Nous tenons à saluer la publication récente d'un recueil de textes de Bilan : "Contre- révolution en Espagne « 1936- 1939 » réunis et présentés par Jean Barrot (1). Nous avions déjà essayé, dans les numéros précédents de cet­te revue, de combler le vide tragique existant entre les balbutiements actuels des groupes communistes internationalistes et les indispensables contributions émanant des groupes de la Gauche Communiste internationale des années 1930. Notre rubrique "Mémoire ouvrière" a en effet déjà publié outre un texte de Bilan, une contribution de A. Hennaut de la Ligue des Communistes Inter­nationalistes (2) et nous continuerons à republier régulièrement des textes de notre passé de classe en vue de clarifier et d'enrichir nos luttes actuel­les. C'est dans cette même perspective que nous invitons nos lecteurs et sym­pathisants à étudier attentivement les articles recueillis dans l'ouvrage de Barrot. Il ne s'agit. pas d'apprendre ces articles par cœur, pour les ânonner en toutes occasions, ni encore moins, de la revendiquer pour en fait les "enrichir et les dépasser", en dénaturant justement ce qui leur confère tou­te leur importance, leur "intransigeance brutale" (Bilan) dans la défense des positions cardinales du marxisme révolutionnaire, que notre groupe revendique pleinement:
- l'internationalisme sans concession exprimé une fois pour toute parla for­mule classique du défaitisme révolutionnaire face à toute guerre bourgeoise ("libération nationale" y compris)
- la revendication et le travail fractionnel préparatoire de formation des cadres du parti de classe dont le prolétariat aura besoin demain pour vain­cre
- la nécessité de ce Parti Communiste mondial, préparant et dirigeant l'insurrection armée, assumant la dictature du prolétariat qui n'est rien d'autre que l'organisation, par l'Etat ouvrier, de la Terreur Rouge contre tous les ennemis de nôtre classe
- le rejet de toutes les tactiques qui visent, n'on pas à la prise directe du pouvoir par le prolétariat et son parti, mais à l'alliance, au front avec des fractions bourgeoises, entraînant immanquablement le prolétariat au massacre et à la défaite: "front anti- fasciste", parlementarisme même « révolutionnaire » ... c'est-à-dire, les multiples variantes du front inter- classiste.
C'est grâce à cette boussole programmatique que la fraction de gauche du Part Communiste Italien a pu se constituer dans l'exil, en 1928 (à Pan­tin), et publier d'abord en italien: "Prometeo" et ensuite en français: "Bilan' (en 1933). Poursuivant inlassablement son travail de défense des principes fondamentaux du communisme, la fraction se constitue de façon indépendante en 1935 et devient: Fraction italienne de la Gauche Communiste ("elle devenait la fraction du parti que lés éruptions révolutionnaires permettront de fon­der", in "Octobre", 1938)
A cette époque de préparatifs généralisés à la IIème boucherie mondiale, "Bilan" attaque clairement toutes les préparations matérielles et idéologiques
38 visant à entraîner le prolétariat dans les guerres impérialistes, que cela soit en Abyssinie, en Chine ou en Espagne.
En désaccord ouvert depuis 1932 avec l'opposition trotskyste, de plus en plus opportuniste, la fraction déclare appliquer le défaitisme révolutionnai­re dans tous les cas, analysant l'Etat soviétique et l'Internationale Commu­niste stalinienne comme définitivement contre- révolutionnaire.
Avec les événements d'Espagne (1936) magistralement analysés par la fraction, Bilan croit voir une nouvelle phase révolutionnaire s'ouvrir (simi­laire à Zimmervald et à Octobre 1917) et en accord avec la minorité de la Ligue Communiste Internationaliste (devenue fraction belge de la gauche com­muniste et publiant: "Communisme") crée le bureau des fractions de gauche. "Bilan" se transforme en "Octobre" (en italien est toujours publié "Prometeo" et "Il Some"). Durant les années tragiques de la seconde guerre mondiale, les fractions, après avoir maintenu une position internationaliste c'est-à-dire défaitiste contre leur propre bourgeoisie, s'auto- dissolvent, sous le poids trop lourd de la contre- révolution fasciste et démocratique. C'est individu­ellement que nombreux de ses anciens membres (Mammone, Vercesi ...) rejoignent à la fin de la guerre impérialiste le Parti Communiste Internationaliste que le camarade Damen avait fondé en 1943 et qui, après de nombreuses vicissitu­des, existe encore (3).
