Parmi les problèmes brûlants de la stratégie et de la tactique révolutionnaire, les questions de l'associationnisme ouvrier continuent à figurer à l'ordre du jour des réflexions et des luttes politiques depuis l'époque de Marx. Il y a 150 ans, les
communistes combattaient ceux qui, par indifférentisme (indifférence érigée en principe) à l'égard de la lutte de classe quotidienne, désertaient le front des associations immédiates du prolétariat (clubs, ligues de métier, premiers syndicats, etc.) et osaient encore prétendre après cela qu'ils travaillaient au renversement du capitalisme. En même temps, ils combattaient la substitution de la lutte pour des réformes à la lutte de classe contre l'Etat bourgeois, donc aussi toutes les doctrines
syndicalistes qui par essence, en tant qu'idéologies, représentaient des rameaux de l'idéologie capitaliste dominante. Substantiellement, le point de vue des communistes aujourd'hui n'est pas différent de celui qu'ils adoptaient hier.

Dans ses formes d'application particulière, par contre, ce point de vue s'est considérablement modifié, en même temps que le tableau social a subi de profonds bouleversements. Cela vaut notamment pour la dite question syndicale. A l'époque actuelle, l'Etat bourgeois ne se borne pas à tolérer les syndicats que, jusqu'à la moitié du 19ème siècle il interdisait; dont il considérait l'existence comme une atteinte à la "sécurité publique" et qu'il s'efforçait de briser par la répression
brutale. Il les accepte, les encourage et va même jusqu'à les financer (les industriels "éclairés" font de même). Les bonzes syndicaux trônent avec les patrons et les ministres dans les commissions paritaires, les tribunaux du travail, les conseils
centraux de l'économie, les banques d'Etat, etc. Ce fait matérialise l'élévation des syndicats au statut de puissance reconnue et associée à la gestion de l'ordre capitaliste.

La vague révolutionnaire des années 1920 s'est heurtée dans tous les pays aux syndicats (y compris en Russie comme nous le verrons plus loin). Si on excepte le phénomène spécifique des syndicats scissionnistes, les syndicats ont partout en 1914 et en 1918/1921 révélé ouvertement ce qu'ils étaient déjà en réalité depuis de
nombreuses années: des organes de la contre- révolution auxquels le coup de pouce de l'intégration finale à l'Etat bourgeois fut donné pendant la première guerre mondiale. Durant les soixante ans qui ont suivi, il n'y a pas eu de lutte ouvrière sérieuse qui n'ait dû affronter violemment les syndicats et recourir à la grève
qualifiée de "sauvage" par les représentants de la Civilisation (ce que nous appellerons simplement: grève, étant donné que les "arrêts de travail" prônés par les syndicats actuels sont le contraire d'une lutte ouvrière et ne constituent pas des grèves puisqu'ils sont planifiés à l'avance avec les patrons). Cette évolution des situations n'est pas propre à un pays ou à un groupe de pays, mais caractérise la lutte de classe à l'Est comme à l'Ouest: prolétariat et syndicats se dressent mondialement l'un contre l'autre .

Considérant ces données communes à tous les combats de classe, la
position des communistes consiste à montrer que les prolétaires n'ont rien à défendre dans les syndicats actuels et que les associations ouvrières ne peuvent renaître qu'en dehors des organisations syndicales et contre elles. Si nous estimons
nécessaire d'approfondir théoriquement cette question, ce n'est pas seulement parce que le mythe du "travail communiste dans les syndicats" a la vie dure. L'idéologie bourgeoise secrète également son propre "anti- syndicalisme", aussi contre- révolutionnaire que le syndicalisme qu'il prétend combattre.

LE CADRE GENERAL DU PROBLEME

Le point de vue de notre organisation sur la "question syndicale" a déjà été brièvement exposé dans les revues précédentes (cf. notamment le texte intitulé "Pour un front de classe" dans "Le Communiste" n°3). Nous pouvons le résumer dans les thèses suivantes, qui expriment notre position générale sur cette
"question" .

1. D'après la conception matérialiste des phénomènes sociaux, toutes les organisations du prolétariat (syndicats, conseils d'usine, comités de grève, soviets, partis politiques, etc.) sont déterminées par leur pratique au cours des luttes et des attaques du prolétariat contre l'Etat capitaliste. C'est cela qui constitue
le critère de l'appréciation que les communistes portent sur ces associations, cette appréciation ne pouvant en aucun cas reposer sur des noms ou des statuts formels.

2. Les anciens syndicats du 19ème siècle qui méritaient le nom de "syndicats de classe" (par opposition aux syndicats "jaunes" directement fondés par la bourgeoisie) ont tous été vidés de leur substance d'origine par leur incorporation à l'Etat bourgeois. L'action corruptrice de la démocratie les a transformés en
facteurs de l'accumulation capitaliste (contenant le salaire réel et le temps de travail dans les limites conformes aux nécessités et aux possibilités de la valorisation du capital), en instruments répressifs dirigés contre la reconstitution de la classe
révolutionnaire et en agences de la mobilisation nationale pour la guerre impérialiste.

