Un peu du vent de révolte qui souffle en France est-il venu attiser les étincelles de lutte qui s'animent en Belgique ? L'application progressive des mesures d'austérité du plan anti- crise et le durcissement de la bour­geoise (dont les ACEC constituent le laboratoire), sont en tous cas les rai­sons immédiates d'une flambée de combats de classe.
L"occupation s'est poursuivie à RBP (les ouvriers occupent l'entreprise depuis 7 mois!), des luttes se sont déclenchées aux ACEC, à Hanrez, à Re­nault- Vilvorde, des "noyaux durs" ont lancé des débrayages- surprise à Volkswagen- Forest, tandis que l'agitation se développe dans de nombreuses petites usines, et parmi les lycéens et les enseignants. Cette combativité fait écho à une reprise des luttes en Grande- Bretagne, en Italie, en France, etc., où la bourgeoisie a déjà commencé une attaque de grande envergure contre de fortes concentrations ouvrières.
Depuis la crise mondiale, la classe dominante ne peut plus accorder de petites améliorations pour acheter la "paix sociale". Licenciant à tours de bras, bloquant ou diminuant les salaires, elle avoue que pour préserver ses profits; elle doit soumettre tous les exploités à une longue période de sacrifices, de chômage et d'insécurité. Hier, la bourgeoisie s'était attaquée en priorité aux catégories ouvriè­res les plus vulnérables (immigrés, femmes, chômeurs) et à quelques secteurs périphériques, dont la FGTB et la CSC avaient réussi à isoler la résistance, en même temps qu'elles la détournaient vers la défense de « l’outil de tra­vail", de l'entreprise ou de la région. Aujourd'hui, en s'apprêtant à licen­cier des dizaines de milliers d'ouvriers dans la sidérurgie, la chimie et la pétrochimie, dans l'automobile et la construction électrique (par ailleurs considérée comme une industrie d'avenir!), la bourgeoisie veut trancher à vif dans la classe ouvrière.
Dans son dernier rapport annuel, "Fabrimétal" (un des représentants du patronat dans son entier) révèle que l'important secteur industriel qu'elle coiffe a perdu plus de 16% d'emplois ouvriers depuis 1974. Les pertes se poursuivent actuellement au rythme de 500 à 600 emplois par mois! Aussi im­pressionnante que soit cette dégradation, elle n'est encore rien par rap­port aux résultats des "restructurations" que la bourgeoisie va appliquer.
Comme tous les Etats du monde, l’Etat du capital en Belgique est poussé par la concurrence internationale à accélérer l'offensive antiprolétarienne déjà entamée depuis plusieurs années. Intégrés de manière directe ou indirecte à cet Etat, partis et syndicats soi- disant "ouvriers" se bousculent pour lui prêter main forte afin de canaliser la riposte des prolétaires au­tour de perspectives contraires à leurs intérêts. Telle est la raison des campagnes pour les "36 heures", le "pouvoir ouvrier wallon", la "démocrati­sation syndicale", la "promotion de l'autoproduction" et la "confiance aux élus du PSB et du MOC" dans le gouvernement.
Mais que peut bien apporter un ministre "socialiste"? Gestionnaire des questions économiques, W. Claes ne s'est pas gêné pour faire passer dans le cadre des "affaires courantes" son plan de rationalisation do la sidérurgie: 59 milliards pour la bourgeoisie, 8000 emplois perdus pour les ouvriers. Rien qu'à ce plan, on peut mesurer l'absurdité de la "confiance" que les prolétaires devraient accorder à un parti "socialiste" en paroles, bourgeois en fait.
Le troc socio- économique "de choc" du Vdb, unanimement accepté par les ministres PSB et MOC, est une bonne illustration de ce que représentent les « 36 heures". L'accord gouvernemental prolonge la loi anti- crise et lui donne un développement encore plus néfaste pour les ouvriers. Il s'agit ni plus ni moins d'un blocage général des salaires (avec les manipulations traditionnelles de l'index : une réduction des salaires!) contre la vague promesse des "36 heures" dans tous les secteurs pour fin 1981.
Autrement dit, la bourgeoisie fait semblant de donner d'une main ce qu'elle reprend largement de l'autre. Partout où les "36 heures" ont été négociées par le patronat et les syndicats, leur application graduelle s'accompagne du laminage des salaires et de l'accélération des cadences. Le gouvernement met directement la main à la pâte en réduisant, semaine après semaine, la gran­deur et la portée des allocations de sécurité sociale.
Il est faux de dire que cette politique est le propre du patronat et des Martens- Claes, Vdb et Cie. C'est aussi la politique des syndicats. Dans un moment de vérité, Houthuys (CSC) s'est écrié : "non aux augmentations générales des salaires!" Debunne (FGTB) préfère « non au blocage pur et simple des salaires! ». Mais la classe, ouvrière n'est pas contre le blocage « pur et simple » elle est contre le blocage tout court.
