Durant ces dix dernières années, le capitalisme a de nouveau été secoué par plusieurs vagues de révoltes ouvrières, à l'Est comme à l'Ouest. La crise mondiale de surproduction que connaît le capital en est un facteur déterminant, car elle force plus que jamais la bourgeoisie à soutirer du prolétariat, par l'exploitation forcenée qu'elle lui impose, des profits qu'elle a de plus en plus de mal à extraire et à réaliser. Le mécontentement croissant des prolétaires s'est déjà traduit par de hauts mouvements de lutte, allant jusqu'à paralyser l'activité économique de pays entiers, et débouchant parfois sur des tentatives insurrectionnelles locales ou régionales.
La crise n'est pas le résultat d'une "mauvaise gestion" de la production comme voudraient le faire croire les staliniens, les sociaux- démocrates ou encore les "gauchistes". Elle trouve ses origines dans les lois mêmes du capital qui subordonne la valorisation à la dévalorisation, la croissance économique à la destruction périodique de capitaux et de force de travail. La crise ne peut trouver une issue que dans la guerre impérialiste mondiale, qui doit être évacuée de l'histoire par le renversement révolutionnaire du capitalisme.
Aujourd'hui, la bourgeoisie conserve indéniablement l'initiative dans le rapport de forces entre les classes; elle est la plus puissante dans la lutte, et ce malgré le nombre et l'ampleur des combats qu'a déjà livrés la classe ouvrière. La lutte du prolétariat ne suit pas un cours linéairement ascendant et n'a pas une configuration homogène au niveau mondial. Après une importante vague de luttes aux alentours des années 1966- 1973, les luttes prolétariennes ont connu globalement un recul ces dernières années. L'inca­pacité du prolétariat à donner un caractère permanent à sa riposte anticapitaliste, a permis à la bourgeoisie de détruire ou de récupérer les embryons d'organes de lutte dont il s'était doté; l'austérité, la misère, l'insécurité, le chômage se son partout développés.
Comme expressions de la classe ouvrière , n'ont pu survivre que quel­ques petits noyaux ouvriers (ultra- minoritaires) qui s'efforcent de conser­ver la mémoire des luttes, avec ce qu'elles ont démontré quant aux pièges à éviter, aux forces à combattre, aux nécessités à pourvoir, pour les rendre plus larges, plus dures, plus conscientes, plus combatives. La force de la lutte de classe ouvrière dépend en effet des leçons que tirent les prolétaires des expériences précédentes. Or la réappropriation de ces acquis histo­riques (qui englobent tout l'arc de plusieurs siècles d'affrontements soci­aux) n'est pas quelque chose qui va de soi. Dans ses dernières luttes, mal­gré une grande détermination au combat, la classe ouvrière a répété les er­reurs et a connu les défaites qui ont été celles de toute son histoire.
Toujours la bourgeoisie a tenté de transformer un combat contre l'exploitation en une lutte pour la réforme du capital. Toujours les fractions bour­geoises "de gauche", avec leur langage plus radical, "ouvrier", ont eu pour fonction d'ôter tout caractère de classe aux luttes prolétariennes pour les orienter vers des objectifs purement bourgeois, tels, par exemple, la démo­cratisation de l'exploitation, les réformes de structure, la participation à la gestion du capital (sous les mots d'ordre « d’autogestion », de "contrô­le ouvrier", ...), la défense de l'économie nationale, etc.


Chaque fois que les prolétaires ont sombré dans une politique de "colla­boration entre les classes", cela n'a signifié qu'une chose : la soumission accrue à l'emprise du capital. C'est au nom de l'appui à une fraction bour­geoise plus "progressiste" contre une autre plus "réactionnaire", que la bourgeoisie appelle à la solidarité interclassiste, à l'"union nationale", contre le "danger fasciste ou totalitaire", l"'envahisseur potentiel", etc. Mais la classe ouvrière ne combat efficacement une fraction bourgeoise qu'en les affrontant toutes, également réactionnaires vis-à-vis du prolétariat, qu'en s'organisant elle-même comme classe autonome avec ses .propres méthodes et ses propres buts de classe.
