Les tentatives d'organiser une riposte de classe à l'attaque bourgeoises se heurtent en tout premier lieu, en Belgique comme ailleurs, aux illusions qu'ont les ouvriers eux- mêmes et aux mythes auxquels ils croient. La fonction de l'idéologie bourgeoise est d'entretenir et de développer toutes les illusions qui
poussent les prolétaires à se résigner, à accepter leur misère croissante. Au centre de ces mystifications se trouve l'apologie de la condition prolétarienne, indissolublement liée au mythe selon lequel le sort des ouvriers serait amélioré par la consommation de plus de marchandises.

Aujourd'hui en Belgique, où l'offensive anti- ouvrière se poursuit , toutes les fractions de la bourgeoisie, du gouvernement à "l'opposition", du patronat aux syndicats, justifient leur politique -générale de classe et particulière de fraction- au nom du travail et/ou des prolétaires. Il n'y a rien d'étonnant à cela:
l'intérêt objectif de la bourgeoisie dans sa totalité est de faire l'apologie de la condition prolétarienne pour rendre les ouvriers les plus dociles possible, les abrutir par les chants à l'honneur du salariat et les disposer à se faire tanner la peau dans les bagnes industriels. La "gauche" de la bourgeoisie va même jusqu'à
crier: "vive le prolétariat!", et cela ne veut rien dire d'autre que: "vive la création du capital, vive l'usine, vive l'esclavage salarié!". Dans les moments de crise du capital comme celle aujourd'hui, le "vive le prolétariat" signifie en plus: "vive
l'effort des ouvriers pour assainir l'économie nationale, pour se sacrifier avec la nation, pour accepter l'austérité!"... Demain ce même cri, on l'entendra pour dire: "vive les ouvriers qui se font égorger pour la patrie belge dans la guerre impérialiste!"

De l'autre côté de la barricade, le mot d'ordre: "vive le prolétariat" veut dire tout à fait autre chose. Il ne s'agit pas de faire l'apologie de la condition actuelle des ouvriers, mais de mettre en avant la perspective révolutionnaire du vent de révolte
et d'indiscipline qui souffle dans la société capitaliste: action autonome du prolétariat, insurrection et dictature ouvrières comme mesures nécessaires pour l'abolition des classes. Cette perspective à pour point de départ le rejet de la condition même de prolétaire par ceux qui la subissent, le refus d'être une
marchandise dont le sort se règle en marchandise, et s'appuie sur les réactions au début instinctives et spontanées contre le mode de vie actuel en tant que mode de vie intolérable.

Nous appelons conscience de classe, non pas l'illusion qu'être prolétaire est un mérite, mais par contre la compréhension qu'être prolétaire est insupportable, et qu'il est nécessaire d'agir d'une façon organisée et centralisée pour détruire les conditions qui engendrent le prolétariat: le capital et le travail salarié.

Dans ce texte, nous visons à attaquer une illusion particulière mais fondamentale qu'ont les ouvriers et sur laquelle est basée le pouvoir syndical contre eux: l'illusion de considérer que le sort du prolétariat est mesurable par le "pouvoir d'achat", par le niveau du salaire réel .

HAUSSE DU SALAIRE, HAUSSE DE L'EXPLOITATION...

Alors qu'aujourd'hui la bourgeoisie est forcée par ses propres lois (celles du capital) de faire passer une brutale augmentation du taux d'exploitation, l'ensemble des "partenaires sociaux" discutent au nom des ouvriers tout en fixant le maximum auquel ceux- ci devraient aspirer: "la conservation des conquêtes ouvrières", la "liaison des salaires à l'index", etc.

La bourgeoisie serait incapable de maintenir un seul instant sa dictature si toutes ses fractions déclaraient ouvertement qu'elles essayent en fait de trouver la meilleure manière d'augmenter l'exploitation. La classe dominante sait très bien que pour faire
avaler l'austérité, elle a besoin de mascarade, de théâtre: le gouvernement annonce un paquet de mesures, les patrons se plaignent que ce n'est pas assez, les syndicats affirment que c'est trop. La mascarade peut réussir - comme c'est encore le cas
- uniquement si les ouvriers se croient représentés sur scène et continuent à passer leur vie entre l'usine, où ils produisent le capital, et la télévision, où ils apparaissent comme "supporters" de leurs syndicats.

