"D'une part, la guerre n'est que la politique de "paix" du capitalisme acculé à ses conséquences extrêmes sous la poussée des contradictions économiques et des contrastes de classe à qui ne s'offre plus comme issue que la destruction de vies et de richesses matérielles.
D'autre part, la paix est l'enregistrement des modifications apportées par la guerre dans le rapport des forces des Etats antagoniques en même temps que la reprise, par le capitalisme, de sa politique "PACIFIQUE" s'orientant inévitablement vers une nouvelle guerre si le prolétariat ne parvient pas à y opposer la révolution.
Guerre et paix ne sont donc que deux manifestations alternées de l'évo­lution du capitalisme".
Ligue des Communistes Internationalistes

Le capitalisme, enferré dans ses contradictions, manifeste une nouvelle fois la tendance inhérente à la guerre généralise. La société bourgeoise toute entière s'y prépare activement et le révèle par la politique de tou­jours qu'elle est contrainte d'employer pour arriver à ses fins. Toute l'existence du capital se place sous le signe de la destruction car c'est la condition périodique de son développement. Dans leur inlassable recherche de profits, les capitalistes n'arrêtent pas de s'affronter avec acharnement. Asservis à la concurrence, impuissants devant la surproduction de capital, ils doivent fermer les entreprises les unes après les autres, abandonner des secteurs entiers de la production, parce que non- rentables. L'unique moyen pour la bourgeoisie de se débarrasser de "l'inutile" (c'est-à-dire de ce qui ne fournit aucun profit), d'éliminer l'excédent de main- d’œuvre (par rap­port à ses besoins), est de procéder à une destruction systématique des for­ces productives. Seules les destructions massives permettent au capital de recommencer un nouveau cycle d'accumulation et de "prospérité".
L'intensité des crises du capital est à l'image du degré de développe­ment de la production. A la fin de la seconde guerre mondiale, la production capitaliste a connu une expansion de grande ampleur qui laissait prévoir une crise à la mesure de cette croissance. Les premiers indices de crise appa­raissent dans les années 1950, mais la crise véritable se généralise dans les années 1960, entraînant la multiplication des luttes inter- impérialistes et des conflits de classe.
RENFORCEMENT DES CONSTELLATIONS IMPERIALISTES ET PROLIFERATION DES FOYERS DE GUERRE.
La guerre mondiale, comme toute guerre, nécessite deux adversaires. La bourgeoisie se polarise au niveau mondial par la restructuration et la for­tification de deux constellations d'Etats impérialistes. Ce renforcement ne s'effectue pas sans difficultés, chaque impérialisme d'un même camp ayant des intérêts communs, mais aussi divergents, avec ses alliés. Les constellations tendent à parfaire leur unité, malgré les tiraillements au travers de la multiplication des zones de confrontation. Que ce soit l'invasion de l'Ou­ganda par la Tanzanie, la guerre Chine- Vietnam, celle qui oppose les deux Yé­men, ou celles qui font de l'Afrique et de l'Asie un véritable baril de pou­dre, toutes révèlent un engagement croissant de tous les Etats et provoquent une tension de plus en plus vive entre les grandes puissances qui dominent les "blocs" : USA et URSS.
La guerre sino- vietnamienne en offre un bon exemple. Outre le fait que la Chine, dont la faiblesse économique accroît la férocité sur le plan mili­taire, ne peut se permettre de perdre son influence dans le Sud-est asiati­que (et notamment au Cambodge), le conflit sino- vietnamien a également signifié un avertissement du camp impérialiste occidental à l'égard du camp rival, afin de freiner la progression de ce dernier dans cette partie du monde. Chaque constellation est sortie consolidée de l'affrontement en Asie. Le resserrement des liens entre la Chine et les Etats- Unis s'est accéléré; d'autre part, l'URSS a commencé à utiliser le Vietnam (par ailleurs intégré au Comecon), comme base militaire directe.
Les tensions s'accroissant également en Amérique latine : entre Etats chilien et brésilien d'un côté, les Etats argentin, bolivien et péruvien de l'autre. Si la mobilisation armée est très avancée en Argentine et au Chili, en cours au Pérou, les Etats hésitent néanmoins à se lancer dans "l'aventu­re". Les entraves sont en effet très fortes. Le Brésil par exemple, tiraillé entre ses intérêts nationaux et les intérêts de l'Etat américain, subissant les attaques du prolétariat, provoque parfois, concilie aussitôt. Si la si­tuation est explosive, le climat social dans certains pays du continent n'est pas fait pour encourager directement à la guerre. Le Pérou est encore régu­lièrement secoué par des luttes ouvrières malgré la campagne nationaliste et anti- chilienne qui s'y développe.