3. Les syndicats ont participé à la centralisation de l'économie au cours des deux guerres mondiales et des périodes de reconstruction puis d'expansion qui les ont suivies; ils en sont venus à enrôler directement les prolétaires dans les armées
bourgeoises, dans les fronts de résistance antifascistes et dans les corps- francs prolétariens des "Noske" de chaque pays et de chaque contre- révolution. Ils se sont donc définitivement déterminés pour le parti réactionnaire, pour le parti de l'Etat capitaliste. L'intégration des syndicats à l'Etat bourgeois n'est pas une "tendance réversible", mais un fait irréversible.

4. Si les syndicats ont fusionné avec le pouvoir d'Etat capitaliste, en font partie intégrante, la directive stratégique du communisme à l'égard de cet Etat vaut aussi pour les syndicats: destruction par la force des armes comme autant d'obstacles sur la voie de la révolution prolétarienne. Cette indication n'a pas une valeur contingente et variable, mais une valeur impérative et générale. Elle repose sur les postulats fondamentaux du communisme qui, à la dictature du capital, opposent la dictature du prolétariat fondée sur la liquidation physique de tous les instruments de force qui se rattachent de près ou de loin à l'Etat bourgeois.

5. La préparation à la suppression violente des syndicats passe exclusivement par la lutte menée en dehors d'eux et contre eux. Nulle part et en aucune façon, les syndicats ne défendent les intérêts de la classe ouvrière, que ce soit sur le plan historique ou sur le plan immédiat (deux aspects indissociablement liés d'une
même lutte de classe). Il est déjà nécessaire de les combattre dans la moindre lutte élémentaire puisque les revendications, les méthodes de lutte et les formes d'organisation qu'ils proposent entrent en contradiction avec les besoins fondamentaux des masses ouvrières et font office de diversion au profit des intérêts
capitalistes.

6: Aujourd'hui, le rôle de la propagande et de l'agitation communistes est de montrer aux prolétaires le contenu révolutionnaire de leur révolte contre la discipline syndicale et de l'attitude anti- syndicale qu'ils sont amenés à prendre dans la lutte. Un travail communiste doit contribuer à détruire les
illusions bourgeoises parmi les ouvriers, selon lesquelles il existerait encore des syndicats avec une "direction traître" susceptibles d'être récupérés par le prolétariat. La critique communiste des syndicats actuels est une critique de contenu avant d'être une critique de forme. Les syndicats ne sont pas
réformistes (c'est- à- dire bourgeois) parce qu'ils auraient de "mauvais dirigeants" et sont bureaucratisés. Ils possèdent une bureaucratie et de bons dirigeants par et pour le contenu qu'ils expriment. Le réformisme détermine l'existence et la prolifération des bonzes syndicaux, mais aussi des militants syndicalistes de
base, qui à chaque échelon de l'appareil ne constituent rien de plus que la personnification vivante d'une politique réformiste.

7. L'organisation communiste doit dénoncer le caractère non seulement futile, mais contre- révolutionnaire des formes de "lutte" pratiquées et des objectifs visés par les syndicats. Tout en négociant contre les travailleurs avec l'Etat bourgeois et les
patrons, les conditions des licenciements, les mesures économiques et sociales entraînées par la crise, le réformisme syndical sollicite de l'Etat et des patrons le retour à des conditions économiques immédiatement antérieures, sous la forme de
revendications concernant le "maintien du pouvoir d'achat", la "défense de l'emploi", les diverses "garanties économiques et juridiques" liées à l'exercice "normal", c'est- à- dire capitaliste, de l'achat et de la vente de la force de travail. En pratique, le réformisme syndical étouffe toute action prolétarienne qui s'oppose à la conservation de la "paix sociale".
Il procède ainsi dès que se dessine une action susceptible d'unifier les prolétaires par- dessus les divisions de catégories (divisions sur lesquelles les syndicats fondent leur puissance) en un seul combat de classe contre le pouvoir d'?tat du capital;
enfin, dès qu'une action met en péril l'appareil de production que la crise économique rend d'autant plus vulnérable aux pressions de la classe ouvrière.

8. Qu'elle en ait conscience ou non, la véritable lutte prolétarienne a pour but la conquête de tout le produit du travail social, présent et passe (c'est- à- dire la totalité des moyens de production et de consommation qui se présentent aujourd'hui sous la forme de capital) et l'abolition du travail salarié. Quand le
prolétariat entre en lutte, même au niveau élémentaire, il combat déjà pour obtenir une quantité supérieure de produits (valeurs d'usage) pour un effort moindre. Dans le processus de son affirmation, cette lutte ne tient aucun compte des capacités
d'existence et de concurrence de l'industrie capitaliste, elle les nie au contraire et implique le renversement de la dynamique économique propre au capital. C'est précisément en cela qu'elle est dans la voie du but final - la suppression du salariat, des classes: le communisme- alors que tous les programmes de "réformes
sociales", de "revendications socialement acceptables" restent misérablement enfermés dans la vision capitaliste et du coup définissent des organisations qui ne sont que les flancs- gardes de l'ordre établi.