Nous ne répéterons pas ici ce que tout prolétaire sait déjà: que tous les prix augmentent, que tel ou tel "partenaire social" s'oppose à la vignette autoroutière, à l'augmentation du ticket modérateur, aux atteintes à la sécurité sociale, etc. N'importe quel journal bourgeois, de "gauche" ou de "droite", en parle tous
les jours et les positions contradictoires sur "l'opportunité", la "justice" de chacune des mesures envisagées font légion. N'importe quel ouvrier connaît tout ce théâtre et peut apprécier à quel point sont ridicules les volte- face, les chicaneries, les
rebuffades mutuelles des politiciens et des bonzes syndicaux qui agitent ce cirque.

Mais en même temps, beaucoup d'ouvriers qui perçoivent ce secret de polichinelle se laissent quand même abuser par la magie d'un mot, d'une formule de l'un ou l'autre des clowns qui lui font face. Et par la même, ce qu'il ne savent pas, c'est qu'ils sont aussi incorporés dans le cirque. Tel est d'ailleurs la finalité de
ce dernier: que les ouvriers se laissent promener dans les rues par un fantoche nommé Debunne (ou autrement: cela n'a pas d'importance), pour des "revendications" dont l'application signifie l'accroissement de leur propre misère.

"M. Debunne souligne la puissante offensive du patronat et rend hommage au gouvernement qui a confirmé la liaison automatique des salaires à l'index" (la Libre Belgique du 11/11/1979). Dans "Le communiste" n°3, nous avions mis en évidence que l'index peut être et est falsifié; que les augmentations des salaires nominaux (le
papier- monnaie que reçoit l'ouvrier en échange de sa force de travail) sont calculées en pourcentages et que "les divisions en diverses catégories de salariés, arme de la bourgeoisie pour agiter le drapeau de la "promotion sociale" et raviver la
concurrence des ouvriers entre eux, s'en trouve dès lors approfondies". Cette fois nous ferons abstraction de ces aspects, qui nous conduisaient déjà au refus de la "défense de l'index", pour poser les questions suivantes: dans le meilleurs des cas
(index "honnête"), est- ce que les liaisons automatiques des salaires à l'index, c'est- à- dire le maintien des salaires réels (de la somme des moyens de subsistance que reçoit l'ouvrier en échange de sa force de travail) profite aux travailleurs? Est- ce
qu'elle peut être considérée comme un "acquis de la classe ouvrière"? Est- ce qu'elle s'oppose à intensification de l'exploitation?

Notre réponse ira beaucoup plus loin qu'un simple démenti: non seulement le maintien du pouvoir d'achat des ouvriers ne contredit pas l'augmentation de l'exploitation et de la misère du prolétariat, mais l'augmentation du salaire réel peut même aller de pair avec l'augmentation de la misère et de l'exploitation. Le
tableau suivant correspond à l'une des périodes dorée de la politique syndicaliste en Belgique, pendant laquelle le patronat et les syndicats concédaient des augmentations du salaire nominal supérieures à l'augmentation des prix (1960- 1973). Ce tableau est très utile pour démontrer la validité de nos conclusions et pour les rendre plus compréhensibles en nous permettant de les chiffrer:

Partie de la réalité que la bourgeoisie a intérêt à publier
Partie de la réalité que la bourgeoisie a intérêt à cacher

Heures de travail (1)

Salaire nominal (2)

Prix à la consommation (3)

Salaire réel

(4)

Valeur unitaire des biens de consommation (5)
Valeur de la force de travail (6)
Taux de plus- value d'exploitation (7)
1960
100
100
100
100
100
100
100
1965
98
145
113
128
75
96
103
1970
92
206
135
153
54
83
115
1973
89
300
185
190
43
82
112

Source: "Une estimation empirique de quelques concepts marxistes fondamentaux, Belgique 1953- 1973. Institut des sciences économiques, UCL ; Working Paper 7801". Les chiffres correspondent exclusivement aux industries manufacturières (sont donc exclues les industries extractives et l'industrie de la construction).

