"La critique théorique de la démocratie et du libéralisme bourgeois atteint le summum de l'intensité, par l'expulsion faite par des ouvriers armés, de ce ramassis de canailles qui constitue l'Assemblée Constituante, élue démocra­tiquement."

Bordiga ("Lénine sur le chemin de la révolution")

     Pour développer ses luttes et se constituer en classe, le prolétariat a besoin de se réunir, de développer la presse ouvrière, de s'associer, de faire des grèves, des occupations d'usines, d'organiser l'action directe, de libérer des camarades emprisonnés, de s'armer, etc. Ces tâches ont été assumées de nombreuses fois, à des degrés divers et avec différents résultats, sous toutes les formes de la domination bourgeoise.

     Pour empêcher le développement de la lutte, la politique de la bourgeoisie pour le prolétariat présente ces besoins comme identiques à l'ensemble des institutions et libertés démocratiques (droit de grève, d'association, de presse,...). Les libéraux classiques ne sont pas les seuls à essayer de nous convaincre que la démocratie est ce qu'il y a de mieux; il y a également la totalité des partis pseudo‑ouvriers (socialistes, staliniens, trotskistes,...) qui basent leur politique contre‑révolutionnaire dans l'affirmation que la classe ouvrière détruit le capital grâce à la défense et la conquête de la totalité de ces droits et libertés (qu'au bout du chemin ils appelleront "libertés socialistes").

     Mais la réalité démontre que le mouvement ouvrier ne pourra réellement conquérir et préserver sa force et ses instruments de lutte qu'à la seule condition de maintenir intactes ses positions autonomes de combat, de ne pas les relier au sort de la démocratie. Une fois réalisé le front entre le mouvement prolétarien et la démocratie, les ouvriers sont assurés de courir à un désastre certain, répétant les tragédies de toute leur histoire.

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     La bourgeoisie tente d'éviter l'affrontement contre un prolétariat organisé en classe et en parti (face auquel elle ne peut que perdre) en utilisant une arme aussi efficace que l'ensemble des "libertés et droits de l'homme et du citoyen". En effet, tant que les prolétaires ne se reconnaissent pas en tant qu'exploités, mais en tant que citoyens, avec leurs libertés, droits et devoirs, ils acceptent alors l'ensemble des règles du jeu qui les atomisent et les diluent dans le peuple, où les intérêts spécifiques de classe ne trouvent aucune place. Cette forte idéologie qui pèse sur les actes de tous ne comporte que des images de fraternité et de paix.

     La domination de la bourgeoisie, pour se perpétuer, camoufle l'existence des classes. Leur reconnaissance signifierait du même coup la reconnaissance de l'exploitation qu'elle entretient. Les intérêts matériels de la bourgeoisie la poussent au contraire à idéaliser la société et à diluer les classes dans la démocratie en considérant tous les hommes comme citoyens libres et égaux. Cette vision qu'elle tente d'imposer à tout le monde se base sur le fait que tout homme est libre de vendre sa force de travail dont il est pro­priétaire. Dans les conditions de production capitaliste, la force de travail est une marchandise; or, toute marchandise s'échange contre une valeur équivalente. Les hommes sont donc égaux et propriétaires devant la marchandise. Ce que la bourgeoisie omet de dire, c'est que le "propriétaire" de sa force de travail n'a pour seule liberté que de la vendre s'il ne veut pas crever de faim; que la force de travail est une marchandise particulière qui, mise en action, produit une valeur supplémentaire à ce qu'elle a coûté à son acheteur. Ce dernier peut l'utiliser selon son gré et s'accaparer, de cette manière, une valeur additionnelle qui n'est pas intervenue dans l'échange "équivalent" mentionné plus haut. On découvre ainsi le secret de l'exploitation: l'égalité formelle dissimule une profonde inégalité réelle qu'il n'est pas possible d'abolir sans supprimer en même temps la société fondée sur le capital.

