Notre rubrique "mémoire ouvrière" est cette fois consacrée à un article de Bilan: "deux époques: en marge d'un anniversaire", texte datant de 1935. Avant la dernière guerre mondiale, Bilan était le bulletin théorique mensuel de la Fraction de Gauche du Parti Communiste Italien, puis de la Fraction italienne de la Gauche Communiste.

     A chacun de ses sanglants triomphes, la Civilisation fondée sur l'asservissement du travail au capital étouffe les exploits révolutionnaires de ses victimes sous une chape de calomnies que toute sa corruption répercute dans le monde entier. Contre les falsifications sans bornes de la bourgeoisie, qui cherche à effacer de l'histoire jusqu'au moindre souvenir des gigantesques luttes prolétariennes (de Russie en 1917, d'Allemagne en 1919, d'un peu partout dans le monde aux alentours de ces dates...), la Fraction de Gauche du PCI a accompli sa part du travail immense et indispensable d'analyse de la Révolution passée. Elle s'est battue à contre‑courant dans la période la plus noire du mouvement ouvrier, lorsque le prolétariat se dissolvait dans les fronts d'Union sacrée, sous la bannière répugnante de la contre‑révolution partout victorieuse. Isolé dans la tourmente, Bilan s'était fixé ce but: tirer les leçons des affrontements révolutionnaires qui avaient précédé la "deuxième époque", celle de la défaite, afin d'en transmettre les précieux acquis aux générations prolétariennes futures.

     Dans les années 20, trois noms condensaient la conscience profonde et agissante qui s'était forgée tout au long du déferlement révolutionnaire: Lénine, Luxembourg et Liebknecht. Les "trois L" comme on disait alors, avaient été portés à la tête du mouvement ouvrier en raison de leur vision claire des tâches et des moyens de la lutte, de leur volonté inébranlable dans l'action. La contre‑révolution ne pouvait manquer de s'acharner avec brutalité et hypocrisie sur les symboles qu'ils représentaient pour la classe ouvrière.

     Contre la façon dont la bourgeoisie "s'accommode" du marxisme, contre la horde des falsificateurs, Lénine lui‑même nous avait mis en garde:

     "Du vivant des grands révolutionnaires, les classes dominantes les récompensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les masses opprimées et de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire." (L'Etat et la Révolution).

     A Moscou, Lénine est momifié sur la Place Rouge; le parti social‑démocrate actuel d'Allemagne de l'Ouest édite un timbre en l'honneur de Rosa Luxembourg qu'il fit assassiner en 1919. Comme le disait Bilan: "le soi‑disant marxiste ou léniniste élèvera au rang d'un dieu Marx ou Lénine, mais c'est une vénération de décor car, en réalité, ces grands chefs prolétariens sont ainsi poignardés" (Bilan, n°5, "Les principes: armes de la révolution").

     Lénine et Rosa exprimèrent aussi les limites et les impasses du mouvement dont ils furent la direction. Seuls d'incurables crétins peuvent s'aviser de le leur reprocher, alors qu'ils ont fourni le maximum de ce que peut donner l'application de la méthode marxiste dans des conditions sociales déterminées. Marx disait que "l'humanité ne se pose jamais que les problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui‑même ne se présente que lorsque les conditions matérielles existent pour le résoudre, ou du moins sont en voie de le devenir" ("Contribution à la critique de l'économie politique"). Ce qui est vrai pour l'humanité est aussi vrai pour le parti de classe du prolétariat. Le parti se pose les problèmes que les conditions historiques lui permettent de se poser.

     La résolution pratique d'un problème politique est inséparable d'une amélioration du programme théorique du prolétariat, de son enrichissement par des "notions liées au cours historique dans son ensemble jusqu'à la révolution mondiale" (Voir texte). La IIIème Internationale échoua finalement dans l'accomplissement de cette tâche. Elle ne put localiser définitivement "les forces sociales qui allaient faire d'une victoire une défaite" (la démocratie, les syndicats et partis social-démocrates...) et sa tactique politique s'en trouva rapidement altérée (entrisme au parlement et dans les Syndicats, "front unique ouvrier",...: en fait collaboration avec des forces réactionnaires). Elle s'est heurtée d'autre part aux questions de contenu de la révolution communiste, dont seule la résolution aurait pu empêcher la conversion "d'un Etat ouvrier au service du prolétariat, en Etat soviétique, pion du capitalisme".