Même si le tableau est construit à partir de données officielles (institut national de statistique) qui essaient de prouver "l'amélioration de la condition ouvrière", nous pouvons constater que dans ces treize années d'âge d'or du capitale belge,
l'exploitation s'est renforcée.

Nous avons divisé le tableau en deux parties. La première est celle que la bourgeoisie (spécialement les syndicats) utilise pour sa propagande: diminution des heures effectivement prestées de 11% (colonne 1), augmentation du salaire nominal de 200% (colonne 2) qui, malgré une inflation de 85% (colonne 3), a permis que le
salaire réel, c'est- à- dire la consommation ouvrière, augmente de 90% (colonne 4). Mais ce que la bourgeoisie ne livre pas à la publicité, c'est le fait que tout ce "progrès" est dû à l'extraordinaire augmentation de la productivité du travail qui
permet aux prolétaires de créer l'ensemble des biens qu'ils consommaient en 1960 en n'utilisant en 1973 que 43% (colonne 5) du temps de travail qu'ils utilisaient en 1960 ! Si cette augmentation de la productivité du travail avait entièrement profité aux producteurs et servi à la réduction de l'horaire de travail, ce dernier aurait pu être réduit, non de 11% (colonne 1), mais de 57% par rapport à celui de 1960 (colonne 5) moins de vingt heures de travail hebdomadaire! Et même en augmentant la consommation ouvrière de 90% (colonne 4), l'horaire de travail aurait pu être réduit, tout en maintenant le taux d'exploitation à un niveau
constant, non de 11% mais de 18% (colonne 6). Certainement moins
que les 36 heures de travail hebdomadaire, et ce déjà en 1973 !

Evidemment, il ne s'agit pas pour nous d'assimiler la lutte prolétarienne à la lutte pour le maintien du taux d'exploitation à un niveau constant, parce que les intérêts "économiques" objectifs du prolétariat sont l'élimination de toute exploitation,
l'appropriation de la totalité du produit social et l'orientation de la production en fonction des besoins (non des profits), perspectives indissolublement liées à la dictature de classe sur la bourgeoisie. Si nous argumentons à partir de ces chiffres, sans même diminuer le taux d'exploitation initial et donc en nous basant sur un présupposé encore conservateur, c'est pour mettre en évidence le caractère réactionnaire, contre- révolutionnaire de toutes les revendications syndicales et gauchistes (cf. l'apologie par les trotskistes de "l'échelle mobile des salaires"). Pour
démontrer que, contrairement à ce que les syndicats et les groupuscules "d'extrême- gauche" veulent nous faire croire, ils ne sont pas seulement pour le maintien de l'exploitation, mais carrément pour son augmentation. Ils sont favorables à la hausse du salaire réel seulement si l'augmentation de la productivité du travail permet (comme dans la période 1960- 1973) une dévalorisation brutale de la force de travail qui rend possible une augmentation du taux d'exploitation.

L'ensemble de la bourgeoisie peut bien crier "vive le prolétariat", ""vive les conquêtes ouvrières" aux prolétaires qu'elle entraîne à fêter une misérable réduction de temps de travail ou une augmentation de la masse des salaires. Entre
bourgeois et larbins syndicaux qui savent très bien ce que cela signifie, ils se congratulent: "on peut continuer à vivre du prolétariat; maintenant nos esclaves nous coûtent plus que 82% de ce qu'ils nous coûtaient auparavant (colonne 6), ce qui implique que la proportion entre le temps qu'ils travaillent pour nous et le temps qu'ils dépensent pour se maintenir en vie et se reproduire à augmenter de 12% en notre faveur (colonne 7: taux de plus- value)".