9. Le réformisme vise à faire croire à la classe ouvrière qu'elle a tout à perdre avec la ruine de l'économie capitaliste, qu'elle a des miettes à gagner malgré le maintien du système d'esclavage salarié. Cette perspective est utopique et réactionnaire.
Utopique, parce qu'avec la crise économique disparaissent même les
possibilités pour le capital d'accorder ou de préserver durablement ces fameuses miettes tant vantées par les bourgeois réformistes. Réactionnaire, parce que les prolétaires sont invités à employer leurs forces et leurs énergies au replâtrage de
l'exploitation au lieu de se consacrer à la supprimer. Réactionnaire toujours, parce qu'au moment de la crise révolutionnaire décisive, la bourgeoisie sacrifiera ses intérêts immédiats, et accordera de réelles concessions, suicidaires pour
elle à court terme si elles ne peuvent pas servir à démobiliser le prolétariat en vue de permettre son écrasement dans le sang. Le réformisme le plus extrême sera porté à la barre de l'Etat pour accomplir jusqu'au bout sa fonction contre- révolutionnaire. Si cette tactique désespérée de la bourgeoisie réussit (cf. Allemagne 1918/1919) et une fois la défaite ouvrière consommée, les
concessions disparaîtront aussi rapidement qu'elles auront été accordées et l'accumulation capitaliste pourra reprendre un cours provisoirement ascendant.

10. L'organisation communiste doit montrer que la crise catastrophique du capitalisme ne dissocie pas l'intérêt immédiat de la classe ouvrière de celui de la révolution sociale. Elle doit indiquer des objectifs et des méthodes d'action qui démontrent l'antagonisme irréconciliable d'intérêts entre la bourgeoisie et
le prolétariat. Considérant cela, les communistes rejettent toutes les formulations revendiquant le maintien ou la défense du salaire et de l'emploi, mots d'ordre aux présuppositions conservatrices et diffusant une idéologie réactionnaire dans la classe ouvrière. Cette dernière "ne peut se situer sur le chemin qui la conduit à
sa victoire révolutionnaire, qu'à la condition de porter atteinte au mécanisme engendrant la formation de la plus- value; que si ses revendications touchant à l'amélioration, de son niveau d'existence impliquent la réduction du taux d'exploitation du prolétariat par le capital. Pour des marxistes, ce qui importe,
c'est l'appréciation des contrastes qui mûrissent dans les rapports sociaux et la lutte pour les aggraver car, sur ce chemin, la classe ouvrière acquiert la conscience et l'organisation de sa force, elle disloque la structure de domination et d'exploitation
capitalistes" ("Le Communiste" n°3, page 27).

11. L'organisation communiste ne saurait adopter un quelconque "programme minimum", inévitablement réformiste, ce qu'impliquerait notamment sa présence dans les syndicats. Elle doit montrer que les syndicats ne sont pas à reconquérir. Sa tâche est de préparer le prolétariat à suivre sans hésitation sa propre tendance
historique: la tendance à se donner une direction politique sur le plan du programme et de l'organisation (le parti), la tendance à se battre dans une lutte armée internationaliste pour la liquidation de tous les organes de l'Etat capitaliste et pour
l'instauration de sa dictature mondiale de classe - dictature qui repose sur ses organisations révolutionnaires et qui est dirigée par l'organe- parti, que le prolétariat s'est donné avant et pendant la bataille décisive en rejoignant la ligne historique de
son programme communiste.

12. Cette conception de la préparation révolutionnaire est contenue sans équivoque dans le constat matérialiste selon lequel le processus révolutionnaire est fondé sur la constitution du prolétariat en classe donc en parti, et n'est pas soumis à des
prémisses démocratiques exigeant que le parti soit suivi par une majorité numérique d'ouvriers individuels. La revendication unioniste de la conquête du syndicat équivaut aujourd'hui, dans le"meilleur" des cas, à une vision démocratique de processus révolutionnaire, dans le pire des cas, à une propagande bourgeoise
pour maintenir les ouvriers emprisonnés dans ces organes contre-révolutionnaires.