     Ce que l'Internationale de l'époque de Lénine n'avait pu réaliser, Bilan voulait y parvenir. La Fraction de gauche savait, comme le Trotsky d'Octobre, que "c'est seulement à l'aide d'un parti, qui s'appuie sur toute l'histoire de son passé, qui prévoit théoriquement les voies du développement, toutes ses étapes et en extrait la formule de l'action nécessaire, que le prolétariat se libère de la nécessité de recommencer toujours son histoire: ses hésitations, son manque de décision, ses erreurs" ("Les leçons de la Commune de Paris").

     Bilan savait aussi que "les cadres pour les nouveaux partis du prolétariat ne peuvent sortir que de la connaissance profonde des causes des défai­tes. Et cette connaissance ne peut supporter aucun interdit non plus qu'aucun ostracisme" (Bilan n°1). Proclamer "intouchables" ou "invariantes" les déclarations des quatre premiers Congrès de l'Internationale Communiste, ou même seulement des deux premiers, revient à "poignarder" l'I.C. Cette attitude va à l'encontre d'une réelle continuité révolutionnaire que peut procurer uniquement l'application de la méthode matérialiste à ses propres insuffisances d'analyse.    

     Bilan n'a pas résisté à la lenteur du prolétariat à sortir de sa léthargie, aux massacres impérialistes de la seconde guerre mondiale. Mais aujourd'hui, 60 ans après la Commune de Berlin, 60 ans après la création de l'Internationale Communiste, un souffle nouveau secoue le monde entier: la bourgeoisie tremble de sa propre ruine, la pousse à son comble, entraînant les exploités dans un tourbillon de misère et de barbarie. Si cette déflagration mondiale ébranle les fondements de la société bourgeoise, elle rappelle au prolétariat que seule sa lutte dure et sans pitié peut venir à bout de cet étau qui nous presse et nous étouffe: le capital.

     Dans les années 30, la perspective prolétarienne était absente de l'évolution historique (ce qui justifiait les "conclusions pessimistes" de Bilan). Mais actuellement, les conditions du rapport de force entre les classes ont été profondément bouleversées: l'alternative guerre ou révolution dicte à nouveau la marche des événements. Le prolétariat dispose d'énormes potentialités de lutte, alors même que la bourgeoisie se prépare une nouvelle fois à étendre mondialement la guerre impérialiste (1). Aux "deux époques" dont parlait Bilan, il est donc juste d'ajouter l'ouverture d'une troisième: celle où se joue la possibilité d'un combat frontal entre les classes pour la solution spécifique qui sera donnée à la crise du mode de production capitaliste.

     Le travail de Bilan doit être repris là où il a été abandonné, afin que, d'une nouvelle ascension des luttes prolétariennes, resurgisse le Parti mondial de classe forgé avec le sang des martyrs ouvriers et, condition de la victoire définitive du prolétariat sur l'esclavage salarié: le communisme.

Note:

(1) Cf. dans "Le Communiste" n°1, le texte: "la bourgeoisie prépare la guerre, préparons la révolution" et le document de la Ligue des Communistes Internationalistes (1936): "le prolétariat et la guerre".

 

Deux époques en marge d'un anniversaire

     Il s'agit de comparer deux époques enchaînées historiquement, mais quand même opposées l'une à l'autre: la vague révolutionnaire de l'immédiat après guerre et les défaites actuelles. Dans ce domaine comparer c'est mesurer un gouffre, c'est goûter l'amertume de situations désespérées alors qu'hier la révolution grondait dans le monde. Pourtant si l'on veut commémorer Lénine, Luxembourg, Liebknecht, il faut se résoudre à analyser ce panorama même si nos conclusions doivent être pessimistes.