     C'est de ce monde fétiche de la marchandise, où ne se retrouvent que des citoyens "propriétaires, égaux et libres", qu'émerge l'ensemble des droits et libertés qui leur permettent comme tels de décider de la société, de la régulation et de l'amélioration de ce monde bourgeois. Pour cela, il ne leur est pas seulement permis de voter et de choisir comme citoyens, mais aussi d'a­voir des représentants dans les organes démocratiques pour lesquels on assure les libertés de réunion, de presse, d'association, d'expression, etc. Les citoyens peuvent s'associer soit comme électeurs et éligibles, soit comme ache­teurs et vendeurs de marchandises. Rien n'est donc plus naturel que les citoyens puissent former des partis politiques, aspirer à obtenir des postes dans tous les organes démocratiques. En tant que citoyens, n'importe qui, indépendamment de sa condition sociale, peut être député, ministre ou président. De même il n'y a rien de plus naturel que les citoyens puissent en tant qu'a­cheteurs et vendeurs de marchandises s'associer, se syndiquer, refuser de vendre ou d'acheter s'ils trouvent que l'affaire n'est pas convenable (cf. le droit de grève, liberté de travail, liberté d'entreprise, etc.).

     Mais l'Etat auquel les citoyens confèrent le soin de gouverner la société, n'est et ne sera jamais que l'Etat de la bourgeoisie; il n'est placé, au travers de la démocratie, qu'en apparence au‑dessus des classes. En effet, si les ouvriers s'avisent à réellement remettre en question la domination bourgeoise, en s'organisant dans ce but, se révèlent alors les véritables nature et fonction de l'Etat: réprimer tout ce qui va à l'encontre du fonctionnement normal du capital. La bourgeoisie présente son Etat comme émanation de la "volonté du peuple", organe chargé de la gestion de la société en fonction d'un soi‑disant intérêt général. Elle tente ainsi d'occulter le déchirement de la société bourgeoise en classes aux intérêts antagoniques et de présen­ter son système de domination comme unique organisation possible de la socié­té: que pourrait‑il exister de supérieur à la "souveraineté du peuple"?! Et c'est bien sûr au nom de cet "intérêt général" et de la défense de la démo­cratie qu'elle réprime et oppresse la classe exploitée.

LA MYSTIFICATION DES DROITS DEMOCRATIQUES

     La lutte pour des réformes constitutionnelles, tant prônée par tous les démocrates, ne permet qu'une apparence de liberté, en fait celle de ne pas mettre en danger l'Etat démocratique. Les droits démocratiques ne sont conçus que dans le cadre autorisé par la loi (bourgeoise) et la tâche de la loi est d'interdire toute manifestation sociale non contrôlée par les convoyeurs de la démocratie (c'est‑à‑dire, principalement, toute lutte de classe conséquente) et de la livrer au déchaînement des "forces de l'ordre".

     Et quels sont ces droits démocratiques qui font baver tous ces bourgeois, des libéraux aux staliniens?

     Le "droit d'association" ne signifie, pour les ouvriers, que le droit de s'affilier aux syndicats, chargés du maintien de la "paix sociale" et du marchandage du prix de la force de travail dans le cadre de la rentabilité et viabilité de l'entreprise, c'est‑à‑dire sans jamais porter atteinte aux profits. Que les ouvriers s'avisent à remettre en cause l'exploitation, balançant par‑dessus bord les revendications "responsables", les nécessités de fonctionnement du capital et ils auront à faire face au front compact de la bourgeoisie, syndicats en première ligne!

     Le "droit de grève" a pour corollaire la "liberté de travail", c'est‑à‑dire l'interdiction des piquets autres que "symboliques". Il ne peut s'exercer que dans le cadre des organes reconnus par l'Etat (syndicats): interdiction des "grèves sauvages" donc. Interdiction également de toucher à l'appareil productif, par les sabotages, le blocage de l'entrée et de la sortie de produits,... pendant la grève: "droit de propriété" oblige. Le "droit de grève" ne signifie donc pas autre chose que le "droit", pour ceux qui le désirent uniquement, "d'arrêter le travail", en ayant prévenu à l'avance le patron. En d'autres termes, le "droit de grève" signifie interdiction de la lutte.

     La "liberté de la presse" est complétée, dans toutes les "constitutions" du monde, par une série d'interdits quant à son contenu. Aujourd'hui, si dans plusieurs pays la presse révolutionnaire circule encore "librement", c'est que, par son faible impact actuel, elle ne gêne pas trop l'Etat. Dès que celui‑ci le jugera opportun, il trouvera toujours un article de loi quelconque pour interdire, très démocratiquement, une série de publications.