13. A des degrés divers, toutes les théories justifiant l'entrisme syndical (reconquête intégrale, reconquête partielle, destruction de l'intérieur), ont pour caractéristique commune et négative de revaloriser l'image des syndicats aux yeux de la classe ouvrière, en désorientant son avant- garde comme son arrière- garde (y
compris le groupe pratiquant l'entrisme). L'application pratique de ces théories rend impossible une propagande et une agitation claires contre ces agences de la bourgeoisie dans les rangs prolétariens. Elle empêche le travail d'organisation des tendances véritables à l'association ouvrière qui ne recoupent ni totalement
ni partiellement les formes syndicales actuelles. Elle compromet enfin la nature révolutionnaire des organisations qui ont recours à cette tactique.

14. Pour plusieurs raisons, le problème fondamental d'une alternative ouvrière face aux syndicats n'est pas une question de forme d'organisation. En premier lieu le remplacement de la forme syndicale par une forme différente (le conseil, par exemple), n'implique pas obligatoirement la rupture avec le réformisme et
peut même représenter l'une ou l'autre de ses formes extrêmes. En second lieu, aucune forme de lutte particulière surgissant dans le cours du mouvement de classe ne possède "en soi" les conditions pour l'expansion de ce mouvement, qui sont à rechercher dans son contenu, c'est- à- dire dans sa dynamique de rupture effective
avec le capital. Une forme quelconque peut par exemple surgir comme un produit mort- né d'un processus qui n'a pu échapper au contrôle complet du capitalisme (cf. la majorité des conseils d'ouvriers et de soldats en Allemagne en 1918). D'autre part, un comité de grève, combatif au début de la lutte, peut devenir un
mois après un frein rétrograde pour cette même lutte. En troisième lieu, la renaissance de l'associationnisme ouvrier n'est pas saisissable à l'avance au niveau des formes qu'il prendra et des modes d'organisation qu'il tendra à se donner. On peut seulement avoir une compréhension claire du processus qui engendrera ces
formes et ces modes. Une perspective d'agressivité croissante du prolétariat contre le capital, procédant par bonds et ruptures brutales comme elle l'a toujours fait dans le passé, doit inévitablement comporter les combinaisons les plus variées dans le surgissement, la modification, la dissolution et la recomposition des associations ouvrières.

15. Sans préjuger de la forme des organisations futures du prolétariat (sans pouvoir prétendre à l'avance et en dehors de la vie réelle que les formes "syndicats de classe", "unions", "conseils", "communes", "soviets", ont toutes épuisé complètement
leur cycle historique et ne resurgiront plus comme expressions du mouvement prolétarien), la lutte pour la renaissance de l'associationnisme ouvrier s'articule aujourd'hui autour du travail dans les "comités de grève", les "noyaux ouvriers", les
"commissions d'usine et de quartier", les "cordons industriels", les "assemblées classistes", "les coordinations de travailleurs en lutte", etc., qui constituent les expressions immédiates de la vie du prolétariat.

16. Durant les dernières années, ces organes de lutte ont très souvent pris un caractère local et limité dans le temps. C'est là un des effets de la contre- révolution passée, dont le lent épuisement limite pour l'instant l'action prolétarienne à des
explosions brèves et sporadiques. Cependant ces organes de lutte (apparus avec une force variable dans presque tous les pays) ont eu la tendance à développer des formes qui, dans leur direction, peuvent être mis en parallèle avec les syndicats scissionnistes, les conseils d'usine et les unions révolutionnaires des années 20.

17. Ces différentes et récentes formes de lutte montrent que les vieilles faiblesses dérivant du localisme et de l'autonomisme se reproduisent facilement. La centralisation et l'organisation de l'action sont donc un problème d'aujourd'hui comme d'hier. La préparation de la nécessaire coordination des forces est une tâche qui fait partie de l'agitation et du travail politique général de préparation à la charge de l'organisation communiste.

18. Puisque la révolution n'est pas une question de forme d'organisation, c'est le contenu du mouvement prolétarien réel qui constitue le critère de l'intervention et du travail révolutionnaires. Les communistes travaillent uniquement dans les
mouvements de prolétaires en lutte. Alors que les éléments gagnés aux buts et aux méthodes de lutte du communisme déserteront les organisations bourgeoises, que cette évolution procédera de leur expérience pratique des combats de classe et non de l'illumination subite de leurs "consciences" individuelles, les communistes ont
pour directive générale de ne pas travailler dans les organes de l'Etat bourgeois (à l'exception de l'armée qui possède des caractéristiques spécifique). Ceci vaut également pour les organisations qui se distinguent des syndicats seulement par une plus grande radicalité de nom et qui pratiquent un réformisme "dur":
ils sont du côté du capital et doivent être traités comme des organes étatiques et politiques de la contre-révolution (pour prendre un exemple, le KAPD appela en 1920 au boycott et à la destruction des "conseils légaux" en Allemagne).