DEVELOPPEMENT DE L'ÉCONOMIE D'ARMEMENT ET MILITARISATION DE LA SOCIETE.
La préparation à la guerre mondiale ne s'illustre pas seulement par une escalade des tensions inter- impérialistes. Elle s'accompagne inévitablement d’une restructuration de l'appareil productif autour des secteurs- clés d 'une économie de guerre, d'un accroissement incessant de la production d'armes. Les impérialismes en présence ont pour but de détruire les concurrents, de conquérir et de faire fructifier leurs capitaux en territoires conquis c’est ce qui explique la réorientation de la production d'armement vers les armes conventionnelles et nucléaires "tactiques", mieux adaptées à la guerre de conquête et au choix des objectifs que les armes nucléaires dites "stra­tégiques".
Tous les Etats se sont aujourd'hui tournés vers l'acquisition d'engins destructeurs sophistiqués. Dans cette course aux armements, les pays s'entendent à mort pour pouvoir disposer d'une armée efficacement équipée. Partout les budgets de guerre sont en augmentation, autant dans les pays de l'Ouest que dans ceux de l'Est, révélant le véritable contenu des accords SALT. Ceux- ci sont du vent car ils portent uniquement sur du matériel dont chacun dispose en suffisance ou qui ne correspond pas aux besoins de l'expansion territoriale.
Pour embrigader le prolétariat et le faire participer à la guerre, la bourgeoisie déploie de nombreuses mystifications, employées parfois depuis des siècles, mais toujours efficaces. L'idéologie bourgeoise des "droits de l'homme" sert de couverture à des régimes de toutes natures. Carter use de tous les subterfuges pour propager la "sainte cause" à travers le monde : la "démocratie honnête" contre le "totalitarisme". Mais le régime peut être aussi démocratique qu'on veut, les mineurs des Appalaches, par exemple, savent de quoi il en retourne. Les morts des régimes "totalitaires" n'ont rien à envier aux morts de la "démocratie". La bourgeoisie peut régner sous différentes étiquettes, la réalité de sa dictature n'en est pas moins mondiale. Les "droits de l'homme" sont un si beau paravent de l'ordre capitaliste, qu'ils sont utilisés même là où la répression ne se laisse freiner par rien. Ils courbent les prolétaires d'Amérique du Sud sous le joug de la terreur blan­che; la Savak iranienne s'en parait pour justifier ses crimes, comme aujourd'hui les tueurs de Khomeiny. En RFA, en Italie, en Grande- Bretagne, ce sont encore les "droits imprescriptibles de la personne humaine" qui obligent les ouvriers à subir les persécutions pour les défendre du "danger terroriste".
L'idéologie de guerre "anti- impérialiste" propagée de l'autre côté du rideau de fer est meurtrière au même degré que la démocratie du camp occiden­tal. Les descriptions de l'enfer des déportations en Sibérie et des asiles psychiatriques n'ont pas manqué à l'Ouest pour souligner la barbarie du "système russe", démontrant ainsi que les croisades en apparence opposées ont la même odeur du sang et de la mort. Pour les exploités, les coups sont identiques, peu importe leur origine. Les prolétaires d'Ouganda piétinés par les sbires d'Amin Dada subissent maintenant les tortionnaires à la solde de la Tanzanie. Progressiste ou réactionnaire, la bourgeoisie ne l'est qu'à ses yeux mais demeure la classe dominante qui préserve ses intérêts par la répression.
Toujours les Etats qui sont entrés en guerre se proclamaient les plus pacifiques du monde; toujours les nations belligérantes se sont prétendues agressées. Et c'est au nom de la défense de la nation qu'une bourgeoisie en­traîne les masses prolétariennes au- devant des balles des mitrailleuses de la fraction adverse. L'exaltation du sentiment nationaliste, de la défense de la patrie, si elle est menée de main de maître au Vietnam, si elle sert à incorporer et à polariser les prolétaires en Iran dans la lutte "des Kur­des" contre le gouvernement central, est également la carte jouée par les capitalistes en Europe. Il suffit d'écouter parler les sbires de la CGT lorsqu'ils évoquent la lutte des sidérurgistes : "ce que les Allemands n'ont pu obtenir en 1914 et en 1939, ils l'obtiennent aujourd'hui. Notre action peut être assimilée à la Résistance. C'est une lutte pour l'indépendance nationale" (Gillet, CGT- Lorraine).