En résumant l'analyse du tableau, on peut affirmer que ce que l'ensemble de la bourgeoisie définit comme des acquis ouvriers (hausse du pouvoir d'achat et compression de la journée de travail) provient de ce que les ouvriers ne se sont appropriés qu'une partie de l'augmentation de la productivité de leur travail, et que le capital s'est approprié le reste en augmentant le taux d'exploitation . Ce dernier est l'unique critère objectif pour mesurer la misère prolétarienne, l'unique qui permette de comprendre pourquoi, au fur et à mesure que le produit du travail
humain s'élargit et s'amplifie, les producteurs sont dépossédés d'une partie toujours croissante des résultats de leur propre travail. On peut comprendre également qu'il n'y a qu'un seul cas de conquête partielle envisageable, réalisé par notre classe:
lorsque les ouvriers arrachent au capital une diminution réelle du taux d'exploitation, c'est- à- dire une augmentation du salaire et/ou une diminution du temps de travail et/ou une réduction de l'intensité de travail, sans compensation par une modification de l'un des trois facteurs dans un sens défavorable aux ouvriers, et sans compensation par une élévation de la productivité du travail.

On nous rétorquera que cette situation est intenable, qu'aucune rentabilité ne peut être maintenue dans ces conditions, que l'économie doit s'effondrer et que les entreprises doivent fermer leurs portes, etc. C'est vrai, mais cela ne fait que prouver l'incapacité intrinsèque du capital à diminuer l'exploitation et
le caractère inconciliable des intérêts de la bourgeoisie et du prolétariat. Cette situation est intenable des deux côtés de la barricade: ou bien les prolétaires approfondissent le rapport de force en leur faveur et s'orientent vers l'insurrection, ou bien le capital réussit à endiguer la combativité ouvrière et à se réformer en même temps. Le capital est contraint à court terme d'élever sa composition technique, afin de rendre le travail plus productif, de dévaloriser la force de travail et de s'approprier les résultats de cette opération. En d'autres termes, il est
contraint de réaugmenter rapidement le taux d'exploitation, ce qui revient à réabsorber et à éliminer tout acquis matériel des ouvriers .

Dans ce cas, ce qui reste aux prolétaires, ce ne sont pas les éphémères conquêtes matérielles (étant donné que la bourgeoisie les a très vite supprimées), mais l'expérience et l'union grandissante des prolétaires que la lutte développe; la certitude qu'il faut reprendre la lutte, l'approfondir, l'organiser et la centraliser pour triompher; la confirmation que sans dictature prolétarienne, il n'y a pas de conquête ouvrière ni d'avantage réel arraché au capital qui soient durables.

MAINTIEN DU SALAIRE, HAUSSE DE L'EXPLOITATION...

Aujourd'hui, sous son masque de gauche, la bourgeoisie ne nous promet même pas une augmentation du salaire réel, mais nous propose de "lutter pour son maintien". Si avant la plus grande partie des hausses de productivité allaient aux mains des
capitalistes, maintenant il faudrait que nous défendions comme notre "acquis" la possibilité pour eux de s'en approprier la totalité!

En effet, même dans des périodes de crise, le capital est forcé par la concurrence d'élever la productivité du travail. A cette nécessité correspond ce qu'on appelle la "rationalisation de l'économie": fermetures d'entreprises, mise au chômage des
ouvriers, ouvertures (incapables de compenser les fermetures) de quelques nouvelles entreprises où la productivité est très élevée et qui réalisent des superprofits ... La polémique entre les syndicats et la FEB ne tourne pas autour de l'appropriation par les capitalistes de toute l'augmentation de la productivité du
travail (sur cela, ils sont bien d'accord), mais autour du rythme et de l'ampleur que doit prendre la hausse du taux d'exploitation. La FEB voudrait diminuer immédiatement le pouvoir d'achat des ouvriers, les syndicats (surtout la FGTB) sont contre et pensent que la bourgeoisie devrait se contenter aujourd'hui d'un simple blocage. Le patronat est favorable à la liquidation de l'indexation des salaires, les syndicats préconisent son maintien.

Expliquons brièvement à quoi correspond ses contradictions au sein de la bourgeoisie:

- En premier lieu, il existe toujours des contradictions réelles entre fractions de la bourgeoisie (répartition de la plus- value appropriée) et des contradictions apparentes (nécessité pour la classe dominante de présenter plusieurs visages, le masque le plus "ouvriériste" étant indispensable à la réussite de ses attaques
puisqu'il est le seul capable de les faire passer pour des "victoires ouvrière").