     Ils furent les produits de batailles gigantesques du prolétariat mondial; leur génialité fut l'oeuvre de l'initiative spontanée des masses, comme inversement ils furent un ferment et surtout la conscience de millions d'ouvriers se dressant contre leurs exploiteurs. Ils furent grands parce que les circonstances historiques, poussaient le prolétariat à la réalisation de la plus grande révolution du siècle; ce que nous honorons au travers d'eux ce sont les mouvements héroïques que les ouvriers menèrent pour leur libération sous le drapeau de ces chefs prolétariens.

     Maintenant que la réaction règne dans tous les pays, que tout ce qui fut gagné a été reperdu, les combats de l'après-guerre poussent à la méditation la plus profonde. L'oeuvre de Lénine, de Luxembourg, la pensée de la classe prolétarienne mondiale dans une phase de son ascension, a cette importance que peuvent avoir pour nous des situations historiques où le prolétariat organisé en parti posa avec violence le problème du pouvoir. Mais ni Lénine, ni Luxembourg, ni Liebknecht ne nous donneront une explication des difficultés contre lesquelles le mouvement ouvrier s'est cassé les reins. On ne peut rien leur reprocher à ce sujet, car ils exprimèrent leur époque avec ses difficultés, ses problèmes.

     Les critères de comparaison entre leur époque et la nôtre doivent donc être recherchés dans le déroulement des événements eux‑mêmes et non dans telle ou telle autre appréciation de Lénine ou Rosa. Seuls de vils opportunistes, des renégats de la pire espèce, peuvent avoir l'outrecuidance de porter leurs sales pattes sur ces révolutionnaires, pour rechercher des éléments utiles à leur épicerie politique. Que les charognes qui citent Lénine, Luxembourg, pour justifier leur travail de confusion, de trahison, que tous les renégats qui publient des brochures pour cracher sur une figure aussi pure que Rosa, trouvent ici leur compte dans la haine et le mépris que nous leur vouons.

     De même que Lénine n'a rien à voir avec un "socialisme" de malheur qui se construit avec l'appui de la SDN, dans les flaques de sang de communistes russes, dans la défaite internationale du prolétariat, Luxembourg n'a rien de commun avec des arrivistes insignifiants qui, aux côtés de ses assassins, es­sayent de se couvrir de ses oeuvres pour atteindre "une situation".

     Encore une fois, répétons‑le: tous trois représentent une époque qui doit nous servir de point de repère pour nos investigations actuelles, sans pouvoir se substituer aux résultats d'une analyse d'événements, d'un horizon politique différent de l'après‑guerre. En substance, l'on peut affirmer aujourd'hui que la IIè Internationale a fécondé deux courants essentiels que les événements devaient se faire croiser en 1919, sans que la conscience théorique du prolé­tariat puisse les synthétiser. Malheureusement, la mort de Luxembourg, le développement rapide des événements après 1917, et le triomphe du centrisme (1) dans l'I.C. étouffèrent la tendance des spartakistes allemands, héritiers de Rosa, alors qu'au surplus la fusion de Halle, en 1921, avec les indépendants créait des conditions impossibles pour l'éclosion d'une pensée critique, qui aurait contribué à féconder les éléments de synthèse d'une expérience mondiale.

     Envisagée abstraitement, il est certain qu'une fusion de ces deux courants dans l'avant‑guerre aurait pu donner naissance à une conscience historique qui aurait épargné au prolétariat le calvaire d'aujourd'hui. Mais cela était abstrait parce que la gauche allemande et les Bolcheviks russes se formèrent dans des conditions sociales totalement différentes bien que leur pensée refléta, quant au fond, une même situation internationale.

     Si la pensée de Lénine put atteindre une compréhension supérieure des tâches et des moyens révolutionnaires, la cause en est au milieu social beaucoup plus avancé où il lutta et se forma. Rosa, par contre, ‑et sa polémique contre Lénine au sujet de la spontanéité des masses et du parti le prouve- exprimait des conditions différentes où triomphait l'opportunisme au milieu d'un prolétariat se développant horizontalement. Cependant, tous deux exprimèrent le maximum de ce que peut donner l'application de la méthode marxiste dans des conditions sociales données, et ce furent les événements qui ce chargèrent de jeter, dans le creuset de l'histoire les expériences différentes, mais convergentes quand même, que contenaient leurs positions.