La "droite européenne a sauté sur la guerre Chine- Vietnarn pour démontrer que "même les communistes se battent entre eux". Mais là encore les prolétaires luttant sur leur terrain de classe ne peuvent que rejeter ce ramassis de mensonges. La Chine, le Cambodge, le Vietnam, l'URSS, aussi capitalistes l'un que l'autre, ne révèlent en s'affrontant que leur nature viscéralement anti- communiste. Il n'y a pas de "nation communiste" dans le monde, déjà parce que les deux termes s'opposent par définition. Le communisme est la négation des nations, les prolétaires n'ont pas de patrie.

DEFAITISME PROLETARIEN CONTRE "FRONT NATIONAL".
L'idéologie nationaliste conserve une telle efficacité que des milliers et des milliers de prolétaires succombent chaque année dans les conflits im­périalistes, dits "de libération nationale". Mais la préparation à la guerre généralisée ne réside pas seulement dans l'incorporation aux carnages d'aujourd'hui. Elle s'exprime aussi dans la subordination idéologico- répressive des ouvriers à l'Etat bourgeois pour intensifier l'exploitation et dévelop­per l'économie de guerre. Un des symboles les plus tristes de cette réalité est le jour de travail gratuit obtenu par la bourgeoisie russe pour venir en aide à sa consœur vietnamienne. Prétextant la "solidarité avec le socialis­te au Vietnam" (voilà le genre « d’internationalisme » que la bourgeoisie veut inculquer aux ouvriers) et le 109ème anniversaire de la naissance de Lénine, le capitalisme est arrivé à faire suer sang et eau les prolétaires en URSS, comme si l'esclavage salarié "normal" ne suffisait pas, pour renforcer les exploiteurs de leur frère de classe au Vietnam et lubrifier leur machine de guerre. L'utilisation du nom de Lénine comme couverture à cette odieuse dupe­rie démontre une nouvelle foi ce qu’écrivait le même Lénine : "Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'in­cessantes persécutions (…). Après leur mort, on essaie d'en faire des icô­nes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mys­tifier" (L'Etat et la Révolution).
La réelle solidarité de classe n'a rien à voir avec le travail gratuit et la contribution au maintien du militarisme capitaliste. Dès que les pro­létaires s'organisent pour la défense de leurs intérêts, il se mettent en contradiction, non seulement avec "leur" bourgeoisie, mais avec toute la classe ennemie, avec tous les Etats bourgeois du monde. L'antagonisme irré­ductible d'intérêts entre les classes implique le rejet catégorique de tout frontisme interclassiste, la transformation de toute guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire pour le communisme.
Préparer l'insurrection ouvrière : telle est la seule issue pour le prolétariat afin de ne pas succomber sur les champs de bataille de la bourgeoi­sie. Cette préparation s’exprime déjà au travers des multiples grèves, actes de sabotage de la production, attaques contre l'État du capital, émeutes, mu­tineries, qui se déroulent dans tous les pays. Chaque lutte des prolétaires contrecarre les plans de la bourgeoisie. Mais tant que ces luttes demeurent sans connexion aucune, tant qu'elles ne visent pas à une centralisation uni­que, leur isolement signifie la défaite.
Le développement des combats de classe nécessite la dénonciation et la destruction impitoyables de tous les appareils d'État, dont les partis "so­cialistes", "communistes" et les syndicats, qui tentent de diluer le proléta­riat dans les fronts collaborationnistes. Aux préparatifs de la bourgeoisie pour le massacre des ouvriers entre eux, les prolétaires doivent opposer un front mondial de classe contre le capitalisme et contre la guerre. Là où la guerre impérialiste est déjà déclenchée, la guerre sociale passe par la fra­ternisation des soldats et prolétaires des nations belligérantes. La fraternisation de masse avec les ouvriers sous l'uniforme du camp "adverse" marque déjà la compréhension du caractère réactionnaire de la guerre impérialiste. Les "ennemis", ce ne sont pas les prolétaires des "autres pays; il n'y a qu'un ennemi : la bourgeoisie internationale.
Dans le jeu des affrontements inter- impérialistes, le prolétariat d'un pays marque sa solidarité avec le prolétariat mondial, non seulement en se désolidarisant des vues de conquête de "sa" bourgeoisie, mais en travaillant activement à sa défaite par les coups redoublés qu'il porte à son appareil productif et militaire. Défaitisme révolutionnaire, retournement des armes contre la classe bourgeoise, instauration de la dictature mondiale du prolé­tariat, telle est la seule voie pour supprimer à tout jamais la guerre, l'exploitation et la barbarie capitaliste.


CE1.4 La bourgeoisie prépare la guerre, préparons la révolution