La perspective d'une troisième conférence internationale des "groupes de la gauche communiste" nous incite à examiner brièvement la signification de cette rencontre et à prendre position. Après discussion avec deux organisations adhérant aux
"conférences internationales" (le PCInt- Battaglia Comunista et la Communist Workers Organisation), nous nous sommes prononcés pour la participation à la réunion qui se tiendra prochainement. Les raisons qui motivent notre attitude en cette circonstance sont celles qui la dictent en général: nous sommes prêts à participer à toute initiative qui semble offrir la perspective d'un travail sérieux en vue du regroupement des forces révolutionnaires à l'échelle mondiale.

Comme le dit le CWO lorsque des "conférences manquent de but politique, elles ne peuvent devenir que vides et stériles" (Lettre circulaire aux groupes participant aux conférences internationales). Nous considérons comme "vides et stériles" des
réunions qui ont pour fonction de se communiquer des positions générales de groupe à groupe: pour cela il suffit d'étudier les presses respectives de chacun des groupes et il n'y a nul besoin de rassembler périodiquement des organisations qui se disent très proches, mais ne pensent pas moins qu'elles sont incompatibles.

Ont par contre une fonction utile, des réunions préparatoires à la constitution d'une réelle communauté de travail entre groupes disposant d'une assise générale commune et s'orientant dans une même direction politique. Si nous devons encore payer très lourdement le prix de l'effondrement quasi total du mouvement
ouvrier et de la tradition communiste après des décennies de contre- révolution, ce n'est pas une raison pour que les petits noyaux ayant survécu au désastre ou les organisations surgissant de la nouvelle vague de lutte des années 1960/1970, se confinent dans l'isolement sectaire. A l'inverse, ce n'est évidemment pas une raison pour que des groupes communistes laissent supposer qu'ils recherchent une ligne d'action commune avec des tendances qui ont historiquement prouvé que centristes elles sont et centristes elles resteront toujours. Avant de songer à une communauté de travail, il faut donc passer par la lutte politique et la démarcation. Si une conférence peut servir à ce but, elle a sa place dans le processus qui conduit à la concentration des forces révolutionnaires. Une démarcation n'est pas possible au
niveau des positions fondamentales exprimées sous une forme générale, mais implique au minimum la confrontation de ces positions dans leur signification pratique.

C'est particulièrement vrai sur le plan de ce qui se discutera dans la "troisième conférence": c'est- à- dire les tâches des communistes à l'époque actuelle. Une organisation se définit par sa théorie, mais surtout par sa pratique. Considérant cela, nous ne pouvons que souscrire aux propositions formulées par le CWO
quant à l'ordre du jour de cette conférence:
- problème des revendications de classe, économiques et politiques, avancées dans les luttes immédiates;

- problème du défaitisme révolutionnaire (face à la préparation idéologique à la guerre et au développement des contrastes impérialistes donnant lieu à des guerres localisées);
- problème des méthodes de lutte de classe actuelles, notamment les questions de l'action directe et de l'utilisation de la violence;
- problème des formes d'organisation élémentaires dont se dotent les prolétaires en lutte, notamment la question de leur centralisation .

Nous travaillerons à ce que la "troisième conférence" aboutisse à une décantation des forces sur ces questions, qui résument la problématique générale de l'intervention des révolutionnaires dans la classe à l'heure actuelle. Il n'entre pas dans nos habitudes de cacher nos buts: nous savons à l'avance que des résolutions
tranchées sur ces questions signifient obligatoirement la fin des conférences sous les formes qu'elles ont prises jusqu'à aujourd'hui et une sélection encore plus rigoureuse des participants à un travail commun.

Nous nous opposons donc d'ores et déjà à l'idée exprimée par plusieurs organisations, selon laquelle "le parti sera formé à partir des groupes participant aux conférences".

"Vouloir juger le processus de formation des partis communistes, fait de scissions et de fusions, d'après un critère numérique, en taillant dans les partis trop nombreux et en ajoutant de force les morceaux aux partis trop petits, serait une erreur ridicule: ce serait ne pas comprendre, en effet, qu'à ce processus doivent présider des normes qualitatives et politiques, qu'il s'élabore en très grande partie au travers des répercussions dialectiques de l'histoire, échappant ainsi à une législation organisationnelle qui prétendrait passer les partis dans un moule pour qu'ils en
sortent avec les dimensions considérées comme désirables et appropriées" (Bordiga, "Parti et action de classe, 1921).

Il y a plus: le parti de classe ne résultera jamais d'un cycle de conférences, quelles que soient leurs caractéristiques. Penser le contraire serait se cantonner à l'aspect superficiel des choses. Le parti - organe dirigeant de la classe et non simple fraction de celle- ci- est le produit de multiples facteurs matériels que la discussion sert seulement à formaliser. La solution au problème de la direction communiste du prolétariat implique la convergence de noyaux d'avant-garde sur une totalité de tâches théoriques, stratégiques et tactiques (seule cette totalité mérite le nom de
programme) assumées et vérifiées pratiquement au feu de la lutte de classe. Dans le processus qui mène au parti, les réels facteurs centralisateurs d'un regroupement sont l'identité et la communauté d'action; la conscience et la volonté commune d'organisation n'en sont que les facteurs formalisateurs.

En inversant l'ordre d'importance de ces divers facteurs, certaines organisations en arrivent à croire qu'il faut à tout prix "essayer de résoudre les divergences entre les groupes de la conférence" (alors que le problème ne se joue pas à ce niveau) et
maintenir indéfiniment dans ce but la structure actuelle des "conférences internationales". Pour nous, réellement clarifier les divergences existantes, comprendre ce qu'elles signifient dans la pratique et en tirer les conséquences organisationnelles pour le futur, représenterait l'unique pas en avant concevable.

Il permettrait également de supprimer une institution hybride qui, en se perpétuant, offre comme seules perspectives de représenter un moulin à paroles et/ou d'ouvrir la voie à la constitution d'un "cartel" politique (où des groupes de nature hétérogène feraient des compromis sur leurs plate- formes respectives, se rabattraient
sur des positions exprimant une "bonne moyenne", pour en arriver finalement à un amalgame sans clarté et sans unité).

Dans les deux cas, les "conférences internationales" ne serviraient qu'à alimenter la confusion sur la nature des forces et des moyens qui conduisent réellement au Parti mondial du prolétariat.
Ces conférences, convoquées par le Parti Communiste Internationaliste (Battaglia Comunista), se sont déroulées à Milan en avril- mai 1977 et à Paris en novembre 1978. Pour de plus amples renseignements, nous renvoyons nos lecteurs aux matériaux diffusés en librairie et par les groupes participants (textes préparatoires, lettres et compte- rendus réunis sous forme de brochures).
Ces propositions avaient déjà été soutenues par certains de nos camarades, alors membres du CCI, à la conférence de Paris.
Pour connaître les raisons politiques de la scission de ces camarades, cf. notre brochure: "Rupture avec le Courant Communiste International".




CE4.6 A propos des "conférences internationales"