions formelles: toute la question a des implications pratiques pour l'activité des révolutionnaires. Sans critères politiques clairs pour éta­blir les bases de classe de groupes terroristes tels qu'ils apparaissent, il y a un danger réel que le GCI apporte erronément son soutien â la contre­- révolution.
Mais ceci n'est pas la seule faiblesse dans l'argumentation du GCI. L'accent qu'ils portent sur le terrorisme comme une méthode de lutte, leur rejet blasé de notre argument qui défend que les activités des terroristes renforcent l'Etat bourgeois (2), et leur invocation aux révolutionnaires de commencer à former des groupes d'auto- défense ouvrière, MAINTENANT, tout cela met en relief le fait que le GCI court le danger de perdre sa clarté en ce qui concerne les priorités des révolutionnaires AUJOURD'HUI.

(1) Et bien sûr les buts d'un groupe terroriste sont inextricablement liés à leurs méthodes. Nous continuons à dire qu'il y a certaines méthodes qui sont particulières aux gangs terroristes capitalistes et que les communistes ne peuvent jamais appuyer; par exemple le harcèlement sans discrimination et le bombardement de la classe ouvrière.
Etant donné l'extrême faiblesse des organisations révolutionnaires sur la scène internationale dans la situation présente, la tâche première des révolutionnaires ne peut être que de travailler au développement d'une for­te organisation internationale et d'une présence solide dans la classe ou­vrière. Sans cela, il n'y aura pas de parti prolétarien capable de prendre la tête dans tous les aspects de la lutte de classe (y compris l'activité des groupes d'auto- défense ouvrière); et sans direction d'un parti révolu­tionnaire fort, les actes isolés et non coordonnés de groupes de combat pro­létariens sont un signe de faiblesse et non de force du mouvement de classe. La préoccupation du GCI sur la question de la terreur montre qu'il existe un grave danger: que les camarades consacrent erronément leurs énergies au terrorisme maintenant. Ainsi que Lénine l'écrivait très clairement dans:
"Par où commencer ?"
" Sur le plan des principes, nous n'avons jamais rejeté ni ne pouvons rejeter la terreur. C'est un des aspects de guerre qui peut convenir parfaitement, et même être indispensable à un certain moment du combat, dans un certain état de l'armée et dans certaines conditions. Mais le fait est justement qu'on nous propose aujourd'hui la terreur non point comme l'une des opérations d'une armée combattante, opération étroite­ment rattachée et articulée à tout le système de la lutte, mais comme un moyen d'attaque isolée, indépendant de toute armée et se suffisant à lui-même. D'ailleurs, à défaut d'une organisation révolutionnaire centrale et avec des organisations révolutionnaires locales faibles, la terreur ne saurait être autre chose. C'est bien pourquoi nous décla­rons résolument que, dans les circonstances actuelles, la terreur est une arme inopportune, inopérante, qui détourne les combattants les plus actifs de leur tâche véritable et la plus importante pour tout le mou­vement, et qui désorganise non pas les forces gouvernementales, mais les forces révolutionnaires (...) Loin de nous l'idée de refuser toute importance à des coups héroïques isolés, mais notre devoir est de met­tre en garde de toute notre énergie contre cet engouement pour la ter­reur auquel tant de gens sont si enclins aujourd'hui, au point d'y voir notre arme principale et essentielle. (...) En d'autres termes, l'objectif immédiat de notre parti ne peut pas être d'appeler toutes les forces dont il dispose à se lancer dès maintenant à l'attaque, mais d'appeler à mettre sur pied une organisation révolutionnaire capable de rassembler toutes les forces et d'être le dirigeant non seulement en titre mais réel du mouvement, c'est à dire une organisation toujours prête à soutenir chaque protestation et chaque explosion, en les mettant à profit pour accroître et endurcir une armée apte à livrer le combat décisif." (souligné par le CWO)
C'est de ce point de vue, et non d'un quelconque principe d "'anti- ter­rorisme" ou d'une position de "paix sociale"" que nous demandons sérieuse­ment au GCI de réfléchir à l'orientation qu'il est en train de prendre.
Alors que nous reconnaissons que des groupements prolétariens peuvent surgir dans la phase pré- révolutionnaire (c'est à dire maintenant), nous devons voir ces groupes comme passagers (transitoires). Soit ils soumet­tront leurs activités à l'orientation générale donnée par la direction politique du parti prolétarien; soit ils abandonneront une perspective proléta­rienne. Bien que le prolétariat, en tant que volonté collective, ou en tant qu'individus, mènera beaucoup d'actes violents (ou "terroristes" comme di­rait le GCI), il ne crée pas spécifiquement des groupes terroristes qui ont une existence séparée des autres organisations et activités de la lutte de classe. Donc, nous n'appuyons pas simplement des groupes terroristes, mais nous essayons de les intégrer dans toutes les activités du prolétariat, par­ce que nous reconnaissons que le terrorisme en soi ne peut être le moyen par lequel la classe gagne la bataille révolutionnaire.