     Par le "droit de vote", le capital offre gracieusement la liberté d'avoir... des illusions: sur les "changements fondamentaux" que réaliserait le nouveau gouvernement; sur les promesses que font miroiter les partis en mal de gouverner.

     Bref, les libertés démocratiques sont la poudre que la bourgeoisie jette aux yeux des prolétaires pour leur faire oublier leur condition d'esclaves salariés. Si la bourgeoisie les proclame, ce n'est ni une faiblesse de sa part, ni une "victoire des travailleurs"; elle s'en sert pour mieux détourner une montée des luttes. C'est cette oppression de classe qui se cache en réalité sous le masque démocratique et libéral qui a fait si justement dire à Marx que le synonyme de "Liberté, Egalité, Fraternité" était représenté par "Infanterie, Cavalerie, Artillerie"! Qui nous fera croire après ça qu'une autre classe que la bourgeoisie a intérêt à la démocratie?

     Ecoutons ce que les avocats du capital ont à nous dire: "Nous sommes des marxistes et nous savons très bien que tous ces droits, ce sont des droits démocratiques bourgeois, mais la bourgeoisie est incapable de les maintenir, c'est donc au prolétariat de les imposer". Et aussitôt ils appellent à "lutter aujourd'hui pour le droit de grève, l'assemblée constituante, l'amnistie des prisonniers politiques, la liberté de réunion, les élections libres, la liberté de presse, etc. Certains diront que "c'est mieux" qu'un régime ouvertement répressif et offre de meilleures conditions pour le développement de la lutte du prolétariat. Mais où a‑t‑on vu une classe qui puisse maintenir son autonomie, sa lutte pour ses propres intérêts, tout en luttant pour une amélioration de l'appareil de domination de son ennemi?

     Les gauchistes ne manquent pas d'arguments, très "dialectiques" comme ils le prétendent, pour soutenir la nécessité de la lutte pour les droits démo­cratiques. Celle‑ci peut, selon eux, déboucher sur deux possibilités. Soit à une "trahison" des partis au gouvernement qui dévoileraient leur nature bour­geoise en refusant de voter une loi codifiant ces fameux droits; une telle situation serait "positive" pour la classe ouvrière, car elle serait forcée de se détourner des partis "opportunistes", "réformistes", non pour balayer l'Etat et tout son mécanisme démocratique, mais pour porter au gouvernement (par voie d'élections, bien sûr!) les "vrais révolutionnaires", c'est‑à‑dire les maoïstes ou trotskistes eux‑mêmes. Ou bien la lutte peut mener à une ré­forme de l'Etat qui intègre des "droits démocratiques" dans sa législation: il s'agirait alors d'une "grande victoire des travailleurs" qui auraient fait "reculer" la bourgeoisie. Et qu'en est‑il de la révolution dans ce schéma? Croient‑ils que leur présence à la tête de l'Etat abolira le salariat? Pour ces chiens de garde du capital, le but est de balayer toute perspective de destruction, nécessairement violente, de l'Etat bourgeois, de suppression de l'exploitation; ils ne prônent que pacifisme et leur programme ne contient que la répartition, très égalitaire,... de la misère.

LA LOI EST TOUJOURS BOURGEOISE

     Partant de la réalité qui voit souvent la classe capitaliste "élargir la démocratie" dans une période d'effervescence de la lutte de classe, les gauchistes en concluent à une "victoire des travailleurs" alors qu'il s'agit du rempart extrême de la bourgeoisie à l'encontre du prolétariat.

     Lorsque le rapport de forces est défavorable à la bourgeoisie, celle‑ci, tente toujours d'enfermer les luttes dans un strict cadre juridique et de les récupérer en transformant les victoires en autant de lois et décrets, donc en les intégrant dans le fonctionnement démocratique normal.