Si formellement, des partis, des groupes existent encore aujourd'hui, l'ensemble de l'héritage politique de "Bilan" et d'Octobre" reste malheureu­sement inconnu et inassumé pleinement. C'est à ce travail de défense pratique et quotidienne de l'actualité de "Bilan" que notre groupe s'est attaché. Nous voulons que la parution des articles sur la guerre impérialiste en Espagne, illustre de manière éclatante la politique communiste d'aujourd'hui et contri­bue à briser la chape idéologique du capital pesant sur le cerveau des vivants.
Nous laissons à Bilan lui-même le soin de résumer brièvement son oeuvre: "Si la défense du marxisme révolutionnaire signifie aujourd'hui l'isolement complet, nous devons l'accepter en considérant que nous ne ferons, dans ce cas, qu'exprimer l'isolement terrible du prolétariat, trahi par tous et jeté dans l'anéantissement par tous les partis se réclamant de son émancipation. Nous ne nous dissimulerons pas les dangers qui peuvent découler de cette si­tuation pour notre organisation, qui sait parfaitement qu'elle ne possède pas le summum de la connaissance marxiste et que seuls les mouvements sociaux de demain en remettant les prolétaires sur leur terrain de classe redonneront sa véritable puissance au marxisme révolutionnaire et aux organismes qui s'en réclament, notre fraction comprise."
"Bilan" n°36, Octobre/novembre 1936.
Notes:
(1) Union générale d'Edition: IO/I8 n°I9II (2) cf. "Le communiste" n°I et n°2 : "Le prolétariat et la guerre" de Hennaut et "Deux époques en marge d'un anniversaire" de Bilan (3) Le "Parti Communiste Internationaliste" s'est en fait constitué, contre les positions mêmes de la fraction. Le cours de la contre- révolution n'é­tant aucunement renversé, cela en revenait donc à du volontarisme organi­sationnel. Ce parti a ensuite connu de nombreuses séparations et scissions; dont la plus "célèbre est celle, en 1952, de Bordiga formant "Il Programma Comunista", l'actuel P.C.I. (Programme communiste).

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" Une partie de la bourgeoisie désire remédier aux incon­vénients sociaux, afin d'assurer l'existence de la socié­té bourgeoise.
De ce nombre sont les économistes, les philanthropes, les humanitaires, tous ceux qui s'occupent d'améliorer le sort des classes ouvrières, d'organiser la bienfaisance, de créer des sociétés protectrices des animaux, de fonder des sociétés de tempérance, en un mot, toute la variété des réformateurs en chambre. Et l'on est allé jusqu'à é­laborer ce socialisme bourgeois en systèmes complets.
Citons, comme exemple, la Philosophie de la Misère, de Proudhon.
Les socialistes bourgeois veulent les conditions d'exis­tence de la société moderne sans les luttes et les dangers qui en découlent nécessairement. Ils veulent la société actuelle, après élimination des éléments qui la révolu­tionnent et la désagrègent. Ils veulent la bourgeoisie sans le prolétariat. La bourgeoisie se figure naturelle­ment que le monde où elle a la suprématie est le meilleur des mondes. Le socialisme bourgeois fait de cette concep­tion optimiste un demi- système ou un système complet. Quand il invite le prolétariat à réaliser ses systèmes et à entrer dans la nouvelle Jérusalem, il ne lui demande au fond que de s'arrêter à la société actuelle mais en se dé­barrassant de la conception haineuse qu'il s'en fait.
Une autre forme de socialisme, moins systématique et plus pratique, s'efforce de dégoûter la classe ouvrière de tout mouvement révolutionnaire en lui démontrant que ce qui peut lui profiter, ce n'est pas tel ou tel change­ment politique, mais uniquement un changement des condi­tions matérielles de l'existence, des conditions économi­ques. Mais par ce changement des conditions matérielles de l'existence, ce socialisme n'entend nullement l'aboli­tion des conditions bourgeoises de la production, aboli­tion qui n'est réalisable que par la voie révolutionnaire, mais des réformes administratives qui s'accomplissent dans le cadre de ces conditions de production, qui ne modifient donc en rien le rapport du capital au travail salarié mais, en mettant les choses au mieux, diminuent pour la bourgeoisie les frais de gouvernement et simplifient la gestion économique."
Manifeste du Parti Communiste, 1848
Editeur responsable : Milants M., rue des Phlox, 8 à 110 Bruxelles


CE3.8 Livre: "Contre-révolution en Espagne 1936-1939", Receuil de textes réunis et présentés par Jean Barrot, 10/18