A partir de sa préoccupation envers la question du terrorisme, le GCI semble être sur le point d'abandonner ses autres tâches, celles des commu­nistes en tant qu'avant- garde politique au sein de la lutte de classe. Selon nous, une telle étape nierait la fonction du GCI comme organisation commu­niste et affaiblirait sérieusement la cohérence et la force croissante du mi­lieu communiste international.


(2) Il est manifestement vrai que l'Etat capitaliste invoquera les mesures répressives croissantes de toute façon contre la classe ouvrière, étant don­né le développement de la lutte de classe. Mais si l'Etat n'avait pas l'excuse commode de combattre des groupes comme l'IRA et. al. il serait forcé de dévoiler sa poigne de fer dans des circonstances différentes, lorsqu'il serait bien plus clairement vu comme utilisant sa force armée contre la classe ouvrière.

Nous n'allons pas ici réexposer notre position globale sur la question du terrorisme (pour cela nous renvoyons le lecteur à notre revue n°3 : "Dis­cussion sur le terrorisme" ainsi qu'à notre brochure "Rupture avec le Courant Communiste International"). Sur base du texte du CWO ci-dessus, nous
allons tenter de cerner les accords entre cette organisation et nous, ainsi que les désaccords qui subsistent.
Nôs deux organisations convergent sur la nécessité de distinguer, par­mi les groupes qui mènent des actions violentes minoritaires, terroristes, des groupes bourgeois et des groupes prolétariens; sur la reconnaissance, donc que le terrorisme peut être une méthode de lutte du prolétariat.
L'analyse de la nature de classe d'un groupe terroriste (d'où découlera une position de soutien ou de condamnation) doit se baser sur les buts poli­tiques poursuivis par ce groupe, qui se manifestent tant dans sa plate- forme (s'il en a une) que dans son activité! Nous n'avons pas insisté sur ce point dans nôtre texte précédent, car il ne s'agit pas là d'un désaccord entre le CWO et nous. En effet, l'analyse des positions politiques déclarées et de l'activité d'une organisation est nécessaire non seulement vis-à-vis des groupes terroristes, mais de tout groupe qui émerge sur la scène politique. Et si la petite bourgeoisie peut elle aussi donner lieu à des groupes défen­dant ses intérêts particuliers, ceux-ci ont une existence forcément éphémère et connaissent un processus qui les mène soit dans le camp prolétarien, soit dans les bras de la bourgeoisie; la petite bourgeoisie n'a pas de projet so­cial propre, elle ne peut se porter à la direction de la société. (C'est pourquoi nous parlons de la RAF comme petite bourgeoise à l'origine, car elle s'est rapidement révélée comme organisation bourgeoise tout court).
Sur base de la « réponse du CWO », nous constatons également un accord sur la nécessité d'organiser la violence prolétarienne, même minoritaire, en réponse aux attaques de la contre- révolution et parce que l'insurrection elle-même exige une préparation sur le plan minoritaire. Le rejet, par nos deux organisations, de l'idéologie du terrorisme comme "excitateur" de la lutte de classe, n'a donc pas pour corollaire le rejet du terrorisme (comme c'est le cas pour beaucoup d'organisations, même centristes), mais la compréhension de la nécessité de l'organisation et de la centralisation de la violence de classe, du terrorisme, dans une perspective révolutionnaire. Les tâches de propagande, d'agitation, d'organisation et de centralisation des communistes doivent donc également s'appliquer sur le plan militaire; oui non seulement en fonction de la nécessité de l'auto- défense ouvrière et de la préparation de l'insurrection, mais aussi simplement de l'inévitabilité d'affrontements violents partiels entre les classes avant la révolution.
L'ensemble de ces accords entre le CWO et le GCI qui nous paraissent fondamentaux pour pouvoir poursuivre un processus de discussion et de clari­fication, ne peuvent cependant masquer que des désaccords sur la question de la violence de classe subsistent entre nos deux organisations.