19. L'organisation communiste doit combattre comme idéologies bourgeoises, les doctrines (ordinovistes, mao- spontanéistes, etc.) qui parlent du remplacement des syndicats par des "conseils ouvriers" ou des "comités populaires" et qui attribuent à ces "nouvelles formes" le même contenu réformiste, antifasciste, nationaliste que celui des vieux syndicats. Elle doit également combattre le point de vue de "l'anti- syndicalisme" moral et platonique qui, en même temps qu'il appelle à déserter les
syndicats, convie les noyaux d'avant- garde à s'abstenir du travail quotidien d'organisation de la lutte élémentaire (et sombre dans le fétichisme des critères numériques, des assemblées, des aspects formels de délégation et de révocabilité, en un mot dans le crétinisme démocratique).

UN PROBLEME DE METHODE

Pour argumenter plus à fond ces conclusions d'analyse, de stratégie et de tactique, il nous faudra nécessairement revenir sur l'histoire des syndicats depuis leurs origines. Avant tout chose, se pose un problème de méthode. Quelles exigences
fondamentales doivent présenter les communistes dans l'examen des formes de lutte:

"En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu'il n'enchaîne pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée. Il admet les méthodes de lutte les plus variées; mais il ne les "invente" pas; il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les méthodes de lutte de classe révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours même du mouvement. Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l'on considére attentivement la
lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l'aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d'attaque (...). Le marxisme, sous ce rapport, s'instruit si l'on peut dire, à l'école pratique des masses; il est loin de prétendre faire la leçon aux masses en leur proposant des formes de lutte inventées par des "fabricants de
systèmes" dans leur cabinet de travail.

En second lieu, le marxisme exige absolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique (...).
Essayer de répondre par oui ou par non, quand la question se pose d'apprécier un moyen déterminé de lutte, sans examiner en détail les circonstances concrètes du mouvement au point précis où il en est arrivé - ce serait quitter complètement le terrain marxiste.
Tels sont, théoriquement, les deux principes essentiels qui doivent nous guider" (Lénine, "La guerre des partisans", Octobre 1905).

Considérer "attentivement la lutte de masse qui se déroule" et assimiler les indications qu'elle fournit, envisager la question des formes de lutte sous son aspect historique, tels sont les deux critères fondamentaux qui doivent nous servir pour ne pas faire de formes de lutte - souples, vivantes et adaptées aux nécessités,
qu'elles doivent être- une "recette" d'organisation qui s'associe de l'extérieur au mouvement et en freine le développement (soit en le rabattant vers des organisations passées à la bourgeoisie, soit en le fixant dans des formes de combat devenues trop étroites). Cette méthode d'analyse prend pour point de départ une évidence: les formes d'hier peuvent se révéler dépassées aujourd'hui, à tel
point qu'elles peuvent s'être remplies d'un contenu qui est l'exact opposé des tendances à l'association ouvrière.

Si la constitution du prolétariat en classe implique notamment la suppression de la concurrence que se livrent les prolétaires entre eux - par l'association et la centralisation des associations autour d'un programme et d'une direction communistes -, à l'inverse le triomphe périodique de la contre- révolution signifie
toujours la destruction des associations prolétariennes par le capital. Comme forme de cette destruction, l'incorporation à l'Etat bourgeois sert le mieux les intérêts généraux de la bourgeoisie puisqu'elle ajoute à l'élimination substantielle de
l'association, une nouvelle barrière dans le réseau des organismes défensifs du capitalisme. L'accomplissement d'un tel processus de destruction ne concerne pas seulement la "forme syndicale", mais l'ensemble des formes d'organisation dont s'est doté jusqu'à présent le prolétariat (les "comités" et les "conseils" par
exemple, servent d'instruments d'encadrement, de mobilisation et
d'autogestion capitalistes dans de nombreux pays. Quant aux anciens partis du prolétariat, il n'est que trop facile de constater qu'ils ont subi le même sort et que le stalinisme s'est imposé sur les ruines de l'Internationale Communiste en en
dissolvant tout caractère prolétarien).

Si on envisage "la question des formes de lutte sous son aspect historique", la simple formule "question syndicale", contient une mystification. Il n'y a rien de commun entre les syndicats actuels et les syndicats à l'époque de Marx. Puiser chez ce dernier des indications théoriques pour justifier le "travail syndical" est
donc absurde, étant donné que sous le mot "syndicats" se recoupent deux réalités opposées. Seule la contre- révolution peut se sentir à l'aise dans "l'orthodoxie marxiste" formelle qui consiste à repiquer les écrits de Marx sur un tableau social modifié (en leur faisant dire exactement le contraire de ce qu'ils signifiaient).
Malheureusement, même au sein du camp prolétarien, il ne manque pas de groupes qui, à la place des deux critères d'analyse que nous avons énoncés (et qui reposent sur l'expérience réelle du prolétariat au cours de ses luttes et de ses attaques présentes et passées contre le capital), substituent des critères et des
statuts formalistes. Sur l'autel de "l'invariance" formelle, et pour alimenter la confusion, il est normal que Lénine soit enchaîné après Marx. C'est d'autant plus facile que les indications de Lénine en 1920 s'inscrivaient dans une situation où
la quasi- totalité des syndicats étaient déjà semblables à ce qu'ils sont devenus aujourd'hui, - Lénine proposait une "tactique" prétendument "réaliste" basée sur le débordement des "bonzes syndicaux" par les "masses syndicalisées", dans le double but de récupérer l'appareil des syndicats et de réaliser la conquête des
masses" par le parti. L'expérience a montré que cette "tactique" n'a servi que la bourgeoisie. Il nous faut donc encore une fois répéter que l'essence de la théorie communiste n'est pas l'adulation de dirigeants prolétariens ou de formules .