Par "pur et simple" la FGTB veut dire : trop évident et trop cyniquement avoué. Pour ces Messieurs, tout se joue dans la sphère du langage. La FGTB est désireuse qu'on attaque les salaires (parce que son propre sort est é­troitement lié à celui de "l'économie nationale"), mais sans qu'on le reconnaisse publiquement (car les syndicats perdraient tout crédit dans la classe ouvrière s'ils devaient soutenir ouvertement une austérité jusqu'au bout).
La FGTB veut avoir la possibilité de radicaliser sa phraséologie là où elle serait victime de débordements. "Il faut laisser une marge suffisante aux négociations collectives. Il s'agit de laisser une soupape qui fait par­tie de la démocratie sociale. Si on ne l'accepte pas, des explosions ne sont pas à exclure... Nous sommes prêts à répondre à l'invitation du nouveau gou­vernement... Si la confrontation mène à la concertation tant mieux..." (Dis­cours de Debunne au rassemblement FGTB du Heysel).
Le respect des apparences pour retarder au maximum les échéances d'un affrontement brutal entre bourgeois et prolétaires : ainsi se résume 'la rai­son du durcissement syndical. Pour le reste, FGTB et CSC sont bien décidés à jouer leur rôle d'amortisseurs sociaux, à établir un cordon de protection entre les réactions ouvrières et l'Etat bourgeois, à canaliser les combats prolétariens sur les voies de garage des "journées d'action" bidons, des négociations déprimantes ou encore des abjectes promenades pacifiques (comme ils nous en préparent encore une pour le premier mai, qui dans leurs mains et celle de leurs compères des autres pays, a cessé d'être une journée interna­tionale de lutte pour devenir une kermesse de majorettes et de fanfares).
Si dans leurs manœuvres, les larbins "de gauche" essuient quelques re­vers, alors la bourgeoisie méprisera les apparences et déclarera la guerre ouverte; la répression des flics s'abattra sans pitié sur les crânes des prolétaires récalcitrants. C'est la règle en France. Mais à Renault- Vilvorde, les forces de gendarmerie qui ont débloqué le piquet pour laisser pénétrer les jaunes, ont montré que L'Etat français n'avait pas le monopole des briseurs de grève par la violence.

Dans tous les pays, la bourgeoisie, par ses actions, démontre tous les jours que les forces pseudo- ouvrières mystifient et endorment d'un côté, et que les forces répressives de l'Etat frappent de l'autre !
Pour briser ces formidables défenses érigées par la classe dominante, les prolétaires ont besoin de renouer avec l'utilisation de leurs armes de classe véritables: l'organisation de piquets de grèves contre la répression, la cons­titution d'organes d'auto- défense et d'attaque ouvrières, la grève sans pré­avis, sans limitation préalable de durée et avec occupation.
Les simples arrêts de travail et la modération devant les flics ne don­nent jamais rien. Seule l'action directe peut payer !
Il revient aux ouvriers combatifs, en particulier ceux qui ont tiré les leçons des luttes précédentes (comme aux docks, en 1973, où l'ennemi à abat­tre était clairement le PCB et la FGTB qui prenaient en charge eux- mêmes la répression), de tout faire pour casser le cordon étouffant contre lequel se brisent encore l'élan et l'énergie de la lutte ouvrière.
La coordination et l'extension des luttes sont des conditions de victoire.
Pour cela, il faut:
- repousser résolument les directives conciliatrices des syndicats et des groupuscules d'extrême- gauche; la défense de l'entreprise, de la production ou de la région ;
- établir le lien entre les différents mouvements de lutte directement et à la base, ce qui se fera nécessairement malgré et contre les appareils syndi­caux;
- mobiliser les non- grévistes dans le sens de l'élargissement des grèves, a­vec des méthodes d'action directe, dépassant les inerties et les décourage­ments individuels, suscités par la longue politique de sabotage syndical.
Seulement alors les luttes ouvrières comme à la RBP, aux ACEC, dans l'au­tomobile ... pourront faire reculer la bourgeoisie.
Camarades !
L'atmosphère étouffante de la démocratie bourgeoise, des années de concer­tation et de pacification sociales, d'élections et de "communautaire" débile, ont assez dissous les énergies et affaibli les consciences. Il faut que la classe ouvrière frappe un grand coup et par là éprouve sa force de classe, comprenne que son destin n'est pas de ramasser des miettes, mais d'abolir toute exploitation.
A BAS LA PAIX SOCIALE ! FORCE CONTRE FORCE ! CLASSE CONTRE CLASSE ! VIVE LA LUTTE DE CLASSE OUVRIERE !


CE1.3 A bas la paix sociale