Si le CWO reconnaît la nécessité de la mise sur pied d'organes d'auto- ­défense ouvrière, et le GCI également, on ne peut dire qu'il y a accord sur ce que recouvre ce même terme. Pour le CWO, l'auto- défense ouvrière relève de la notion de "défense" au sens strict du terme, c'est-à-dire lorsque les prolétaires sont "attaqués" physiquement par la bourgeoisie (cf. ce qui est dit sur l'Amérique latine aujourd'hui); dans de telles conditions des actions "de représailles" violentes peuvent alors être menées contre l'Etat capita­liste. Il s'agit en quelque sorte d'une "légitime défense" des prolétaires, pour laquelle ils doivent s'organiser. Or, pour nous, la constitution de dé­tachements de combat a pour but "d'abord de défendre physiquement les ouvri­ers en grève et leurs organisations, mais aussi de compléter le blocage, de la production par le sabotage de l'approvisionnement et de la distribution capitalistes, et enfin quand c'est possible, de faire la démonstration de­vant les prolétaires que l'on peut aussi porter des coups à l'adversaire, donnant ainsi à la classe ouvrière confiance en elle-même, tout en constitu­ant un terrain de préparation militaire pour la révolution (il va de soi que dans tout cela le terrorisme est une méthode de lutte nécessaire)" ("Le Com­muniste" n°3, page 12). La violence ouvrière (minoritaire ou pas) comprend donc également un aspect offensif. Il est vrai que le terme d’auto- défense n'est sans doute pas des plus adéquats, vu la notion de légitimité (et donc de droit) qu'il peut sous- entendre. La simple revendication de l'auto- défen­se ouvrière n'est pas en soi une démonstration de classe (les maoïstes, les trotskystes eux-mêmes l'inscrivent dans leur programme aujourd'hui). Nous maintenons néanmoins ce terme car historiquement il a été utilisé par les ré­volutionnaires pour désigner la nécessité de l'organisation du terrorisme ou­vrier.
D'autre part, le besoin de recourir au terrain militaire pour combattre la bourgeoisie est une constante dans le mouvement ouvrier. Les prolétaires ne sont pas attaqués uniquement lorsque les flics ou l'armée viennent les tabasser ou les massacrer, mais leur situation de classe exploitée signifie qu'ils subissent perpétuellement l'attaque de la bourgeoisie, la violence ou­verte que celle-ci peut déchaîner n'en étant qu'un aspect. L'auto- défense ou­vrière n'est pas seulement nécessaire pour faire face aux bandes armées du capital, mais pour affronter la bourgeoisie, le capital, dans sa globalité. Elle se
justifie donc non seulement aujourd'hui en Amérique latine, mais dans le monde entier.
Lorsque le CWO reconnaît l'inévitabilité d'affrontements violents par­tiels entre prolétariat et bourgeoisie avant l'insurrection, menés par des forces restreintes, ils ne peuvent se dérouler, selon le CWO, que dans une situation de faiblesse du mouvement ouvrier: l'exemple de l'Amérique latine qui connaît une situation de défaite locale du prolétariat, ou lorsque le CWO dit: "Parce que l'existence de groupes « terroristes » prolétariens, agissant en dehors d'incidents provoqués directement par la lutte de classe quo­tidienne, est historiquement un signe du manque de conscience de classe généralisée,..." Le CWO part de la vision d'un prolétariat ayant "une cons­cience généralisée" (situation qui, selon nous, ne se trouvera qu'après l'insurrection) pour analyser la situation actuelle, avec le développement du terrorisme ouvrier, et en conclure à une situation de faiblesse du prolé­tariat! Ce point de vue, idéaliste, ne nous est d'aucun secours pour compren­dre le mouvement de la classe (que dire de la situation actuelle par rapport au communisme?!). Au contraire, il nous faut comprendre que le développement des affrontements partiels, les tendances à développer le terrorisme comme méthode de lutte, marquée plus clairement en Italie aujourd'hui par exemple­, constituent un renforcement de la classe par rapport aux années précédentes. Et à l'opposé, en Argentine, au Chili, en Uruguay, aujourd'hui, la défaite qu'a connue le prolétariat se manifeste par une diminution terrible des ac­tes de violence ouvrière. Si le CWO reconnaît que "les milices rouges ne surgiront pas du néant", il lui faut reconnaître également les aspects de préparation et d'approfondissement de l'affrontement à la bourgeoisie que comportent l'existence et le développement du terrorisme prolétarien.
Que signifie « l'existence de groupes 'terroristes’ prolétariens, agis­sant en dehors d'incidents provoqués directement par la lutte de classe quo­tidienne »? Si le CWO entend par là des groupes terroristes, qui dans leur action, visent à dépasser le cadre local, particulier d'une lutte, pour pré­cisément renforcer le caractère d'attaque globale contre le capital que con­tient toute lutte prolétarienne, nous dirons que c'est là un des moyens de se relier, à la lutte de classe quotidienne. La solidarité avec les ouvriers de Longwy ne devait pas forcément signifier qu'il fallait aller à Longwy pour renforcer là la lutte des prolétaires; toute attaque à l'Etat bourgeois, qu'elle ait un caractère minoritaire ou non, est une preuve de solidarité et de renforcement de la lutte des prolétaires. Et la tâche des révolution­naires est de centraliser et organiser ces différentes manifestations de la lutte. afin de leur donner une continuité politique et organisationnelle.