"Si dans chaque période historique le prolétariat gravit un échelon nouveau, si cette progression est consignée dans les écrits fondamentaux (des révolutionnaires), il n'en reste pas moins vrai que la somme des hypothèses, des schémas, des
probabilités émises devant des problèmes encore embryonnaires, doivent être passés par la critique la plus sévère par ceux qui voyant s'épanouir ces mêmes phénomènes peuvent bâtir des théories non SUR le "probable" mais sur le ciment des expériences nouvelles. D'ailleurs, chaque période contient ses limites, sorte
de domaine d'hypothèses qui pour être valables doivent encore être vérifiées par les événements (...). Quand la tourmente révolutionnaire balaye impitoyablement les réminiscences, qu'elle fait surgir de profonds contrastes entre les positions
prolétariennes et le cours des événements, le marxisme n'adjure pas l'histoire d'adopter des formules périmées, de rétrograder: il comprend que les positions de principe élaborées préalablement, doivent être poussées plus loin, que le passé doit être laissé aux morts (...). C'est pourquoi nous disons: les principes sont les
armes de la révolution prolétarienne, mais pour arriver à cette dernière, il faut que nos armes embrassent tous les phénomènes contradictoires que la société capitaliste dégage... et c'est là un problème essentiel de tactique et de "pousser à fond" les principes." (Bilan n°14, "Le problème des minorités nationales",
Décembre 1934).

Nous avons voulu, préalablement, poser ces considérations pour les motifs suivants: d'abord pour expliquer la nécessité d'aller de l'avant dans une période où beaucoup veillent avec un soin jaloux à se préserver une niche "historique" pleine de moisissures; ensuite pour faire comprendre qu'il faut cesser une fois pour
toutes de jongler avec des hypothèses, des phrases, des affirmations démenties de Marx et de Lénine. Pour ce qui nous concerne, nous n'aurons aucune crainte d'affirmer que les formulations de Lénine à propos des syndicats ont été dépassées
par les événements, et que ses positions appliquées dans le premier après- guerre sont entrées en totale contradiction avec la fonction fondamentale que son auteur leur avait donnée: aider à l'éclosion de la révolution mondiale.

UN PROBLEME DE CONTENU

L'examen des questions de "formes d'organisation" est inséparable de l'examen de leur contenu. Les formes n'ont jamais d'existence "en soi", ne se développent pas comme catégories autonomes, mais correspondent en tous lieux et en toutes circonstances à un contenu de classe déterminé, plus précisément à certains besoins de classe déterminés. En s'attaquant au problème des formes
d'organisation, il s'agit donc d'abord de définir des contenus substantiels. La substance étant que des fonctions données doivent être assumées indépendamment des formes d'organisation qui s'imposeront dans tel ou tel cas spécifique.

Que démontre le développement historique au sujet du contenu de la lutte ouvrière?

"Le mouvement économique et l'action politique de la classe ouvrière en lutte sont indissociablement liés entre eux" (Statuts de l'Association Internationale des Travailleurs).

"Il n'y a pas deux luttes différentes de la classe ouvrière, une économique et une politique; il n'y a qu'une seule lutte de classe, tendant à fois à limiter l'exploitation capitaliste au sein de la société bourgeoise et à supprimer l'exploitation
capitaliste et en même temps la société bourgeoise" (Rosa Luxembourg, "Grève de masse, parti et syndicats", 1905).

En d'autres termes, l'élément économique et l'élément politique, dans la lutte de classe, bien loin de se distinguer nettement ou même de s'exclure, ne constituent au contraire que les deux faces entremêlées d'une même lutte prolétarienne. Ce qui en forme l'unité, c'est justement l'action de lutte contre le capital.
Toutes les révisions de la théorie communiste vont s'efforcer de nier cette unité fondamentale de la lutte ouvrière, pour prétendre au contraire qu'il y a "deux luttes différentes" du prolétariat. Cette dissociation de la lutte en deux tronçons organisés
séparément (la "lutte économique" dans les syndicats, la "lutte politique" dans le parti), n'introduit pas seulement une rupture quantitative dans le mouvement ouvrier, une division des tâches qui en réalité ne sont pas divisées - avec pour conséquence
l'auto- limitation de chacun des deux tronçons. Elle introduit une rupture qualitative dans le mouvement prolétarien, la renonciation à la totalité composée par ses buts et par le processus d'affirmation qui lui est propre.