     Lorsque l'avancée des luttes arrache les prisonniers des cachots, les fractions bourgeoises transforment ceci en décret d'amnistie et présentent ce dernier comme la grande victoire ouvrière. Pour les communistes, au contraire, la victoire obtenue par la classe ne consiste nullement dans les décrets, mais dans la fortification organisative de la classe, dans l'affirmation pratique de son autonomie et dans le fait que les prisonniers se battent dans la rue. L'amnistie, ils la dénoncent pour ce qu'elle est: une manoeuvre juridique de la bourgeoisie qui tente d'intégrer dans la légalité, dans l'Etat démocratique ce qui se passe dans la rue et qu'elle n'a pu éviter. Son objectif est évident: transformer un rapport de force conjoncturellement favorable à son ennemi historique en son contraire, pour reprendre l'initiative dans la lutte. La formalisation juridique permet de déguiser la sortie des prisonniers en amnistie, de dissimuler derrière la liberté des citoyens tout ce qui est utile à la lutte des ouvriers.

     Entre le droit de presse et l'existence de la presse révolutionnaire, il existe la même opposition. Avec la circulation légale de la presse, la bourgeoisie vise à contrôler cette dernière et à lui ôter toute efficacité. La même chose se produit avec le droit de grève. Laissons de côté la grève qui n'attaque pas le taux de profit. La grève dure est seulement reconnue quand la bourgeoisie n'a pas d'autre option car elle est le produit d'un rapport de forces et quand, par la légalisation, elle voit un moyen d'en prendre le contrôle et de la briser. De ces légalisations, il n'en ressort aucun avantage pour le prolétariat. Que ce soit avant ou après les décrets, l'unique chose dont dispose le prolétariat est sa force et seulement sa force.

     Pour toute arme que le prolétariat produit dans sa lutte, la bourgeoisie tente d'en limiter la portée et de la dénaturer par la démocratisation. Au point de vue historique, l'opposition entre démocratie et organismes ouvriers s'est toujours manifestée d'une façon sanglante. Ne citons comme exemple que les répressions brutales contre l'insurrection du prolétariat à Berlin en 1919, menées par le gouvernement social‑démocrate Ebert‑Scheidemann et le chef des "corps francs", Noske. La démocratie ne favorise nullement, mais contrecarre l'épanouissement des organisations ouvrières, alors que le sur­gissement d'une organisation prolétarienne porte directement atteinte à la démocratie.

     S'il était vrai, comme le prétendent les trotskistes, que le fonctionnement de l'ensemble des droits et des libertés favoriserait la révolution, pourquoi la révolution ne s'est‑elle pas produite dans les pays à longue tradition démocratique, les USA par exemple, alors qu'elle a surgi en Russie, pays qui ne connaissait que le tsarisme "anti‑démocratique" pendant des décennies et la démocratie que pendant quelques mois? Quant aux ouvriers d'Iran, quels droits et libertés ont favorisé leurs grèves, leurs luttes? Pourquoi ne pas réclamer non plus le droit à l'insurrection?

     En réalité, il ne s'agit pas que de questions sans réponses, mais d'intérêts matériels de classe, antagoniques à ceux de la classe ouvrière. Il est absolument normal que la bourgeoisie démocratique, qu'elle soit de droite ou de gauche, essaie d'imposer ses "droits de l'homme et du citoyen" et qu'elle présente donc comme équivalents l'amnistie et la sortie des prisonniers dans la rue, le droit de grève et la grève, le droit de presse et l'existence de la presse révolutionnaire. L'axe central de toute la mystification consiste toujours à considérer la formalisation juridique (liberté ou droit) comme la victoire ouvrière quand elle est en réalité une arme de la bourgeoisie.

     C'est pourquoi, pour les communistes, toute réforme de l'Etat est une tentative de perfectionner les méthodes de la domination capitaliste. Les apôtres de la vision opposée, pour qui n'importent quelles "conquêtes démocratiques des ouvriers", ne peuvent qu'échouer au parlement et dans les ministères. Pas étonnant du tout. La classe capitaliste peut, au travers du mécanisme démocratique, porter à la tête de l'Etat les éléments les plus aptes à la gestion du capital dans des situations données et ce, quelle que soit leur origine sociale. Ainsi, dans une période d'effervescence sociale, le capital sélectionne les éléments qui ont une emprise sur la classe ouvrière pour leur confier la direction de l'appareil d'Etat, afin de faire accepter aux ouvriers ce que d'autres fractions de la bourgeoisie ne sont pas parvenues à imposer: tel serait donc le "triomphe suprême du prolétariat".