Dès que le prolétariat perd son autonomie, sa force de classe, au profit d'une alliance avec des factions capitalistes, il laisse libre cours à la bourgeoisie pour mener une répression féroce et imposer une exploitation mul­tipliée: Le "Front populaire" en France en 1936 n'a été que, le prélude au massacre et à la misère de la guerre impérialiste. L'."Unité populaire" d'Allende au Chili n’a été dé même que l'étape préliminaire et indispensable à l’épanouissement d'une terreur bourgeoise ne connaissant aucune entrave.
La démocratie est la forme supérieure de la dictature du capital. La bourgeoisie présente le moulin à paroles parlementaire, les pétitions, les manifestations dociles et bien rangées, les assemblées- parlotes, les votes démocratiques dans l'isoloir, l'arrêt de travail "chacun chez soi et pour un temps bien délimité" qu'elle a le front d'appeler.: grève!), ..., bref la "lutte" dans le cadre démocratique, comme des moyens de combat des prolétai­res. La classe dominante s'oppose particulièrement à toute idée de violence ouvrière, prônant une idéologie légaliste et pacifiste, développant des cam­pagnes "anti- terroristes" qui servent à camoufler le blindage de la démocra­tie contre les menaces prolétariennes. Dans sa lutte, le prolétariat ne peut que s'opposer au pacifisme social : le refus de la violence et du terrorisme ouvriers ne signifie pas autre chose que la capitulation devant la violence bourgeoise.

Le simple énoncé des leçons de la lutte ne suffit pas pour renforcer les capacités du prolétariat à opposer son organisation, sa violence et ses ob­jectifs à l'encadrement, la violence et la démagogie bourgeoises. Il faut encore une organisation qui non seulement diffuse au sein de la classe ouvri­ère, par la propagande, les acquis de l'expérience prolétarienne, mais tra­vaille aussi activement « à donner une direction unifiée à la lutte, à géné­raliser, organiser, rendre conscientes les méthodes de lutte révolutionnaire qui surgissent par elles-mêmes dans le cours du mouvement» (Lénine).
Une telle organisation n'existe pas aujourd'hui. La tendance du mouve­ment ouvrier à se constituer en classe donc en parti n'a produit à l'heure actuelle que de faibles organisations communistes, des groupes ouvriers é­pars, des noyaux d'usine, des cercles de discussion et d'étude, des groupus­cules de lutte armée,..., la plupart du temps marqués par une vision partiel­le de leurs tâches, des déviations localistes et corporatistes, une rupture insuffisante avec l'idéologie bourgeoise, un manque de synthèse des acquis des luttes passées et de l'histoire du prolétariat, provoquant une incapacité à diriger les luttes présentes vers les buts du communisme.
Le fosse existant entre les balbutiements actuels de l'avant- garde ouvri­ère et l'immensité des tâches à accomplir se comprend à la lumière de la tra­gédie vécue il y a 60 ans par le prolétariat mondial. En 1918, la classe ouvrière en Allemagne se faisait massacrer principalement parce que les commu­nistes n'avaient pu mettre à profit les puissantes émeutes ouvrières pour frapper là bourgeoisie d'un coup décisif. Par leur manque de préparation, de cohésion, de décision, les chefs prolétariens ne furent pas capables de lancer les masses ouvrières à l'assaut du pouvoir. Peu après, le prolétariat mondial se dotait, avec la naissance de l'Internationale Communiste, d'un puissant organe tendant à unifier ses luttes et à généraliser la révolution Mais l'I.C. surgissait trop tard : la social- démocratie réprimait sauvage­ment le prolétariat en Allemagne et en Hongrie, la révolution en Russie, non relayée par un élargissement de la prise du pouvoir dans d'autres parties du monde, commençait à s'essouffler. Le reflux de la gigantesque vague révolu­tionnaire pointait à l'horizon. Dans un tel contexte, l'Internationale ne parvint pas à réaliser les tâches qui avaient présidé à sa constitution. Elle suivit très rapidement un cours opportuniste, approfondissant ses erreurs et non ses acquis; sa plus grande préoccupation devint la "conquête des masses", et elle s'achemina vers une politique de compromis jusqu'à la trahison finale de la révolution et du prolétariat mondial.