- En second lieu, si toutes les fractions bourgeoises devront s'orienter vers la baisse du salaire réel, le centre des préoccupations "ouvrières" de la FEB est déjà de faire le maximum pour augmenter la rentabilité immédiate des entreprises (toute
réduction salariale augmente le profit, ou mieux dit compense la chute de son taux). Par contre, le gouvernement et les syndicats, représentant plus les intérêts globaux du capital national, ont comme principale préoccupation "ouvrière" d'éviter l'aggravation de la dépression capitaliste à laquelle contribuerait une réduction du pouvoir d'achat. Dans le même ordre d'idées, on peut estimer que la FEB est intéressée à payer le moins possible chaque ouvrier au travail, alors que les autres appareils centraux de l'Etat (pouvoir exécutif et syndical), obligés d'assurer la
reproduction de l'ensemble de la force de travail (ouvriers actifs et chômeurs), sont beaucoup plus préoccupés de ne pas aggraver la pénible situation financière des organismes de sécurité sociale (qu'ils contrôlent directement et qui sont évidemment financés par les ouvriers au travail).

- En troisième lieu, dans la mesure où la crise sociale s'aggrave, la fraction bourgeoise qui pourra imposer ses intérêts fractionnels est celle qui réussira le mieux, dans les moments difficiles, à contenir la haine ouvrière.

- En quatrième lieu, derrière le besoin général du capital d'augmenter l'austérité sans provoquer de puissantes réactions ouvrières, besoin que le gouvernement exprime de manière équilibrée, chaque fraction est consciente des problèmes qui la
touche de près: pour les patrons, leurs échecs à rester concurrentiels sur le marché mondial; pour les syndicalistes, leur perte de contrôle sur les prolétaires.

Voyons à ce propos comment s'exprime sincèrement les différents appareils du capital. Le gouvernement affirme à travers Martens:
"les mesures d'austérité ont fait et feront des mécontents. Mais la question n'est pas de savoir si cette politique plaira ou non, mais bien si une autre politique serait tout simplement possible" (Libre Belgique du 18/10/1979). Pulinckx déplore au non de la FEB, à propos de la liaison automatique des salaires à l'index, que le gouvernement l'ait maintenue et confirmée "en opposition à l'avis d'importantes instances internationales" (Libre Belgique du 8/11/1979). La CSC note aussi que "le gouvernement confirme le maintien de l'actuelle formule d'indexation et de liaison des salaires à l'index" et se déclare prête à surveiller toute réaction des ouvriers: "elle surveillera de près la répartition équilibrée des charges et des sacrifices et n'hésitera pas à prendre toute action qui s'imposera" (sic!). Si la CSC adopte une
position "bourgeoise gouvernementale" plutôt qu'une position "bourgeoise syndicale" en prenant le risque d'être très vite débordée, c'est selon la Libre Belgique parce que "les dirigeants de la CSC ont eu d'avantage le sens de la nation et de la tactique syndicale" et parce que "à jouer le réflexe d'appui à Martens,
l'homme du MOC flamand, et à son gouvernement" (Libre Belgique des
7 et 8/11/1979).

La FGTB, par contre, se montre plus dure et annonce "une action syndicale". Janssens, président du SETCA explique: "nous sommes acculés à élaborer un programme d'action". "Nous savons que la riposte des travailleurs présente des risques, mais le plus grand risque c'est de perdre la confiance des travailleurs" (op.cit.).
Debunne précise qu'il s'agit de mener les ouvriers en promenade et de leur faire exécuter une grève- bidon: "Il faudra envisager une action, mais je tiens à dire déjà que cela ne signifie pas que nous allons nous lancer dans l'aventure. Nous n'allons pas recommencer les grèves de 1960..." (Libre Belgique du 7/11/1979).
Eviter une explosion ouvrière comme celle de 1960, tel est le principal motif du pseudo- radicalisme de la FGTB. La Libre Belgique a aussi sa dose de sensibilité ouvriériste et comprend ce qui est en jeu: "Les gens ne comprennent plus. Et le danger c'est qu'il se détournent du syndicat, mettant en cause ainsi l'existence même des négociations sociales triangulaires gouvernement - syndicats - patronat pour résoudre les problèmes sociaux" (op.cit.).