L'OBJECTIF DES DEMOCRATES: LA DESTRUCTION DU PROLETARIAT.

     Posons maintenant la question suivante: à quelle "classe ouvrière" la gauche du capital aspire‑t‑elle?, quel serait le résultat de ses mots d'ordre?, quelle situation sociale vise‑t‑elle à imposer?

     Accepter leurs mots d'ordre impliquerait de faire des grèves ouvrières pour la défense du droit syndical, du droit de grève, de la liberté de réunion; de destiner notre presse à la défense de la liberté de la presse (et des autres libertés); de s'associer (évidemment avec eux et sous leur direction) pour la défense du droit d'association; de parler pour la défense du droit de la "libre expression"; de voter pour les "députés ouvriers" au nom de la défense du "parlementarisme ouvrier" ou pour la défense du droit de vote. Et pourquoi n'irions‑nous pas en prison au nom de la défense du droit des prisonniers et de l'amnistie? Exagérerions-nous? Nullement: combien d'ouvriers qui ont cru ces crapules ne sont‑ils pas morts en prison en écrivant sur un mur le mot d'ordre de leur propre soumission: "Vive la démocratie! A bas la dictature!"

     L'objectif est évident: arracher la classe ouvrière de son terrain de classe, étouffer et dévier vers la défense de la démocratie tout ce dont la classe se dote pour combattre: grèves, réunions, presse, discussions, groupes militaires, etc.

     Si elle atteignait cet objectif, la bourgeoisie assurerait dans le détail tout le fonctionnement de son système de domination; elle pourrait souffler de soulagement car elle se trouverait alors devant une longue période de stabilité (ce qui s'est déjà produit à plusieurs reprises dans l'histoire du capital). La "droite" pourrait tuer, réprimer des grèves, liquider les imprimeries ouvrières, faire des prisonniers, car la "gauche" aurait canalisé tout le mécontentement vers la défense des droits de l'homme et du citoyen, vers le respect de la loi et aurait ainsi préparé le terrain aux massacres. Plus encore, il y aurait alors un moment où il ne viendrait même pas l'idée aux ouvriers de faire grève pour des "intérêts matériels mesquins", il ne viendrait à aucun groupe "d'enragés" la "maléfique" idée de parler et écrire contre la démocratie et encore moins d'organiser des insurrections: la "gauche" aurait apporté sa "très estimable" contribution pour édifier le paradis terrestre de la "démocratie pure" dont rêve tout bourgeois, en "convainquant" les ouvriers que le but de la lutte sont les droits démocratiques. Et comme il est inévitable que les mots ne suffisent jamais, il serait aussi logique qu'elle utilise d'autres moyens: toujours elle l'a fait. De toute façon, l'assassinat serait considéré comme une bonne leçon contre les "provocateurs ou agents de la CIA". La "gauche" a une longue expérience dans l'affaire: la répression n'est pas un privilège de la "droite".

     Malgré la "gauche", malgré tout, ce paradis terrestre de la bourgeoisie ne peut durer indéfiniment. On accusait Lénine d'espion allemand; Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht furent assassinés par des socialistes, au nom de la démocratie; la torture sous le régime d'Allende était aussi organisée par des socialistes au nom du gouvernement des travailleurs et de la sacro‑sainte liberté. Mais jamais la bourgeoisie ne réussira à empêcher que les "têtes brûlées", les "ingrats à la nation", les "anarchistes", les "autonomes" ne resurgissent chaque fois avec plus de force en balayant toute illusion démocratique: en d'autres termes, elle ne peut supprimer la lutte de classe; sa survie même exige qu'elle exploite sans cesse davantage une masse croissante d'ouvriers, qui n'ont d'autre perspective que la lutte anti‑capitaliste.

     Accepter la démocratie, confondre la lutte pour les intérêts autonomes de classe avec la lutte pour les concessions parlementaires, ne peut que mener au désastre (et les exemples historiques abondent). Au contraire, l'organisation de la classe ouvrière pour vaincre, pour sa dictature, ne peut être basée sur aucun droit, aucune liberté concédée par l'ennemi!


CE2.4 Crève la démocratie !