Nous pouvons essayer de séparer les deux éléments pour prouver toute l'absurdité de la séparation. Par "lutte économique" des ouvriers on veut signifier habituellement la lutte pour "moins de travail et plus de paye". Par "lutté politique" on veut dire la lutte pour bouleverser la façon dont la société est gouvernée,
c'est- à- dire pour contrer l'action de l'Etat bourgeois et finalement le détruire.

"Le mouvement politique de la classe ouvrière a naturellement comme but la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière elle- même, et à cette fin, une organisation préalable de la classe ouvrière développée jusqu'à un certain point et issue de ses luttes économiques, est naturellement nécessaire. Mais d'autre
part, tout mouvement dans lequel la classé ouvrière s'oppose comme classe aux classes dominantes et cherche à les affronter avec une pression de l'extérieur, est un mouvement politique (...). Dans cette sorte de mouvements seulement économiques des ouvriers naît et se développe partout le mouvement politique, c'est- à- dire un mouvement de la classe pour réaliser ses intérêts de façon
générale et d'une façon qui a une force coercitive générale, socialement. S'il est vrai que ces mouvements supposent une certaine organisation préalable, ils sont en partie des moyens du développement de cette organisation. Là où la classe ouvrière n'a pas encore évolué dans son organisation au point de pouvoir
entreprendre une campagne décisive contre le pouvoir collectif, c'est- à- dire contre le pouvoir politique des classes dominantes, elle doit de toutes façons être préparée à une agitation permanente contre la politique des classes dominantes qui nous est hostile. Autrement, elle reste un jouet entre leurs mains..."
(Marx, Lettre à Bolte, 24/11/1871).

Dans la mesure où la lutte de classe est une question de force, et non de "droits" ou de négociations à l'amiable, les ouvriers ne peuvent suivre qu'un seul chemin: à moins de demeurer un jouet entre les mains de la bourgeoisie, ils doivent chercher à s'y opposer "d'une façon qui a une force coercitive général", socialement parlant. Il est évident que pour parvenir à ce dernier résultat, il faut que les ouvriers se coalisent entre eux (car s'il sont isolés les uns vis- à- vis des autres, ils ne
représentent pas une force dans la société).

"C'est sous la forme des coalitions qu'ont toujours lieu les premiers essais des travailleurs pour s'associer entre eux. La grande industrie agglomère dans un endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence les divise d'intérêts. Mais le maintien du salaire, cet intérêt commun qu'ils ont contre
leur maître, les réunit dans une même pensée de résistance- coalition. Ainsi la coalition a toujours un double but, celui de faire cesser entre eux la concurrence pour pouvoir faire une concurrence générale au capitaliste. Si le premier but de la
résistance n'a été que le maintien des salaires, à mesure que les capitalistes à leur tour se réunissent dans une pensée de répression, les coalitions d'abord isolées, se forment en groupes, et en face du capital toujours réuni, le maintien de l'association
devient plus important pour eux que celui du salaire" (Marx, "Misère de la philosophie", 1847).

Il ne dépend pas des ouvriers de mener une lutte politique, puisque la simple action de lutter porte atteinte au mécanisme engendrant la formation de la plus- value et compromet le fonctionnement du capital (non seulement au niveau de
l'entreprise, mais tendanciellement au niveau de l'économie dans son ensemble dont l'entreprise est la cellule). Pour cette raison et parce que toute lutte menace de s'étendre de proche en proche à toute la classe ouvrière, qui vit les mêmes conditions que celles qui ont motivé la lutte, un affrontement local fait tout de suite
agir les capitalistes coalisés "dans une pensée de répression".
N'importe quelle grève sérieuse provoque immédiatement - la mobilisation de toute la bourgeoisie pour protéger son économie et sa "paix sociale". Face aux prolétaires, les capitalistes estiment qu'il est de leur intérêt fondamental de s'entraider et, en règle générale, c'est directement l'Etat - ce comité de gestion des
affaires de la bourgeoisie tout entière - qui intervient pour protéger la propriété privée et la "liberté du travail" (les agents de l'Etat en milieu ouvrier sabotent les luttes, les flics viennent défendre les jaunes, expulser les occupants de l'usine,
arrêter les travailleurs combatifs, etc.). Dans ces conditions, les ouvriers qui luttent vraiment pour leurs intérêts élémentaires et qui refusent de lâcher prise dans le combat qu'ils ont déclenché, sont entraînés automatiquement à combattre toute la
bourgeoisie et son appareil d'?tat. A moins d'abandonner la lutte dès le début, les prolétaires n'ont pas le choix devant la lutte politique.

