INTRODUCTION
Nous avons publié dans "Le Communiste" de juillet/août un "Appel aux ou­vriers en lutte" qui s'inscrivait dans la continuité de notre participation à la réunion du 23 mai à Anvers (cf. L'appel lui- même pour le bilan de cette réunion). Poursuivant notre travail dans ce sens, nous avons envoyé la lettre suivante à une série de groupes (1) et d'individus afin de favoriser la repri­se des liaisons en septembre.
Bruxelles, le 30 août 1979
Camarades;
Nous voudrions attirer votre attention sur : l’ "Appel aux ouvriers en lutte" qui figure dans notre revue "Le Communiste" n°2 (pages 2 à 5). Dans cet Appel, nous avons essayé de tirer le bilan de la réunion du 23 mai à An­vers et de nous prononcer sur les suites à lui donner.
Partant de l'appréciation globalement définie dans ce texte, nous croyons utile d'insister sur le sens de notre démarche et sur les critères politiques qui la sous-tendent. Selon nous (mais nous pensons que cette opi­nion ne peut être que partagée), le travail commencé à Anvers doit être re­pris et précisé: une nouvelle réunion de discussion s'impose comme un but à court terme. Le débat du 23 mai s'était surtout centré sur la dénonciation des syndicats et de leur pratique quotidienne de sabotage des luttes ouvriè­res. Mais la question des perspectives concrètes de lutte et d'organisation était restée dans le vague. Nous pensons que cette question doit être mainte­nant abordée en priorité, pour donner un contenu plus concret et plus réel à l'initiative qui a présidé à la réunion d'Anvers.
Cette réunion exprimait le besoin d'unir les forces encore faibles qui se proposent de mener la lutte contre le capitalisme, sur un plan d'orga­nisation indépendante vis-à-vis des syndicats et avec des revendications et des méthodes de classe. Notre organisation rejette par principe l'idée de constituer un "cartel" politique, où des groupes de nature hétérogène font des compromis sur leurs plate- formes respectives, se rabattent sur des posi­tions intermédiaires exprimant une "bonne moyenne", pour en arriver finale­ment à un amalgame sans clarté et sans unité. Nous estimons, par contre, qu' il est possible et nécessaire d'unifier le maximum d'efforts prolétariens sur un terrain de lutte immédiate, sur la base des nécessités présentes du combat contre le capital (en en formulant les objectifs, les moyens concrets, etc.), afin de tendre à surmonter la dispersion des travailleurs en lutte et de favo­riser l'élargissement et la liaison des luttes ouvrières.
Nous n'adoptons pas cette position seulement dans le cas précis du débat qui nous occupe, mais dans toutes les circonstances de la lutte de classe actuelle, dans toutes les situations où surgissent des groupes d'usine ou de chômage, des comités d'action et de grève, etc., parce que le repli sec­taire ou localiste, les mesquines préoccupations de "petite boutique" sont nuisibles à la cause du prolétariat, dans ses combats les plus élevés comme dans ses combats les plus humbles et motivés par ses besoins les plus élémen­taires.
Dans la période présente d'attaque généralisée de la bourgeoisie, la riposte ouvrière doit se frayer un chemin. Les conditions d'aujourd'hui, enco­re défavorables, ne permettent pas d'envisager immédiatement l'entrée massive de toute la classe ouvrière dans l'opposition décidée à l'offensive capitalise (en dehors et contre les syndicats). Mais nous pensons qu'on peut commencer à travailler dans cette direction, en partant de cette évidence que même les combats "spontanés" se préparent et sont de fait toujours préparés par de petits noyaux d'ouvriers (formalisés ou informels) qui en ressentent la nécessité avant la majorité de leurs frères de classe.
C'est pourquoi nous réinsistons sur la convocation d'une deuxième réunion, axée sur la discussion:
1° des objectifs, des méthodes et de la base organisationnelle de la lutte prolétarienne dans la période actuelle;
2° de la perspective de constitution, même embryonnaire, d'une "coordination des ouvriers en lutte", ouverte à tous les prolétaires sans distinc­tion de catégorie, de sexe, de nationalité, de conviction politique, etc., et pourvu qu'ils se rencontrent sur une plate- forme de résistance ouvrière immé­diate à l’offensive de la bourgeoisie.
La position de notre organisation à ce sujet a déjà été exposée dans nos revues (cf. « Le Communiste » n°1, 2 et 3). Pour nous, ce sont les intérêts économiques et politiques du prolétariat, la défense de ses conditions de vie et de lutte, les organismes (même numériquement restreints) fondés pour cette défense, l'organisation de la solidarité ouvrière, de l'action directe, de la grève de classe (sans préavis, sans respect des conventions sociales, etc.) et de l’ « auto- défense » contre les flics et les milices patronales, qui peuvent fournir les bases constitutives d'une « coordination des travailleurs en lutte ».
Nous ne pensons nullement avoir abordé dans cette lettre toute l'ar­gumentation justifiant notre position, et nous ne demandons à personne d'accepter notre définition d'une « coordination de classe » comme préalable à un débat organisé en commun. Pour mener celui-ci, nous retenons comme critères élémentaires la volonté de donner une suite au travail commencé à Anvers, et celle de discuter des perspectives concrètes d'organisation et de luttes auto­nomes des travailleurs.
Dans le cadre d'une telle orientation, nous attendons avec beaucoup d'intérêt toutes les contributions ou prises de position concernant la prépa­ration et la mise sur pied d'une deuxième réunion (sur base desquelles il se­rait possible de déterminer son contenu précis, son lieu et sa date). Nous croyons également qu'il est de la responsabilité de chaque groupe prolétarien de se définir publiquement par rapport à un tel projet.
Dans l'attente d'une discussion fructueuse, nous vous envoyons, cama­rades, nos salutations fraternelles.
Groupe Communiste Internationaliste.

CE3.4 Correspondance