S'ouvrit alors la période la plus noire pour le mouvement ouvrier : 60 ans de contre- révolution démocratique, fasciste et stalinienne étouffèrent les dernières réactions de classe et cantonnèrent les petites Fractions de la Gauche Communiste à une marginalisation quasi totale. Elles disparurent finalement, ou se figèrent sur les positions correctes qu'elles avaient contribué à maintenir, mais aussi sur les erreurs qu'elles véhiculaient depuis l'origine ou qu'elles ont malheureusement intégrées à mi-chemin (la Gauche italienne par exemple, ne s'est jamais départie de ses illusions syndicale et d'une position correcte sur les "libérations nationales" est revenue par après à une position d'appui à ces mêmes luttes).
Aujourd'hui, la contre- révolution passée domine encore mais le prolétariat a repris le chemin de sa constitution en classe malgré les obstacles énormes. L'approfondissement inexorable de la crise entraîne à nouveau des secteurs croissants de prolétaires dans la bataille contre le capital et fait émerger une avant- garde, dispersée encore et manquant de clarté et de sûreté théoriques, mais qui devra se consolider et se fortifier dans la lutte.
Si mille leçons peuvent et doivent être tirées du moment le plus fort, le plus haut et à la fois le plus tragique de l'histoire du prolétariat, il en est une qui est gravée dans la mémoire de la classe ouvrière : la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie, l'instauration de la dictature ouvrière, l'abolition du salariat, nécessitent la constitution des prolétaires en parti. Et si l'on ne peut situer actuellement l'existence d'un parti prolé­tarien, organe dirigeant et organisateur des luttes, les communistes ont de tout temps la tâche de travailler à sa construction, à l'établissement de ses bases programmatiques, à la propagande et à l'agitation autour des prin­cipes de classe, à l'organisation et à la centralisation des luttes et des organes de lutte.
Par la formation du Groupe Communiste Internationaliste, nous nous organisons pour contribuer à ce processus. La publication bimestrielle de la présente revue, qui sera bientôt accompagnée d'une revue en langue espagnole, est une des tâches que nous assignons à notre groupe. Nous entendons en faire des organes de clarification politique, de compréhension de la si­tuation actuelle, mais surtout d'orientation pratique des combats ouvriers, dans la mesure de nos forces et de nos possibilités. La revue en français est destinée à évoluer de plus en plus dans ce sens, et nous voudrions pro­céder à la publication d'annexes (tracts d'agitation et brochures d'appro­fondissement théorique) pour compléter les matériaux que nous mettons à la disposition des ouvriers combatifs et des militants d'avant- garde. Nous invitons les lecteurs de cette revue à ne pas se contenter d'une lecture passive, mais à faire l'effort de contribuer à son amélioration, à sa diffusion, à la communication d'informations et de critiques, à la discussion avec nous de son contenu et plus largement des tâches des communistes à l'époque actuelle, afin d'en faire un véritable organisateur collectif et un réel outil de combat dans la guerre de classe.

"Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure.
En même temps, et tout à fait en dehors de l'asservissement général qu'implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escar­mouches inévitables que font naître sans cesse lés empiètements ininterrompus du capital ou les variations du marché. Il faut qu' ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d'ordre conservateur "Un salaire équitable pour une journée de travail équitable", ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : "ABOLITION DU SALARIAT !"
Marx.
A paraÎtre dans les prochaines semaines
- le premier numéro de la revue en espagnol : ''Comunismo";
- une brochure : "Rupture avec le Courant Communiste International";
- des thèses d'orientation politique définissant les bases théoriques de no­tre groupe.
Nous proposons la formule d'abonnement suivante pour nos revues :
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