     C'est à nous que revient la lourde tâche de synthétiser unitairement une page grandiose de la lutte des classes. Si hier la conscience mondiale du prolétariat suivit les événements de l'après-guerre, aujourd'hui elle doit précéder les situations de demain et à ce sujet l'expérience exclusive du bolchevisme ne suffit point. Il faut d'autre part, proclamer que l'Internationale Communiste, qui s'assigna cet objectif, échoua après avoir commencé, embrouillant plutôt les données du problème.

     Le programme international du prolétariat résultera du croisement idéologique ‑donc de l'expérience de classe- de la révolution russe et des batailles des autres pays ‑particulièrement de l'Allemagne et de l'Italie. Rosa Luxembourg est ici un élément inappréciable dont la valeur historique est donnée par les problèmes (propres aux grands Etats capitalistes) qu'elle essaya de résoudre alors qu'en Russie ces problèmes se posaient comme des reflets sociaux facilement balayables par la révolution. Ainsi, si Lénine fut plus avancé que Rosa dans son appréciation, au sujet de la démocratie, il faut voir là un résultat de conditions historiques où la démocratie bourgeoise apparut furtivement sur la scène pour être rejetée en quelques mois par l'insurrection. Par contre, là où depuis des décades existait un appareil démocratique constitué, les difficultés à surmonter pour l'abattre, empêchaient une perception claire et nette de sa suppression au profit de la dictature prolétarienne. Rosa atteignit cette vision seulement lorsque les événements posèrent le problème insurrectionnel en Allemagne; et son discours au "Spartakus Bund", qui peut être considéré comme son testament politique, l'indique clairement.

     Mais cependant, des divergences subsistèrent -une analyse attentive de ce discours pourrait peut-être le prouver- qu'il nous revient d'apprécier au travers d'un bilan des batailles passées, car il est probable que si dans certains domaines Lénine domine Luxembourg, il est évident que dans d'autres, Rosa voit plus loin que celui‑ci. Le prolétariat allemand ne s'est pas trouvé dans des conditions permettant, comme en Russie, une clarification absolue des tâches révolutionnaires, mais par contre, évoluant en face du capitalisme le plus avancé de l'Europe, il ne pouvait pas ne pas percevoir certains problèmes mieux et plus profondément que les Bolcheviks.

     Ce travail de synthèse historique, d'essais d'unification de deux expériences inséparables, conditionnées l'une par l'autre, nous essayerons autant que possible de la réaliser en examinant les divergences qui opposèrent Lénine à Luxembourg, dans une prochaine étude. Mais d'ores et déjà, ce qui reste acquis, ce sont les principes sanctionnés par ces révolutionnaires et qui ne furent que l'expression vivante de la lutte des classes dans une période historique déterminée. Dépasser ces jalons, non pas les réviser; les compléter, non pas les parodier, tel doit être notre position envers un héritage dont nous nous réclamons en toute première ligne, plus et mieux que "léninistes" ou centristes. Cependant nous voudrions nous contenter à l'occasion de cet anniversaire d'indiquer simplement une tâche indispensable qui se rattache à la situation actuelle. Il est clair que pour préparer le "devenir" il faut comprendre la liaison du passé et du présent, les circonstances et les forces sociales qui ont fait d'une victoire une défaite, d'un Etat ouvrier au service du prolétariat un Etat soviétique, pion du capitalisme; qui ont permis l'avènement du fascisme en Allemagne où Luxembourg lutta et dirigea la première vague révolutionnaire faisant trembler le capitalisme. Mais comprendre ne veut pas dire rechercher la "force diabolique" qui parvint à détourner le cours de la révolution en substituant le "stalinisme" ou le "léninisme". Comprendre veut dire compléter des fondements trop étroits, non traversés par l'idéologie résultant des batailles de classe dans tous les pays, les compléter par des notions, liées au cours historique dans son ensemble, jusqu'à la révolution mondiale. Cela l'Internationale de l'époque de Lénine ne pouvait le faire: c'est à nous qu'incombe ce travail.