D'un point de vue prolétarien, on ne peut pas concevoir l'existence d'une lutte ouvrière réelle (nous ne parlons pas des cortèges du 1er mai ou des "grèves" d'opérette!) qui ne soit pas déjà, ne serait- ce que de manière embryonnaire, une lutte de classe à classe, autrement dit une lutte politique. Renoncer à la
"lutte politique" dans la lutte quotidienne, c'est- à- dire refuser dans chaque grève d'utiliser la force de classe sur le plan de la société globale face à l'Etat, ce n'est pas "rétrécir la lutte de classe à la lutte économique" (formule qui n'a pas de
sens), mais renoncer à la lutte tout court. La tactique du réformisme - comme politique des agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier - s'exprime d'ailleurs dans la pratique suivante: cacher aux prolétaires comment et pourquoi ils luttent réellement, s'en référer à la "lutte économique séparée de la
lutte politique", exclure de la "lutte économique" toute possibilité de recourir à la "lutte politique" contre l'Etat (les camarades députés feront un discours au parlement!) et, une fois la lutte ramenée à une sinistre caricature et incapable de s'y
opposer, négocier des "compromis acceptables" avec le patronat (fréquemment de pures promesses!) qui représentent le prix à payer pour le maintien de la "paix sociale".

On ne peut combattre le réformisme qu'en combattant également son schéma traditionnel de "revendications immédiates", qui ne partent pas des besoins du prolétariat, mais des possibilités de survie de l'industrie capitaliste. Lorsque le capitalisme possède une marge de manœuvre suffisante (période de prospérité), le réformisme est favorable à certaines améliorations du niveau de vie des ouvriers
(mais il s'agit de l'intérêt général de la bourgeoisie de souscrire à ce point de vue). Lorsque cette marge de manœuvre se restreint (période de crise), il préconise de nouvelles réformes pour remplacer les anciennes, mais qui signifient cette fois une
compression du niveau de vie réel des ouvriers. Dans tous les cas, le programme de réformes correspond aux besoins vitaux de l'ordre capitaliste, à la stratégie qu'il doit mettre en œuvre pour enchaîner les prolétaires à l'Etat bourgeois.

Un programme d'action prolétarien se fonde sur des prémisses totalement opposées, y compris dans sa partie "revendicative". Les ouvriers veulent travailler le moins possible, gagner le plus possible, c'est- à- dire s'approprier le plus de richesse sociale. Pour préserver leurs éventuelles conquêtes matérielles et les
approfondir, il leur faut en plus s'emparer du pouvoir politique, afin de se garantir contre les flux et les reflux auxquels les soumet la dictature du capital. Dès le début, la lutte pour les besoins concrets du prolétariat s'oppose aux intérêts de la
bourgeoisie, implique la démolition de la puissance capitaliste et
l'organisation du prolétariat dans une perspective qui n'est pas la réforme du capital, mais le communisme."La lutte de classe unitaire est une lutte pour tout le produit (...). Le capital constant est le fruit du travail des générations
passée: il doit être arraché à la classe bourgeoise et aller au prolétariat victorieux, c'est- à- dire, tendanciellement, à la société sans classes. Le capital variable représente le travail des éléments actifs de la société, c'est- à- dire aujourd'hui de
la classe ouvrière, et demain de la société tout entière. La plus- value provient des énergies actuellement au travail et des moyens technique d'organisation, qui sont eux aussi un "héritage" du passé et qui doivent être à la disposition de toute la société. La classe ouvrière au pouvoir d'abord, la société sans classes
ensuite, utiliseront toute la masse du produit ancien et nouveau dans l'intérêt général .

Antagonisme donc entre les classes, entre leurs organisations militaires et politiques, non entre des chiffres qui représenteraient la répartition de la richesse entre les classes". (Bordiga, "Les leçons des contre- révolutions", 1951).

Le réformisme calcule la répartition de la richesse sociale en fonction des nécessités de conservation de la société bourgeoise, le prolétariat tend à dépasser constamment la part qui lui est attribuée (moins que rien en pleine époque de crise) et à ruiner la société bourgeoise. C'est pourquoi entre le premier et le second, plus exactement entre la classe exploiteuse et la classe exploitée, il n'y a aucune conciliation possible. (A suivre).


Il existe des exceptions à cette règle générale sur lesquelles nous reviendrons par la suite ("syndicats classistes" en Argentine 1969, etc.).
Cf. dans "Le Communiste" n°2, la rubrique "Mémoire ouvrière".
Le capital constant correspond à la valeur des matières premières et des machines, le capital variable à la valeur des salaires payés, et la plus- value à la "valeur ajoutée" que s'approprie le capitaliste. En même temps qu'il utilisera le produit social dans la perspective du communisme, le prolétariat abolira évidemment les actuelles formes capitalistes de ce produit social.




CE4.5 Mouvement communiste et syndicalisme