La bourgeoisie pourrait- elle encore parler plus clairement? Elle a peur, non des prolétaires docilement alignés sous les banderoles syndicalistes et périodiquement transformés en clowns pour sa plus grande joie, mais de ce que la classe ouvrière deviendrait si elle reprenait le chemin de 1960. C'est cette sainte terreur que lui
inspire la perspective des barricades et du soulèvement général contre sa politique qui constitue l'unique barrière réelle à une augmentation accrue et brutale de la misère ouvrière.

*****

Si l'augmentation du taux d'exploitation peut aller de pair avec une hausse du salaire réel, si aujourd'hui l'ensemble de la bourgeoisie ne se contente plus de l'accroissement "normal" de l'exploitation, mais a déjà réussi à se rendre maître de toute l'augmentation de la productivité de notre travail , cela ne lui suffit pas encore pour demeurer concurrentielle sur le marché mondial. Son attaque devra nécessairement s'accentuer parce que toutes les bourgeoisies du monde - à l'Est comme à l'Ouest - font la même chose.

Pour la bourgeoisie, le grand problème est de mener les prolétaires en promenade dans les rues, de les faire participer aux arrêts de travail syndicaux, tout en leur faisant digérer une austérité chaque jour plus lourde.

Pour les prolétaires, l'unique moyen de se défendre est d'attaquer la bourgeoisie là où elle a des problèmes, en renonçant aujourd'hui à être les jouets du capital, et demain sa chair à canon dans la guerre impérialiste ; en se situant directement sur
le terrain de classe dont les syndicats cherchent à nous écarter: celui de la grève et de l'action directe contre toute la bourgeoisie, ses partis, ses syndicats, son Etat.
Voir l'article avec ce titre dans "Le Communiste" n°3.
Nous n'aborderons pas ici le problème des campagnes pour la réduction du temps de travail à 38 ou 36 heures, ni les autres voies utilisées par la bourgeoisie pour travestir l'augmentation de l'exploitation.
Il faut bien comprendre que la valeur de la force de travail, comme de n'importe quelle autre marchandise, se réduit énormément suite à l'augmentation de la productivité du travail. Même si les ouvriers consomment beaucoup plus et travaillent moins d'heures, ils coûtent moins cher qu'auparavant aux capitalistes.
En effet, sans encore toucher au "taux de plus- value" qui définit le rapport entre la part du produit social (en valeur) qui revient aux capitalistes et celle qui revient aux ouvriers, les prolétaires produisent, en 1973, 190% de leur consommation de 1960
dans les 82 centièmes du temps qu'il fallait pour en produire les 100% en 1960!
Par une modification de la composition technique de l'appareil de production, c'est- à- dire par la production de nouvelles machines plus perfectionnées ou par la mise au chômage d'une partie des ouvriers actifs.
Nous considérons ici la façon la plus générale qu'a la bourgeoisie d'annuler les conquêtes ouvrières. Dans des situations extrêmes (crise économique et sociale de très grande ampleur), la bourgeoisie n'a pas d'autre choix que la guerre civile, elle ne peut s'en sortir qu'en massacrant les prolétaires.
Même sans tenir compte de ce dernier élément (les rares nouvelles entreprises de ces dernières années), la simple fermeture des entreprises à faible productivité du travail augmente la productivité moyenne du pays.
Même selon les chiffres officiels, le salaire réel est déjà stagnant. Les chiffres officiels permettent également d'affirmer que dans les dernières années, il y a eu ralentissement du rythme de diminution des heures effectivement prestées dans l'industrie.

Au cas où des chiffres récents pourraient montrer qu'il existe encore une certaine réduction du temps de travail effectif (et non "légal", qui ne correspond pas à la réalité), cette diminution ne pourrait jamais compenser la brutale augmentation du rythme de travail, des cadences infernales, c'est- à- dire de l'intensité du
travail, que la bourgeoisie a imposée ces dernières années.




CE4.2 Belgique : "Le maintient du pouvoir d'achat": un mot d'ordre réactionnaire