     Devant ce chemin couvert par l'ombre des grands chefs prolétariens, se dresse toute l'armée des falsificateurs qui voient dans le mouvement ouvrier une synagogue où, comme rabbins, ils enseigneront une Cabale de mystification et de duperies. Ces gens mettront en branle "ciel et enfer" contre les communistes. Ils cracheront leur encre stipendiée pour discréditer cette lutte; ils exciteront les ouvriers à frapper les "illuminés"; ils essayeront de faire le vide autour des révolutionnaires. Et demain, c'est avec des mitrailleuses qu'ils recommenceront les exploits de Noske‑ Scheidemann en 1919, afin de maintenir coûte que coûte une domination dont ils sont les agents les plus fidèles. Mais le prolétariat fraye sa voie et, pour citer Rosa, il saura "opposer à la violence de la contre‑révolution bourgeoise la violence révolutionnaire du prolétariat; aux coups, aux intrigues et aux machinations de la bourgeoisie, la compréhension claire et inflexible du but à atteindre, la maturité et l'activité toujours en éveil de la masse prolétaire". L'oeuvre de Lénine, Luxembourg, Liebknecht est au‑dessus de toute falsification, de toute intrigue. On peut changer des mots, interpréter des phrases, des textes, publier des brochures, mais l'on ne parviendra jamais à changer le caractère, la direction, la signification d'événements historiques burinés dans la chair du prolétariat mondial. C'est cela qu'il faut apprécier pour juger ces révolutionnaires et c'est la seule méthode digne du marxisme.

     Qu'après cela on puisse venir nous montrer un article de Lénine approuvant le "socialisme en un seul pays", alors que toute sa vie fut une glorification de l'internationalisme conséquent, que l'on puisse nous mettre sous le nez des appréciations démocratiques de Rosa, alors qu'elle fut assassinée par des dignes canailles démocratiques, ces méthodes de falsification ne pourront que rencontrer notre opposition farouche et absolue.

    

     Tous trois forment une synthèse historique, qui est la condensation, dans l'individualité humaine d'un débordement des masses vers la révolution, l'expression consciente de phénomènes sociaux fécondant une société nouvelle. Tels qu'ils furent, ils sont inséparables aussi bien qu'on ne dissocie pas la fermeté progressive de "l'idéologie", la lutte contre l'opportunisme, la constance contre tous et l'action révolutionnaire victorieuse.

     Liebknecht est le symbole de la fidélité inébranlable des communistes, même lorsqu'il faut rester "seul contre tous", Rosa et Lénine la conscience profonde et agissante de la classe opprimée.

     La constance aux principes, l'élaboration de la conscience des masses pour demain, feront surgir d'autres chefs qui exprimeront le nouveau débordement des masses en action. Mais l'endroit historique où se forment les guides de la révolution future est d'ores et déjà limité par l'oeuvre d'Octobre 1917 et Janvier 1919 en Allemagne. C'est au‑delà qu'il faudra marcher et non en-deçà. Et qu'importe qu'aujourd'hui cela sonne creux puisque, battu partout, le prolétariat passe au service du capitalisme. L'essentiel c'est poser des fondements pour demain, quand les masses sortiront de la léthargie actuelle pour passer à l'attaque finale et qu'elles trouveront à leur tête des partis forgés avec le désespoir de leur misère, le sang de leurs martyrs.

Note:

(1) Par "centrisme", Bilan désigne en fait le stalinisme. Dans le mouvement ouvrier, il est de tradition d'employer ce terme pour les organisations qui sont en train de quitter le camp prolétarien en vue de s'incorporer dans l'Etat capitaliste. Il s'agit ici d'une confusion de Bilan, dans la mesure où le stalinisme agissait depuis belle lurette comme force ouvertement bourgeoise.


CE2.6 Mémoire ouvrière : "Deux époques en marge d'un anniversaire."