En liaison avec sa compréhension du terrorisme ouvrier comme manifes­tation de la faiblesse du mouvement ouvrier, le CWO estime que l'organisa­tion de la violence de classe n'est pas une tâche immédiate des communistes, mais que "la tâche première des révolutionnaires ne peut être que de travail­ler au développement d'une forte organisation internationale et d'une pré­sence solide dans la classe". Avec une telle conception, nous ne pouvons pas être d'accord. D'abord, une organisation vraiment révolutionnaire ne surgira pas uniquement d'une plate- forme et de discussions, mais de la capacité à ré­pondre aux besoins de la lutte. Le développement de la violence du proléta­riat ne dépend pas de la volonté d'une poignée de militants, mais du niveau du rapport de forces entre les classes, des contraintes matérielles, de l'ex­périence politique, qui poussent des groupes de prolétaires à développer dif­férentes formes et méthodes de lutte, dont le terrorisme. Le développement du terrorisme ouvrier et du terrorisme bourgeois (étatique et para- étatique) aujourd'hui en Italie ne dépend pas de l'action d'un groupe particulier, mais d'un affrontement entre les classes plus poussé qu'ailleurs en Europe. Si dans une telle situation les révolutionnaires ne remplissent pas leur tâche d'organisation et de centralisation de la violence, ils se réduisent eux-mêmes à l'impuissance face à un phénomène qui ne dépend pas d'eux; ils peuvent même justifier leur incapacité à répondre aux besoins de la lutte en taxant les actions terroristes en général de "petites- bourgeoises", voire de "contre- révolutionnaires". L'avant- garde ouvrière, qui se détourne de tel­les organisations, est alors rabattue vers les organisations qui développent une idéologie du terrorisme (réduisant la lutte de classe comme lutte appa­reil contre appareil, cherchant à provoquer l'opinion publique plus qu'a organiser la lutte de classe du prolétariat). Le rôle d'avant- garde. d'une or­ganisation ne consiste donc pas seulement à développer des analyses et pers­pectives claires, mais aussi à remplir les tâches qui s'imposent à chaque étape de la lutte. Telle est la seule voie pour "développer une présence so­lide dans la classe".
Enfin, la situation actuelle, qui voit une accélération de l'action de la bourgeoisie dans ses préparatifs de guerre mondiale et dans ses plans d'attaque du prolétariat, ainsi que du développement, très inégal et par à­ coups, de la riposte du prolétariat, ne permet plus qu'un groupe connaisse une longue phase où la réflexion et la discussion théoriques requièrent la plupart de ses énergies : il serait rapidement déconnecté d'avec la réalité et ses positions s'en verraient forcément affectées.
Poser la problématique de la construction du parti révolutionnaire mon­dial en les termes suivants : d'abord construire une solide organisation in­ternationale qui pourra ensuite intégrer, centraliser les diverses avant­- gardes issues des luttes, ou, à l'opposé : se disperser dans toutes les luttes en négligeant les tâches d'approfondissement théorique, de développe­ment des contacts internationaux, de globalisation des expériences et posi­tions prolétariennes, de propagande générale, ne peut mener qu'au formalisme et aux grandes proclamations reposant sur du vide dans le premier cas, à l'activisme, à l'épuisement et à la perte d'une perspective historique et mondiale, dans le second cas.
Nous ne pouvons souscrire au schéma du CWO : d'abord construire une or­ganisation internationale, ensuite s'occuper pratiquement des questions de violence. Il repose sur une vison dualiste du processus révolutionnaire : les révolutionnaires ont pour tâche de construire le parti, la classe de lutter et d'affronter le capital, et, à un moment donné, la coïncidence se produit : le parti dirige la classe.
Les révolutionnaires n'ont pas d'intérêts séparés de ceux de l'ensemble du prolétariat. Si, "sur le plan de la théorie, ils ont sur le reste du pro­létariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement prolétarien" (Manifeste du Parti Com­muniste), ils ne peuvent. certainement pas renoncer aux tâches élémentaires de la lutte contre la bourgeoisie. Sinon, leur utilité même, leur rôle d'a­vant- garde, est remise en question.

Les lecteurs et sympathisants peuvent connaître les positions générales du CWO et du GCI par la lecture de leurs presses. Elles peuvent être obtenues en nous écrivant. Pour prendre contact avec le CWO, écrire à (nouvelle adresse) : C.W.O. P.O. Box Cresswell Lane, GLASGOW G12 8AZ Grande- Bretagne


CE5.6 Discussion sur le terrorisme (suite)